Par le biais de nos rencontres, ma sœur et moi, avons trouvé dans ton regard distant, une toute petite parcelle de tendresse. Même si dans tes yeux, l’amour n’existait pas, nous avons calmé notre faim d’être enveloppées d’un petit « Je t’aime », tout masqué par tes regrets dans ton rôle.

À travers cette démarche constructive, nous aimons à croire qu’à quelque part, nous avons été désirées.

Chère Mère,

Je me revois allez te chercher dans mon beau véhicule, tout bleu. Avec ta marchette, toute neuve, nouvellement livrée, tu avançais en tremblant. Et entre tes pas pollués par tes médicaments, tu criais « OUI » si fermement, à cette petite réunion de famille. À mon coeur, durant ces moments-là, tu étais toute Grande, sous ton masque d'alcoolique.

Merci mon bon Dieu car suite à ce mois que tu as passé à l’hôpital, tu es revenue avec en main, ce nouveau papier appelé prescription. Certes, qu'avec tes nouveaux médicaments, tu as grossis mais enfin tu as enlevé ta pelure de méchanceté, toute cruelle que tu conservais pour Nous, tes enfants.

Dis-moi, Mère "Pourquoi n’as-tu jamais pris le temps de nous couvrir d’une simple couverture de tendresse durant nos hivers de froid et d’incertitude?"

J'ai tant voulu t'apprivoiser, juste pour me faire aimer.

Merci de nous avoir lu une de tes pages de ton livre de tristesse. De me dire que tu as vu le jour sans ta mère à tes côtés puisqu’elle est morte en te donnant la vie, m'a fait comprendre ta solitude d'être et de grandir.

Et à cet égard, dis-moi Mère "Pourquoi a-t-il fallu qu’on paie le prix de ton deuil?" Dans mon silence démesuré, je te crie que notre fardeau a été lourd à porter. Trop pesant pour notre maturité d'enfant c'est pourquoi nous sommes restés si fragiles devant les défis à embrasser dans les matins de nos vies.

Mère, debout dans la grandeur et la faiblesse de mes cinquante-trois ans, je regarde ma montagne de « pourquoi » et j'essaie d'accepter qu’ils resteront sans cercueil. Mon nez croche dessine ta cruauté mais il y a personne pour calmer toutes les fois que j'ai embrassé le plancher de tes abus, si cruels. J'imagine qu'aujourd'hui, tu n'as plus les ceintures de cuir qui habillaient toutes tes maudites crises de jalousie. Mon intérieur se serre juste à penser à toutes les fois que j'ai brossé mes cheveux qui tombaient sur mon corps blessé par cette haine que tu nourrissais à notre égard.

Malgré tout, malgré le fait que tu te protèges dans ta noirceur et qu'en plus, tu défends cet homme, ce monstre qui marche depuis trop longtemps, à tes côtés, j'essaie de regarder tout droit devant moi pour ne plus vous voir. Mère, cesses de te justifier en disant que tu n’avais pas le choix de ne pas nous défendre de ses monstruosités.

Comme tu es bonne à faire couler tes larmes d’indifférence. Mère, comment réussis-tu à ne pas moucher les meurtres de ton fils cadet et de ta fille aînée?

Dans ce nuage de larmes, je réalise qu'à travers tous les rôles qui ont marqué ton cheminement, je n’ai pas réussi à t’admirer. Tout comme mon frère aîné, les seules batailles que tu as gagnées sont celles où tu as comblé ta faim de te plaindre et de consommer.

Malgré tout, laisse-moi te dire que je t’aime, avec un petit a, tout doux, habillé de regrets et d'impuissance!

Mère, je ne viendrai plus te chercher dans mon beau véhicule, tout bleu.
Mère, de sa fenêtre, ton conjoint, ne trouvera plus à envier tes courtes sorties, sans lui.
Mère, ferme ton livre de vie car je ne viendrai plus pour le lire et pour essayer de corriger les fautes qui le polluent.

Et grâce aux regards que tu as pointés dans ma direction, je me console car j’ai réussi à enlever mon manteau de misères.

Je te quitte pour une dernière fois en te murmurant tout bas
"Nous nous reverrons quand viendra le temps de coucher tes cendres de pardon…"