Je suis tombée en
amour la première fois quand j'étais en sixième année.
Il s'appelait Martin Levy et il était un finissant au secondaire.
Martin avait de gros muscles bien formés, des yeux comme des agates,
et un visage où se réfléchissaient les journées
chaudes et humides de l'été. À la Fête du Mardi
gras, je lui ai demandé de m'épouser et il accepta. Nous
nous sommes rendus ensemble jusqu'au kiosque des mariés qui était
décoré de papiers crêpés rouges et blancs et
le professeur de sciences sociales, M. Ogden, nous a prononcé: «mari
et femme». Martin m'a serré la main, je suis devenue toute
rouge et puis il m'a embrassé. Sur les lèvres. J'ai mis mon
certificat dans un cadre et je l,ai accroché au dessus de mon lit
pour qu'il fasse partie de mes rêves. Je faisais jouer "Born Too
Late", une chanson des "Pony Tails", encore et encore jusqu'à ce
que mon frère le casse en deux parce qu'il ne pouvait plus entendre
cette chanson.
J'ai commencé à
suivre un régime cette même année où j'ai rencontré
Martin. Au début, je croyais que si j'étais mince, je serais
très belle — et si j'étais assez belle, Martin me prendrait
au sérieux. Après ma graduation, je ne désirais plus
qu'être belle. Et pour les prochaines dix-sept années, ma
principale passion dans la vie ne fut pas une relation amoureuse mais mon
poids. Beaucoup d'autres drames se sont déroulés devant moi:
mes parents étaient désespérément malheureux;
mon premier vrai copain est mort du cancer; ma meilleure amie a perdu sa
mère, elle s'est suicidée; mon frère allait à
l'école, gelé, avec un chapeau haute forme et les cheveux
en queue de cheval, et à travers tout ça, je me suis construit
un beau refuge bleu dans un petit coin de mon corps qui me promettait que
je serais heureuse, remplie de tendresse et de beauté... si seulement
je devenais mince.
Puis je suis devenue mince.
Il y a treize ans, j'ai cessé de suivre des régimes et j'ai
perdu près de vingt kilos. J'ai même écrit un livre
à ce sujet. J'ai été invité à des émissions
de télé pour en parler. J'ai écrit un autre livre
à ce sujet. J'attendais que la tendresse et la beauté se
glisse dans mon beau refuge bleu.
Et c'est alors que j'ai réalisé
qu'en dessous de mon désir tant attendu de devenir mince se cachait
la fausse croyance que si je retrouvais mince, je serais en amour. Quand
je me visualisais mince, je ne me voyais jamais seule. Être mince
voulait dire être heureuse et être heureuse voulait dire ne
pas être seule. Être mince voulait dire être en amour.
Soudainement, je me suis aperçue que je désirais un partenaire
autant que j'avais désiré être mince.
Mais ce n'était pas
politiquement correcte de mettre ma vie en attente et de languir en attendant
le partenaire idéal, alors je me suis mise à créer
autour de moi le genre de vie que je désirais sans ce partenaire.
J'ai déménagé dans la maison de mes rêves, un
beau cottage sur le bord d'une plage avec des lucarnes, des portes-fenêtres
et des pruniers. J'ai parti des ateliers, et avec le succès des
livres, j'ai tranquillement bâti ma propre entreprise. La vie était
belle. J'avais des amis que j'aimais bien. Je travaillais dans un domaine
qui respectait mes vraies valeurs. J'étais mince et en santé.
Et j'attendais toujours.
Je me suis dit que si je
passais le reste de ma vie sans partenaire, je serais capable de vivre
pleinement ma vie. Je me disais: Pense à Katherine Hepburn. Elle
vibre et est très créatrice et vit seule. Je me répétais:
Tout le monde devient seule un jour. Je raisonnais: C'est mieux d'être
seule que de se sentir seule avec quelqu'un que je n'aimerais pas. Je croyais
tout ça. Mais je rêvais encore des baisers brûlants
et des corps enlacés au coucher de soleil ou sous la lune.
De bien des façons,
j'étais encore l'adolescente de quinze ans qui murmurait tout bas
à sa copine Jil qu'elle rêvait de tomber en amour et toute
la passion qui s'en suivrait.
Jil m'avait demandé
à ce moment: «Est-ce que tu penses que ça fait mal
quand il te pénètre?» Je lui avais répondu:
«Je ne crois pas. Pourquoi tant de personnes font un si grand plat
en parlant de sexe? Je crois que si ça fait mal, alors qu'est-ce
que ça donne?»
Elle demanda, haussant la
voix un petit peu: «Qu'est-ce que tu penses qu'on ressent?»
«Je ne sais pas.»
Jil se leva et alluma la
lampe. Elle était trop excitée pour dormir. Elle se roula
sur le côté pour me faire face. La dentelle de sa robe de
nuit était coincée comme dans un carcan. Une grande poupée
de chiffon, entourée de toute ménagerie d'animaux en peluche
était assise sur un banc.
