Lionel,

Nous sommes tous réunis pour te dire au revoir. Tous, Christian et moi, bien sûr, mais aussi Sandrine la compagne de tes jeux d’enfance, ta complice, ta presque sœur, ta tante et ton oncle, tes cousines, nos amis.

Quand Cricri, ma sœur, a appris la nouvelle de ton départ, elle n’en a pas été étonnée. Elle et moi, nous savions, alors que rien ne nous permettait d’avoir cette certitude, nous savions que la date approchait. Elle m’a dit : « Lionel, 16 ans de grand bonheur et 25 ans de galère ! Et aujourd’hui, la paix » C’est ainsi en effet que je vois ton existence.

Tu nous laisses le souvenir d’un petit garçon lumineux, créatif, très sensible et pétillant d’intelligence. Adolescent, tu étais charmant, et sociable. Tu semblais doué pour la vie et tout ce que tu entreprenais avec infiniment de grâce semblait te réussir…jusqu’à ta rencontre avec ELLE, la drogue, celle que j’appelle aussi la Mauvaise, l’imposteur, la tricheuse, la voleuse, la menteuse, et qui est devenue pour moi l’ennemie numéro un.

Les 25 années suivantes sont celles de l’errance, de la solitude et de l’enfermement. Tu as connu des univers pour lesquels tu n’étais pas fait, auxquels nous ne t’avions guère préparés : la prison, l’hôpital, et la maladie. Ton parcours revêt pour moi l’image d’une quête spirituelle, d’une recherche d’absolu, mais tu t’es trompé de route. Tu as pris des chemins de traverse qui ne menaient nulle part, sauf dans des impasses.

Curieusement, au cours de tous les épisodes douloureux de ta vie, tu as toujours gardé le contact avec nous, Christian et moi. Bien rares sont les années, où tu ne nous as pas souhaité notre anniversaire et où tu ne m’as pas appelée pour la Fête des Mères. La semaine dernière encore, en rentrant de voyage, j’ai trouvé sur notre répondeur téléphonique un message de toi. Tu m’appelais : « Maman, maman… », pour me demander un conseil. Souvent aussi tu souhaitais me parler pour simplement me remercier de t’avoir donné la vie que tu considérais comme un cadeau, un mystère et une merveille. Tu nous l’as dit et répété. Cela nous semblait toujours étonnant car nous voyions bien que l’existence que tu menais était dure, que ta solitude était immense, et que ta soif d’absolu ne trouvait pas d’écho.

Tu resteras donc pour moi et en moi, cet enfant lumineux, et ce voyageur fatigué en quête de l’inaccessible étoile.

Lionel, tu vas enfin pouvoir te reposer. Je suis croyante, je sais qu’une nouvelle vie commence pour toi. Je sais aussi que tu as très peur. Mais tu n’as plus rien à craindre. Là où tu vas, la Mauvaise n’a plus aucun pouvoir. Certains de ceux que tu aimais t’ont précédé au pays blanc, et t’y t’attendent. Ton père Marcel, mais aussi ton grand frère Gauthier, Gilbert, ton oncle qui a cherché à te sauver de tes démons. Je sais que Gauthier prendra soin de toi comme il l’a fait si souvent sur la terre.

Quant à nous, nous penserons souvent à toi, mon petit bonhomme têtu et courageux !.

Je vais continuer cette lutte que je mène à cause de toi contre la Voleuse, et tout enfant sauvé sera une belle revanche, TA revanche. Quand tu le pourras, aide-moi dans ce combat !

Pour t’accompagner une dernière fois, je donne la parole à mon frère en écriture, l’ami chanteur, Jacques Lebouteiller, qui a mis en musique l’un de mes poèmes. Je te l’offre Lionel, c’est la chanson « Sans voix qui tremble ».

L’air que nous chantonnions ensemble,

    Ce chant si doux à fredonner,
    Quand me sera-t-il redonné
    De le chanter sans voix qui tremble ! »
    Elle est partie la chanson tendre,
    Qui avec toi s’en est allée,
    Depuis, le temps s’est emballé,
    Me voici triste comme cendre !
    Tonnant parfois comme tempête,
    Parfois douce comme le vent,
    J’en murmure les mots souvent,
    Elle résonne dans ma tête .
    Parfois j’oublie sa mélodie
    Me manquent trois ou quatre notes,
    Et quand enfin je les pianote
    J’en suis toute ragaillardie.
    Avec le temps, elle s’efface,
    S’en vont et l’air et les paroles,
    Et même si je me désole,
    La chanson part et ma vie passe !
    L’air que nous chantonnions ensemble,
    Ce chant si doux à fredonner,
    Quand me sera-t-il redonné
    De le chanter sans voix qui tremble ! »

A Dieu mon enfant, va en paix, et sois tranquille, nous ne t’oublierons pas !

Maman

Commentaires

1. Le samedi 8 décembre 2007, 08:33 par Prière indienne

À ceux que j’aime... et ceux qui m’aiment

Quand je ne serai plus là, relâchez-moi.

Laissez-moi partir.

J’ai tellement de choses à faire et à voir.

Ne pleurez pas en pensant à moi.

Soyez reconnaissants pour les belles années.

Je vous ai donné mon amitié.

Vous pouvez seulement deviner le bonheur quevous m’avez apporté.

Je vous remercie de l’amour que chacun m’avez démontré.

Maintenant, il est temps de voyager seule.

Pour un court moment, vous pouvez avoir de la peine.

La confiance vous apportera réconfort et consolation.

Nous serons séparés pour quelque temps.

Laissez les souvenirs apaiser votre douleur.

Je ne suis pas loin et la vie continue...

Si vous avez besoin, appelez-moi et je viendrai.

Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là.

Et si vous écoutez votre coeur, vous éprouverez clairementla douceur de l’amour que j’apporterai.

Et quand il sera temps pour vous de partir,je serai là pour vous accueillir.

Absente de mon corps, présente avec Dieu.

N’allez pas sur ma tombe pour pleurer.

Je ne suis pas là, je ne dors pas.

Je suis les mille vents qui soufflent.

Je suis le scintillement des cristaux de neige.

Je suis la lumière qui traverse les champs de blé.

Je suis la douce pluie d’automne.

Je suis l’éveil des oiseaux dans le calme du matin.

Je suis l’étoile qui brille dans la nuit.

N'allez pas sur ma tombe pour pleurer.

Je ne suis pas là.

Je ne suis pas morte.