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Dossier formation - Gilles Vinet |
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Améliorez votre efficacité comme intervenant
Ce texte a été traduit par Gilles Vinet |
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« Improve Your Effectiveness as an Addiction Counselor » un encart préparé spécialement pour la revue The Addiction Letter publiée par Manisses Communications Group, Inc.
The Addiction Letter
David J. Powcll, Ph.D, C.A.C. Mel Scholstad, C.A.C.
Education and Training Programs, Inc. Human Resources Management
John Wallace, Ph.D. Bruce Carruth, Ph.D., C.A.C.
Martin N. Buxton, Ph.D., FAACP
Éditeur : Marcia J. Lawlon, Ph.D., C.A.C.
"Improving Your Effectiveness as an Addiction Counselor."
The Addiction Letter est un bulletin mensuel qui sert de lien pratique entre les ressources du milieu professionnel de la réadaptation de l’alcoolisme et des autres toxicomanies. Notre objectif est de partager des informations récentes, précises et pertinentes en tirant de revues professionnelles, d’opinions d’experts et de l’expérience du personnel et du conseil aviseur.
Évitez
l’épuisement professionnel
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AVOID BURNOUT AND INCREASE
YOUR PERSONAL EFFECTIVENESS
Peu de professionnels en réadaptation et en relation d’aide n’exigent autant des aidants que le domaine de l’alcoolisme et des autres toxicomanies. Plongés quotidiennement dans la tragédie et l’état de crise, et souvent rencontrant du rejet dans leurs interventions auprès de ceux et celles qu’ils essaient d’aider, nous, les aidants auprès des dépendants, allons découvrir que notre efficacité est constamment compromise ou menacée par l’épuisement professionnel. Nous voyons plusieurs de nos collègues rendus au bout de leurs rouleaux et qui se soucient souvent que nous joignions leurs rangs. Nous n’avons pas à passer par ce même sentier. Nos vies professionnelles peuvent prendre un autre cheminement — vers une plus grande efficacité — si nous faisons quelques petits pas spécifiques dans nos vies personnelles. Si nous suivons ce programme, nous pouvons mieux composer avec le stress et, ce qui est le plus important, éviter l’épuisement professionnel. Nous ressentons une grande satisfaction lorsque nous pouvons identifier un élément de croissance, et même un tout petit pas qu’une personne aidée peut entreprendre grâce à notre intervention. Un pas qui brise son déni, un éveil soudain, un insight profond sur son vrai moi ou son ego malade, un sentiment nouveau de belle vie, de bonheur et de joie de vivre, toutes ces expériences de réadaptation qui sont le fruit de la combinaison de facteurs comme une bonnne éducation académique, d’une formation professionnelle adéquate, de l’expérience et de la compétence, du talent et de la personnalité de l’intervenant. Soigner des individus et des familles aux prises avec la dépendance aux substances psychotropes requiert une foule d’intervenants d’une variété de formations différentes — des conseillers en alcoolisme et autres toxicomanies, des travailleurs sociaux, des psychothérapeutes familiaux, des psychologues, des infirmières, des conseillers en pastorale et quelquefois bien d’autres — et diversifiées et en même temps unies, en partie, par l’appréciation que chacun manifeste de voir son efficacité au travail résulter en une manifestation de croissance personnelle chez un aidé. Nous effaçons le terme «épuisement professionnel» ou «burnout» de notre esprit parce c’est devenu un mot parapluie qui couvre une éventail de définitions ou de situations trop variées, parce que ça n’arrive qu’aux autres ou comme avec la guerre nucléaire, parce que nous ne pouvons vraiment rien y faire. Nous voyons le «burnout» dans les attitudes cyniques d’un collègue ; nous le blâmons comme responsable des réactions passives-agressives ou une réponse «forçée» ou blazée devant des comportements délinquants. Le début d’une grippe devient quelquefois une occasion de se mettre à ruminer ou à nous inventer des soucis assez recherchés. «Est-ce que c’est ça? Je dois être en train de somatiser. Je dois être sur le point de reconnaître un épuisement dû à ma job?» Tous et chaun de nous avons vécu de tels moments de désillusion et de désenchantement, et certains d’entre nous sommes allés jusqu’à nous ssentir «vidés», jusqu’à ce que le désespoir semble creuser un cratère