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AVEC UN ŒIL NOUVEAU ET SOUS UN REGARD PLUS JUSTE
SHAME
STEPS OUT OF HIDING AND INTO SHARPER FOCUS
Des psychologues décrivent l'énergie contenue dans cette émotion qui n'a pas fait l'objet de bien des études. Bien des psychologues, dans cette situation, visiblement chagrinés et un petit peu embarrassés, semblent dépassés lorsque le sujet de la thérapie revient sur la honte, une émotion prédominante et très puissante qui en quelque sorte a réussi à passer à côté de toute investigation scientifique rigoureuse jusqu'à aujourd'hui. Tout le monde vit ou a vécu de la honte et la raison qui fait qu'elle a réussi à échapper aux regards des chercheurs vient probablement du fait qu'elle a été surpassée par l'étendue des recherches qui ont porté sur la culpabilité. C'est plus difficile d'évaluer et d'amener les gens à s'ouvrir sur la honte plus que toute autre émotion qui est observée et examinée par la science. La honte est en train de devenir l'émotion principale qui influence toutes les autres émotions. Son développement semble émerger directement de l'enfance et la science semble reconnaître son rôle prédominant dans une foule d'activités humaines, que ce soit dans l'ascension fulgurante sur un piédestal, sous les feux de la rampe ou des médias jusqu'à l'amertume et au fiel des échauffourées et des bagarres des conflits entre conjoints. Les experts disent que la plupart des désaccords et disputes dans les relations interpersonnelles viennent de la honte. Certaines formes de violence prennent racine dans cette émotion. Et selon certains chercheurs, la façon dont la psychothérapie va adresser la honte, détermine aussi la longueur et l'efficacité du traitement. Thomas Scheff, un sociologue de l'Université de la Californie, campus Santa Barbara, dit : "La honte est une émotion principale, régissant l'expression de toutes nos autres émotions." Thomas Scheff a présenté le compte-rendu d'une recherche sur la honte à l'assemblée annuelle de l' "American Sociological Association" tenue à Chicago le mois passé. Le Dr. Scheff, qui étudie la sociologie des émotions, a dit : "Quand la honte fait partie du scénario, nous inhibons l'expression libre de toute émotion à l'exception de la colère. Contrairement aux autres émotions, qui tendent à passer avec le temps ou qui s'estompent dans la catharsis par les pleurs, la honte est l'émotion la plus difficile à admettre et à exorciser." De plus, la honte est la plus privée de toutes les émotions. Le Dr. Paul Ekman, psychologue de l'Université de la Californie, campus San Francisco, dit : "La honte peut être une des seules émotions qui n'évoque aucune expression faciale. Bien sûr, lorsque vous vivez de la honte, vous ne voulez pas divulguer votre chaos intérieur. Lorsque vous tournez la tête ou cachez votre visage, ce sont les seuls signes visibles et identifiables de votre honte." Les chercheurs commencent à utiliser ces signes extérieurs de la honte dans leurs observations de bambins et de jeunes enfants dans le but d'étudier comment et quand se développe la honte. La culpabilité habituellement se définit par les émotions qui entourent un geste interdit, une désobéissance, un délit réel ou imaginaire. Ça ne nous pousse pas vers l'aversion ou le dégoût envers soi comme la honte le fait. La honte attaque la base de notre identité et ne se vit pas nécessairement comme de l'humiliation ou de l'embarras. L'expérience de la honte est constante et pousse littéralement vers l'humilité. La honte est, dans bien des cas, une émotion bien normale, mais elle devient dangereuse pour notre stabilité émotive quand elle commence à teinter notre idée que nous nous faisons de qui nous sommes ou de ce que nous valons. La honte normale peut résulter du fait d'avoir découvert un secret bien gardé (comme une intention pas très honorable d'aider un ami dans le besoin). Mais la honte pathologique apparaît quand cette même émotion est générée par toute rebuffade ou chaque petit échec ou comme sous-titrage présent tout le temps dans chacune de nos relations, parce que nous croyons avoir un défaut de caractère constant comme la dépendance. RENCONTRE DE CHERCHEURS Plus tard cette année, un groupe de recherche formé d'experts internationaux va tenir une conférence parrainée par la Fondation Sloan pour discuter des méthodes scientifiques afin d'étudier la honte chez les enfants. Dr. Joseph Campos, un psychologue spécialiste du développement à l'Université de l'Illinois a présenté cette conférence ainsi : "Nous ne savons que très peu de chose sur la honte. C'est l'émotion la plus méconnue de toute la psychologie." La honte, comme les psychanalystes la décrivent, semblent émerger plus de bonne heure que la culpabilité dans le développement psychologique de l'individu. Dans toute son œuvre, Freud attache plus d'importance à la culpabilité qu'à la honte. Mais plus récemment des chercheurs, particulièrement Heinz Kohut, ont affecté l'ensemble de leurs travaux sur le rôle de la honte dans les problèmes psychologiques. Ce
nouvel intérêt pour la honte semble avoir été
engendré par le fait que des psychologues du développement,
en faisant des recherches sur la naissance de l'identité chez les
enfants, ont découvert que le sentiment de honte faisait partie
de ce processus développemental. Les sentiments qu'évoque
la honte commencent à apparaître dès l'âge de
deux ans au cœur même de la formation de l'identité chez l'enfant.