Jil dit: «Je crois
que c'est sans doute le plus beau et merveilleux feeling au monde. Tu regardes
dans ses yeux, il te regarde dans les tiens et les deux gémissent.
Pour un moment les deux ne font qu'un. Peux-tu t'imaginer quelque chose
de mieux que ça?»
«Non, ai-je dit doucement,
je ne peux pas.»
Je me suis endormie rêvant
à un homme aux cheveux bouclés et aux beaux yeux verts. Dix
neuf ans plus tard, je rêvais encore à ce beau mâle.
Les après-midis,
quand le soleil illuminaient les étoiles sur ma courtepointe, je
l'imaginais assis sur le lit, me regardant. Je me comportais comme s'il
aimait déjà le filet doré qu'il y avait dans mon oeil
droit, la façon dont je disais «hello» en répondant
au téléphone, la forme de mon visage, la texture de ma peau.
Et je me sentais alors remplie d'espoir, toute entière.
Les soirs, quand le grand
bol vide d'un ciel sans étoiles effaçait la lumière
du jour, j'allumais la lampe et me plaçait devant le miroir. Je
répétais tout haut: «Ce visage est clair et brillant.
Si j'étais un homme et que je te voyais ainsi, je désirerais
te connaître. Si j'étais une homme, je t'aimerais.»
Après mon livre Breaking
Free a été publié, mon amie Babs m'a dit que j'avais
à faire plus qu'un effort. Elle me dit: «Comment peux-tu t'attendre
à rencontrer un homme si tu travailles continuellement avec des
femmes, écris pour des femmes et passe tout ton temps avec des amies
femmes? Sors plus souvent. Va danser. Assiste à des parties.»
Ma meilleure amie Sara disait:
«Est-ce que tu t'attends à ce qu'il sonne à la porte
et entre chez toi comme ça? Tu dois faire plus que ça. Ne
reste pas là, seule.»
Ellen disait: «Ça
n'en prend qu'un. Tu vas le trouver. Ne te fais pas autant de soucis.»
J'avais peur que je n'en
faisais pas ou n'en mettais pas assez pour ce que ça prenait — et
trop de ce que ça ne prenait pas — pour vivre une relation engagée.
Babs me poussait à
mettre une annonce dans le journal local. Elle disait: «C'est la
nouvelle façon de rencontrer des hommes; c'est mieux qu'aller dans
les bars ou les cours du soir. Et de cette façon tu peux être
très spécifique sur ce que tu veux.»
Quand elle emménagea
avec un gars qu'elle avait rencontré à la suite de sa propre
annonce, j'ai crû alors qu'elle avait probablement raison.
J'ai passé alors
quatre mois à rédiger mon annonce personnelle. Je ne pouvais
me décider si je devais me qualifier de «belle» ou très
belle», si je devais mentionner le fait que je n'aimais pas les films
de Woody Allen ou que j'adorais le chocolat.Je ne voulais pas dire que
j'avais écrit des livres à propos de l'alimentation parce
que je ne voulais pas être reconnue par personne, mais je ne voulais
pas non plus être malhonnête. Après avoir révisé
cette annonce des centaines de fois, j'ai convaincu Maureen, ma gérante
au bureau, de la porter au journal pour qu'elle pense que c'était
elle qui soumettait ce texte. Le texte final se lisait ainsi:
Un amant qui est un ami.
Je suis une belle jeune et vibrante femme juive de 34 ans qui a un travail
très intéressant et couronné de succès, un
sens de l'humour que j'utilise fréquemment, et un désir de
vivre une relation avec un homme qui serait aussi bien mon ami que mon
amoureux. À différents moments, j'ai quelques-uns ou tous
ces qualificatifs: enjouée, sérieuse, excessive, tendre et
très perspicace. J'aime le plein air, être en santé,
danser, le chocolat, et m'apercevoir de ce qui est extraordinaire dans
quelque chose qui est ordinaire. Les films de Woody Allen me dépriment.
Je cherche un homme qui est célibataire, professionnel, entre 30
et 45 ans, qui est gentil, confortable, honnête avec lui-même
(ce qui est rare), qui sait rire, prendre soin de lui-même, écouter,
ne pas fuir quand ça va mal et qui croit que la vie peut être
plus douce et meilleure dans une relation avec une femme. Je ne rejeterais
pas un cuisinier fin gourmet.
J'ai reçu soixante-dix
réponses, dix photos, deux bouquets de roses, trois poèmes,
et un pain à l'oignon. Mon amie Ellen et moi avons divisé
les lettres en trois piles: oui, non, et peut-être. Sara et moi avons
relu les «oui» et avons dressé un agenda où je
devais téléphoner deux à trois hommes chaque soir.
Je ne voulais pas le faire. Je ne voulais pas vivre l'embarras de première
minutes de parler à des hommes que je ne connais pas et que j'aimerais
probablement pas. Je voulais oublier tout ça, jeter les lettres
au panier, et devenir une membre du clergé juif. À la place,
Sara et moi avons fait une entente: je signalerais de mon bureau et dès
que la sonnerie se faisait entendre elle décrocherait dans la pièce
à côté pour que nous puissions communiquer ensemble
et échanger des messages importants.
