Dans ses vêtements de pauvreté, elle était debout à l'arrière de la résidence où elle cultivait ses misères. Heureuse, toute fière dans mes chaussures de femme, je m’étais approchée d’elle pour lui annoncer mes fiançailles à Franck.

Froideur, cette maudite froideur était toujours sur le menu dans son rôle. Aucun regard dans ma direction, pas un seul mot d’approbation, encore rien à me mettre dans le ventre. Mère, ma mère était toujours vidée par ses trop.



Depuis ma naissance, elle a oublié qu’elle était ma mère. Elle n’a pas compris qu’elle avait à jouer un rôle dans ma vie, dans nos vies. Et même, si quinze années se sont écoulées depuis ce moment, à force de réflexion, j’ai trouvé quelques réponses.

Malgré mes vides, quelques instants plus tard, elle glissait à l’homme de ma vie, cette phrase qui essuie tristement mes "pourquoi" et mes "comment". « Je n’ai pas aimé la femme que j’ai été! »

Quand Mère parle de la femme qu’elle a été, je me demande si dans son panier elle a mis son rôle de mère. Sur ses cinq enfants, trois enfants ont survécus aux défis et aux noirceurs de leur vie. Les poches trouées, nous les survivants cherchons à enterrer les bras levés, ce besoin d’être acceptés, d'être reconnus, d'être aimés.

Ma grand-mère est décédée en lui donnant la vie. Malgré sa perte évidente, j’aimerais pleurer pour une dernière fois, le fait qu’elle nous a pas aimé…

Oui, ma mère était mon modèle dans mes chaussures d’enfant. Un jour, une dame, notre voisine, me voyant démunie, m’avait donné cette recette « ma fille fait toujours le contraire de ta mère et tu seras heureuse». Et j’ai suivi le chemin tracé par l'ange de Dieu qui avait croisé ma route d'impuissance.

Assise sur sa chaise, du haut de ses 76 ans, elle boit toujours son écoeurement vis-à-vis sa paresse d'aimer.

Et sur le pallier de mes 53 ans, je peux écrire en toute humilité, grâce à l'homme de ma vie « J’aime la femme que j’ai été! »

Lee, fille mal-aimée