intérieur, un trou béant immense. Nous avons joint les rangs des professionnels blessés, aux cœurs saignants qui n’attendent qu’une promotion, un congédiement ou une offre d’emploi ailleurs qui va apporter un soulagement temporaire ou jusqu’à ce que nous entreprenions une action pour remédier à la situation — retourner aux études, nous lancer dans une autre carrière, ou nous-mêmes entrer en thérapie — et que cela soit adéquat pour nous sortir de ce gouffre. Notre potentiel à être des aidants efficaces et notre susceptibilité à l’épuisement professionnel, tous les deux sont liés intimement à qui nous sommes et ce que nous faisons dans nos vies de tous les jours comme êtres humains plutôt qu’à notre type d’emploi ou à notre compétence professionnelle. Nous ne pouvons minimiser l’effet corrosif et toxique d’un environnement malsain, répressif ou pessimiste. Nous reconnaissons aussi qu’une formation académique insuffisante ou inadéquate, qu’une formation professionnelle superficielle peut provoquer des frustrations incessamment croissantes et amplifier tout sentiment personnel d’inadéquation et d’incompétence. Cependant, notre expérience a démontré que la plupart des aidants sont formés assez adéquatement pour être compétents et que la plupart des centres de réadaptation offrent un minimum de supervision et de formation à la hauteur. Nous croyons qu’un aidant est toujours engagé dans un processus continu, un continuum entre l’efficacité et une amélioration de ses interventions pour aller jusqu’à une expérience rigide et étroite, inflexible qui se termine par le burnout. Efficacité & amélioration des interventions <— —> rigidité et Burnout Le choix d’une direction <— ou d’une autre —> réside en chacun de nous tous Nous nous suggérons
six façons d’améliorer notre efficacité et d’éviter
l’épuisement professionnel :
1. Centrez-vous — découvrez un sens profond à votre vie 2. Évaluez vos besoins – devenez un expert dans l’art de combler vos besoins 3. Amusez-vous — c’est un grand antidote pour le stress 4. Suivez vos propres conseils – écoutez ceux que vous prodiguez aux autres 5. Partagez vos secrets — de lourds secrets peuvent retarder votre croissance personnelle 6. Faites de l’équilibre dans votre vie — le travail ne doit pas être votre seule priorité Nous espérons que vous allez découvrir de nouvelles façons d’agir et d’établir un équilibre sain et créatif dans vos vies. Certaines suggestions offrent des techniques applicables au travail et d’autres vont puiser à même vos propres expériences cliniques individuelles de façon à apporter chez vous une amélioration tant sur le plan humain que sur le plan professionnel. 1. Centrez-vous — découvrez un sens profond à votre vie À travers les âges, les philosophes et les étudiants qui ont observé la psyché humaine ont noté à plusieurs reprises l’instinct apparent de l’homo sapiens à se poser des questions qui restent encore sans réponse, d’après les normes de science moderne occidentale. Ces questions viennent sous divers formats : D’où est-ce que nous, la terre et l’univers entier venons? Qu’est-ce que nous faisons ici? Est-ce qu’il y a un but à cet évènement? Qu’est-ce qui se passe vraiment présentement? Peu importe l’approche, la quête sous jacente à ces interrogations est toujours la même : découvrir un sens intérieur à la signification de notre passage sur terre que nous cherchons tous et que nous finissons par expérimenter à travers notre vie. Nous croyons que les aidants
deviennent très habiles à se sentir en paix avec ce genre
de questions sans réponse et quelquefois même confortables
au beau milieu de réflexions irrationnelles qui écrasent
normalement l’esprit humain. Ça semble qu’il n’y a que deux alternatives.
Nous pouvons essayer d’acquérir une personnalité qui pourra
s’accomoder de ce questionnement. Ou, à défaut, nous pouvons
permettre à des idées ou à des valeurs personnelles
vaguement conscientes acquises au fil du temps et de nos expériences
de vie de nous procurer une ou des solutions partielles, superficielles
et fréquemment illogiques à nos interrogations. En d’autres
mots, ces questions exigent une réponse, une réaction active
ou passive, cognitive et/ou expérientielle, par la seule nature
de notre esprit humain. Nos réactions dressent une base, une fondation
— solide ou chancelante, droite ou rugueuse — sur laquelle va se construire,
s’édifier le sens de notre vie sur terre.
