Lorsque je me suis présentée
à Matt, je savais que je me présentais à un homme
dont l'amie de coeur venait de mourir d'un cancer. Je le savais parce que
je l'avais entendu dans son exposé le jour précédent.
Je savais qu'avoir une relation avec cet homme ne serait pas facile. Mais
je ne cherchais pas ce qui était facile.
J'invente les drames quand
il n'en a guère. Je me sens bien dans un état de crise. Je
me nourris d'intensité.
Je suis frénétique,
jamais seulement intéressée.
Je deviens pâmée,
jamais seulement heureuse.
Je deviens misérable,
jamais seulement malheureuse.
Et j'ai raffiné cet
art qu'est la souffrance.
Vivre avec quelqu'un dont
l'amie de coeur est morte de cancer, c'est un drame assez lourd. C'est
le genre d'histoire mélodramatique des romans savons. Comme celui
du Dr. Kildare dans l'épisode «Tyger, Tyger».
Quand j'étais au
secondaire, j'ai vu Yvette Mimieux et Richard Chamberlain dans un épisode
spécial, divisé en deux parties de l'émission «Dr
Kildare», dans lequel Yvette une super-femme blonde de Californie
atteinte du grand mal épileptique et Richard était le jeune
médecin qui est appelé à son secours. Malgré
leur amour naissant, elle continue à surfer sur les vagues et éventuellement,
durant une crise et avec les paroles du poème de William Blake «Tyger,
Tyger» derrière elle, Yvette mourut.
Cette combinaison de deuil
et de passion m'avait ravie. J'ai alors décidé que je voulais
être Yvette Mimieux. Avec sa coiffure, son corps, et son style, je
devrais être si belle que je ne serais plus jamais seule. Je devrais
être populaire auprès des filles et désirée
des garçons. Mon téléphone devrait ne pas cesser de
sonner. J'aurais un rire qui carillonnerait, un sourire qui serait irrésistible.
Je n'aurais pas de temps à consacrer aux garçons de ma classe,
ceux-là même qui me tourmentaient à propos de mon visage
rond, parce que des hommes comme Richard Chamberlain tomberaient pour moi.
Et si ce n'était pas Richard Chamberlain, ce serait certainement
le placier au cinéma Squire, le gars pour qui mon coeur battait
très fort: Mike Howard.
Yvette Mimieux était
une belle fille, «surfer», blonde et bien tournée. J'étais
une jeune fille «grassouiette» de dixième année
aux cheveux bruns. J'ai mis dans mes cheveux avec un vaporisateur Sun-In
pour les rendre blonds. Je ne réalisais pas que le peroxide ferait
virer mes cheveux bruns au vert luminescent. Je me suis mise à
un régime de prunes et boulettes de viande pour maigrir et deveni
moi aussi bien tournée. J'ai collé sur la porte du réfrigérateur
une photographie d'Yvette Mimieux pour que chque fois que j'irais pour
me chercher de la crème glacée, je pourrais y voir ses jambes
d'1m.72 sous un corps d'1m.74 Je désirais de telles jambes.
Et il y avait un gros problème. Sur mon corps d'1m.58 mes jambes
étaient insignifiantes. Ce n'est pas qu'elles étaient non
substantielles — mon frère les appelait les «cuisses de tonnerre»
— c'est qu'elles étaient juste trop courtes.
Après trois semaines
avec les cheveux verts et les jambes courtes, j'ai décidé
que j'étais très superficielle et bien ordinaire. Je n'avais
pas besoin d'être blonde ou de longues jambes pour ressembler à
Yvette Mimieux; je devais devenir épileptique. Le grand mal. Après
tout, c'était ce qui avait amené le Dr. Kildare à
entrer dans sa vie. C'est ce qui avait fait que leur amour était
si précieux et ce qui avait que sa mort était tout aussi
fabuleuse. Ses yeux qui roulaient en arrière comme elle chevauchait
la vague, le Dr. Kildare qui arrivait sur la plage à ce moment trop
tard pour la sauver. Son corps flasque était tiré de l'océan
alors que son visage tressaillit d'angoisses et se remplit de larmes. Je
voulais qu'il y eût quelqu'un qui aurait la même attention
et les mêmes soins envers moi qu'il en en avait eu envers elle.
Alors je me suis mise à
pratiquer comme feindre des crises d'épilepsie. Je pratiquais à
rouler mes yeux en arrière et à tomber au sol sans me briser
le crêne. Je préparais aussi la mise en scène. Je dis
à mes amies Claudia et Munny que j'étais atteinte d'épilepsie;
j'ai demandé à Bunny d'aller voir Khartoum au cinéma
Squire avec moi. Quand Mike nous vit toutes les deux, il s'avanca vers
nous pour nous saluer, et au mileu d'une discussion sur un examen en sciences
sociales, je me suis mise à rouler mes yeux et je suis tombée
au sol doucement. Il me ramassa et me porta jusqu'à une chaise.
«Elle a appris récemment qu'elle était atteinte du
grand mal d'épilepsie.» Bunny murmura à l'oreille de
Mike. Il prit un morceau de carton d'un papier d'emballage d'une barre
de chocolat Baby Ruth et me la mit dans la bouche pour que je n'avale pas
ma langue. Après deux ou trois crises, la mère de Mike lui
interdit de me revoir.
Durant ma onzième
et ma douzième année, mes amies et moi nous passions nos
soirées à jouer des tours au téléphone à
nos amis garçons. Susan appelait mon chum et lui disait Z As-tu
vu Geneen ce soir? Puisque j'étais assise à côté
d,elle à ce moment, il lui répondit que non. Alors Susan
lui disait: « J'ai peur pour elle. Elle est partie d'ici assez buleversée
et je suis préoccupée qu'il ne lui arrive quelque accident.
