ARCHIVES
QLDNP1J
gilles.vinet@quandladrogue.com
©2004-1999

Les problèmes de sommeil chez les alcooliques en rétablissement

Les problèmes de sommeil peuvent persister longtemps après avoir cessé de boire de l'alcool. 

Boire de l'alcool pour favoriser son sommeil est en soi toute une contradiction :  bien que l'alcool puisse au début aider qui que ce soit à s'endormir, l'alcool peut également perturber le sommeil au cours de la dernière partie de la nuit.  Les psychologues cliniciens savent déjà que les alcooliques ont souvent des problèmes significatifs de sommeil tout autant dans leur période de boire excessif qu'après qu'ils aient arrêté de boire. 
Une étude portant sur la question a été publiée dans l'édition d'août 2003 de la revue traitant de recherches en alcoolisme, Alcoholism : Clinical & Experimental Research. La revue de recherches cliniques et expérimentales nous révèle que les alcooliques peuvent persister à avoir des problèmes d'insomnies pendant plusieurs mois après qu'ils ont cessé de boire, que les problèmes au début de la période de sommeil peuvent être plus sévères que ceux qui se posent et qui mettent fin au sommeil, et que beaucoup d'alcooliques abstinents ont eu des problèmes d'insomnie antérieurement aux débuts de leur dépendance à l'alcool.
« Trois verres ou plus amèneront la personne moyenne à tomber endormie plus tôt que d'habitude» a dit Shawn R. Currie, professeur adjoint parallèlement en psychiatrie et en psychologie à l'université de Calgary et auteur à qui nous pouvons communiquer concernant cette étude.  « Cependant, s'endormir plus rapidement est le seul vrai avantage de l'alcool envers le sommeil.  Parmi les effets les plus répandus et les plus perturbateurs, il y a des réveils plus fréquents, une plus mauvaise qualité de sommeil, une  réduction de la période de sommeil profond, et des réveils plus tôt qu'à l'habituel, la sensation pour plusieurs personnes de ne pas avoir obtenu assez de sommeil.

Un alcoolique qui boit activement va vivre des expériences semblables, et souvent plus graves, de coupures de sommeil.  Un alcoolique qui cesse de boire va souvent avoir des problèmes de sommeil pendant une période de deux à six mois d'abstinence après leur période de sevrage.  « Ils prennent plus de temps pour s'endormir, ont des problèmes à dormir toute leur nuit, et ont l'impression que leur sommeil n'est pas apaisant,» a dit Currie.  « La recherche en laboratoire a identifié ces doléances concernant les coupures dans la période de sommeil; les études qui se déroulaient sur une période complète de sommeil ont indiqué d'importantes diminutions dans la période de sommeil profond et des anomalies dans la période de sommeil rem chez les personnes ayant plus d'un an de sobriété.»

« Le sommeil a une réputation dans les groupes d'entraide et de rétablissement d'être une des dernières choses à se rétablir chez un individu,» a ajouté David Hodgins, professeur de psychologie à l'université de Calgary. Les experts l'identifient également comme un facteur potentiel favorisant la rechute.  Dans les fraternités qui se servent des Douze Étapes comme mode de vie, il y a un petit acronyme qui décrit les facteurs de risque menant à la rechute :  cet acronyme est en anglais HALT.  Les gens qui sont affamés (hungry), fâchés (angry), seuls (lonely) ou fatigués (tired) sont à risque élevé de rechute.  Bien sûr, une des meilleures façons qu'une personne peut être fatiguée c'est lorsque son sommeil est perturbé. » 

Dans cette étude scientifique, les chercheurs ont examiné 63 alcooliques en rétablissement (44 hommes, 19 femmes) qui éprouvaient de l'insomnie.  Tous ont subi une évaluation multifonctionnelle de leur état de sommeil, incluant une entrevue structurée, la tenue d'un journal décrivant leur période quotidienne de sommeil, des questionnaires, et un surveillance de leur sommeil par l'intermédiaire des enregistrements d'actigraphe (l'actigraphe est un petit moniteur léger qui est porté sur le poignet non-dominant, fournissant l'enregistrement continu des mouvements dans l'environnement normal de sommeil du participant).  Les participants ont été encore divisés en deux groupes :  ceux avec une abstinence récente (moins de 12 mois) et ceux avec une sobriété à plus long terme (de plus de 12 mois).

