La filière - INFO 2002
QLDNP1J
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©2004-1999

 
CHAPITRE 3 
LE CONFORT DE LA SOUFFRANCE
 
Lorsque je me suis présentée à Matt, je savais que je me présentais à un homme dont l'amie de coeur venait de mourir d'un cancer. Je le savais parce que je l'avais entendu dans son exposé le jour précédent. Je savais qu'avoir une relation avec cet homme ne serait pas facile. Mais je ne cherchais pas ce qui était facile.
J'invente les drames quand il n'en a guère. Je me sens bien dans un état de crise. Je me nourris d'intensité.
Je suis frénétique, jamais seulement intéressée.
Je deviens pâmée, jamais seulement heureuse.
Je deviens misérable, jamais seulement malheureuse.
Et j'ai raffiné cet art qu'est la souffrance.
Vivre avec quelqu'un dont l'amie de coeur est morte de cancer, c'est un drame assez lourd. C'est le genre d'histoire mélodramatique des romans savons. Comme celui du Dr. Kildare dans l'épisode «Tyger, Tyger».
Quand j'étais au secondaire, j'ai vu Yvette Mimieux et Richard Chamberlain dans un épisode spécial, divisé en deux parties de l'émission «Dr Kildare», dans lequel Yvette une super-femme blonde de Californie atteinte du grand mal épileptique et Richard était le jeune médecin qui est appelé à son secours. Malgré leur amour naissant, elle continue à surfer sur les vagues et éventuellement, durant une crise et avec les paroles du poème de William Blake «Tyger, Tyger» derrière elle, Yvette mourut. 
Cette combinaison de deuil et de passion m'avait ravie. J'ai alors décidé que je voulais être Yvette Mimieux. Avec sa coiffure, son corps, et son style, je devrais être si belle que je ne serais plus jamais seule. Je devrais être populaire auprès des filles et désirée des garçons. Mon téléphone devrait ne pas cesser de sonner. J'aurais un rire qui carillonnerait, un sourire qui serait irrésistible. Je n'aurais pas de temps à consacrer aux garçons de ma classe, ceux-là même qui me tourmentaient à propos de mon visage rond, parce que des hommes comme Richard Chamberlain tomberaient pour moi. Et si ce n'était pas Richard Chamberlain, ce serait certainement le placier au cinéma Squire, le gars pour qui mon coeur battait très fort: Mike Howard.
Yvette Mimieux était une belle fille, «surfer», blonde et bien tournée. J'étais une jeune fille «grassouiette» de dixième année aux cheveux bruns. J'ai mis dans mes cheveux avec un vaporisateur Sun-In pour les rendre blonds. Je ne réalisais pas que le peroxide ferait virer  mes cheveux bruns au vert luminescent. Je me suis mise à un régime de prunes et boulettes de viande pour maigrir et deveni moi aussi bien tournée. J'ai collé sur la porte du réfrigérateur une photographie d'Yvette Mimieux pour que chque fois que j'irais pour me chercher de la crème glacée, je pourrais y voir ses jambes d'1m.72 sous un corps d'1m.74  Je désirais de telles jambes. Et il y avait un gros problème. Sur mon corps d'1m.58 mes jambes étaient insignifiantes. Ce n'est pas qu'elles étaient non substantielles — mon frère les appelait les «cuisses de tonnerre» — c'est qu'elles étaient juste trop courtes. 

Après trois semaines avec les cheveux verts et les jambes courtes, j'ai décidé que j'étais très superficielle et bien ordinaire. Je n'avais pas besoin d'être blonde ou de longues jambes pour ressembler à Yvette Mimieux; je devais devenir épileptique. Le grand mal. Après tout, c'était ce qui avait amené le Dr. Kildare à entrer dans sa vie. C'est ce qui avait fait que leur amour était si précieux et ce qui avait que sa mort était tout aussi fabuleuse. Ses yeux qui roulaient en arrière comme elle chevauchait la vague, le Dr. Kildare qui arrivait sur la plage à ce moment trop tard pour la sauver. Son corps flasque était tiré de l'océan alors que son visage tressaillit d'angoisses et se remplit de larmes. Je voulais qu'il y eût quelqu'un qui aurait la même attention et les mêmes soins envers moi qu'il en en avait eu envers elle. 
Alors je me suis mise à pratiquer comme feindre des crises d'épilepsie. Je pratiquais à rouler mes yeux en arrière et à tomber au sol sans me briser le crêne. Je préparais aussi la mise en scène. Je dis à mes amies Claudia et Munny que j'étais atteinte d'épilepsie; j'ai demandé à Bunny d'aller voir Khartoum au cinéma Squire avec moi. Quand Mike nous vit toutes les deux, il s'avanca vers nous pour nous saluer, et au mileu d'une discussion sur un examen en sciences sociales, je me suis mise à rouler mes yeux et je suis tombée au sol doucement. Il me ramassa et me porta jusqu'à une chaise. «Elle a appris récemment qu'elle était atteinte du grand mal d'épilepsie.» Bunny murmura à l'oreille de Mike. Il prit un morceau de carton d'un papier d'emballage d'une barre de chocolat Baby Ruth et me la mit dans la bouche pour que je n'avale pas ma langue. Après deux ou trois crises, la mère de Mike lui interdit de me revoir. 
Durant ma onzième et ma douzième année, mes amies et moi nous passions nos soirées à jouer des tours au téléphone à nos amis garçons. Susan appelait mon chum et lui disait Z As-tu vu Geneen ce soir? Puisque j'étais assise à côté d,elle à ce moment, il lui répondit que non. Alors Susan lui disait: « J'ai peur pour elle. Elle est partie d'ici assez buleversée et je suis préoccupée qu'il ne lui arrive quelque accident. Est-ce que tu pourrais me rappeler si tu entendais parler d'elle?»
Nous espérions que l'idée d'une mort possible redoublerait les ardeurs de nos prétendants. Quand ils seraient acculés devant la possibilité de nous perdre, nous étions certaines qu'ils devraient réaliser combien ils nous aiment.