Ce sentiment de complétude et de congruence de notre vie améliore tant notre éveil dans des situations auxquelles nous sommes confrontés que la créativité de nos réactions et réponses à ces situations. Mais ce type d’ancrage et de centration opère comme un paratonnerre. Fréquemment dans nos vies professionnelles nous recevons ce qui est l’équivalent énergétique de la foudre, comme par exemple lorsqu’une personne nous partage une tragédie, ou que nous sommes envahis tout à coup par un sentiment d’inadéquation qu’il soit réel ou imaginaire. La centration va protéger notre identité, notre vrai moi, de ces coups et de ces chocs en nous ancrant dans notre sentiment de complétude et de congruence de notre vie. Cette fondation qui pourrait se nommer notre pholosophie de vie et son interprétation sur le plan cognitif, nos croyances, nous offre une assise psychologique pour comprendre les complexités de la vie, nos joies, nos peines et le continuum entre les deux et les paradoxes qu’il entraîne. Mais même sans comprendre tout ce qui se passe, il y a une réalité de l’expérience que nous offre la vie et que la centration permet de saisir. Comme bien des étudiants qui arrivent à l’université, plusieurs aidants professionnels passent par dessus l’idée même qu’il y a une dimension spirituelle à notre expérience terrestre, ou l’ignorent tout en réfléchissant sur ses origines. Dans sa forme la plus pure, l’expérience de la spiritualité génère un sentiment d’harmonie et d’unité avec tout le cosmos. À travers le processus d’intervention et de relation d’aide, la vie spirituelle va nous procurer des sommets tant de sagesse que d’énergie qui transcendent les limites de nos ressources habituelles. Un intervenant sénior auprès de dépendants était assez pragmatique dans la description de son expérience personnelle de la spiritualité : Voyons, je vais prendre toute l’aide que je peux recevoir. Je crois dans un ordre naturel des choses qui pousse dans une direction mais ne force pas ou ne dicte pas le sens de cette direction pour que l’expérience humaine soit positive, nous permette de grandir, d’aimer et d’être créatif. Souvent en affirmant mon désir — certains appellent ça «prier» — de comprendre cet ordre des choses dans une situation particulière et pour agir en accordance dans ce sens, je reçois de nouveaux insights, un sentiment important de confiance et d’énergie. Des activités religieuses établies sont une avenue qui mène vers des ressources intérieures immenses mais la plupart des intervenants qui sont centrés spirituellement mettent l’emphase sur le fait que beaucoup de personnes atteignent une telle expérience spirituelle par une variété d’expériences très différentes. Des approches s’offrent à nous dans les diverses techniques de centration et elles tournent toutes autour des problèmes philosophiques suivants et de certaines idées qui permettent de générer et de bien ancrer notre expérience de la spiritualité. Problèmes philosophiques 1. Est-ce que la vie et l’univers
a un sens? Ou est-ce que ce sens s’inscrit dans une perspective et dimension
individuelle ou communautaire (de groupe)?
Répondez à chaque item sauf le numéro 4 en les revoyant par les yeux d’une personne bien ordinaire. Et puis à travers les yeux d’un intervenant. Puis comparez et identifiez les contradictions. Comment pouvez-vous réconcilier ces divergences? Recherche de croissance spirituelle 1. Prenez une décision
ferme de développer votre côté spirituel ou d’approfondir
votre spiritualité. Réaffirmez continuellement votre désir
d’ouverture et de bonne volonté de vivre une expérience spirituelle.
2. Évaluez vos besoins – devenez un expert dans l’art de combler vos besoins Si vous désirez augmenter la performance de votre maison de thérapie ou de votre centre de réadaptation, une des premières choses à faire c’est de demander à un consultant de procéder à une évaluation approfondie des besoins de l’organisme ou du secteur. Heureusement, avec quelques moments de réflexions sur vos insatisfactions et vos frustrations de même que sur ce qui va bien dans votre vie vous pouvez devenir un expert à satisfaire vos propres besoins. En agissant en tenant compte de ce vous apprenez durant ce processus d’évaluation, vous allez découvrir que vos besoins peuvent être comblés de manière plus approfondie et plus régulièrement. À mesure que cela se produit, la croissance et la créativité individuelles seront stimulées et le potentiel pour la stagnation dans votre milieu de travail et le burnout sera dissipé. Vous pouvez devenir un excellent modèle dans l’art de prendre soin de soi et d’assumer ce que la vie daigne bien vous apporter comme cadeau. Pour commencer ce processus,
il suffit de définir les besoins primordiaux des êtres humains.