«Hello?» —
«Bonjour, mon nom
est Geneen, je vous appelle parce que, um, parce que j'ai mis cette annonce
dans le journal et que vous y avez répondu.» —
«Quelle annonce était-ce?»
m'a-t-on répondu souvent.
À ce moment-là,
je me tournais vers Sara avec cette expression non verbale qui disait «Oh
mon Dieu dans quoi me suis-je embarqué là?» et elle
froncait les yeux sur l'air de «Veux-tu te taire et lui répondre!»
J'ai rencontré des
informaticiens, des psychologues et des travailleurs de la construction.
J'ai rencontré un homme qui a mordu et coupé l'oreille
d'un voleur dans une bagarre, un homme qui vivait avec sa mère et
son ex-femme, et un homme qui avait chez lui 15 chats, trois pinsons et
un poisson rouge. Chaque fois que je parlais à quelqu'un que je
trouvais intéressant, je visualisais un image d'«homme»
pour accompagner la voix que j'avais entendue. J'étais toujours
dans l'erreur. Un homme m'a dit qu'il était grand et maigre; quand
je l'ai rencontré, il mesurait 1m 62 et était plutôt
rondelet. Un autre homme me dit qu'il est très bel homme et que
je ne serais pas décue. Il ne m'a pas dit qu'il avait une dent qui
lui manquait en avant ou qu'il avait un tatouage représentant une
rose sur la joue droite. Après cinq semaines de rencontres sur
les marches du bureau de poste ou à la pâtisserie à
côté du pain aux raisins, je n'ai pas rencontré une
seule personne que je désirais revoir après cette fois-là.
Puis j'ai rencontré
Matt. Mais pas par mon annonce.
Je l'ai entendu donner une
conférence où nous étions tous les deux conférenciers
invités et je fus enchanté. Il était admirable, drôle
et sexé. Je voulais le rencontrer. Quand je l'ai vu le jour suivant,
je me suis présentée. Je lui ai dit que j'avais trouvé
sa présentation merveilleuse et que j'avais une paire de verres
fumés semblables aux siens. Il me remercia et me dit que j'avais
bon goût dans le choix de verres fumés. Il continua sa marche.
Le dernier jour de la conférence,
la psychologue Virginia Satir donnait la conférence de clôture
dans un auditorium rempli avec plus d'un millier de participants. J'étais
assise au beau milieu de la salle au centre de la rangée. Du coin
de l'oeil, j'ai aperçu Matt qui se dirigeait vers la porte. Sans
penser à rien, je me suis excusé, enjamba les genoux et les
gens, trébucha sur une bourse et fit mon chemin jusqu'à la
sortie. Quand nous sommes arrivés face à face, je lui dis:
«Je me suis présentée hier mais je crois que vous ne
m'avez pas remarqué. Mon nom est Geneen Roth et je voulais vous
dire encore une fois comment votre présentation m'avait émue.»
Cette fois-là, il
me remarqua.
À notre première
sortie ensemble, j'étais folle et excitée. Emballée
par la passion qui était là, tout proche et qui laissait
entrevoir plein de possibilités. J'aimais la façon avec laquelle
il me regardait., la manière de décrire son travail, la façon
dont il s'intéressait au mien. J'aimais l'espace entre ses deux
dents de devant, la ligne de son nez et sa façon de rire. Quand
il laissait un message sur mon répondeur qui disait: «Je voulais
seulement vous dire comment j'avais aimé notre rencontre et comment
je suis content que vous soyez dans ma vie.» J'ai dit à Sara
que je devais être en train de rêver: «Un homme qui me
dit comment il se sent. Je ne peux y croire.»
À notre deuxième
sortie , nous sommes allés au Jardin Botanique. Assis près
d'une rangée d'iris de couleur mauve, il me dit: « Je sais
qu'il est fou et très de bonne heure pour te dire que je ne désire
que te revoir, toi seule, mais je désire te revoir. Je crois que
je suis tombé en amour avec toi.»
Je voulais boire le nectar
des fleurs, manger leurs couleurs et couvrir son visage de baisers de lavande.
Je lui dis: «Ne me réveille pas. Si c'est un rêve, stp,
ne me réveille pas.
Pendant huit mois, je me
suis réveillée en chantant. Je souriais tellement que ma
bouche en souffrait. Je l'embrassais si souvent que mes lèvres devenaient
engourdies. Je m'aimais bien plus quand j'étais avec lui; j'étais
plus gentille, plus calme et plus heureuse. Je vibrais au rythme de l'amour,
et brillait de tous ses feux.
Et puis lentement, je suis
revenue à moi-même.