Pour les premiers six mois où j'ai voyagé comme leader des ateliers Breaking Free, je demandais à mon ami Louis pour que nous dînions ensemble la veille de mon départ. Nous prenions l'autoroute qui longeait la côte du Pacifique jusqu'au Café Davenport. Si c'était l'hiver, nous pouvions chercher sur l'océan pour y trouver les jets des Baleines grises. Si c'était le printemps, nous comptions le nombre de fleurs sauvages qui poussaient le long des collines et commenttions le cercle des cllas qui poussaient en un cerlce magnifique devant le restaurant. Quand Louis était en train de prendre son dessert, je lui disais: «Tu sais que le pars demain pour donner un atelier. Si tu savais que l'avion demaind va s'écraser, et que je ne te reverrais plus, qu'est-ce que tu me dirais aujourd'hui?

La première fois que je lui ai posé la question, Louis me regarda étonné. «Oh Geneen, me dit-il, je ne peux imaginer  un écrasement.» — 
«Mais c'est possible», je lui répondis. «C'est toujours possible. Tu dois vivre comme si tu allais mourir demain et ne rien laisser traîner en suspens. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu veux que je sache que tu ne m'as pas encore dit?» —
«Je t'aime» me dit-il. «Je suis content d'être proche comme ça de toi. Je n,ai pas eu une amie comme toi depuis longtemps. Tu m'as gardé près de toi, tu ne m'as jamais laissé sans me le dire et je suis bien et fier en même temps de mon engagement dans cette relation.»
Ses yeux d'argile mouillée, remplis de larmes comme il s'avançait pour prendre ma main dans la sienne. «Tu me manquerais si tu mourais.»
Pensant au fuselage en flammes, ma famille qui cherchait des signes de ma présence, mes souliers dorés, mes lunettes en forme de coeurs, je me mettais à pleurer moi aussi.
«Je ne veux pas mourir» je lui murmurais tendrement.
La deuxième fois que nous sommes allés au Café Davenport, j,ai commandé un sandwich au fromage et à l'avocat sur pain de blé entier et Louis prit une lasagne. Comme il prenait la dernière bouchée de sa tarte aux pacanes, Je lui ai demandé s'il désuirait me dire quelque chose s'il savait que demain mon avion s'écraserait et que j'y mourais.
Ses yeux devinrent tout mouillés comme peut le faire une brume le matin sur la plage.. «Je t'aime et je suis content d'être ton ami. Tu es merveilleuse.»
La troisième fois que nous sommes allés au Café Davenport, j'ai commandé un sandwich au fromage et à l'avocat et il prit des scampis. Comme je prenais les pépites de choclat de son biscuit au dessert, je lui ai demandé s'il avait quelque chose qu'il vait besoin de me dire, puisque je pouvais mourir le lendemain.
«Trois choses, me dit-il, premièrement, peux-tu me laisser ta collection de disques? Deuxièmement, peu importe où tu vas quand tu meurs, commence à m'attendre dans à peu près tente ans. Je porterai une rose rouge à mon tuxedo. Et troisièmement, Tu ne peux vivre ainsi Geneen,. Tu ne vas pas mourir demain. C'en est trop et trop fort. Ça met un cadre autour de chacune de nos pensées, de nos émotions et ça ne permet pas de te donner ou de donner à ceux qui t'entourent bien de place pour continuer à vivre.»
Je voulais vivre comme si j'allais mourir le lendemain. La combinaison de passion et de deuil m'allait à ravir. 


Lorsque ç'a fait dix mois que je connaissais Matt, je suis allée voir un médecin  pour une douleur au côté droit et une série d'éruptions cutanées qui semblait accompagner cette douleur. Il m'a dit que j'avais une forme d'herpès zoster. Il me dit que cette maladie était causé par un virus qui était réveillé par du stress et que je serais souffrante pendant trois à douze mois. 
La douleur ressemblait à des lames de rasoir qui me taillairdait les os.Je voulais me lancer contre un mur, m'ensevelir dans le ciment, pour la faire cesser.