Peut-être qu’un modèle déjà existant nous offrirait
de bonnes bases. Plusieurs utilisent le modèle hirarchique d’Abraham
Maslow que ce dernier a bien articulé pour nous procurer de nombreux
insights.
Besoins physiologiques : La plupart des intervenants vivent un style de vie où ces besoins sont comblés du moins en grande partie. Mais lorsque notre but à atteindre devient l’amélioration de notre espace vital, c’est assez important de regarder plus loin. Par exemple, peu d’entre nous meurent de faim mais la plupart d’entre nous avons déjà été dérangé dans notre travail par un estomac qui criait famine, l’irritabilité qui vient avec la faim sur le plan physique ou par un faible taux de sucre dans le sang. Plutôt que de prendre des repas lourds, il est préférable dans bien de ces situations de manger souvent de petites quantités à des intervalles plus fréquents. Vous allez découvrir que vous pouvez ainsi éliminer la faim en augmentant de peu l’apport calorique. Quelle est la nature des calories de votre diète? Est-ce que votre menu inclut des protéines, des vitamines et les minéraux requis pour vous maintenir en santé? Ou est-ce que votre alimentation est truffée d’excès de sucres raffinés et de caféine contribuant ainsi chez vous à augmenter la quantité de stress avec lequel vous devez vivre Est-ce que la quantité et le type d’exercices physiques répondent à vos besoins sans vous épuiser plus que d’habitude? Vous reposez-vous suffisamment? Besoins de sécurité : Quand un intervenant est bouleversé par des problèmes qui l’empêchent de se sentir en sécurité, le plus souvent c’est parce qu’il a commencé à croire qu’il a non seulement besoin de certains artifices pouvant lui procurer des plaisirs inassouvis mais que ces besoins sont vitaux. Cet excès de bagage peut prendre certaines formes assez spécifiques et incluant des biens matériels, de l’argent, du prestige ou certains liens avec des personnes en particulier. Par exemple, pensez à l’ergomane («workaholic») qui cherche à performer et réussir de manière compulsive comme moyen de défense devant l’anxiété et l’inadéquation de sa famille d’origine. Pour plusieurs qui vivent ce genre de compulsion, les récompenses sans cesse augmentant au niveau de la reconnaissance publique, la puissance et l’accomplissement sur le plan social vont éventuellement ne pas réussir à lui procurer un vrai sentiment de sécurité. On croit que plusieurs cas d’épuisement professionnel sont liés au fait que les intervenants débutants dans le domaine voient plus à satisfaire leurs besoins d’aider les autres au détriment de leurs besoins de sécurité et de protection. Quand certaines récompenses que nous tirons de notre travail — les succès de nos clients, la reconnaissance de nos pairs, une promotion, une bonne rémunération — ont le pouvoir de venir menacer notre besoin de nous sentir en sécurité et protéger, nous courtisons à court terme le burnout. Plusieurs d’entre nous doivent procéder à des changements radicaux pour remédier à des telles situations et clarifier leurs attitudes et gestes nécessaires pour combler ce besoin. Un moyen, c’est de s’affirmer comme un être humain flexible, créatif et capable de réagir, ayant des ressources comme du talent, de l’intelligence et une valeur intrinsèque et une habileté innée de générer autour de soi un espace vital et sécuritaire. Nous pouvons bâtir ce sentiment de sécurité en nous basant sur qui nous sommes vraiment — cela inclut aussi nos ressources sur le plan spirituel — et en nous libérant des attentes et exigences spécifiques de ce que nous devons posséder ou ce que nous devons faire dans la vie. Besoins d’appartenance : Freud a écrit de beaux textes qui parle de notre besoin de donner et de recevoir de l’amour. L’homme est un être social, et son besoin de se sentir intimement connecté aux autres et au reste de l’humanité est très important. La solitude est souvent la plus pénible des souffrances émotives et apparaît très tôt comme un indice significatif que le besoin d’appartenance n’est pas satisfait. Le problème n’est pas d’être entouré des autres mais bien de savoir qu’une poignée de personnes peuvent être là pour nous quand le besoin se fait sentir. La plupart des types de filiations
que nous développons avec les autres existent pour combler ce besoin
mais au niveau le plus significatif, nous retrouvons ces liens avec les
membres de la famille et avec les amis sur l’épaule desquels nous
pouvons pleurer et qu’ils nous offrent de leur temps et de leur énergie,
de la confrontation quand elle s’impose et continuellement de leur support
et de leur amour.
