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Il y a plusieurs façons de faciliter l’alcoolisme 
chez quelqu’un qui en est atteint  (1)

Comme on le dit habituellement, vous n’êtes pas la cause du problème de consommation d’alcool de quelqu’un, vous ne pouvez le guérir et vous ne pouvez le contrôler son boire.

Mais il y a bien des façons par lesquelles vous pouvez contribuer à l’aggravation du problème. 
Avant de placer le blâme pour tous ces problèmes que vivent votre famille ou votre couple sur la façon de boire, ça serait plus sage de regarder comment le boire d’autres personnes peut nous avoir déjà affecté et comment nous avons déjà réagi à ce problème. Par exemple, est-ce que ces propos vous semblent familiers?

«Il n’y a pas de problème avec ma façon de boire ! Le seul problème qu’on a, c’est ton attitude. Si tu pouvais juste arrêter de critiquer, de te plaindre, il n’y aurait pas de problème !»

Bien évidemment, ce discours n’est pas très juste, bien que fréquent, puisque le déni, la négation du problème est une des caractéristiques principales des plus frustrantes du problème. D’un autre côté, cette façon de voir la situation peut ne pas être si fausse que ça.

Comment réagissez-vous aux consommations d’alcool d’un alcoolique ? Avez-vous commencé à tenir certains rôles pour survivre dans votre famille ? Croyez-vous qu’il y a quelque chose que vous pouvez faire pour remédier à cette situation ?

Ce qui suit est une description d’un évènement qui devrait servir d’exemple d’un comportement d’alcoolique et des réactions diverses du conjoint de cet alcoolique. 

Est-ce que ces situations vous semblent familières ?

L’alcoolique rentre tard à la maison et il est saoûl, trop ivre pour trouver la clé sous le paillasson du perron. Après plusieurs tentatives infructueuses, il décide que c’est une cause perdue. Puisqu’il ne désire pas déranger qui que ce soit dans la maison et en même temps, leur apprendre qu’il est trop éméché pour débarrer sa propre porte d’entrée, il prend une brillante décision qui devrait résoudre son problème : il décide de se coucher sur le gazon dans la cour avant de sa maison et s’endort là très rapidement. 

Comment réagissez-vous à cela ?

Le sauveur 
Le sauveur ne laisse pas cet incident devenir un problème. Puisqu’elle a veillé et l’a attendu de toute façon, elle sort dehors, le relève, le rentre à la maison, le nettoie et le met au lit. Comme ça, au moins les voisins ne le verront pas dans le coma et le nez dans le parterre de fleurs !
Elle ne lui parle pas de cet incident et ne le mentionne pas à personne. Si quelqu’un d’autre lui en parle , elle nie qu’il a un problème. Elle ment pour lui, couvrant ses erreurs et le protège comme si le monde entier en avait contre lui. 

À mesure que le problème progresse et que son boire empire, elle prend les responsabilités qui jadis étaient les siennes. Elle se trouve un emploi ou travaille en heures supplémentaires pour payer les factures qui s’accumulent. Et s’il a des difficultés avec la police et la justice, elle va faire des pieds et des mains pour payer la caution. 

Le provocateur
Le provocateur réagit en punissant l’alcoolique pour ses gestes. Soit elle attend pour le réveiller le lendemain matin et lui tombe dessus avec acharnement ou elle va ouvrir le système de gicleurs pour arroser le gazon !
Elle le chicane, le ridiculise et le diminue. Elle crie après. Elle tempête et fait voler les insultes, assez fort pour que toute la maisonnée (et quelquefois c’est tout le voisinage) puisse l’entendre. Elle téléphone et répète à toutes ses amies qu’il est un perdant. Elle fait semblant de l’ignorer et ne lui parle pas. Elle lui fait des menaces de le quitter. 

Elle ne lâche pas prise. La colère et le ressentiment continuent à grandir en elle à la mesure de la fréquence des incidents du genre. Elle s’assure qu’il n’oublie pas ses transgressions. Elle tient son bout contre lui et s’en sert comme arme dans les arguments qui suivent — même ceux qui surviennent des mois ou des années après. 

Le martyr
Le martyr est rempli de honte pour ces gestes posés par l’alcoolique et elle lui laisse savoir en gestes ou en paroles. Elle pleure, elle crie et lui dit : « Tu me gênes et tu me fais honte devant tout le voisinage !»
Elle boude, fait la moue et s’isole. Elle téléphone à ses amies et leur fait part de la misère qu’il lui a fait vivre à cette occasion ! Ou elle se sent tellement abaissée ou gênée qu’elle évite de plus en plus ses amies et ne leur parle plus jamais de son enfer. Lentement, elle s’isole et devient déprimée. Elle peut ne rien lui dire mais elle va lui laisser savoir par ses gestes qu’elle a honte de lui. En silence, elle va essayer de le rendre coupable pour ses comportements. 

Qui est le facilitateur dans tout ça ?

Les exemples décrits ici peuvent sembler être exagérés, mais ils peuvent aussi être très typiques de ce qui se passe dans un foyer atteint d’alcoolisme. Les rôles que le conjoint non alcoolique jouent dans cette famille peuvent ne pas être si définis que ces descriptions le suggèrent.

Selon les circonstances, le conjoint peut jouer l’un de ces rôles ou peut valser de l’un à l’autre selon les besoins du moment..

Alors lequel des ces rôles représente le mieux un facilitateur ? Laquelle de ces personnes est en train en fait d’aider l’alcoolique à «régresser» dans sa maladie ? Laquelle, bien qu’elle cherche à améliorer la situation, est en train de contribuer à l’aggravation du problème ? 
En fait, tous !!!

