ARCHIVES
QLDNP1J
gilles.vinet@quandladrogue.com
©2004-1999

Le Déni : Compréhension du phénomène et Pérégrinations
par Charles N. Roper 

Presque tout le temps nous sommes confrontés à cet obstacle qu'est la négation, le déni chez les alcooliques. Dès qu'il est question de leur dépendance ils se placent sur la défensive. Voilà une des raisons pourquoi le déni est si souvent associé aux mensonges (et aussi à la dissimulation et à l'hypocrisie). C'est malheureux puisque le déni et le mensonge sont deux choses complètement différentes.

Mentir est quelque chose qu'une personne fait consciemment — quelque chose que nous faisons dont nous sommes conscients. Les personnes qui utilisent le mensonge savent qu'elles mentent. Il se peut qu'elles soient incapables de maîtriser ce défaut de caractère, mais elles en sont la plu part du temps conscientes.

Le déni, d'autre part, se passe à un niveau au-dessous de la conscience — à un niveau du subconscient ou de l'inconscient. C'est un processus psychologique qui entre en action pour étouffer, déjouer la réalité — pour bloquer l'éveil de la conscience d'une personne devant quelque situation ou événement qui apparaît menaçant  pour cette personne. Les gens ne savent pas quand ils sont "dans le déni." Ce n'est pas que la négation est invisible, elle ne l'est pas.  Nous pouvons observer le déni chez une autre personne, nous ne pouvons nous rendre compte que nous sommes dedans cet état mental. 

En ce qui concerne les problèmes liés à la consommation d'alcool et/ ou à l'usage abusif de drogues,—  que ce soit votre déni ou la négation d'une autre personne, d'un proche — le déni se manifeste de plusieurs façons :

  • L'échec de voir qu'un problème existe (comme la cécité totale). 
  • L'échec de reconnaître la gravité ou la sévérité du problème (la cécité partielle).
  • L'échec de voir le rapport entre la toxicomanie et les problèmes qu'elle précipite (comme l'astigmatisme). 
  • L'échec de comprendre que l'on a besoin de l'aide traitant avec le problème (la fierté ou le faux orgueil). 


Le déni est si fréquent chez les personnes qui sont devenues accros à l'alcool (alcooliques) et d'autres drogues (médicaments) que la dépendance a été nommée par plusieurs comme la maladie du déni. En effet, les gens en rétablissement de la toxicomanie sont typiquement étonnés à la profondeur de leur déni lorsqu'il apparaît finalement à leurs yeux pendant leur processus de réadaptation.

Le déni peut être une illusion fatale de la dépendance. C'est vrai parce que la négation laisse l'alcoolique / le toxicomane vulnérable à la prise de risques plus grands pendant les plus longues périodes de temps. Ça détériore le jugement et aboutit à une forme d'aveuglement, empêchant le dépendant de voir et de comprendre les implications et les conséquences de son comportement toxique avant que ce ne soit trop tard. Un exemple fréquent qu'il nous est donné de voir c'est la personne qui croit honnêtement qu'elle peuvent conduire un véhicule aussi efficacement sous l'influence d'alcool ou des drogues (médicaments) qu'elle peut se calmer, devenir sobre rapidement et directement apte à rouler et à réagir. La preuve même bien étayée au contraire n'arrivera pas à persuader différemment cette personne.

Certains mécanismes de défense psychologiques — ce que tout être humain utilise der temps à autre — sont mis en action pour maintenir et entretenir le déni :

  • La rationalisation
  • L'intellectualisation
  • La minimisation
  • L'analyse
  • La justification
  • La théorisation 
  • Les explications
  • La généralisation
  • L'isolement
  • Le silence
  • Les défis
  • Les accusations
  • Les disputes et controverses
  • Les projets
  • Les visions d'avenir
  • Les bâillements, l'"écoeurite"
  • La négociation
  • Les comparaisons et les jugements
  • La recherche d'approbation en acceptant tout
  • Les plaisanteries
  • Les sourires et les rires
  • Changer de sujet
  • Dévisager, toiser et regarder fixement
  • Les cris et intimidations
Il y a plus que ça, bien sûr. En effet, il y a beaucoup plus. Ceux-ci sont juste ceux qui sont les plus répandus et fréquents.
La toxicomanie n'est pas le seul secteur de la population en général où le déni prolifère et survit bien. Ce mécanisme de défense est utilisé par une foule de gens dans divers domaines de leurs vies. De fait, les personnes qui souffrent peuvent développer et maintenir cet état de négation dans bien des circonstances et dans bien des événements où elles se sentent menacer, dans des situations où elles ont peur. 
Voici certains exemples : 