Est-ce que tu pourrais me rappeler si tu entendais parler d'elle?»
Nous espérions que
l'idée d'une mort possible redoublerait les ardeurs de nos prétendants.
Quand ils seraient acculés devant la possibilité de nous
perdre, nous étions certaines qu'ils devraient réaliser combien
ils nous aiment.
Pour les premiers six mois
où j'ai voyagé comme leader des ateliers Breaking Free, je
demandais à mon ami Louis pour que nous dînions ensemble la
veille de mon départ. Nous prenions l'autoroute qui longeait la
côte du Pacifique jusqu'au Café Davenport. Si c'était
l'hiver, nous pouvions chercher sur l'océan pour y trouver les jets
des Baleines grises. Si c'était le printemps, nous comptions le
nombre de fleurs sauvages qui poussaient le long des collines et commenttions
le cercle des cllas qui poussaient en un cerlce magnifique devant le restaurant.
Quand Louis était en train de prendre son dessert, je lui disais:
«Tu sais que le pars demain pour donner un atelier. Si tu savais
que l'avion demaind va s'écraser, et que je ne te reverrais plus,
qu'est-ce que tu me dirais aujourd'hui?
La première fois que
je lui ai posé la question, Louis me regarda étonné.
«Oh Geneen, me dit-il, je ne peux imaginer un écrasement.»
—
«Mais c'est possible»,
je lui répondis. «C'est toujours possible. Tu dois vivre comme
si tu allais mourir demain et ne rien laisser traîner en suspens.
Est-ce qu'il y a quelque chose que tu veux que je sache que tu ne m'as
pas encore dit?» —
«Je t'aime»
me dit-il. «Je suis content d'être proche comme ça de
toi. Je n,ai pas eu une amie comme toi depuis longtemps. Tu m'as gardé
près de toi, tu ne m'as jamais laissé sans me le dire et
je suis bien et fier en même temps de mon engagement dans cette relation.»
Ses yeux d'argile mouillée,
remplis de larmes comme il s'avançait pour prendre ma main dans
la sienne. «Tu me manquerais si tu mourais.»
Pensant au fuselage en flammes,
ma famille qui cherchait des signes de ma présence, mes souliers
dorés, mes lunettes en forme de coeurs, je me mettais à pleurer
moi aussi.
«Je ne veux pas mourir»
je lui murmurais tendrement.
La deuxième fois
que nous sommes allés au Café Davenport, j,ai commandé
un sandwich au fromage et à l'avocat sur pain de blé entier
et Louis prit une lasagne. Comme il prenait la dernière bouchée
de sa tarte aux pacanes, Je lui ai demandé s'il désuirait
me dire quelque chose s'il savait que demain mon avion s'écraserait
et que j'y mourais.
Ses yeux devinrent tout
mouillés comme peut le faire une brume le matin sur la plage.. «Je
t'aime et je suis content d'être ton ami. Tu es merveilleuse.»
La troisième fois
que nous sommes allés au Café Davenport, j'ai commandé
un sandwich au fromage et à l'avocat et il prit des scampis. Comme
je prenais les pépites de choclat de son biscuit au dessert, je
lui ai demandé s'il avait quelque chose qu'il vait besoin de me
dire, puisque je pouvais mourir le lendemain.
«Trois choses, me
dit-il, premièrement, peux-tu me laisser ta collection de disques?
Deuxièmement, peu importe où tu vas quand tu meurs, commence
à m'attendre dans à peu près tente ans. Je porterai
une rose rouge à mon tuxedo. Et troisièmement, Tu ne peux
vivre ainsi Geneen,. Tu ne vas pas mourir demain. C'en est trop et trop
fort. Ça met un cadre autour de chacune de nos pensées, de
nos émotions et ça ne permet pas de te donner ou de donner
à ceux qui t'entourent bien de place pour continuer à vivre.»
Je voulais vivre comme si
j'allais mourir le lendemain. La combinaison de passion et de deuil m'allait
à ravir.
Lorsque ç'a fait dix
mois que je connaissais Matt, je suis allée voir un médecin
pour une douleur au côté droit et une série d'éruptions
cutanées qui semblait accompagner cette douleur. Il m'a dit que
j'avais une forme d'herpès zoster. Il me dit que cette maladie était
causé par un virus qui était réveillé par du
stress et que je serais souffrante pendant trois à douze mois.
La douleur ressemblait à
des lames de rasoir qui me taillairdait les os.Je voulais me lancer contre
un mur, m'ensevelir dans le ciment, pour la faire cesser.
J'étais furieuse d'être
malade. Je ne voulais pas arrêter d'écrire, de danser, de
sortir et d,animer des ateleirs. Je ne voulais pas être comme Lou
Ann. Et malgré tout ça, je voulais être Lou Ann. Et
si j'étais aussi malade que Lou ann, alors peut-être qu'il
m,aimerait autant qu'il vait aimé Lou Ann. Avec toute cette passion
et cette urgence. Avec cette connaissance que je ne serais pas là
pour toujours, alors pourquoi se retenir — ne retenir aucune affection,
aucun amour.
Quand j'ai parlé
à Sara de la façon dont Matt avait aimé Lou Ann, elle
me disait : «Mais elle est morte, Geneen. Elle est morte. Tu es vivante.
Son amour pour elle était rempli de tristesse et de peur. Est-ce
que tu veux qu'il t'aime ainsi. N'aimerais-tu pas qu'il t'aime d'un endroit
au fond de lui où la joie règne?»
Oui, mais...