Quelqu'un qui a assisté
à un atelier m'a dit avoir perdu soixante-dix livres en suivant
un régime. Elle se tenait là debout devant 150 personnes
et elle a dit, la voix ébranlée: «Je me sens comme
si j'avais été dévalisée. Mon plus grand rêve
s'est envolé. Je croyais vraiment que si je perdais du poids cela
changerait ma vie. Mais cela a seulement changé ce qui paraît
à l'extérieur de moi. Mon intérieur est le même.
Ma mère est encore morte et ça n'a pas changé le fait
mon père m'avait battue quand j'étais enfant. Je suis
encore en colère et seule et maintenant je même n'ai plus
à viser à atteindre un poids de rêve.»
Après avoir attendu
toutes ses années pour que la tendresse et la beauté se manifestent
à condition d'être mince ou en amour, c'est dévastateur
de découvrir que ni l'un ni l'autre ne peut se produire ou se retrouver
dans ni l'une ni l'autre. Surtout que ça ne fonctionne pas lorsque
nos attentes incluent de se perdre là-dedans. Ou de s'y trouver.
La compulsion, c'est le désespoir
à un niveau émotionnel. Les substances psychotropes, les
gens, les activités pour lesquelles nous devenons compulsifs sont
celles que nous croyons capables de faire disparaître notre désespoir.
Le désespoir.
Je l'ai ressenti la première
fois très jeune. Je ne savais pas comment le nommer à ce
moment-là. C'était l'émotion qui montait en moi qui
signifiait que mon monde était sur le point d'imploser et
que je ne pouvais rien y faire. Il n'y avait personne à qui je pouvais
en parler. Il n'y avait aucune façon de l'empêcher de se produire
et aucune façon d'améliorer mon état d'esprit.
Je vois ma vie maintenant.
Il n'y a rien qui me porterait à être désespérée.
Mais quelquefois, souvent, très souvent quelque chose se produit
et tout autour de moi — le ciel, mon corps, le visage de Matt — se
tourne en argile.
Ça faisait neuf mois
que Matt et moi avions fait notre première sortie ensemble.. Nous
étions à l'aéroport LaGuardia, un après-midi.
Notre avion venait juste d'atterrir en provenance des Bermudes où
Matt et moi avions passé les derniers cinq jours à lire des
romans, faire l'amour, manger des papayas pour nos repas et remplir les
vases à fleurs de grandes grappes de bougainvilliers rouges. Nous
marchions en direction de la plateforme des arrivées où il
devait prendre un taxi pour NewYork et où je devais me prendre un
autobus à Rhinebeck. J'avais une peur atroce de vivre cette séparation
parce que ça me faisait revivre en moi une terreur similaire et
familière. Je ne voulais pas le laisser.
(Si tu me laisses, je ne
suis plus rien. Nous vivions dans un petit appartement brun: des chaises
brunes, un tapis brun, un divan brun. J'avais trois ans. Elle se préparait
à sortir par la porte. Je me suis mise à crier. Si tu me
laisses, Maman, il n'y a plus rien qui ne va plus chez moi. J'étais
accroupie dans un coin de la pièce avec des pantalons de corduroy
bleus et des souliers aux lacets rouges. Quand elle a passé le seuil
de la porte, je me suis couché sur le plancher brun et je me suis
mise à pleurer. Ann, notre gardienne, est apparue. Elle m'a ramassée
et m'a assise sur la balayeuse et m'a promenée ainsi toute l'après-midi.
Quand ma mère est revenue, elle m'a donné un foulard bleu,
blanc, rouge.}
(Si tu me laisses, je ne
suis plus rien. Nous vivions dans une maison peinte noire et blanche. Les
chaises noires et blanches, le plancher marbré noir et blanc, le
divan noir et blanc. J'avais onze ans. Elle était couchée
sans son lit un après-midi. Elle me disait qu'elle voulait divorcer.
J'ai commencé à pleurer. Je me suis demandé: Qu'est-ce
qui va m'arriver? Qui va vivre avec moi? Où irons-nous? Ne me quitte
pas, Maman. Si tu t'en vas, il ne me restera plus rien.
Matt et moi sommes arrivés
au débarcadère de taxis et il s'est tourné vers moi
pour me dire bonjour et pencha son visage pour se rapprocher du mien et
pour m'embrasser. La panique a été comme bloquée dans
ma gorge, comme un étourneau qui cherche à tout briser pour
sortir.
Je sentais que je ne pouvais
pas passer à d'autres choses, je ne pouvais me voir marchant, parlant
ou travaillant sans lui. Tout s'est arrêté là. S'il
me quitte, il ne me restera plus rien.
Il a dit : «Je vais
t'appeler chez ta mère Dimanche soir.»
Je lui ai répondu:
«Un jour je ferai un voyage et tu ne seras pas capable de me rejoindre
et tu vas trouver que je te manque terriblement.» Il ne regarda avec
étonnement.
Il me dit: « C'est
ce qui arrive maintenant — je ne pourrai pas te rejoindre au téléphone
que Dimanche et tu vas me manquer.»
