Bonjour à toutes et à tous
Victor Hugo a écrit dans Les Misérables que « Personne ne garde un secret comme un enfant. » C'est à croire que ce visionnaire avait déjà perçu ce principe généralisé dans toutes les familles dysfonctionnelles et cela au XIXe siècle. Victor-Lévy Beaulieu dans L'Héritage a aussi ce regard sur le secret : « On ne force pas le secret. Ou le secret vient comme de lui-même à soi, ou bien le secret vous est interdit. » Et voilà pour le XXe !
Nous avons tous des secrets, bien sûr pas que de simples cachotteries ou de mystères que nous pouvons entretenir pour cacher une surprise ou une fête d’anniversaire. Nous parlons d’un secret incroyable que nous ne pouvons confier à personne tant il semble lourd, terrible ou douloureux. Un secret, c’est quelque chose que nous gardons pour nous-même et qui n’est pas toujours facile à partager, à révéler. Certains ne dévoilent jamais leurs secrets et les emportent avec eux à leur mort. C’est parfois un secret lourd à porter qui nous ronge de l’intérieur pendant des années et nous avons l’impression de mourir « à petit feu ». Assurément, c’est un secret qui tue aussi « à petit feu ». Comme une ombre du passé, un cadeau empoisonné, il nous colle à la peau et nous replonge régulièrement dans une angoisse lancinante. Et même quand nous croyons l’avoir fait dans un inventaire par exemple, les circonstances de la vie peuvent rouvrir une vieille blessure « de guerre » et nous faire à nouveau mal.
Quel que soit le ressentiment ( honte, peur, dégoût, rejet, révolte, colère, regret ) que nous inspire ce que nous cachons, nous ne pouvons pas laisser ce secret s’imposer dans notre vie. Si nous en avons assez de pleurer, de souffrir, de traîner ce boulet, que nous sommes impuissants devant ce secret, une chose est certaine, il n’est pas trop lourd pour notre Ps.
Le psychiatre Serge Tisseron, également scénariste et dessinateur, a découvert un secret dans la famille de Hergé à partir de sa lecture des albums de Tintin, plusieurs années avant que la biographie de ce dernier ne confirme ce secret. En 1982, le secret douloureux qu’il a trouvé dans les Aventures de Tintin était celui de la souffrance d'un garçon non reconnu par son père, un homme illustre et important. Serge Tisseron a publié un « best seller » : « Secrets de famille, Mode d’emploi ». Il est à l'origine du mot « extimité » pour désigner le processus par lequel chacun rend visibles certaines parties de son intimité pour les faire reconnaître par son entourage. Aujourd’hui avec l’avènement de la téléréalité et des réseaux sociaux bousculer notre intimité est devenue monnaie courante.
Les effets de secrets de famille sont souvent la perte de confiance en soi et les troubles de l'apprentissage chez les enfants. D'abord, un enfant qui pressent que ses parents lui cachent quelque chose ne sait pas pour autant ce que ces derniers lui cachent. Souvent il imagine le pire. Petit, il pense qu'il est responsable de la souffrance de ses parents. Plus grand, il aura tendance à imaginer que ses parents ont commis un acte tellement honteux qu'il ne doit pas même chercher à « péter cette balloune ». La plupart des enfants ne cachent à leur parents que ce dont ils ont honte : « On ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu ». L'enfant apprend à repérer le domaine à propos duquel il ne doit pas poser de question. L'enfant évite de questionner à propos de la folie, de la déficience mentale, des hôpitaux psychiatriques, de l’alcoolisme… Et ce, tout en faisant comme s'il ne se rendait compte de rien. Cette attitude l'amène à nier la réalité, à tordre son identité et jusqu'à éteindre sa curiosité. Parfois sa méfiance s'étend aux enseignants, aux figures d'autorité et dans les adultes en général.
Il n'y a pas de bons et de mauvais secrets. Les secrets de famille sont rarement bénéfiques. Sur le plan individuel, pouvoir garder un secret peut être une très bonne chose. Souvent, cela montre que nous sommes capables de distinguer ce qui se passe dans notre tête de ce qui nous croyons qui se trame dans celle des autres. Dès que nous cessons de nous percevoir comme gardien du secret pour nous percevoir comme victime d'un secret que nous étions contraints de garder, nous pouvons présumer que ce secret est devenu toxique.
Nous n'avons pas nécessairement à continuer à nous plaindre du fardeau qui semble peser sur nous. Ne nous y trompons pas : la réponse et la solution résident dans la volonté de notre Ps à qui nous pouvons tout dire et tout dévoiler sans crainte pour nous apaiser, nous consoler et guérir nos cœurs blessés.
En dévoilant nos secrets et nos défauts, nous nous entraînons à être honnête avec au moins un être humain, notre parrain (notre marraine). Dans le Mouvement, nous entendons souvent que nous ne sommes malades que dans la mesure de nos secrets et de nos défauts. En arrivant à bâtir une relation avec un être humain, un parrain (marraine), nous en venons à faire suffisamment confiance à cette personne pour être complètement honnête avec elle, puis nous pouvons aussi le partager lors d'un témoignage puisque les charges émotives derrière ces secrets ou défauts vont s'être estompées. Les secrets sont comme les piments de la Guadeloupe. Tôt ou tard ils mettent notre bouche ou notre rectum en feu.
Merci la Vie !!!
Denise et Gilles
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