Est-ce que cela voulait
dire qu'il m'aimerait moins?
Est-ce que cela voulait
dire qu'il me porterait moins d'attention?
Est-ce que cela voulait
dire que nous allons devenir comme ces couples qui ont déjà
aimé follement tout l'un de l'autre — la courbe de son cou, l'espace
entre ces dents — et qui au cours des années en sont venus à
haîr ces choses qui autrefois les passionnaient?
Je ne voulais pas être
de ces couples qui mangent leurs repas au restaurant en silence.
«J'aimerais mieux
être malade.» j'envoyai à Sara.
— «Tu veux me dire
que tu aimerais mieux mourir que de vivre et passer à travers les
conflits, les froids et les banalités de la vie de tous les jours?»
Non. J'aimerais mieux mourir
que de vivre comme ma mère tet mon père.
Elle a bu. Elle prenait
un verre de Dewar's sur glaçons avec twist de citron. Il ne disait
rien. Elle a pris des drogues. Des amphétamines pour perdre du poids,
des barbituriques pour dormir. Il ne disait rien. Elle criait. Après
lui, nous, et le chien. Il ne disait rien. Elle suppliait. Elle lui demandait:
Suis-je belle? Il ne disait rien. Elle déambulait dans la maison
à quatre heures et demie, les vêtements fripés, le
rouge à lèvres beurré. Il ne disait rien. Au dîner
de l'action de Grâces, elle lui lança une assiette de farce
au visage. Pendant une bagarre avec mon frèr, elle lança
un couteau à travers la pièce. Quand elle était en
colère envers moi, elle me tirait par les cheveux jusqu'à
ma chambre. Il ne disait rien. Les dimanches, quand nous allions au Resto
sur l'avenue Bleecker, elle mangeait dans un silence qui était mortel.
Ma mère était
avide d'amour et tuait tout sur son passage. Mon père ne disait
rien.
La vie tel que je l'ai connue
enfant, était soit colorée de frénésie émotionnelle
en état de crise permanente au haut taux de décibels, ou
absolument immobile et dangereusement «platte». Soit que ma
mère était à la maison misérable soit qu'il
n'y avait personne. Il n'y avait que deux choix: ou bien vivre le chaos
ou bien être abandonnée.
Plutôt que de revivre
mon enfance, j'avais recréé autour de moi une vie qui ressemblait
à celle de ma mère — j'augmentais constamment ma mise dans
une tentative désespérée de recevoir de l'attention
de mon partenaire.
Même si cette attention
est déjà acquise.
Comme façon de se
présenter les uns aux autres, je demande aux participants de mes
ateliers de dessiner leurs noms sur des collants. Dans un coin, ils indiquent
ce qu'ils imaginent que serait leur vie si la nourriture n'était
plus un problème pour eux. Beaucoup d'entre eux écrivent
«ennuyant». Quand je leur pose la question à ce sujet,
ils disent qu'ils ne sauraient pas quoi faire de leur temps. Ils disent
que la vie serait assommante, sans rien d'excitant.
Ils disent: «Quand
je saisis de la nourriture pour l'avaler d'une façon urgente — vous
savez ce que je veux dire, quand je ne peux en avoir assez et que c'est
une question de vie ou de mort si je réussis ou non à me
mettre une palette de chocolat dans la bouche ici et maintenant — c'est
en partie une manie et aussi un «high» réjouissant.
J'aime de «high». J'aime ça me sentir vivante. Sans
ces va et viens, ces hauts et ces bas qui entourent la bouffe, la vie serait
bien calme, mais je crois que la vie serait remplie d'ennui et aussi
de lassitude.»
Et ils disent: «Gagner
et perdre du poids, toujours à suivre un régime, c'est comme
si nous étions dans un manège émotionnel de montagnes
russes. Certains jours je sens que c'est «too much» et d'autres
jours c'est l'enfer, mais au moins je ressens quelque chose. Je ne peux
imaginer ce que serait ma vie si je n'avais pas la nourriture pour m'occuper.»
Il n'y a rien d'ennuyant
dans le fait d'être un outremangeur compulsif. Soit que nous nous
haïssons parce que nous sommes trop gros, soit que nous sommes volages
à l'idée d'être minces, soit que nous sommes prêts
à nous déchirer dès que nous outremangeons. Le chaos,
l'intensité et la crise sont normaux dans la vie de tous les jours
d'un outremangeur compulsif. La souffrance est souvent une façon
de vivre dans ce monde.
C'est comme si nous revivions
notre relation parent-enfant en nous-mêmes lorsque nous mangeons.
Si nous avons entendu ou crû entendre lorsque nous étions
enfants que nous étions méchants et que nous méritions
ce qui nous arrivait, nous réagissons ainsi en mangeant jusqu'à
ce que nous nous sentons inconfortables et incapables de bouger.
C'est fréquent pour quelqu'un qui n'est pas une outremangeuse compulsive
de penser que ça n'a pas de sens de manger de telles quantités
qu'elle soit à ce point misérable. Pourquoi est-ce que quelqu'un
désirerait manger à ce point? Qu'est-ce qu'elle cherche à
atteindre ainsi? Le but qu'elle cherche à atteindre ne réside
pas dans le goût, dans la texture ou dans l'odeur des aliments; outremanger
est une façon de nous donner à nous-mêmes ce que nous
croyons mériter.