J'étais furieuse d'être malade. Je ne voulais pas arrêter d'écrire, de danser, de sortir et d,animer des ateleirs. Je ne voulais pas être comme Lou Ann. Et malgré tout ça, je voulais être Lou Ann. Et si j'étais aussi malade que Lou ann, alors peut-être qu'il m,aimerait autant qu'il vait aimé Lou Ann. Avec toute cette passion et cette urgence. Avec cette connaissance que je ne serais pas là pour toujours, alors pourquoi se retenir — ne retenir aucune affection, aucun amour. 
Quand j'ai parlé à Sara de la façon dont Matt avait aimé Lou Ann, elle me disait : «Mais elle est morte, Geneen. Elle est morte. Tu es vivante. Son amour pour elle était rempli de tristesse et de peur. Est-ce que tu veux qu'il t'aime ainsi. N'aimerais-tu pas qu'il t'aime d'un endroit au fond de lui où la joie règne?»
Oui, mais...
Est-ce que cela voulait dire qu'il m'aimerait moins?
Est-ce que cela voulait dire qu'il me porterait moins d'attention?
Est-ce que cela voulait dire que nous allons devenir comme ces couples qui ont déjà aimé follement tout l'un de l'autre — la courbe de son cou, l'espace entre ces dents — et qui au cours des années en sont venus à haîr ces choses qui autrefois les passionnaient?
Je ne voulais pas être de ces couples qui mangent leurs repas au restaurant en silence. 
«J'aimerais mieux être malade.» j'envoyai à Sara.
— «Tu veux me dire que tu aimerais mieux mourir que de vivre et passer à travers les conflits, les froids et les banalités de la vie de tous les jours?»
Non. J'aimerais mieux mourir que de vivre comme ma mère tet mon père. 
Elle a bu. Elle prenait un verre de Dewar's sur glaçons avec twist de citron. Il ne disait rien. Elle a pris des drogues. Des amphétamines pour perdre du poids, des barbituriques pour dormir. Il ne disait rien. Elle criait. Après lui, nous, et le chien. Il ne disait rien. Elle suppliait. Elle lui demandait: Suis-je belle? Il ne disait rien. Elle déambulait dans la maison à quatre heures et demie, les vêtements fripés, le rouge à lèvres beurré. Il ne disait rien. Au dîner de l'action de Grâces, elle lui lança une assiette de farce au visage. Pendant une bagarre avec mon frèr, elle lança un couteau à travers la pièce. Quand elle était en colère envers moi, elle me tirait par les cheveux jusqu'à ma chambre. Il ne disait rien. Les dimanches, quand nous allions au Resto sur l'avenue Bleecker, elle mangeait dans un silence qui était mortel.
Ma mère était avide d'amour et tuait tout sur son passage. Mon père ne disait rien. 
La vie tel que je l'ai connue enfant, était soit colorée de frénésie émotionnelle en état de crise permanente au haut taux de décibels, ou absolument immobile et dangereusement «platte». Soit que ma mère était à la maison misérable soit qu'il n'y avait personne. Il n'y avait que deux choix: ou bien vivre le chaos ou bien être abandonnée.
Plutôt que de revivre mon enfance, j'avais recréé autour de moi une vie qui ressemblait à celle de ma mère — j'augmentais constamment ma mise dans une tentative désespérée de recevoir de l'attention de mon partenaire. 
Même si cette attention est déjà acquise.


Comme façon de se présenter les uns aux autres, je demande aux participants de mes ateliers de dessiner leurs noms sur des collants. Dans un coin, ils indiquent ce qu'ils imaginent que serait leur vie si la nourriture n'était plus un problème pour eux. Beaucoup d'entre eux écrivent «ennuyant». Quand je leur pose la question à ce sujet, ils disent qu'ils ne sauraient pas quoi faire de leur temps. Ils disent que la vie serait assommante, sans rien d'excitant. 
Ils disent: «Quand je saisis de la nourriture pour l'avaler d'une façon urgente — vous savez ce que je veux dire, quand je ne peux en avoir assez et que c'est une question de vie ou de mort si je réussis ou non à me mettre une palette de chocolat dans la bouche ici et maintenant — c'est en partie une manie et aussi un «high» réjouissant. J'aime de «high». J'aime ça me sentir vivante. Sans ces va et viens, ces hauts et ces bas qui entourent la bouffe, la vie serait bien calme, mais je crois que la vie  serait remplie d'ennui et aussi de lassitude.»
Et ils disent: «Gagner et perdre du poids, toujours à suivre un régime, c'est comme si nous étions dans un manège émotionnel de montagnes russes. Certains jours je sens que c'est «too much» et d'autres jours c'est l'enfer, mais au moins je ressens quelque chose. Je ne peux imaginer ce que serait ma vie si je n'avais pas la nourriture pour m'occuper.»
Il n'y a rien d'ennuyant dans le fait d'être un outremangeur compulsif. Soit que nous nous haïssons parce que nous sommes trop gros, soit que nous sommes volages à l'idée d'être minces, soit que nous sommes prêts à nous déchirer dès que nous outremangeons. Le chaos, l'intensité et la crise sont normaux dans la vie de tous les jours d'un outremangeur compulsif. La souffrance est souvent une façon de vivre dans ce monde.
C'est comme si nous revivions notre relation parent-enfant en nous-mêmes lorsque nous mangeons. Si nous avons entendu ou crû entendre lorsque nous étions enfants que nous étions méchants et que nous méritions ce qui nous arrivait, nous réagissons ainsi en mangeant jusqu'à ce que nous nous sentons inconfortables et  incapables de bouger. C'est fréquent pour quelqu'un qui n'est pas une outremangeuse compulsive de penser que ça n'a pas de sens de manger de telles quantités qu'elle soit à ce point misérable. Pourquoi est-ce que quelqu'un désirerait manger à ce point? Qu'est-ce qu'elle cherche à atteindre ainsi? Le but qu'elle cherche à atteindre ne réside pas dans le goût, dans la texture ou dans l'odeur des aliments; outremanger est une façon de nous donner à nous-mêmes ce que nous croyons mériter.
La compulsion alimentaire ets une façon de recréer drastiquement la souffrance et/ou la violence dont nous avons été témoins lorsque nous étions enfants dans nos familles. Notre relation avec la nourriture est comme un microcosme de tout ce que nous avons appris à propos de l'amour, d'aimer et d'être aimé, et à propos de notre estime de nous-mêmes. C'est la scène où nous revivions notre enfance. Si nous avons été abusés, nous allons abuser de nous-mêmes avec de la nourriture. Le niveau où nous sommes violents, abusifs, où nous nous punissons nous-mêmes, est proportionnel au degré de violence, d'abus et de punition que nous avons reçu.