Le but ici, c’est de combler ce besoin en établissant un réseau hétérogène et varié de relations interpersonnelles ou en ayant un système assez diversifié de support personnel. Il faut pouvoir chercher hors de nos professions, hors des réseaux d’aidants et d’intervention. Il faut pouvoir chercher hors de sa famille même élargie. Ouvrez-vous à de nouvelles amitiés, et prenez le risque en communiquant ouvertement vos émotions, vos désirs, vos idées et même vos échecs. À mesure que vous abaissez vos barrières et mécanismes de défense élevés pour prévenir tout embarras ou rejet, vous allez souvent découvrir que vous avez ainsi abaisser en même temps les barrières qui vous empêchaient de vous sentir aimer et lier aux autres et de partager tout ça. Besoin d’estime de soi :
Quand nos besoins les plus primordiaux sont comblés, les choses
que nous faisons dans le processus d’être nous-mêmes deviennent
la plus grande source d’une vraie estime de soi. Nos réalisations
peuvent amener un humble sentiment de valorisation et de réalisation
de soi à moins que nous les ayons utilisé pour crever nos
peurs et sentiments d’insécurité ou pour attirer vers nous
des sympathies. Nous pouvons améliorer notre estime de soi de trois
manières.
Réalisation de soi : Ce processus est une joie que nous atteignons à certains moments dans nos vies, pas un état que nous atteignons et où nous demeurons. Nous ne sommes jamais «réalisés» ; cela impliquerait que nous avons atteint le plus haut niveau de notre potentiel dans tous les domaines de nos vies. Nous nous réalisons pleinement quand nos pensées, nos émotions et nos actions manifestent avec congruence nos habiletés et nos possibilités. Nous augmentons les chances de notre réalisation personnelle quand nous agissons dans le sens de combler de manière satisfaisante nos besoins. Des activités créatrices, spirituelles, et des défis peuvent être assez stimulants et induire cette réalisation de soi. Ayant complété cette évaluation de nos besoins, — qui, en passant, n’a pas besoin d’être parfaite ou finale — agissons dans ce sens. Non seulement, nos besoins peuvent être mieux satisfaits, nous allons de plus nous sentir satisfaits d’avoir agi et nous allons mieux comprendre le sens de cette phrase de la prière de la Sérénité «le courage de changer ce que nous pouvons changer» 3. Amusez-vous — c’est un grand antidote pour le stress Avoir du plaisir n’est pas seulement une activité plaisante, c’est une affaire sérieuse. C’est que ça devient utile pour les intervenants lorsque trop souvent ils se retrouvent confinés dans des affaires sérieuses. Avoir du fun, c’est un antidote contre le stress et une bonne façon de relaxer. Ça rétablit notre point de vue lorsque nous avons à faire avec des échecs, des limites et nos rêves non réalisés. Ça nous ramène à redécouvrir la spontanéité et à la créativité. C’est aussi s’amuser tout simplement ! En dehors de notre lieu de travail : 1. Les enfants sont la source
de jeu la plus pure. Laissez tomber vos idées en ce qui concerne
la bonne façon de jouer avec un enfant, et demandez à des
enfants de vous apprendre les vraies affaires en ce qui concerne l’art
de s’amuser. Vous allez non seulement apprendre à relaxer
et à avoir du plaisir, mais aussi que c’est ok de se sentir embarrassé,
que ce n’est pas grave d’avoir l’air fou. Quand vous aurez appris à
vous amuser, d’avoir l’air fou de temps en temps, vous allez être
prêts à aider d’autres «adultes».