La compulsion alimentaire
ets une façon de recréer drastiquement la souffrance et/ou
la violence dont nous avons été témoins lorsque nous
étions enfants dans nos familles. Notre relation avec la nourriture
est comme un microcosme de tout ce que nous avons appris à propos
de l'amour, d'aimer et d'être aimé, et à propos de
notre estime de nous-mêmes. C'est la scène où nous
revivions notre enfance. Si nous avons été abusés,
nous allons abuser de nous-mêmes avec de la nourriture. Le niveau
où nous sommes violents, abusifs, où nous nous punissons
nous-mêmes, est proportionnel au degré de violence, d'abus
et de punition que nous avons reçu.
Nous apprenons comment nous
infliger ces souffrances en étant victimes à un moment donné.
Extrait d'un journal:
10 octobre 1978.
Aujourd'hui j'ai mangé:
1/3 d'un paquet de biscuits
graham 100. calories
1 salade avec sauce à
salade 300. calories
100 gms croustilles au caroube
200. calories
1 biscuit 75. calories
200 gms de granola 300.
calories
4 cuill. à thé
de beurre de «cashews» 300. calories
32 onces de jus de pommes
300. calories
1/2 pain «Wayfarer»
250. calories
5 cuil. à soupe d'humus
300. calories
1 sandwich à la crème
glacée 400. calories
1 pomme 76. calories
1 barre tendre au fudge
200. calories
1 paquet de biscuits au
riz brun 200. calories
1 cuil. à thé
de beure d'arachides 75. calories
2 litres de crème
glacée à la vanille 2000. calories
TOTAL DES CALORIES POUR
LA JOURNÉE: 5176. calories
11 OCTOBRE 1978, 03:00: Je
me réveille avec une image de moi-même en train de me taillarder
chacun des organes de mon corps. À chaque coup, je dis: Bon.
Encore. Plus fort. Je veux me détruire. Je veux manger tant que
je ne serai pas morte de ces excès. Je crois que je mérite
cette souffrance. C'est la seule façon de me sentir confortable.
Ne pas dormir, manger de manière incontrôlée, me conduire
au bord du gouffre, ça, je me sens bien de ça. Je veux prendre
mon auto et aller au restaurant Albertson. 03:00. Les lumières sont
éblouissantes. Je mange de la crème glacée. Je suis
totalement folle et je vole jusque dans cet océan. Je cherche à
me débarrasser de moi-même. Je haïs cette créature
que je suis.
Bon. Encore. Plus fort.
Je reçois cette lettre:
Mille calories par jour m'apparaît
comme trop pour une alimentation saine, alors j'ai découvert qu'une
calorie est en fait une kilocalorie, j'ai multiplié tout ce queje
mange par 100 et j'étais dégoûtée par ce que
je mangeais vraiment. J'ai commencé à manger des portions
deplus en plus petites et finalement, je suis rendue à 100 calories
par jour. je cours 9 kilomètres, je m'entraîne en faisant
de la musculature, je suis deux classes d'exercices aérobiques quotidiennement.
je mesure 1 m.72 et je pèse 45 kilos.
Bon. Encore. Plus fort.
Puis je désirais jouer
au soccer sur l'équipe collégiale et le médecin m'a
dit que je devais peser au moins 57 kilos, alors j'ai gagné 22 kilos.
Mainteant je ne peux plus m'arrêter de manger.
Dans cette même lettre,
elle me raconte ceci: «Ma mère nous a abandonné cinq
d'entre nous quand nous étions bébés. Mon père
est mort d'alcoolisme; le médecin m'a dit que mon foie ne fonctionne
plus.»
Sans mère et avec
un père alcoolique, il n'y a pas de constance, pas de solidité,
pas de «grounding». Sans mère et avec un père
alcoolique, il n'y avait personne pour l'accueillir; ce n'était
pas un bon endroit pour exprimer ses émotions, alors elle s'en est
abstenue. Elle a construit cette scène sur laquelle elle ramassait
et tournait en drame de trois actes ses émotions; la pièce
qui y jouait s'appelait «Mes problèmes avec la nourriture».
L'obsession avec la nourriture
nous donme un bon endroit où nous pouvons placer toutes nos émotions
comme les désappointements, la rage, la peine. Tant que nous demeurons
obsédés par la nourriture, nous avons une raison très
concrète pour expliquer notre douleur. Chaque blessure peut être
suivie à la trace jusque là, comme une femme le partageait,
«jusqu'à ce Benedict Arnold de ma vie — la nourriture».
La plupart d'entre nous
devenons très habiles à nier ou minimiser notre douleur que
nous croyons que nos problèmes avec la nourriture sont nos seuls
problèmes avec la nourriture. Nous croyons que nnotre relation avec
la nourriture et nos corps est le seul domaine de nos vies où nous
ressentons une douleur constante, alors une fois qu'elle est disparue,
tout devrait bien marché.
J'ai entendu cela dans presque
chacun de mes ateliers. Les gens croient en cela avec une telle conviction,
avec une telle force que lorsque je leur dis que ce n'est pas vrai, les
participants commencent à se plaindre que les chaises sont très
dures, combien il fait froid ou chaud dans la salle, et qu'ils ont payé
pour assister à cela, et pourquoi il n'y a pas la bonne grandeur
pour eux dans les chandails promotionnels de l'atelier?
Parce que si c'est vrai
que la douleur qu'ils ressentent dans leurs vies n'a rien à voir
avec leur poids, alors d'où vient-elle?
Pour plusieurs d'entre nous,
la seule chose qui reste debout entre nous et des années de douleur
surgelée et glacée, c'est notre obsession avec la nourriture.
Et plutôt que de reconnaître cette douleur, nous nous lançons
dans notre obsession encore et encore, croyant inconsciemment que puisque
la nourriture nous a déjà sauvé la vie, la nourriture
peut encore nous la sauver.