À mesure que l'enfant s'aperçoit qu'il est une personne "séparée"
des autres, un individu, il devient capable de comprendre pour la première
fois que les autres lui font parvenir des messages remplis de charges émotives
et dirigés vers lui. L'orgueil et la honte apparaissent — l'orgueil
en se voyant leur faire plaisir et la honte en leur faisant de la peine,
du chagrin, etc. Le Dr. Campos dit : "Les bambins savent en très
bas âge reconnaître si leur mère est en colère
ou contente. Dès l'âge de 16 ou 18 mois, ils commencent à
savoir si les émotions des autres les concernent ou sont dirigées
vers eux." L'enfant en vient à comprendre que ce qu'il fait détermine
ces émotions et que cela peut amener soit de l'orgueil, soit de
la honte. Le Dr. Campos dit aussi : "Vous pouvez identifier la honte facilement
par exemple chez un enfant de deux ans qui a sali son pantalon. Il regarde
par terre ou ailleurs et cherche à éviter tout contact visuel."
BASES AU DÉBUT DE L'ENFANCE Les psychanalystes retrouvent des éléments d'un sentiment profond de honte dans le début de l'enfance lorsque les parents ne répondent pas avec empathie et attention aux élans de l'enfant qui cherche à démontrer ses capacités ou ses aptitudes. Parce que l'enfant croit que ses efforts ne sont pas importants pour son ou ses parents, il grandit en se sentant comme inférieur et pas aimable. Andrew Morrison, psychiatre de l'École de Médecine de Harvard, a dit : "Le sentiment pour un enfant de ne pas se sentir confirmé ou supporté dans ses ardeurs, lui laisse croire que le monde entier ne le reconnaît pas. Et de ne pas voir son besoin de support comblé ou de ne pas recevoir un écho à ses attentes, sont propices au développement de la honte." Le Dr. Morrison ajoute : "Pour ces personnes rendues à l'âge adulte, ressentir n'importe quoi autre que l'autosuffisance (pour combler son besoin de support d'attention ou de contact physique) est générateur de honte." La recherche a démontré que les sentiments de honte sont souvent à la base de ce qui semble apparaître comme une rage irrationnelle. Commentant les études portant sur les hommes violents en traitement à l'Hôpital des Vétérans de Brentwood à Los Angeles, Melvin Lansky, psychiatre en chef, dit qu'on y a découvert que la honte jouait un rôle prépondérant dans les cas de violence familiale chez leurs patients. Le Dr. Lansky dit avoir découvert que la plupart des hommes violents étaient vulnérables psychologiquement — des épisodes de psychose ou de séquelles cérébrales superficielles — ce qui les rendait notamment dépendants de leurs conjointes pour pouvoir fonctionner adéquatement. Sans l'aide de leurs conjointes, le croyaient-ils, ils se seraient retrouvés comme désorganisés et perturbés. En même temps ces hommes se sont sentis honteux de se percevoir ainsi si dépendants. Ils étaient en particulier humiliés par les remarques de leurs femmes qui les laissaient croire incompétents et typiquement ils réagissaient avec de la rage et de la violence. HONTE ET VIOLENCE Le Dr. Lansky dit que la violence sert deux objectifs principaux : attirer l'attention ailleurs que sur leur dépendance et se donner l'illusion qu'ils ont retrouvé une forme de maîtrise de la situation. Le Dr. Lansky a écrit dans un rapport scientifique publié dans la revue 'The International Journal of Family Psychiatry' : "C'est souvent lorsque la personne cherche à contrer ce sentiment de désorganisation et d'impuissance, surtout si elle est obligée d'être sous les soins des autres, qu'elle va chercher à utiliser la violence.". Le rôle de la honte dans les conflits maritaux est l'objet de diverses recherches menées par le Dr. Scheff et ses étudiants. Le Dr. Scheff dit : "Quand des partenaires, des conjoints utilisent la honte comme arme, leurs conflits culminent vers des sommets souvent tragiques." Selon le Dr. Scheff, la honte et la rage s'amplifient l'un l'autre dans une spirale dangereuse. Beaucoup de scènes où la colère est exprimée sont le résultat d'affrontements préalables qui ont été promoteurs de honte. Cette honte en retour met de l'huile sur le feu de la colère. "La honte est la motivation cachée dans les discordes, querelles et vendettas qui durent depuis toujours. Ce sont des humiliations devant un groupe, des atteintes à l'honneur et à l'orgueil qui font qu'en retour, la vengeance répond par l'humiliation de l'autre groupe." La honte et la rage sont donc devenues des legs de cet héritage toxique qui survit de génération en génération. Vous pouvez voir plusieurs de