L'insomnie typique chez les alcooliques en rétablissement. 
Des chercheurs ont constaté que les alcooliques avec peu d'abstinence et avec une abstinence à plus long terme peuvent éprouver des problèmes de sommeil pendant plusieurs mois après qu'ils aient cessé de boire. 
« Cette étude fournit davantage de confirmation d'importance de la signification des problèmes de sommeil chez les alcoolique en rétablissement,» a noté Shawn R. Currie (professeur adjoint en psychiatrie et en psychologie à l'université de Calgary). 
« L'insomnie est un trouble qui est énormément variable ; la plupart des insomniaques éprouvent de bonnes et de mauvaises nuits de sommeil en semaine bien ordinaire, alors il est important de recueillir des données portant sur plusieurs nuits pour obtenir une image précise de la gravité du problème.  Tout comme les médecins qui aiment obtenir plusieurs lectures de tension artérielle avant de poser un diagnostic d'hypertension, de même il est important d'obtenir des données étalées sur plusieurs nuits de sommeil pour diagnostiquer un trouble du sommeil.  Le moniteur (l'actigraphe) que nous avons employé, en même temps que les journaux détaillés des périodes de sommeil des participants, a confirmé que les alcooliques ont en effet eu des coupures incessantes de sommeil qui ne pourraient pas être attribuées à une seule mauvaise nuit de sommeil dans un laboratoire.»

L'étude a également permis de découvrir qu'en général, les problèmes au début de la période de sommeil étaient plus pénibles que ceux vécus en pleine période de sommeil.  « La plupart des insomniaques ont une combinaison de problèmes à s'endormir et de problèmes à rester endormis » a dit Shawn Currie.  « Nos résultats indiquent que la plupart des alcooliques en rétablissement souffrent des deux types d'insomnie mais les problèmes de la période initiale de sommeil sont généralement plus funestes. »  Plus de la moitié des participants ont signalé des problèmes de sommeil qui étaient antérieurs au début de leur dépendance d'alcool.

« La proportion d'insomnie chronique dans la population adulte en général  est d'environ 10 à 15 pour cent,» a dit Shawn Currie.  « Dans notre étude, plus de 50 pour cent des alcooliques ont rapporté avoir eu des problèmes de sommeil pendant plusieurs années bien avant que leur problème d'alcool ait atteint le stade de la dépendance.  Bien que nous ne puissions supposer ou extrapoler aucun lien entre l'insomnie et l'alcoolisme de ces quelques données, il est difficile d'ignorer un taux si élevé de problèmes préexistants de sommeil dans le groupe échantillon.» 
 En outre, une piètre hygiène de sommeil est apparue évidente chez les alcooliques en rétablissement.  Une bonne 'hygiène' de sommeil décrit les comportements qui constituent de bonnes habitudes de sommeil, telles qu'avoir une heure régulière de réveil, éviter les siestes, et s'abstenir de stimulants comme la caféine en soirée,» a dit S. Currie.  « Beaucoup de gens croient que prendre un verre d'alcool les aidera à s'endormir,» fit remarquer Hodgins.  « En fait, beaucoup de médecins suggèrent officieusement d'utiliser de l'alcool pour aider leurs patients ayant des troubles de sommeil.  Cependant, ces résultats les mettent en garde contre le fait de développer l'habitude de prendre, par exemple, un verre de vin avant d'aller se coucher et pour mieux dormir.  D'une manière très importante, ces résultats suggèrent l'idée de bâtir des interventions spécifiques pour les patients alcooliques.  En dépit de la nature très complète de la plupart des programmes de traitement offrant tout un éventail de thérapies, très peu d'entre eux ne traitent les troubles de sommeil dans leur curriculum comme problématique.  Mais l'insomnie est évidemment un problème pour plusieurs et ce devrait être un champ d'intervention adéquat.  Les tentatives de s'abstenir de boire peuvent nécessiter beaucoup de vigilance, de sang-froid et d'estime de soi ;  ça serait bien plus difficile pour qui que ce soit si cette personne était épuisée.» 

S. Currie est actuellement à finaliser une étude qui analyse un traitement non-pharmaceutique (une thérapie cognitive-comportementale) pour soigner des problèmes de sommeil chez des alcooliques en rétablissement.  « Il se peut que la qualité du sommeil puisse être améliorée chez les alcooliques en rétablissement en employant une approche qui met l'emphase sur de bonnes habitudes de sommeil et le soulagement du stress par la relaxation » a dit S. Currie. 

Texte original : Insomnia Typical for Recovering Alcoholics de Buddy T, du réseau About.com
Source : Alcoholism: Clinical & Experimental Research News Release
http://alcoholism.about.com/cs/health/a/blacer030816.htm

Traduit et adapté par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
© Copyright 2004-2002 AU CENTRE DE LA VIE