La dernière fois que
j'ai parlé à ma grand-mère maternelle, ce fut une
semaine avnt qu'elle ne quitte pour aller à l'hôpital, deux
semaines avant qu'elle ne décède. Cette année-là,
j'ai pris 20 kilos, je me démenais pas mal, j'ai quitté l'école
et je travaillais comme bonne et comme plongeuse: je lavais aussi la vaisselle.
Ma grand-mère disait:
«Je crois que c'est dégoûtant que tu ne fais rien qui
ait de l'importance et de la valeur; Tu n'es qu'une bonnee-à-rien,
un parasite. Est-ce pour ça que ton père t'a envoyé
au collège? Pour être une bonne? je suis très désappointée
de toi et je suis sûre que je ne suis pas la seule.»
Je voulais lui dire: «Va-t-en
en enfer» et lui raccrocher le téléphone brusquement.
Plutôt, j'ai eu une boule dans la gorge et j'ai murmuré: «Là,
je dois te quitter. À la prochaine.»
Quand elle rencontra mon
père pour la première fois, ma grand-mère tira ma
mère dans une autre pièce et lui dit: «La plupart des
gens ont trente-deux dents dans la bouche, comment se fait-ikl qu'il en
ait soixante-quatre? Quand nous passions la semaine de vacances dur printemps
ensemble tyoute la famille, j'entendais ma grand-mère parler de
moi à travers les murs au papier teint vert décollé:
«Cois-tu qu'elle a engraissé, ruthie? et elle a tellement
d'attention de son père. Il devrait passer plus de temps avec Howard
pour que sa fille ne devienne pas une petite morveuse.»
Quand ma mère avait
cinq ans, elle est revenue à la maison pour s'apercevoir que ssa
mère avait déchiqueté sa couverture favorite pour
en faire des guénilles. Qu'est-ce que ça put être d'avoir
ma grand-mère comme mère? Enquelque part, ma mère
a cessé d'en être témoin et a construit un mur pour
se protéger contre toute douleur. Peut-être que c,est lorsque
cette dernière lui a fait une farce en la dirigeant vers le département
des pointures larges chex Macy's et en lui disant qu'elle devrait bientôt
porter de tels vêtements. Peut-être que c'était la première
année que c'était une jeune femme qui était éditrice
du cahier souvenir des finissants du collège et qu'elle était
revenue à la maison avec des A partout et que personne ne s'en est
aperçu. Peut-être que c'est la fois, où pendantsa première
année au collège, ma grand-mère lui avait dit: «Ton
père et moi nous déménageons à San Antonio,
Soit que tu te maries soit que tu viens avec nous.»
Elle a élevé
ce mur autour d'elle contre cette douleur et a monté cette scène
sur lequel elle pourrait créer un drame autour pour la cacher. Les
drogues, l'alcool, les relations, les accidents d'auto, la maladie, l,argent,
le divorce. Et toujours cette obsession abvec la nourriture. De cette façon,
l'attention portait sur la douleur qui venait du drame en trois actes plutôt
que sur la douleur qui l'avait suscité de prime abord.
Sous-entendu sous cette passion
pour la crise ou le drame dans la vie d'un outremangeur compulsif, il y
a cette fausse croyance que sans cet état de crise nous ne pouvons
avoir ce que nous désirons. Sans drame nous devons simplement être
nous-mêmes, et ça ce n'est pas assez.
Si je suis moi-même
et non Yvette Mimieux, personne ne pourra s'intéresser à
moi.
Si je suis moi-même
et pas Lou Ann, Matt ne m'aimera pas.
Si je n'invente pas une
raison pour être aimée— comme en étant malade, heureuse,
ou connue — s'il n'y a aucune urgence, personne ne va vraiment réagir.
Mon moi de tous les jours
est ennuyant, obèse, maladroit. Je dis des niaiseries.
Chacune de ces fausses croyances
est précédée d'une autre croyance primaire qui n'est
jamais exprimée: «J'étais moi-même quand j'étais
enfant et ça n'a pas marché. Si j'aurais été
différente, j'aurais sûrement été aimée.
Maintenant je vais essayer d'être quelqu'un autre que moi.»
Dans plusieurs familles,
les émotions ne sont pas exprimées ouvertement. La tristesse,
la solitude, la peur, la colère, l'appréciation, le respect,
la tendresse sont signifiés, nous en parlons indirectement ou nous
les cachons. Souvent nous avons vu des gens très vivants — leurs
yeux très lumineux, et leurs corps qui bougeaient bien — quand ils
avaient peur, quand ils étaient en colère les uns envers
les autres, ou simplkement en état de crise. Et si, lorsque nous
étions en crise, nous recevions beaucoup d'attention qui nous manquait
énormément, nous avons appris qu'être nous-mêmes
n'adoucissait pas les coeurs des gens qui nous entouraient. Nous avions
besoin de quelque chose d'extra pour éveiller leur amour. Un petit
peu d'émoi, avec ça!
Une participante à
un atelier décrivait ainsi sa relation avec son père:
«J'ai eu trois frères
plus vieux que moi et mon père désirait une fille, alors
quand je suis née, je suis devenue la perle aux yeux de mon père.
Quand j'allais à la plage avec lui et que je m'assoyais sur la berge,
je me sentais plus fiorte que l'océan lui-même. Il m'amenait
fairedes tours en camion chaque dimanche. Il était un vendeur iténérant
et quand je pus l'accompagner, j'en étais très fière.
Mais les affaires ont ralenti et il se mit à voyager sur des périodes
de plus en plus longues., ne venant plus les weekends. Quand il était
à la maison, il criait beaucoup. Je lui ai demandé ce que
le mot «piéton» voulait dire et il me dit que j'étais
trop curieuse. Puis quand je pleurais, il me prenait dans ses bras et quand
j'étais malade, il m'apportait des cadeaux. Quand j'ai eu douze
ou treize ans, j'ai eu l'influenza et suis restée à la maison.
