| La lune
s'attristait...
La lune s'attristait.
Des séraphins en
pleurs
Rêvant, l'archet aux
doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de
mourantes violes
De blancs sanglots glissant
sur l'azur des corolles.
C'était le jour béni
de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à
me martyriser
S'enivrait savamment du
parfum de tristesse
Que même sans regret
et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve
au coeur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'oeil rivé
sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux
cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es
en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée
au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux
sommeils d'enfant gaté
Passait, laissant toujours
de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets
d'étoiles parfumées.
Stéphane
Mallarmé
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