Dans notre lieu de travail : 1. Ajustez votre attitude.
La plupart des professionnels et intervenants ont un instinct quasi naturel
de se prendre, eux et leur travail, trop sérieusement. Remettez
les choses à leur place.
4. Suivez vos propres conseils – écoutez ceux que vous prodiguez aux autres Les intervenants de diverses
formations professionnelles centrent souvent leur attention sur la préparation
de judicieux conseils qu’ils devraient prodiguer comme aidants à
qui en particulier, quand, sous quelles circonstances et comment…La tâche
de l’aidant qui veut donner un conseil doit être de se poser ces
questions et ensuite s’aviser à combler l’aidé «pour
son propre bien». Les intervenants peuvent découvrir en s’écoutant
eux-mêmes que bien des interactions, même celles qui ne contiennent
pas de message explicite, sont une source de recommandations claires pour
améliorer sa propre vie.
Le second mode est orienté vers l’éveil de l’intervenant à ses problèmes personnels. Typiquement, un thème émerge des interactions de l’intervenant, observable sur une période aussi courte que quelques heures et qui va s’étendre quelquefois sur des années. Dans un moment d’éveil ou d’insight, le thème est parfois reconnu comme ayant un rôle important dans la vie et dans la croissance de l’intervenant. Quelquefois, le thème apparaît premièrement dans les réactions de l’aidant sous la forme de répétitions ou de similarités dans la formulation des problématiques, des slogans motivateurs, des émotions et des besoins de plusieurs personnes qu’il aide. La plupart des intervenants semblent familiers avec cette expérience. Plusieurs l’attribuent à une projection inconsciente de ses propres problèmes dans ses interactions de ses relations d’aide, surtout quand ce thème est «cristalisé» dans son propre esprit. Quand le thème est adressé ouvertement par une autre personne, l’intervenant partage rarement son désarroi ou son impuissance devant telle situation. La plupart du temps, nous faisons état et recherchons avant tout des explications spirituelles ou métaphysiques (la grâce de Dieu, l’ordre naturel des choses, le concept de synchronicité) plutôt d’y voir de simples coïncidences. Conseils qui poussent à l’action : 1. Saine alimentation, exercices
et repos. Bien que les besoins individuels puissent varier un tant soit
peu, des quantités adéquates dans des formes équilibrées
de ces trois items sont nécessaires à chaque intervenant
— ou qui que ce soit — s’il veut puiser régulièrement et
de manière créatrice dans ses ressources émotionnelles,
mentales, physiques et spirituelles. Un intervenant qui passait inaperçu
la plupart du temps dans un centre de jour racontait qu’il avait passé
par une période où tous ses clients refusaient de participer
à des activités physiques et qu’il trouvait ça assez
frustrant pour songer à refuser de les voir et continuer leur thérapie
externe. Immédiatement, lorsqu’il se mis à s’entraîner,
l’intensité de cette problématique disparut.
Conseils qui parlent de substances : Si vous avez le moindre doute d’être un alcoolique ou un dépendant de quelque subtance psychotrope que ce soit ou si vous vous adonnez à quelque comportement compulsif, vous pouvez en parler à quelqu’un dès maintenant ou simplement attendre que les choses s’aggravent. Qu’est-ce qui fait le plus de sens pour vous? Est-ce que vous avez souvent recours à un raccourci chimique pour vous détendre après la job? Est-ce que vous croyez qu’il est temps de composer avec votre dépendance à la caféine, à la nicotine ou au sucre? Conseils en général : Pensez aux choses que vous faites pour charger vos batteries. Quelles sont ces activités que vous faites qui vous laissent «énergisés» et en même temps sereins, réceptifs et créateurs? Quelles sont ces activités auxquelles vous participez qui vous amènent à vous accepter et à être en harmonie avec le reste de l’humanité? Quelles personnes, pratiques, endroits sont liés à ces processus de bien-être? Est-ce que la perte d’un de ces éléments regénérateurs peut faire jaillir de l’insécurité, de la fatigue…? Peut-être faut-il s’asseoir et chercher de nouvelles piles ou survolteurs pour nous recharger. Conseils