Je courais dans les escaliers et je mettais une serviette chaude sur mon
front pour que ma température soit élevée et je devenais
encore plus malade. je voulais vraimewnt être malade. je voulais
que mon père revienne.»
Quand elle parle de sa relation
actuelle avec son conjoint, elle dit:
«Aux premiers signes
d'un rhume, je me sentais soulagée. Quand je me suis cassé
une jambe l'an dernier en ski, il y avait une partie de moi qui se réjouissait.
Je ne crois pas que je me suis créé cette maladie, bien que
je sois souvent malade — problèmes de thyroïde, migraines,
et arthrite. Mais si Bill ne laisse pas tout tomber pour s'occuper de moi,
je me fâche, je me sens rejetée. je veux qu'il m'apporte un
bol de crème aux tomates avec des biscuits soda et de me mettre
une étiquette avec mon nom dessus après mon poignet.»
Si notre réaction
à ces événements ou nos émotions sont: «Oh
mon Dieu, ça, ça va attirer son attention», c'est un
signe que nous croyons que nous ne pouvons pas avoir ce que nous désirons
en étant nous-mêmes.
Quand j'étais en
onzième année, le magazine Vogue m'éttait en vedette
le mannequin Verushka, une belle blonde bronzée par le vent qui
ressemblait pas mal à ma mère. Sur la porte de mon vestiaire,
j'ai collé une photographie de Verushka dans une robe de nuit en
satin fuchsia avec un boa de plumes autour de son cou.
Quand mes amis me demandaient
qui était sur la photographie, je leur disais: «pourquoi tu
pense que je l'ai mise là? Éventuellement, ils étaient
ébaillis et disaient: «Non, ce n'est pas ta mère, n'est-ce
pas? Et je souriais avec un scintillement dans les yeux comme pour dire:
«Bien sûr. Maintenant, allez-vous me croire quand je vous dis
que je suis spéciale?»
Nous créons des drames
en mentant, en souffrant, en outremangeant et en suivant des régimes,
en vivant dans des états perpétuels de crise, en commençant
et terminant sans cesse des relations. Nous créons des drames en
externalisant notre douleur, en rendant les choses difficiles entre nous
dans nos relations plutôt qu'en étant honnêtes à
propos de ce qui est difficle à vivre en notre for intérieur.
Quand nous ne sommes pas honnêtes à propos de notre conflit
intérieur, nous mettons en scène une situation externe. Nous
créons des drames parce que nous avons peur de ce qui va nous arriver
si nous demeurions tranquilles et paisibles trop longtemps. Nous créons
des drames autour de nous parce que nous avons peur de nous révéler
aux autres, de nous montrer tel que nous sommes. Créer un drame
nous protège de toute forme d'intimité.
La compulsion alimentaire
est un théâtre fabuleux. Il est rempli de tous les éléments
d'une bonne tragédie: la rage, la frustration, le deuil, la peine,
la peur, la joie, l'espoir, la gaieté, l'extase. La compulsion alimentaire
crée un illusion d'état d'excitation et de participation.
Ça donne l'impression que c'est la vraie vie. Nous n'avons vraiment
iren à faire que de partir sur des périodes extravagantes
de frénésie alimentaire ou des régimes sévères,
que d'avoir des garde-robes complètes pour quatre grandeurs, de
nous parrpocher de plus en plus près de notre poids santé,
sans jamais l'atteindre ou le maintenir pour plus d'une semaine, plutôt
que d'expérimenter la vitalité et l'intensité que
la plupart des gens définissent comme la vie. Nous n'avons jamais
à faire quoi que ce soit que de nous investir dans ce cycle de perte
et de gain du poids pour sentir que nous sommes engagés dans un
processus très excitant. Nous n'avons jamais à laisser un
autre être humain se rapprocher et devenir intime avec nous.
L'intimité, c'est
montrer à une autre personne ces parties de nous-mêmes que
nous croyons sans valeur et qui, par conséquent, risquent d'éloigner
cette personne de nous comme l'ont fait nos parents. (Une voix en moi crie:
«Ce fut dévastateur la première fois et maintenant
tu me demandes de revivre ça.») L'intimité apporte
avec elle la tendresse et l'humour, la camaraderie et l'affection, mais
elle exige aussi que nous revivions les moments les plus pénibles
et traumatisants de notre enfance.
Nous avons une drôle
d'idée de ce qu'est l'amour. Les chansons que nous entendons à
la radio parlent de passion et de désir ardent, mais personne ne
nous dit que cela décrit les premiers — oue les derniers — six mois
d'une relation. Quand je parle à des amies célibataires,
leur principal sujet de conversation est leur tristesse de se retrouver
seules. Elles vont se coucher seules en espérant qu'au côté
d'elles, il y ait quelqu'un au corps chaud à prendre dans leurs
bras.
Des sections entières
de magazines publiés le dimanche sont consacrées à
décrire de nouvelles et originales compagnies qui se spécialisent
dans les rencontres amoureuses pour des clients qui ont les moyens de se
procurer les services de ces entremetteuses. Si vous payez 3000$us.et vous
aurez accès à une vidéothèque qui recèle
la promesse d'y trouver l'amour parfait. Cette RECHERCHE DU PARTENAIRE
PARFAIT quand nous sommes célibataires me rappelle le RÊVE
DE LA MINCEUR quand nous sommes obèses. L'emphase est mis sur trouver
un partenaire ou sur maigrir, comme si ces actes en eux-mêmes peuvent
diminuer l'agonie qui se trouve dans nos coeurs. Personne ne nous dit que
la partie difficile n'est pas de troiuver un partenaire ou de perdre du
poids; le plus dur n'est pas d'y arriver, mais bien d'y demeurer. C'est
pourquoi nous faisons tout pour prolonger le processus de nous y rendre.