Nous apprenons comment nous infliger ces souffrances en étant victimes à un moment donné.


Extrait d'un journal:
10 octobre 1978.
Aujourd'hui j'ai mangé:
1/3 d'un paquet de biscuits graham 100. calories
1 salade avec sauce à salade 300. calories
100 gms croustilles au caroube 200. calories
1 biscuit 75. calories
200 gms de granola 300. calories
4 cuill. à thé de beurre de «cashews» 300. calories
32 onces de jus de pommes 300. calories
1/2 pain «Wayfarer» 250. calories
5 cuil. à soupe d'humus 300. calories
1 sandwich à la crème glacée 400. calories
1 pomme 76. calories
1 barre tendre au fudge 200. calories
1 paquet de biscuits au riz brun 200. calories
1 cuil. à thé de beure d'arachides 75. calories
2 litres de crème glacée à la vanille 2000. calories
TOTAL DES CALORIES POUR LA JOURNÉE: 5176. calories

11 OCTOBRE 1978, 03:00: Je me réveille avec une image de moi-même en train de me taillarder chacun des organes de mon corps. À chaque coup, je dis:  Bon. Encore. Plus fort. Je veux me détruire. Je veux manger tant que je ne serai pas morte de ces excès. Je crois que je mérite cette souffrance. C'est la seule façon de me sentir confortable. Ne pas dormir, manger de manière incontrôlée, me conduire au bord du gouffre, ça, je me sens bien de ça. Je veux prendre mon auto et aller au restaurant Albertson. 03:00. Les lumières sont éblouissantes. Je mange de la crème glacée. Je suis totalement folle et je vole jusque dans cet océan. Je cherche à me débarrasser de moi-même. Je haïs cette créature que je suis.

Bon. Encore. Plus fort.
Je reçois cette lettre:

Mille calories par jour m'apparaît comme trop pour une alimentation saine, alors j'ai découvert qu'une calorie est en fait une kilocalorie, j'ai multiplié tout ce queje mange par 100 et j'étais dégoûtée par ce que je mangeais vraiment. J'ai commencé à manger des portions deplus en plus petites et finalement, je suis rendue à 100 calories par jour. je cours 9 kilomètres, je m'entraîne en faisant de la musculature, je suis deux classes d'exercices aérobiques quotidiennement. je mesure 1 m.72 et je pèse 45 kilos.

Bon. Encore. Plus fort.

Puis je désirais jouer au soccer sur l'équipe collégiale et le médecin m'a dit que je devais peser au moins 57 kilos, alors j'ai gagné 22 kilos. Mainteant je ne peux plus m'arrêter de manger.

Dans cette même lettre, elle me raconte ceci: «Ma mère nous a abandonné cinq d'entre nous quand nous étions bébés. Mon père est mort d'alcoolisme; le médecin m'a dit que mon foie ne fonctionne plus.» 
Sans mère et avec un père alcoolique, il n'y a pas de constance, pas de solidité, pas de «grounding». Sans mère et avec un père alcoolique, il n'y avait personne pour l'accueillir; ce n'était pas un bon endroit pour exprimer ses émotions, alors elle s'en est abstenue. Elle a construit cette scène sur laquelle elle ramassait et tournait en drame de trois actes ses émotions; la pièce qui y jouait s'appelait «Mes problèmes avec la nourriture».
L'obsession avec la nourriture nous donme un bon endroit où nous pouvons placer toutes nos émotions comme les désappointements, la rage, la peine. Tant que nous demeurons obsédés par la nourriture, nous avons une raison très concrète pour expliquer notre douleur. Chaque blessure peut être suivie à la trace jusque là, comme une femme le partageait, «jusqu'à ce Benedict Arnold de ma vie — la nourriture».
La plupart d'entre nous devenons très habiles à nier ou minimiser notre douleur que nous croyons que nos problèmes avec la nourriture sont nos seuls problèmes avec la nourriture. Nous croyons que nnotre relation avec la nourriture et nos corps est le seul domaine de nos vies où nous ressentons une douleur constante, alors une fois qu'elle est disparue, tout devrait bien marché.
J'ai entendu cela dans presque chacun de mes ateliers. Les gens croient en cela avec une telle conviction, avec une telle force que lorsque je leur dis que ce n'est pas vrai, les participants commencent à se plaindre que les chaises sont très dures, combien il fait froid ou chaud dans la salle, et qu'ils ont payé pour assister à cela, et pourquoi il n'y a pas la bonne grandeur pour eux dans les chandails promotionnels de l'atelier?
Parce que si c'est vrai que la douleur qu'ils ressentent dans leurs vies n'a rien à voir avec leur poids, alors d'où vient-elle?
Pour plusieurs d'entre nous, la seule chose qui reste debout entre nous et des années de douleur surgelée et glacée, c'est notre obsession avec la nourriture. Et plutôt que de reconnaître cette douleur, nous nous lançons dans notre obsession encore et encore, croyant inconsciemment que puisque la nourriture nous a déjà sauvé la vie, la nourriture peut encore nous la sauver. 