Je ne dis rien. Je voulais
qu'il dise: «Je vais annuler mes rencontres prévues et revenir
avec toi à Rhinebeck.» Je voulais qu'il dise: «Je ne
peux me séparer de toi — ne nous séparons plus jamais.»
Je voulais qu'il me dise: «Je t'aime trop pour te laisser.»
Plutôt il m'a dit: «Je t'aime, Geneen. Je sais que cela est
difficile pour toi; tu oublies que nous allons avoir plusieurs jours encore
ensemble, des années même. Te quitter aujourd'hui n'est pas
la fin de tout. J'ai une rencontre dans une demie-heure. Est-ce que tu
as quelque chose à me dire? Je fis signe que non. Il me regarda
intensément pour un moment et m'embrassa doucement, puis se tourna
pour prendre un taxi.
Je le haïssais.
L'aimer était supposé
faire disparaître cette douleur. Plutôt, cela la faisait réapparaître:
toutes ses années où à chaque retour de l'école
à la maison, je me promenais d'une pièce vide à l'autre.
Je m'asseyais sur un divan de velours beige et je fixais du regard une
peinture d'une meule de fromage, une pomme et un couteau avec un manche
noir. J'allais au réfrigérateur et j'ouvrais la porte, la
refermais et puis la rouvrais. Je la fermais, puis je l'ouvrais. je mangeais.
J'allais jusqu'à la chambre de ma mère et y sentais les traces
de son parfum Joy, j'ouvrais son coffre à bijoux, j'y ramassais
une paire de boucles d'oreilles dorés et je les tenais sur mes oreilles.
Je me souriais dans le miroir, je prétendais être à
un party, je me saluais et levais les sourcils.
Je souhaitais la présence
de ma mère. Je voulais que mon père arrive assez tôt
pour souper et dire à ma mère qu'elle était belle
et qu'il l'aimait. Je voulais que ma mère soit là pour souper
et me dise que je suis belle et qu'elle m'aime. Je désirais qu'elle
me dise que notre monde n'éclaterait pas en petits morceaux d'un
moment à l'autre et que je pouvais cesser d'essayer comme ça
d'être bonne et super fine.
Aimer Matt était
sensé faire disparaître mes souffrances. Toutes mes souffrances.
Et de toutes ces années. J'ai crû que si j'avais quelqu'un
qui couchait avec moi et me parlait et mangeait avec moi, cela chasserait
mes souffrances. Mais il y avait de ces moments — des moments comme à
l'aéroport — où je me sentais comme égarée
errant entre le salon et la cuisine puis jusqu'à la chambre à
coucher de ma mère et puis il n'y avait plus personne à la
maison.
La compulsion, c'est le
désespoir au niveau émotif. La compulsion est ce sentiment
qu'il n'y a personne à la maison. Nous devenons compulsifs pour
mettre ou placer quelqu'un à la maison.
Tout ce que nous désirions,
c'était l'amour.
Nous ne désirions
pas devenir compulsifs à propos de quelque chose. Nous voulions
survivre. Nous sommes devenus compulsifs pour éviter de devenir
fous. Ce qui est bon pour nous.
La nourriture était
un amour, manger était notre façon d'être aimé.
La nourriture était disponible quand nos parents ne l'étaient
pas. La nourriture ne s'est pas levé un jour et est disparu comme
nos pères peuvent l'avoir faits. La nourriture ne nous blessait
pas. La nourriture ne disait pas non. La nourriture ne nous frappait pas.
La nourriture ne se soûlait pas. La nourriture était toujours
là. La nourriture, ça goûtait bon. La nourriture nous
réchauffait quand nous avions froid et fraîche quand nous
avions chaud. La nourriture est devenue la chose la plus proche de l'amour
que nous connaissions.
Mais ce n'était qu'un
substitut pour l'amour. La nourriture n'est pas, ni ne peut jamais être,
l'amour.
Plusieurs d'entre nous se
sont servis de la nourriture pour remplacer l'amour pendant tant
d'années qu'il ne semble plus y avoir de différence entre
se tourner vers la nourriture à la place de l'amour et se tourner
vers l'amour pour avoir de l'amour. Nous ne pourrions reconnaître
l'amour même si elle nous renversait sur la rue. Ce n'est pas parce
que nous sommes ignorants mais bien parce que si nous n'avons jamais été
bien aimés, nous ne savons pas ce que l'amour peut nous donner,
ce qu'on peut ressentir en amour; en fait ce qu'est l'amour nous échappe.
Et il s'en suit que si nous n'avons pas été bien aimés,
nous ne pouvons nous aimer nous-mêmes. Les comportements compulsifs,
au plus simple, sont souvent un manque d'amour de soi; c'est l'expression
d'une fausse croyance que nous ne sommes pas assez bons pour ça.