Nous ne voulons pas en demeurer là. Inconsciemment, nous décidons
que nous aimerions mieux manger et être protégés, ou
occuper notre temps avec notre recherche, ou trouver l'erreur dans notre
relation actuelle, plutôt que de retourner à la vulnérabilité
de notre enfance que l'intimité apporte.
Matt et moi pouvons être
en train de marcher sur la plage, riant parce que le golden retriever ne
veut pas rendre le frisbee à son maître lorsque Matt va dire
quelque chose qui vient déclencher un ressentiment et dès
qu'il me jette un autre regard, je suis rendue alors à huit ans.
Je n'ai jamais aimé
d'abord avoir huit ans la première fois; je ne veux pas y retourner
maintenant. Alors quand des émotions d'une enfant de huit ans, qui
est impuissante et terrorisée sont éveillées, je les
repousse. Je me dis que mes ressentiments sont ridicules , égoïstes
et immatures. Je m'isole, je me replie sur moi-même comme le fait
l'anémone de mer. Matt sent cette distance, me demande ce qui ne
va pas. Je lui dis. «Rien».
Il me dit: «Si rien
ne te dérange, alors pourquoi est-ce que tu me regardes comme si
tu ne me connaissais pas? Je lui dis qu'il s'imagine des choses; il me
dit que je ne suis pas franche. Je lui dis que je n'aime pas qu'il m'accuse
de mentir. Par mon désir de me protéger, je provoque le drame
#3567.
Si je dis à Matt
la vérité — que je me sens comme une enfant de huit ans,
seule et qui a peur qu'il ne soit plus mon ami — il pourrait me dire: «Non
seulement tu te sens comme une enfant de huit ans, tu agis aussi comme
cette enfant.» Il pourrait dire: «Je ne peux endurer ton hyper
sensibilité» Il pourrait rire de moi, me crier après,
me quitter. Pear mon désir d'éviter toute blessure que j'ai
ressenti enfant, j'évite l'intimité que je ne possédais
pas étant enfant.
Dans nos relations présentement,
la possibilité existe qu'en disant la vérité, nous
retournions dans le temps au moment où nous avons appris à
ne pas dire la vérité. Malgré toutes les chansons
d'amour, malgré l'emphase qui est mise sur la recherche d'un partenaire
et sur la minceur, le sens profond de l'une ou de l'autre réside
dans le processus de revivre les moments traumatisants de notre enfance,
redonnant une voix à ce qui semblait jusqu'à là inexprimable,
et de retrouver la paix, l'harmonie et la complétude.
Le sens profons de s'abandonner
devant une dépendance à la nourriture n'est pas d'acquérir
une taille plus mince.
Ni de porter des pantalons
moins larges, mais bien de cesser de nous protéger contre la doleur,
puisque lorsque nous sommes protégés contre la douleur nou
sommes aussi protégés de l'intimité. Quand nous permttons
à la douleur de se montrer le nez, nous pouvons aussi entendre sa
voix. Et quand nous lui donnons ainsi une voix (et une écoute) nous
pouvons lâcher prise et nous libérer d'elle.
Le sens profond d'être
intime n'est pas de trouver un corps à côté de soi
pour nous garder au chaud la nuit ou d'avoir un compagnon pour passer notre
vie; le sens profond de l'intimité, c'est en nous rapprochant d'une
autre personne, nopus sommes projetés dans le temps jusqu'au moment
où nous avons décidé que d'être proche était
menaçant, et c,est alors que nous nous sommes relpliés sur
nous-mêmes. Quand nous retournons en arrière ainsi dans le
temps, nous nous donnons la chance de revivre cette période de notre
enfance, mais cette fois avec la force et l'énergie d'un adulte.
Nous apprenons à ne plus refouler ou réprimer nos émotions
comme nous le faisions pour survivre. Et ce faisant, nous réclamons
les parties précieuse de notre moi — notre confiance, notre foi,
notre honnêteté — que nous enfermons quelque part où
elles ne peuvent être touchées par la dévsatation qui
règne dans notre famille.
Le problème qui apparaît
quand il s'agit d'abandonner notre état permanent de crise
— avec la nourriture et dans nos relations — c'est que sans ces drames
nous ne savons plus quoi faire. Nous ne sommes plus sûrs si nous
sommes vraiment vivants. Nous avons à faire face à quelque
chose que nous n'avons jamais prévu atteindre: la possibilité
que la paix et la satisfaction s'installe dans nos vies.
Si nous vivons dans des
environments familiaux où nous croyons que tout était sur
le point de s'écrouler, ou que les choses sont toujours en train
de s'effondrer, si nous y vivions dans la violence physique ou émotionnelle,
si nous avons été abusés ou négligés,
alors ce qui nous est le plus familier et le plus confortable à
vivre avec, c'est justement l'inconfort. Nous trouvons suspectes le chose
qui sont faciles, fluides ou confortables. Sans drames en trois actes,
nous nous enons comme si nous manquions un des essentiels de la vie. Et
en fait, c'est vrai. Nous sommes en manque de ces crises qui définissent
être vivant dans une famille dysfonctionnelle. Nous ne savons plus
comment ça peut être d'être vivant sans cet état
permanent de crise. Pour nous, la souffrance rend notre expérience
de vie sur terre comme digne d'être vécue. Quand accomplir
quelque chose s'avère difficile, alors nous croyons qu'elle vaut
la peine d'être faite. Si nous avons à nous battre, nous avons
un sens à notre vie — et gagner ce combat nous amène à
ressentir sentiment de fierté et de réussite.