La dernière fois que j'ai parlé à ma grand-mère maternelle, ce fut une semaine avnt qu'elle ne quitte pour aller à l'hôpital, deux semaines avant qu'elle ne décède. Cette année-là, j'ai pris 20 kilos, je me démenais pas mal, j'ai quitté l'école et je travaillais comme bonne et comme plongeuse: je lavais aussi la vaisselle. 

Ma grand-mère disait: «Je crois que c'est dégoûtant que tu ne fais rien qui ait de l'importance et de la valeur; Tu n'es qu'une bonnee-à-rien, un parasite. Est-ce pour ça que ton père t'a envoyé au collège? Pour être une bonne? je suis très désappointée de toi et je suis sûre que je ne suis pas la seule.»
Je voulais lui dire: «Va-t-en en enfer» et lui raccrocher le téléphone brusquement. Plutôt, j'ai eu une boule dans la gorge et j'ai murmuré: «Là, je dois te quitter. À la prochaine.»
Quand elle rencontra mon père pour la première fois, ma grand-mère tira ma mère dans une autre pièce et lui dit: «La plupart des gens ont trente-deux dents dans la bouche, comment se fait-ikl qu'il en ait soixante-quatre? Quand nous passions la semaine de vacances dur printemps ensemble tyoute la famille, j'entendais ma grand-mère parler de moi à travers les murs au papier teint vert décollé: «Cois-tu qu'elle a engraissé, ruthie? et elle a tellement d'attention de son père. Il devrait passer plus de temps avec Howard pour que sa fille ne devienne pas une petite morveuse.»
Quand ma mère avait cinq ans, elle est revenue à la maison pour s'apercevoir que ssa mère avait déchiqueté sa couverture favorite pour en faire des guénilles. Qu'est-ce que ça put être d'avoir ma grand-mère comme mère? Enquelque part, ma mère a cessé d'en être témoin et a construit un mur pour se protéger contre toute douleur. Peut-être que c,est lorsque cette dernière lui a fait une farce en la dirigeant vers le département des pointures larges chex Macy's et en lui disant qu'elle devrait bientôt porter de tels vêtements. Peut-être que c'était la première année que c'était une jeune femme qui était éditrice du cahier souvenir des finissants du collège et qu'elle était revenue à la maison avec des A partout et que personne ne s'en est aperçu. Peut-être que c'est la fois, où pendantsa première année au collège, ma grand-mère lui avait dit: «Ton père et moi nous déménageons à San Antonio, Soit que tu te maries soit que tu viens avec nous.»
Elle a élevé ce mur autour d'elle contre cette douleur et a monté cette scène sur lequel elle pourrait créer un drame autour pour la cacher. Les drogues, l'alcool, les relations, les accidents d'auto, la maladie, l,argent, le divorce. Et toujours cette obsession abvec la nourriture. De cette façon, l'attention portait sur la douleur qui venait du drame en trois actes plutôt que sur la douleur qui l'avait suscité de prime abord. 


Sous-entendu sous cette passion pour la crise ou le drame dans la vie d'un outremangeur compulsif, il y a cette fausse croyance que sans cet état de crise nous ne pouvons avoir ce que nous désirons. Sans drame nous devons simplement être nous-mêmes, et ça ce n'est pas assez. 
Si je suis moi-même et non Yvette Mimieux, personne ne pourra s'intéresser à moi.
Si je suis moi-même et pas Lou Ann, Matt ne m'aimera pas.
Si je n'invente pas une raison pour être aimée— comme en étant malade, heureuse, ou connue — s'il n'y a aucune urgence, personne ne va vraiment réagir.
Mon moi de tous les jours est ennuyant, obèse, maladroit. Je dis des niaiseries.

Chacune de ces fausses croyances est précédée d'une autre croyance primaire qui n'est jamais exprimée: «J'étais moi-même quand j'étais enfant et ça n'a pas marché. Si j'aurais été différente, j'aurais sûrement été aimée. Maintenant je vais essayer d'être quelqu'un autre que moi.» 
Dans plusieurs familles, les émotions ne sont pas exprimées ouvertement. La tristesse, la solitude, la peur, la colère, l'appréciation, le respect, la tendresse sont signifiés, nous en parlons indirectement ou nous les cachons. Souvent nous avons vu des gens très vivants — leurs yeux très lumineux, et leurs corps qui bougeaient bien — quand ils avaient peur, quand ils étaient en colère les uns envers les autres, ou simplkement en état de crise. Et si, lorsque nous étions en crise, nous recevions beaucoup d'attention qui nous manquait énormément, nous avons appris qu'être nous-mêmes n'adoucissait pas les coeurs des gens qui nous entouraient. Nous avions besoin de quelque chose d'extra pour éveiller leur amour. Un petit peu d'émoi, avec ça!


Une participante à un atelier décrivait ainsi sa relation avec son père:

«J'ai eu trois frères plus vieux que moi et mon père désirait une fille, alors quand je suis née, je suis devenue la perle aux yeux de mon père. Quand j'allais à la plage avec lui et que je m'assoyais sur la berge, je me sentais plus fiorte que l'océan lui-même. Il m'amenait fairedes tours en camion chaque dimanche. Il était un vendeur iténérant et quand je pus l'accompagner, j'en étais très fière. Mais les affaires ont ralenti et il se mit à voyager sur des périodes de plus en plus longues., ne venant plus les weekends. Quand il était à la maison, il criait beaucoup. Je lui ai demandé ce que le mot «piéton» voulait dire et il me dit que j'étais trop curieuse. Puis quand je pleurais, il me prenait dans ses bras et quand j'étais malade, il m'apportait des cadeaux. Quand j'ai eu douze ou treize ans, j'ai eu l'influenza et suis restée à la maison. Je courais dans les escaliers et je mettais une serviette chaude sur mon front pour que ma température soit élevée et je devenais encore plus malade. je voulais vraimewnt être malade. je voulais que mon père revienne.»