  • Un conjoint battu ne réussit pas à reconnaître la mesure de l'abus avant que la violence n'aboutisse à des conséquences graves. 
  • Un individu ne peut voir la profondeur de la dysfonction (dépendance ou domination) dans sa relation primaire avant que son conjoint ne dise qu'il/elle veut en finir et se séparer. 

  • Un individu ne réussit pas à reconnaître la diminution dans le niveau de sa santé physique avant qu'il / elle ne tombe très gravement malade. 
Le changement en situation de déni est toute une affaire. Ça exige des traits de caractère que bien peu de gens très en harmonie possèdent comme l'ouverture d'esprit et la bonne volonté. Ça requiert aussi des relations saines avec des gens de confiance qui n'auront pas peur de nous confronter honnêtement et ouvertement. Ça prend toujours assez d'humilité pour se faire (vous avez cette habileté à nous percevoir tel que nous sommes et à accepter la vérité en ce qui nous concerne). 

La place pour commencer à briser le déni c'est avec la simple compréhension que nous le vivons pour commencer, que nous sommes en plein dedans. La compréhension est ensuite plus facile une fois que nous savons que cela, que nous ne sommes pas seuls à en être atteints, et que, probablement, tous les êtres humains en sont affectés à un moment où l'autre.  "Chacun, moi y compris, est wn quelque part dans le déni. Chaque personne, moi y compris, a des angles morts comme en auto."

Le pas suivant consiste à nous rappeler consciemment et à plusieurs reprises de considérer les avis et conseils des autres avec un esprit ouvert. Certaines personnes trouvent ça utile de se garder en réserve quelques questions simples pour tout moment semblable ou quelques déclarations pratiques pour toutes occasions de ce genre. Voici quelques exemples de telles déclarations qui illustrent bien la chose : 

  • "Quelle partie de qu'il / elle a dit pourrait être vrai ?" 
  • "Si je sens cette défensive chez l'autre, je dois entendre quelque chose qui doit être menaçant pour moi. Qu'est-ce que c'est ?"
  • "Qu'il /  elle voit chez moi que je ne peux pas voir moi-même ?" 
  • "Suis-je en train de me berner, de m'illusionner moi-même ?" 
Le pas suivant consiste à parler ouvertement des réponses à ces questions. Nous pouvons répondre à nos questions internes qui montent intérieurement, mais pour expérimenter tous les avantages du processus, nous devons parler et exprimer des de vive voix avec une autre personne. C'est là quand le déni perd son pouvoir sur nous et par conséquent, que nous nous soignons. Le seul prérequis, c'est l'honnêteté.

Nous ne serons jamais complètement libérés du déni. Après tout, le déni fait partie de l'arsenal de tout le monde. Le but, alors, c'est de travailler à sa disparition, petits morceaux par petits morceaux — honnêtement et systématiquement — et de s'ouvrir à l'aide qui s'offre à nous pour composer avec tout ce phénomène. Pour les alcooliques et les toxicomanes, le processus ne se fait que très peu souvent automatiquement ou magiquement même si le boire ou la consommation cesse. Comme tous les autres aspects du rétablissement, pour que des changements se produisent dans le déni, ça prend du temps, de la patience et de la bonne volonté. 

Envoyez s'il vous plaît vos commentaires ou questions en rapport à cet article :
à Editor@highbottomdrunk.com en anglais
ou à gilles.vinet@quandladrogue.com en français

Traduit et adapté par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
© Copyright 2004-2002 AU CENTRE DE LA VIE