qui éveillent :
5. Partagez vos secrets — de lourds secrets peuvent retarder votre croissance personnelle La plupart des gens ont des secrets personnels, des petites informations sur eux qu’ils conservent cachées, habituellement par peur et qui deviennent comme une habitude, un autre objet dans la garde-robe ou dans la remise. La peur de vivre de l’embarras, de la culpabilité, de la honte, du rejet, de la colère ou de subir des représailles nous oblige à cacher sous le couvert du secret des situations pour nous éloigner de ces émotions. Très tôt s’installe sous la loi de l’inertie un immobilisme qui nous dicte de conserver comme secrets ces éléments humains de notre nature jusqu’à ce qu’une force extérieure vienne les débusquer. Et les secrets demeurent, chacun se vautrant et s’envenimant dans cette illusion de peur, dans cette interprétation erronée et non verbale de notre réalité. Il y a une distinction entre être pris dans le piège d’un secret et choisir de conserver le privé d’une intimité. Ça semble approprié mais ce n’est pas sain pour ces adultes de garder certaines choses privées. Mais s’abstenir de partager ce qui est privé implique que certaines personnes sont privilégiées et pourront recevoir ces informations car elles sont pertinentes pour elles. Et la motivation pour dresser une telle barrière n’est pas la peur des conséquences que notre ouverture va provoquer. L’acte de garder un secret est le storage d’une énergie interne et un investissement de cette énergie dans la peur. Cet acte amplifie artificiellement l’importance et la signification du secret. Un intervenant avec une approche familiale systémique répète souvent à ses clients : «Vous êtes aussi malades que la quantité de secrets que vous gardez !» Que ce soit à propos du passé ou du présent, à propos d’événements, de situations ou de croyances, les secrets sont habituellement lourds à porter et retardent la croissance personnelle et nuisent à notre habileté d’entrer en relation avec les autres. Il y des gains potentiels à obtenir en identifiant et se libérant de secrets bien gardés, même si au départ ils ont l’air insignifiants. Premièrement, il y a libération de cette énergie mentale et internalisée qu’utilise le cycle de la peur et qu’exige la suppression et quelquefois le refoulement que suggèrent les comportements qui entourent le processus comme la non divulgation, la discrétion, le silence, etc. Le contenu de ce qui n’est plus tenu caché ou secret est habituellement immédiatement réévalué et apparaît tout à coup moins important qu’à prime abord. Le pouvoir du secret de créer ou de maintenir des émotions désagréables chez soi est dissipé presque complètement. Et quelquefois un besoin personnel apparaît comme s’il avait été caché par l’ombre du secret, habituellement c’est un besoin de rétablir ou de soigner nos relations interpersonnelles ou encore de grandir. Finalement, nous allons voir augmenter notre estime de soi, notre connaissance de soi et notre expérience personnelle, utile alors auprès des participants à la thérapie que nous poussons directement ou non à révéler leurs côtés sombres et leurs ombres. 1. Écrivez une autobiographie.
Ne
soyez pas bouleversés par cette suggestion : plusieurs ont découvert
combien cette activité suscitait de l’humilité lorsqu’ils
se sont aperçus qu’ils avaient si peu de choses à mettre
sur papier (ou à colliger dans un fichier spécial dans leur
ordinateur). C’est important de noter que cet exercice d’écriture
va vous aider à identifier vos secrets qui ont été
refoulés très loin dans votre «boîte à
poux». Des incidents de notre enfance qui ont relativement l’air
assez banals comme tels peuvent percer et venir troubler notre quotidien.
Notre attention peut alors se centrer sur un mot, sur un juron, sur des
brutalités faites à d’autres enfants, sur des déceptions.
Découvrir ces déclencheurs est le premier pas vers la libération
des charges émotives que nos secrets cachent encore.