Quand elle parle de sa relation actuelle avec son conjoint, elle dit: 
«Aux premiers signes d'un rhume, je me sentais soulagée. Quand je me suis cassé une jambe l'an dernier en ski, il y avait une partie de moi qui se réjouissait. Je ne crois pas que je me suis créé cette maladie, bien que je sois souvent malade — problèmes de thyroïde, migraines, et arthrite. Mais si Bill ne laisse pas tout tomber pour s'occuper de moi, je me fâche, je me sens rejetée. je veux qu'il m'apporte un bol de crème aux tomates avec des biscuits soda et de me mettre une étiquette avec mon nom dessus après mon poignet.»

Si notre réaction à ces événements ou nos émotions sont: «Oh mon Dieu, ça, ça va attirer son attention», c'est un signe que nous croyons que nous ne pouvons pas avoir ce que nous désirons en étant nous-mêmes. 
Quand j'étais en onzième année, le magazine Vogue m'éttait en vedette le mannequin Verushka, une belle blonde bronzée par le vent qui ressemblait pas mal à ma mère. Sur la porte de mon vestiaire, j'ai collé une photographie de Verushka dans une robe de nuit en satin fuchsia avec un boa de plumes autour de son cou. 
 

Quand mes amis me demandaient qui était sur la photographie, je leur disais: «pourquoi tu pense que je l'ai mise là? Éventuellement, ils étaient ébaillis et disaient: «Non, ce n'est pas ta mère, n'est-ce pas? Et je souriais avec un scintillement dans les yeux comme pour dire: «Bien sûr. Maintenant, allez-vous me croire quand je vous dis que je suis spéciale?»


Nous créons des drames en mentant, en souffrant, en outremangeant et en suivant des régimes, en vivant dans des états perpétuels de crise, en commençant et terminant sans cesse des relations. Nous créons des drames en externalisant notre douleur, en rendant les choses difficiles entre nous dans nos relations plutôt qu'en étant honnêtes à propos de ce qui est difficle à vivre en notre for intérieur. Quand nous ne sommes pas honnêtes à propos de notre conflit intérieur, nous mettons en scène une situation externe. Nous créons des drames parce que nous avons peur de ce qui va nous arriver si nous demeurions tranquilles et paisibles trop longtemps. Nous créons des drames autour de nous parce que nous avons peur de nous révéler aux autres, de nous montrer tel que nous sommes. Créer un drame nous protège de toute forme d'intimité.
La compulsion alimentaire est un théâtre fabuleux. Il est rempli de tous les éléments d'une bonne tragédie: la rage, la frustration, le deuil, la peine, la peur, la joie, l'espoir, la gaieté, l'extase. La compulsion alimentaire crée un illusion d'état d'excitation et de participation. Ça donne l'impression que c'est la vraie vie. Nous n'avons vraiment iren à faire que de partir sur des périodes extravagantes de frénésie alimentaire ou des régimes sévères, que d'avoir des garde-robes complètes pour quatre grandeurs, de nous parrpocher de plus en plus près de notre poids santé, sans jamais l'atteindre ou le maintenir pour plus d'une semaine, plutôt que d'expérimenter la vitalité et l'intensité que la plupart des gens définissent comme la vie. Nous n'avons jamais à faire quoi que ce soit que de nous investir dans ce cycle de perte et de gain du poids pour sentir que nous sommes engagés dans un processus très excitant. Nous n'avons jamais à laisser un autre être humain se rapprocher et devenir intime avec nous.
L'intimité, c'est montrer à une autre personne ces parties de nous-mêmes que nous croyons sans valeur et qui, par conséquent, risquent d'éloigner cette personne de nous comme l'ont fait nos parents. (Une voix en moi crie: «Ce fut dévastateur la première fois et maintenant tu me demandes de revivre ça.») L'intimité apporte avec elle la tendresse et l'humour, la camaraderie et l'affection, mais elle exige aussi que nous revivions les moments les plus pénibles et traumatisants de notre enfance.
Nous avons une drôle d'idée de ce qu'est l'amour. Les chansons que nous entendons à la radio parlent de passion et de désir ardent, mais personne ne nous dit que cela décrit les premiers — oue les derniers — six mois d'une relation. Quand je parle à des amies célibataires, leur principal sujet de conversation est leur tristesse de se retrouver seules. Elles vont se coucher seules en espérant qu'au côté d'elles, il y ait quelqu'un au corps chaud à prendre dans leurs bras. 