ces rivalités ancestrales se jouer dans les conflits au Moyen-Orient. Les psychanalystes disent que sous le couvert de la posture de vénération du soi qu'adopte la personnalité narcissique, il y a ces sentiments de honte, de dégoût et même d'aversion envers soi-même. Des expériences répétées et survenues très jeunes qui ont laissé de telles personnes comme se sentant mal aimées, les poussent à prouver constamment leur valeur personnelle avec des réussites de plus en plus impressionnantes et incessantes. Le Dr. Nathanson a dit : "Un sentiment de honte conduit certaines personnes affectées à se bâtir une image 'gonflée' de soi (une façade, une personnalité, le faux moi) en cherchant la gloire et l'accès à des sommes d'argent." Il ajoute aussi : "Ils espèrent se convaincre ainsi de leur valeur personnelle et qu'ils sont aimables à travers leurs réussites et succès." Des familles entières peuvent vivre des sentiments de honte dans de tels événements comme un suicide, une faillite, ou des problèmes qui surgissent de vivre avec un parent alcoolique. Marilyn
Mason, une thérapeute familiale de l'École de Médecine
de l'Université du Minnesota est aussi co-auteure de "Facing Shame:
Families in Recovery," publié chez W.W. Norton. La Dr. Mason dit
: "La règle familiale implicite devient :'ne pas parler des expériences
traumatisantes vécues'. Le sentiment de honte pousse tous les membres
de la famille à chercher à maintenir une illusion de contrôle
émotionnel et à se donner des standards très élevés."
LE MEILLEUR ANTIDOTE CONTRE LA HONTE Le seul antidote vraiment efficace contre la honte, selon certaines recherches, serait de rire de soi — une constatation qui vient aussi de Freud. Dans une recherche menée par Suzanne Retzinger, une étudiante du Dr. Scheff, ces personnes qui en sont venues à rire d'elles-mêmes, de leurs moments d'humiliation et de leurs ressentiments, ont vu leur sentiment de honte diminué considérablement. Et la honte persistait chez les personnes qui ne réussissaient pas à plaisanter en partageant leurs travers. Cette recherche a été publiée dans une parution récente de la revue scientifique 'Psychoanalytic Psychology'. Selon le Dr. Scheff, les sentiments de honte peuvent disparaître si une personne peut les admettre ouvertement aux autres et se sentir respectée, plutôt que jugée, par ces écoutants. Selon certains auteurs, la façon accueillante ou médiocre avec laquelle la psychothérapie va composer avec la honte va déterminer la longueur et l'efficacité du traitement. Helen Block Lewis, psychologue de l'Université Yale, a été une des premières à étudier le rôle de la honte dans la psychothérapie. La Dr. Block Lewis proposait que des excès de honte peuvent pousser les patients à rater ou même à faire avorter leur psychothérapie. RÔLE DANS LE SUCCÈS D'UNE THÉRAPIE Dans une recherche qui portait sur les "verbatims" (transcriptions) de 180 sessions de psychothérapie, la Dr. Block Lewis a découvert que lorsque le psychothérapeute n'arrivait pas à identifier la honte chez son client, les problèmes de son client se détérioraient ou se prolongeaient. Et quand le thérapeute reconnaissait les sentiments de honte et aidait son patient à composer avec ces émotions, le traitement était plus efficace et plus court. Le Dr. Donald I. Nathanson, psychiatre de l'Université Hahnemann à Philadelphie et l'éditeur de "The Many Faces of Shame," publié récemment par Gulford Press, écrit : "La honte est un problème sous-entendu et implicite en psychothérapie et son importance est souvent ignorée par plusieurs thérapeutes." Le Dr. Nathanson a dit : "Freud croyait que, lorsqu'un patient était silencieux, cela était un indice d'anxiété et il y voyait de la résistance. Mais le silence indique plutôt que le patient est dans l'embarras e vit de la honte, c'est honteux pour lui d'exprimer ce qu'il pense." Le Dr. Nathanson, qui a donné un cours sur la honte l'an dernier à l'assemblée annuelle de l' 'American Psychiatric Association', poussait les thérapeutes à dire à leurs patients dès le début que les sentiments d'embarras, de malaise et de honte faisait partie du processus thérapeutique normal. De telles observations, disait-il, rendaient la tâche plus facile pour leurs patients d'admettre qu'ils hésitaient à parler de ces événements et des émotions qu'ils vivaient et qu'ils n'avaient probablement jamais divulgué à qui que ce soit auparavant. (article
publié dans "The New York Times, Jeudi, le 15 septembre 1987)
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