Une amie, une écrivaine,
m'a rendu visite hier. Elle a apporté des mûres fraîchement
cueillies dans un bol blanc en porcelaine. Assise à la table de
la cuisine, Lyn appuya sa tête sur ses mains et me dit qu'elle devait
assister à une conférence en fin de semaine prochaine et
ne voulait pas y aller. Je lui ai demandé pourquoi. Elle me dit:
«Parce que j'y verrai Krystin et j'ai gagné cinq kilos depuis
que je l'ai vu.» Avant que je ne dis quoique ce soit, elle se corrigea:
«Vraiment, c'est seulement trois kilos que j'ai repris.»
Elle a continué ainsi: «Tu sais, Krystin et moi pesions exactement
le même poids. J'avais un corps identique au sien. »
Je lui ai demandé:
«Pourquoi veux-tu avoir un corps identique à celui de Krystin?
me rappelant que Krystin avait des hanches fortes et de longs pieds.
Elle demanda: Ce n'est pas
tout le monde qui voudrait être comme elle?
Je dis non avec ma tête.
Je lui ai demandé si elle passait beaucoup de temps à penser
ce que ce serait si elle avait ce corps. Elle me dit: «Je me ferais
du souci à propos de ma terrible façon d'écrire.»
Plus tard, seule à
la table, je pensais à la visite de Lyn. Je me suis aperçue
que les compulsions sont rarement ce que nous croyons qu'elles sont à
première vue. Je croyais que des préoccupations à
propos de nos corps cachent des préoccupations plus profondes à
propos de choses qui camouflent des préoccupations encore plus fondamentales
nous concernant. Être un piètre écrivain, je me suis
mise à penser, n'est pas ce que Lyn a vraiment peur.
Quand je lui ai parlé
le lendemain, elle me dit: « Tu sais, j'ai réalisé
hier quand je suis retournée à la maison que je ne t'ai pas
racontée la vraie histoire derrière tout ça. Tu m'as
demandé de te dire ce qui me préoccupait et je t'ai dit que
c'était ma façon d'écrire et ce n'est pas ça.»
— «Alors qu'est-ce qui te préoccupe?»
Elle prit une profonde inspiration.
Moi aussi.
«Je sais que ça
va avoir l'air niaiseux, mais je crois que j'ai peur de ne pas être
assez bonne. Qu'il y a quelque chose profondément en moi qui me
dit qu'il y a quelque chose qui ne va pas chez moi et que je ne vaux pas
la peine d'être aimée.
Nourriture et amour. Nous
commençons à manger compulsivement parce que nous avons bien
des raisons qui ont rapport avec la qualité et la quantité
d'amour qu'il y a dans nos vies ou que nous croyons qu'il manque dans nos
vies. Si nous n'étions pas assez bien aimés, reconnus, compris,
nous nous arrangeons pour modifier les situations autour de nous. Nous
baissons notre niveau d'attentes. Nous arrêtons de demander satisfaction
pour ce que nous avons besoin. Nous cessons de de montrer où ça
fait mal ou avons besoin de confort. Nous arrêtons de nous attendre
à être satisfaits. Et nous commençons à nous
fier qu'à nous-mêmes et seulement à mous-mêmes
pour nous procurer soutien, confort et plaisir. Nous commençons
à manger. Et à manger...
Trina avait trois ans quand
sa mère l'a abandonnée chez sa grand-mère, lui disant
qu'elle serait de retour le lendemain. Le jour suivant, Trina s'assoya
sur les marches du balcon de la grande maison de ferme de sa grand-mère
et attendit. Elle attendit le jour suivant. Et le suivant. Chaque jour
comme ça, pendant huit ans, Trina attendit le retour de sa mère.
Et chaque jour pendant huit ans, sa grand-mère se plaignait qu'elle
devait prendre soin de Trina. Bien plus que des plaintes. Elle battait
Trina. Avec une baguette jusqu'à ce qu'elle en saigne. Chaque jour
pendant huit ans. Quand Trina arrivait à l'école avec des
ecchymoses et contusions, les professeurs lui demandaient ce qui lui était
arrive. Ils disaient: «Trina, est-ce qu'il y a quelqu'un qui t'a
battue?» Et elle répondait: «Non, mademoiselle,
je suis tombée dans l'escalier.» ou «J'ai trébuché
en courant pour m'en venir à l'école ce matin.» ou
«Je me suis cognée sur le réfrigérateur.»
Elle avait peur que si elle causait du trouble à sa grand-mère,
elle se ferait battre encore plus fort. Ou pire encore, qu'ils feraient
quelque chose à sa grand-mère et qu'elle n'aurait plus nulle
part où aller.
Trina a survécu.
Certains enfants ont survécu en se tournant vers les drogues. D'autres
fuguent. D'autres enfants sont devenus des alcooliques. Ou se sont retrouvés
en institution psychiatrique. Trina a fait d'autres choses, deux en fait.