Des sections entières de magazines publiés le dimanche sont consacrées à décrire de nouvelles et originales compagnies qui se spécialisent dans les rencontres amoureuses pour des clients qui ont les moyens de se procurer les services de ces entremetteuses. Si vous payez 3000$us.et vous aurez accès à une vidéothèque qui recèle la promesse d'y trouver l'amour parfait. Cette RECHERCHE DU PARTENAIRE PARFAIT quand nous sommes célibataires me rappelle le RÊVE DE LA MINCEUR quand nous sommes obèses. L'emphase est mis sur trouver un partenaire ou sur maigrir, comme si ces actes en eux-mêmes peuvent diminuer l'agonie qui se trouve dans nos coeurs. Personne ne nous dit que la partie difficile n'est pas de troiuver un partenaire ou de perdre du poids; le plus dur n'est pas d'y arriver, mais bien d'y demeurer. C'est pourquoi nous faisons tout pour prolonger le processus de nous y rendre. Nous ne voulons pas en demeurer là. Inconsciemment, nous décidons que nous aimerions mieux manger et être protégés, ou occuper notre temps avec notre recherche, ou trouver l'erreur dans notre relation actuelle, plutôt que de retourner à la vulnérabilité de notre enfance que l'intimité apporte.
Matt et moi pouvons être en train de marcher sur la plage, riant parce que le golden retriever ne veut pas rendre le frisbee à son maître lorsque Matt va dire quelque chose qui vient déclencher un ressentiment et dès qu'il me jette un autre regard, je suis rendue alors à huit ans.
Je n'ai jamais aimé d'abord avoir huit ans la première fois; je ne veux pas y retourner maintenant. Alors quand des émotions d'une enfant de huit ans, qui est impuissante et terrorisée sont éveillées, je les repousse. Je me dis que mes ressentiments sont ridicules , égoïstes et immatures. Je m'isole, je me replie sur moi-même comme le fait l'anémone de mer. Matt sent cette distance, me demande ce qui ne va pas. Je lui dis. «Rien».
Il me dit: «Si rien ne te dérange, alors pourquoi est-ce que tu me regardes comme si tu ne me connaissais pas? Je lui dis qu'il s'imagine des choses; il me dit que je ne suis pas franche. Je lui dis que je n'aime pas qu'il m'accuse de mentir. Par mon désir de me protéger, je provoque le drame #3567.
Si je dis à Matt la vérité — que je me sens comme une enfant de huit ans, seule et qui a peur qu'il ne soit plus mon ami — il pourrait me dire: «Non seulement tu te sens comme une enfant de huit ans, tu agis aussi comme cette enfant.» Il pourrait dire: «Je ne peux endurer ton hyper sensibilité» Il pourrait rire de moi, me crier après, me quitter. Pear mon désir d'éviter toute blessure que j'ai ressenti enfant, j'évite l'intimité que je ne possédais pas étant enfant.
Dans nos relations présentement, la possibilité existe qu'en disant la vérité, nous retournions dans le temps au moment où nous avons appris à ne pas dire la vérité. Malgré toutes les chansons d'amour, malgré l'emphase qui est mise sur la recherche d'un partenaire et sur la minceur, le sens profond de l'une ou de l'autre réside dans le processus de revivre les moments traumatisants de notre enfance, redonnant une voix à ce qui semblait jusqu'à là inexprimable, et de retrouver la paix, l'harmonie et la complétude. 
Le sens profons de s'abandonner devant une dépendance à la nourriture n'est pas d'acquérir une taille plus mince. 
 

Ni de porter des pantalons moins larges, mais bien de cesser de nous protéger contre la doleur, puisque lorsque nous sommes protégés contre la douleur nou sommes aussi protégés de l'intimité. Quand nous permttons à la douleur de se montrer le nez, nous pouvons aussi entendre sa voix. Et quand nous lui donnons ainsi une voix (et une écoute) nous pouvons lâcher prise et nous libérer d'elle.
Le sens profond d'être intime n'est pas de trouver un corps à côté de soi pour nous garder au chaud la nuit ou d'avoir un compagnon pour passer notre vie; le sens profond de l'intimité, c'est en nous rapprochant d'une autre personne, nopus sommes projetés dans le temps jusqu'au moment où nous avons décidé que d'être proche était menaçant, et c,est alors que nous nous sommes relpliés sur nous-mêmes. Quand nous retournons en arrière ainsi dans le temps, nous nous donnons la chance de revivre cette période de notre enfance, mais cette fois avec la force et l'énergie d'un adulte. Nous apprenons à ne plus refouler ou réprimer nos émotions comme nous le faisions pour survivre. Et ce faisant, nous réclamons les parties précieuse de notre moi — notre confiance, notre foi, notre honnêteté — que nous enfermons quelque part où elles ne peuvent être touchées par la dévsatation qui règne dans notre famille. 
Le problème qui apparaît quand il s'agit d'abandonner notre état permanent  de crise — avec la nourriture et dans nos relations — c'est que sans ces drames nous ne savons plus quoi faire. Nous ne sommes plus sûrs si nous sommes vraiment vivants. Nous avons à faire face à quelque chose que nous n'avons jamais prévu atteindre: la possibilité que la paix et la satisfaction s'installe dans nos vies. 
Si nous vivons dans des environments familiaux où nous croyons que tout était sur le point de s'écrouler, ou que les choses sont toujours en train de s'effondrer, si nous y vivions dans la violence physique ou émotionnelle, si nous avons été abusés ou négligés, alors ce qui nous est le plus familier et le plus confortable à vivre avec, c'est justement l'inconfort. Nous trouvons suspectes le chose qui sont faciles, fluides ou confortables. Sans drames en trois actes, nous nous enons comme si nous manquions un des essentiels de la vie. Et en fait, c'est vrai. Nous sommes en manque de ces crises qui définissent être vivant dans une famille dysfonctionnelle. Nous ne savons plus comment ça peut être d'être vivant sans cet état permanent de crise. Pour nous, la souffrance rend notre expérience de vie sur terre comme digne d'être vécue. Quand accomplir quelque chose s'avère difficile, alors nous croyons qu'elle vaut la peine d'être faite. Si nous avons à nous battre, nous avons un sens à notre vie — et gagner ce combat nous amène à ressentir sentiment de fierté et de réussite.
Il n'y a pas de repos pour un outremangeur compulsif. Nous sommes soit sur la courbe ascendante soit sur la descente avec le pèse-personne. Soit que nous nous lamentons de ce que nous avons l'air maintenant soit que nous espérons avoit l'air de ce que nous étions l'an passé. Une femme dans un atelier disait: «Je voudrais aller jusqu'à me tuer pour être aussi mince que je l'ai été il y a cinq ans, à ce moment où j'aurais tuer pour être encore plus mince.» La satisfaction est inaccessible et inpensable.
La même histoire est vraie pour l'intimité. 