Il n'y a pas de repos pour
un outremangeur compulsif. Nous sommes soit sur la courbe ascendante soit
sur la descente avec le pèse-personne. Soit que nous nous lamentons
de ce que nous avons l'air maintenant soit que nous espérons avoit
l'air de ce que nous étions l'an passé. Une femme dans un
atelier disait: «Je voudrais aller jusqu'à me tuer pour être
aussi mince que je l'ai été il y a cinq ans, à ce
moment où j'aurais tuer pour être encore plus mince.»
La satisfaction est inaccessible et inpensable.
La même histoire est
vraie pour l'intimité.
Si nous sommes confortables
que lorsque nous sommes en train de nous battre et que nous souffrons,
alors nous allons choisir des partenaires qui ne nous aiment pas, qui sont
alcooliques ou dépendants de substances psychotropes, qui sont incapables
de s'enager auprès de nous. ou tout en étant confortable
dans les états de crise et dans la souffrance, nous allons trouver
moyen de souffrir même dans les meilleures des relations.
La paix et la satisfaction
sont des émotions qui ont besoin d'être pratiquées
pour les
atteindre. Elles ne
sont pas la conséquence du succès ou d'être en amour
ou d'être mince. Elle sont, en autres choses, un conséquence
du fait de nous arrêter au moment présent et de regarder tout
autour de nous. Pour ceux d'entre nous qui, lorsque nous étions
enfants, avons crû que de rester tranquille voulait dire se laisser
frapper ou écraser verbalement, être satisfait peut être
perçu comme une menace à notre survie.
La semaine passée
alors que j'ouvrais la barrière de l'entrée, et que je me
suis penchées pour la fixer à son attache, notre voisine
Estelle raculait avec sa voiture dans son entrée chex elle. Elle
ne vit pas la barrière ouverte; son auto frappa la barrière
et la barrière me frappa à la tête. En quelques minutes,
un oeuf couvait sur mon front. Je suis retournée titubant à
la maison pour m'y mettre de la glace et trouva le livre Naked Lunch et
six plats à glaçons vides dans le congélateur. Je
me suis fait une note de ne pas oublier de torturer Matt quand je le reverrai.
Puis je décidai que je n'avais pas à agir comme une grande
personne et alors je me suis mise à pleurnicher, à gémir
et me lamenter. Je me visualise comme ayant un caillot de sang au cerveau
et mourant dans les quarante-huit heures. Je me vois en train de conduire
, puis soudainement devenir étourdie, perdant le contrôle
du véhicule et plongeant dans l'océan. Je me vois en train
de frapper Estelle avec un «bat» de baseball. Je me visualise
en train d'appeler Matt à son meeting, lui disant que j'avais une
commotion cérébrale et qu'il devrait revenir à la
maison immédiatement pour que nous allions à l'hôpital
ensemble passer une tomographie. Plutôt, sachant très bien
que je suis en retard à mon rendez-vous avec Maggie, ma psychothérapeute,
j'embarque dans mon auto et je me rends à son bureau.
J'entre dans la pièce
décorée avec un parapluie rose peint sur le mur au beau milieu
d'une petite bruine et quand elle m'a demandé comment j'allais,
j'ai commencé à pleurer. Je lui ai tout dit à propos
d'Estelle et du livre congelé et du caillot au cerveau et je lui
ai montré mon oeuf sur ma tête. Elle traversa la rue et entra
à la Taverne «King's» pour aler me chercher un sac de
glaçons. Je l'ai enveloppé dans une serviette et me le suis
placé sur la tête. Elle medit que c'était très
peu probable que je me retrouve avec un caillot de sang au cerveau et que
plutôt que de torturer Matt avec ça, pourquoi ne lui demanderais-je
pas comment il a pu placer ce livre au congélateur plutpôt
que d'y faire des cubes de glace. Elle me dit que c'est maheureux que j'aie
été là à la barrière quand Estelle est
sortie en raculant avec son auto, mais que si je ne me sentais pas avec
des étourdissements ou des nausées, alors il y a beaucoup
de chances pour que tout ce qui en résuulte soit cette petite bosse
sur ma tête.
«Comment peux-tu être
si peu romantique?» je lui ai dit.
Elle me demanda: «Était-ce
un caillot de sang romantique?» —
«Non pas exactement,
mais qu'en est-il de la peur d'avoir un caillot de sang? Si tous et chacun
en venaient à croire que j'aurais un caillot de sang, ils pourraient
m'apprécier beaucoup plus. Comme si nous pouvions aller à
nos funérailles et entendre ce que chacun avait à dire de
merveilleux sur nous quand nous étions vivants pendant que nous
le sommes encore.» —
«Tu ne peux tout avoir
en même temps, Geneen. Soit que tu changes ton discours intérieur
pour q'il te respecte ici et maintenant, comme bien ordianire et pas nécessairement
romantique quelquefois, soit que tu continues à vivre les grandes
vagues d'émotions, toujours ayant peur du moment où dès
que la poussière va se déposer, les gens vont te voir vraiment
telle que tu es et vont te rejeter.»
Silence.
Elle me demanda une autre
fois: «Est-ce que ce caillot de sang était romantique?
Et je me suis mise à
penser à mes cheveux verts, à l'épilepsie, à
l'emballage de barre de chocolat Baby Ruth. Lou Ann.
Je lui répondis: «Seulement
si être vivant n'est plus romantique...»
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