La première fut de garder une bande élastique à son
poignet et après chaque coup ou agression de sa grand-mère
elle le faisait claquer pour se ramener au moment présent. Elle
était devenue très habile pour quitter son corps. Trina disait:
«Quand je me faisais battre, je pensais à une leçon
que je devais apprendre à l'école — par exemple comment épeler
le mot ‹princesse› ou un autre. Je pensais aux fleurs dans la cour, les
camélias quand elles s'épanouissent pour la première
fois, avec des petits points jaunes dans leur corolle. Quand ma grand-mère
avait fini de me battre, elle rentrait à la maison et je demeurais
dehors et claquait la bande élastique à mon poignet. Je savais
que ça faisait mal un peu, mais le bruit de l'élastique et
les pincements sur mon poignet me ramenaient mes pensées qui s'étaient
évadées jusqu'aux fleurs rouges à l'endroit où
je me trouvais présentement: en face de la maison de grand-mère
entrain de faire des tâches que je devais exécuter sinon elle
serait sortie de nouveau pour me frapper encore une fois.
La seconde chose que Trina
faisait fut de sortir de la nourriture en cachette de la cuisine et de
la cacher sous son lit. Des boîtes, des sacs et des «canes»
de nourriture y étaient entassés. Elle disait: «Ma
grand-mère garde bien des bonbons dans sa commode dans sa chambre,
sous ses soutien-gorge à broches d'acier. Et quand elle regardait
la télé, je me faufilais dans sa chambre, je mettais des
bonbons dans mon chemisier et les cachait entre mon matelas et les ressorts
de mon lit. Quelquefois, je prenais des «canes» de nourriture
dans la cuisine et je les mettais là aussi. Au beau milieu de la
nuit, quand ma grand-mère dormait, j'allumais ma lampe et je sortais
mon ouvre-boîte et je mangeais. Manger, spécialement de la
nourriture que j'avais prise dans le tiroir de ma grand-mère, me
faisait sentir comme quelqu'un d'assez spécial.»
Si Trina ne pouvait recevoir
d'amour de sa grand-mère, elle lui volait sa nourriture.
Les messages qu'elle recevait
à propos d'elle-même et du monde qui l'entourait .étaient:
J'ai fait quelque chose
d'assez méchant et c'est à cause de cela que ma mère
ne revient pas. Je suis méchante.
Les gens mentent. C'est
mieux de ne pas les croire.
Aimer est douloureux.
Quand quelqu'un te quitte,
il ne revient pas.
J'ai besoin de tant, j'en
désire trop. C'est pour ça que ma grand-mère n'aime
pas s'occuper de moi et m'avoir ici chez elle.
Si je faisais tout ce que
ma grand-mère me disait de faire, je serais ainsi gentille et alors
ma mère reviendrait.
Ma grand-mère est
une adulte; elle sait mieux ce qui est bon pour moi, c'est pour ça
qu'elle me bat tous les jours. Si j'étais une bonne fille à
l'intérieur de ma tête et de mon coeur, je ne me ferais pas
battre à l'extérieur de mon corps.
C'est mieux de manger que
d'aimer quelqu'un parce que la nourriture, elle, ne te quitte pas et que
les mamans, elles, nous quittent. La nourriture en nous bat pas, les grands-mères,
elles, nous battent.
Quand Trina eût treize
ans, sa mère revint. Elle la rencontra quand elle a eu trente-trois
ans. Durant vingt-neuf ans, elle a gagné et perdu au-delà
de 70 kilos. Durant les 10 dernières années, elle se maria,
divorça, devint mère et se remaria. À propos de son
présent mariage, elle dit: «Je ne peux laisser approcher émotivement
mon mari. S'il s'en va pour un voyage d'affaires de deux jours, je crois
que je dois recommencer tout de nouveau quand il revient; c'est comme si
c'était un étranger, constamment un étranger.»
Elle passa tellement et
trop d'années à attendre le retour de sa mère. Elle
ne voulait pas revivre la peine et la douleur d'attendre encore une fois.pendant
son voyage, elle mangeait pour soulager sa solitude. Elle se centrait sur
son poids et combien de kilos elle devait perdre et les vêtements
qu'elle achèterait si elle maigrissait. Elle fit un transfert transformant
sa douleur d'attendre en une douleur d'être obèse. Quand son
mari était de retour, ils devaient tous les deux effacer cet espace
de huit ans de confusion, de solitude et de trahison pour redevenir capables
d'intimité. Ou il y a rien qui se passait.
Ce n'est pas juste quand
il part qu'elle se ferme à lui; l'expérience de vie amoureuse
de Trina se limite à l'amour égale souffrance. Aimer est
douloureux. Les gens mentent. Les gens nous quittent. Quand son mari la
quitte pour un voyage d'affaires, elle n'est pas surprise de cela. Elle
sait que les gens nous trahissent et elle se protège pour ne pas
ressentir cette douleur de trahison (la sienne ou celle des autres): Elle
a pris un autre amoureux qui ne la quittera jamais: la nourriture.
L'amour et la compulsion
ne peuvent coexister.
L'amour est le désir
et la capacité d'être affecté par une autre personne
et de permettre que cet effet fasse une différence dans ce que nous
faisons, disons ou devenons.
La compulsion est un acte
de nous envelopper dans une activité, une substance, ou une personne
pour survivre, pour tolérer ou geler notre expérience du
moment présent.