Si nous sommes confortables que lorsque nous sommes en train de nous battre et que nous souffrons, alors nous allons choisir des partenaires qui ne nous aiment pas, qui sont alcooliques ou dépendants de substances psychotropes, qui sont incapables de s'enager auprès de nous. ou tout en étant confortable dans les états de crise et dans la souffrance, nous allons trouver moyen de souffrir même dans les meilleures des relations. 
La paix et la satisfaction sont des émotions qui ont besoin d'être pratiquées pour les
 atteindre. Elles ne sont pas la conséquence du succès ou d'être en amour ou d'être mince. Elle sont, en autres choses, un conséquence du fait de nous arrêter au moment présent et de regarder tout autour de nous. Pour ceux d'entre nous qui, lorsque nous étions enfants, avons crû que de rester tranquille voulait dire se laisser frapper ou écraser verbalement, être satisfait peut être perçu comme une menace à notre survie.


La semaine passée alors que j'ouvrais la barrière de l'entrée, et que je me suis penchées pour la fixer à son attache, notre voisine Estelle raculait avec sa voiture dans son entrée chex elle. Elle ne vit pas la barrière ouverte; son auto frappa la barrière et la barrière me frappa à la tête. En quelques minutes, un oeuf couvait sur mon front. Je suis retournée titubant à la maison pour m'y mettre de la glace et trouva le livre Naked Lunch et six plats à glaçons vides dans le congélateur. Je me suis fait une note de ne pas oublier de torturer Matt quand je le reverrai. Puis je décidai que je n'avais pas à agir comme une grande personne et alors je me suis mise à pleurnicher, à gémir et me lamenter. Je me visualise comme ayant un caillot de sang au cerveau et mourant dans les quarante-huit heures. Je me vois en train de conduire , puis soudainement devenir étourdie, perdant le contrôle du véhicule et plongeant dans l'océan. Je me vois en train de frapper Estelle avec un «bat» de baseball. Je me visualise en train d'appeler Matt à son meeting, lui disant que j'avais une commotion cérébrale et qu'il devrait revenir à la maison immédiatement pour que nous allions à l'hôpital ensemble passer une tomographie. Plutôt, sachant très bien que je suis en retard à mon rendez-vous avec Maggie, ma psychothérapeute, j'embarque dans mon auto et je me rends à son bureau.
J'entre dans la pièce décorée avec un parapluie rose peint sur le mur au beau milieu d'une petite bruine et quand elle m'a demandé comment j'allais, j'ai commencé à pleurer. Je lui ai tout dit à propos d'Estelle et du livre congelé et du caillot au cerveau et je lui ai montré mon oeuf sur ma tête. Elle traversa la rue et entra à la Taverne «King's» pour aler me chercher un sac de glaçons. Je l'ai enveloppé dans une serviette et me le suis placé sur la tête. Elle medit que c'était très peu probable que je me retrouve avec un caillot de sang au cerveau et que plutôt que de torturer Matt avec ça, pourquoi ne lui demanderais-je pas comment il a pu placer ce livre au congélateur plutpôt que d'y faire des cubes de glace. Elle me dit que c'est maheureux que j'aie été là à la barrière quand Estelle est sortie en raculant avec son auto, mais que si je ne me sentais pas avec des étourdissements ou des nausées, alors il y a beaucoup de chances pour que tout ce qui en résuulte soit cette petite bosse sur ma tête. 

«Comment peux-tu être si peu romantique?» je lui ai dit.
Elle me demanda: «Était-ce un caillot de sang romantique?» —
«Non pas exactement, mais qu'en est-il de la peur d'avoir un caillot de sang? Si tous et chacun en venaient à croire que j'aurais un caillot de sang, ils pourraient m'apprécier beaucoup plus. Comme si nous pouvions aller à nos funérailles et entendre ce que chacun avait à dire de merveilleux sur nous quand nous étions vivants pendant que nous le sommes encore.» —
«Tu ne peux tout avoir en même temps, Geneen. Soit que tu changes ton discours intérieur pour q'il te respecte ici et maintenant, comme bien ordianire et pas nécessairement romantique quelquefois, soit que tu continues à vivre les grandes vagues d'émotions, toujours ayant peur du moment où dès que la poussière va se déposer, les gens vont te voir vraiment telle que tu es et vont te rejeter.»
Silence.
Elle me demanda une autre fois: «Est-ce que ce caillot de sang était romantique?
Et je me suis mise à penser à mes cheveux verts, à l'épilepsie, à l'emballage de barre de chocolat Baby Ruth. Lou Ann.

Je lui répondis: «Seulement si être vivant n'est plus romantique...»

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Traduits et adaptés par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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