Note : La deuxième partie vous proposera la semaine prochaine comment chacune de ces réactions facilite le problème et comment réagir à ce dernier incident sans devenir vous-mêmes partie du problème. 


Il y a plusieurs façons de faciliter l’alcoolisme 
chez quelqu’un qui en est atteint (2)

Les membres de la famille de l’alcoolique sont pris dans un piège :
ils se doivent de jouer certains rôles pour survivre.

Si vous découvrez présentement que vous êtes pris dans un engrenage où vous vous sentez obligés de jouer un certain rôle parce qu’il y a un alcoolique dans votre vie, c’est probablement le temps de prendre un «temps mort», une pause.

La semaine dernière nous avons décrit trois des rôles principaux que les membres de la famille d’un alcoolique répètent et jouent pour composer avec les comportements imprévisibles de l’alcoolique. 
Ces exemples peuvent avoir l’air d’exagérations, mais croyez-nous, c’est ce qui se passe dans une famille alcoolique. Les «rôles» qu’adoptent le conjoint non alcoolique peuvent ne pas être aussi bien définis évidemment, tels que nous les avons décrits. 
Cela dépend bien entendu des circonstances. Le conjoint peut alors se cacher sous l’un de ces masques ou peut encore se promener sous chacun de ceux-ci selon les aléas du moment. 
Alors laquelle de ces personnes cachées sous l’un de ces masques représente vraiment un facilitateur : le sauveur, le martyr ou le provocateur ?  Laquelle de ces personnes est en train en fait d’aider l’alcoolique à «régresser» dans sa maladie ? Laquelle, bien qu’elle cherche à améliorer la situation, est en train de contribuer à l’aggravation du problème ? 

En fait, tous !!!
C’est facile de définir le sauveur (ou le «gardien», le protecteur) comme un facilitateur.  Cette personne aggrave ou facilite le problème de l’alcoolique simplement en ne lui permettant pas de faire face aux conséquences de ses propres actions. Il se réveille le matin dans un lit chaud, lui-même encore «toasté des deux bords» de la veille, ne se rappelant de rien du fait qu’il est tombé sans connaissance sur le perron. 
Pourquoi admetterait-il qu’il a un problème ? Avec cette attitude de lui placer un oreiller sous la tête chaque fois qu’il tombe et risque de se blesser, il ne sent pas la douleur de sa chute. Si sa consommation ne provoque aucune douleur, souvent à cause de ses efforts à elle pour le protéger, pourquoi devrait-il décider de cesser de boire ?

Bien sûr, les deux autres rôles «typiques» sont aussi des rôles de facilitateurs. Voici comment et d’abord pourquoi. Parce que les réactions à la conduite de l’alcoolique lui permettent de se centrer sur ces comportements plutôt que sur les siens  s’il se réveille le matin suivant dans la cour en avant de la maison et entre à l’intérieur pour se retrouver en face de la rage d’un provocateur ou de la honte d’un martyr (ou d’une victime), alors sa réaction naturelle va être de réagir à ce présent comportement plutôt qu’au sien. 
 Bien plus, les gestes du provocateur et du martyr sont produits ayant pour objectif de le manipuler en générant chez lui de la culpabilité, ce qui croyez-le ou non est ce qu’il vit et ressent de toutes façons. Mais s’il est véritablement un alcoolique, sa réaction habituelle sera de ne pas reconnaître ses propres errements, mais d’essayer de les fuir… encore une fois dans la bouteille.

Alors la bonne réaction ?

Quelle serait la bonne réaction dans une situation telle que nous l’avons décrite ? Comment réagir lorsque l’alcoolique sort un de ses trucs bien connus ? Ne pas réagir du tout est la bonne réponse !!! Prétendez que rien ne s’est passé ! 
Si l’alcoolique se réveille le matin et entre dans la maison où tout continue comme si de rien n’était — les enfants sont en train de se préparer pour l’école, vous êtes en train de vous peigner et le café est prêt sur le comptoir de la cuisine — alors tout ce qu’il lui reste c’est de faire face à son comportement de la veille et de la nuit précédente. 

Tout embarras ou toute honte ressentie par sa défaillance sur le perron aux yeux de tous les voisins lui appartient désormais et n’appartient qu’à lui. C’est son problème, pas celui des autres. Ses comportements sont son problème, et ce n’est pas la réaction de son conjoint qui en est la cause. 
Si vous l’accueillez avec «Bonjour chéri, le café est prêt !» comme si de rien n’était et comme si rien d’inhabituel ne s’était produit, vous avez maintenant joué votre «nouveau rôle» à merveille. Vous n’avez pas permis aux comportements inadéquats de quelqu’un de provoquer chez vous d’autres comportements inadéquats.

Vous n’avez donc pas donné la permission à l’alcoolique la chance de «changer de sujet». Il est pris seul à faire face à sa propre douleur et à sa propre honte. Quand sa douleur sera assez forte, il va être prêt à demander et à recevoir de l’aide.

Jusqu’à ce qu’il soit prêt à demander de l’aide pour son problème d’alcool, tous les reproches, toutes les manipulations et les efforts de contrôler la situation de votre part n’amèneront rien de bien et vous entraîneront plus loin dans l’enfer de la maladie de l’alcoolisme.

Pour en savoir plus, vous pouvez lire la chronique en anglais de Buddy T, guide du réseau About.com, intitulée «Domestic Abuse» à l’adresse suivante http://alcoholism.about.com/library/weekly/aa990407.htm

Traduit et adapté par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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