6. Faites de l’équilibre dans votre vie — le travail ne doit pas être votre seule priorité Quand un moteur, et il est construit comme ça, a tout à coup une vibration caractéristique et non désirable, un ingénieur peut être appelé pour souvent y ajouter un élément mécanique pour solutionner le problème. En travaillant comme intervenant dans le domaine de la réadaptation de l’alcoolisme et des autres toxicomanies, il y a des éléments qui créent des déséquilibres dans certains domaines de vie de l’intervenant à moins qu’il y ait des éléments pour retrouver une forme d’équilibre. Bien qu’il y ait des liens et des vibrations uniques entre tout emploi et toute personnalité — dont certains sont désirables — il y a certains types de déséquilibres avec lesquels nous pouvons composer. 1. Prenons d’abord la recherche
d’un équilibre entre le temps passé au travail et le temps
consacré à la famille. Un emploi d’un intervenant qui œuvre
à temps plein habituellement procure plusieurs moments de très
haute intensité au travail et aussi à la maison. Deux problèmes
sont typiques : trop d’heures, soit au travail, soit hors des heures de
travail contaminées par des retombées émotives de
notre emploi. Le dernier de ces deux problèmes peut être traité
et répond assez bien aux stratégies déjà proposées
dans ce document. Pour trouver un équilibre entre le temps «personnel»
et «professionnel», commencez par la règle de base du
40 heures / semaine pour la job. Si vous dépassez ce chiffre magique,
essayez d’imaginer ce que vous avez à gagner de ce stratagème.
En absence d’une réponse sérieuse — «Je fais du temps
supplémentaire pour avoir de l’argent pour faire des cadeaux à
Noël prochain.» — présumez que vous avez besoin d’augmenter
le temps que vous passez à prendre soin de vous chez vous. Votre
rationnel qui vous amène à travailler tant que ça
peut vous faire croire que vous avez besoin d’un surplus de temps pour
effectuer les tâches qui vous incombent, tout en maintenant les normes
de qualité de soins et services. Vérifiez les détails
de votre illusion de surcharge de travail avec vos collègues et
votre patron. Si vos tâches réelles sont semblables à
celle des autres et/ou celles que votre patron s’attend de vous, votre
désir de retrouver un équilibre peut sembler très
fastidieux. Vous pouvez même croire qu’il serait plus facile de congédier
votre employeur. Cependant, la racine de ce problème est souvent
profonde et se situe dans une combinaison de perfectionnisme caché
(des attentes d’un perfectionnisme camouflé sous des couvertures
de rationalisations justifiant la nécessité de vous astreindre
à tout ce surplus de travail) et une difficulté à
mettre des priorités dans les diverses tâches à accomplir.
2. Une source inhérente
de déséquilibre dans notre travail d’intervention, c’est
habituellement la quantité énorme d’heures passées
à parler et à réfléchir. Les demandes croissantes
au niveau de rapports et de documents écrits ajoutent à ce
déséquilibre. Trouver des activités ludiques (des
loisirs ou hobbies) qui ne nécessitent aucune tâche cognitive,
intellectuelle. Bien que bien des activités de ce genre ont déjà
été mentionnées, nous allons vous suggérer
deux nouvelles approches différentes. Le monde des arts et de l’artisanat
procure plusieurs échappatoires pour nous plonger dans un autre
univers. Une façon moderne de nous anesthésier, c’est le
monde virtuel, avec les jeux vidéos qui mettent l’emphase sur la
coordination main-œil avec un minimum de stratégies et de réflexions.
Conclusion Comme nous l’avons vu, si nous voulons devenir plus efficaces à aider des gens à se rétablir d’une maladie comme l’alcoolisme et/ou la dépendance de substances psychotropes, cela requiert que nous prenions du temps privilégié pour prendre aussi soin de nous-mêmes. Acquérir une nouvelle et meilleure perspective en ce qui concerne notre travail, combler nos besoins primordiaux, apprendre à nous amuser, suivre nos propres conseils que nous dispersons à gauche et à droite, nous débarrasser des secrets qui pourrissent et finissent par puer et trouver un équilibre avec l’aide de nos collègues et de de nos amis sont des moyens importants pour devenir et demeurer des intervenants efficaces. Nous espérons que ce document n’est que le début de votre recherche pour améliorer vos vies. C’est seulement en continuant de satisfaire nos besoins individuels que nous pouvons nous prémunir contre l’épuisement professionnel et ainsi en évitant le burnout, nous allons rester efficaces. Bruce Carruth, Ph.D., C.A.C,
psychothérapeute et formateur en Gestalt nous a donné la
permission de traduire ce document en français lors d’un cours au
Rutgers’ Summer School of Alcohol Studies.
Ce texte a été traduit par Gilles Vinet, d’Au Centre de la Vie& |