L'amour est un état
d'attachement, un lien qui inclut la vulnérabilité, l'abandon,
la dignité, la fermeté et un désir de faire face,
plutôt que de fuir, au pire en nous.
La compulsion est un état
d'isolement, un état qui inclut l'égocentrisme, l'invulnérabilité
(illusion d'être fait fort), une piètre estime de soi, l'imprévisibilité
et la peur que si nous faisons face à notre douleur nous allons
être détruit par elle.
L'amour nous grandit; la
compulsion nous diminue.
La compulsion ne laisse
pas de place à l'amour — ce pourquoi plusieurs personnes commencent
à manger avec excès: parce qu'il n'y a plus de place pour
l'amour, les gens qui nous entouraient ne nous aimaient pas. Le vrai objectif
de la compulsion est de nous protéger de la douleur qui est souvent
(pour ne pas dire tout le temps) associée à l'amour.
Je crois que nous devenons
compulsifs à cause des blessures de notre passé et des décisions
que nous prenons à ce moment à propos de notre valeur personnelle
— décisions à propos de notre capacité d'aimer et
si, en fait, nous méritons d'être aimés. Notre mère
nous quitte et nous décidons que nous sommes incapables d'être
aimés. Notre père est distant émotivement et nous
décidons que nous en avons besoin plus que ça. Quelqu'un
qui est près de nous meure et nous décidons qu'il n'y a pas
de raison d'aimer quelqu'un parce quand ça se termine, ça
fait trop mal. Nous prenons des décisions concernant nos douleurs
et selon les limites de nos choix que nous avons à ce moment. Nous
prenons des décisions qui sont basées sur notre compréhension
de nos blessures et ce que nous avons fait pour nous protéger pour
que nous ne soyons plus blessés dans un tel environnement. À
l'âge de six ou onze ou quinze ans, nous décidons qu'aimer
peut nous blesser et que nous ne sommes pas dignes ou pas aimables ou que
nous en demandons trop, et nous vivons toute notre vie en cherchant à
nous protéger de ne plus être encore une fois blessé.
Et il n'y a pas de meilleure protection que de nous envelopper dans une
compulsion.
Dans tous mes ateliers, il
y a des participants dont les parents étaient alcooliques; il y
aussi ces personnes qui sont des participants dont les parents sont morts
ou les ont quittés durant leur enfance sans avertissement; il y
a ces participants qui ont été battus ou violés; et
il y a ces participants chez qui les deuils, les abandons et trahisons
furent plus subtils et où il y avait une combinaison de facteurs
comme père non disponible, mère possessive, et familles où
les émotions désagréables étaient niées
et réprimées.
Comme enfants nous sommes
sans ressources, nous n'avons aucun pouvoir de faire des choix dans ces
situations. Nous avons besoin de nos familles pour nous assurer d'une saine
alimentation, d'un toit au-dessus de nos têtes et de suffisamment
d'amour ou nous allons simplement mourir. Si nous sentons que la douleur
autour de nous est trop intense et que nous ne pouvons la fuir ou la changer,
nous allons la refouler ou la geler. Nous allons — et nous le faisons
— anesthésier la douleur par quelque chose de moins menaçant:
une compulsion.
Comme adultes, ça
devient notre tâche d'examiner les décisions que nous faisons
en ce qui concerne notre valeur personnelle, notre capacité d'aimer,
et notre désir d'être aimé, puisque c'est par ces décisions
que beaucoup de nos croyances à propos de la compulsion et de l'amour
tirent leur origine.
Ce n'est pas possible d'être
obsédés par la nourriture ou quelque chose autre et d'être
vraiment intime avec nous-mêmes ou un autre être humain; il
n'y a simplement pas assez de place. Malgré tout, chacun de nous
veut vivre de l'intimité. Nous désirons tous aimer et être
aimés.
Il y a un temps où
nous n'avions pas ce choix; maintenant, nous l'avons.
La décision de vivre
une forme d'intimité, comme de prendre la décision de nous
libérer de l'esclavage de la compulsion alimentaire, n'est pas quelque
chose qui nous est donné. L'intimité n'est pas quelque chose
qui arrive comme ça entre deux personnes; c'est une façon
d'être vivants. À chaque moment, nous choisissons soit de
nous révéler soit de nous protéger, de dire la vérité
ou de nous cacher. De plonger dans la vie ou de l'éviter. L'intimité
c'est faire le choix de nous rapprocher, plutôt que de nous séparer,
de la vérité la plus profonde à ce moment.
Dans chaque atelier, j'entends:
«Quand est-ce que la magie va-t-elle faire son apparition?»
Et je réponds alors:
«Quand vous allez emboîter le pas, quand vous allez le choisir.»
Pour ceux d'entre nous qui
sont habitués d'attendre après quelqu'un pour nous amener
de l'amour dans nos vies, la découverte que vivre de l'intimité
est un choix que nous faisons à chaque moment est bien aussi près
de la magie que quiconque peut s'en approcher.
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