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INSANITY - Perte de raison, Folie et "Insanity" Par : Robert H. - Traduit et adapté par Gilles Vinet, Beaucoup de propos assez farfelus sont tenus dans des meetings AA sur la perte de raison et la folie, beaucoup plus que sur tout autre sujet. Les parrains racontent de véritables histoires d'horreur. Ils y font des rapports avec la déraison en décrivant un simple incident mais pas plus. Ils parlent de ces moments de folie qu'ils ont vécu quand ils buvaient. Ils racontent les gestes déraisonnables qu'ils ont posé depuis leur sobriété. Ils partagent leurs pensées insensées et absurdes et leurs folles émotions et ainsi de suite… Ce qui est étonnant,
c'est que personne, au meilleur de nos connaissances, n'a jamais fait de
recherche sur l'utilisation de l'expression "perte de raison" comme elle
est utilisée dans le Gros Livre Les Alcooliques Anonymes. Malgré
ce fait, des milliers d'histoires personnelles citant cette source nous
reviennent à la mémoire. Ça demeure un mystère
pourquoi personne ne parle de la signification que Bill souhaitait en utilisant
ce mot dans le livre Les Alcooliques Anonymes. Il m'apparaît que
nous sommes dans un profond déni en ce qui concerne la signification
de l'expression perte de raison et de la manière avec laquelle elle
a servi pour décrire ce que nous vivons dans les affres de cette
maladie. Nous avons littéralement glorifié, oui et même
nous honorons encore la mémoire des fondateurs du mouvement mais
lorsque nous parlons de l'expression "perte de raison" nous agissons comme
si Bill ne l'avait jamais mis dans ses écrits. Cependant, c'est
la première utilisation qu'il a fait de cette expression qui est
très importante pour nous.
La perte de raison (Insanity) est l'expression la moins bien comprise de tout le Gros Livre. Nous entendons plusieurs définitions toutes aussi différentes les unes des autres et il en résulte finalement que de la confusion. Maintenant, enfin, nous pouvons nous arrêter quelques instants et étudier cette prémisse que Bill a notée et son intention derrière cette dernière. En arrivant à découvrir la véritable signification, la peur liée à cette expression disparaît. Nous allons découvrir aussi que le sens de cette expression nous donne de bonnes raisons de nous trouver un parrain, de travailler les Étapes et de faire confiance à d'autres personnes pour nous guider. En écoutant toutes ces différentes opinions de ce que signifie la perte de raison, ça se peut que quelqu'un qui étudie le Gros Livre trouve ça assez troublant, parce que Bill nous dit exactement ce qu'il voulait dire la première fois qu'il l'a utilisé dans le Gros Livre (page 37 en anglais et page 34 dans la 3e Édition en français). C'est nécessaire que nous nous intéressions à la compréhension de la définition de Bill puisque c'est Bill qui a en fait écrit le Gros Livre. Il est l'auteur qui essaie de traduire un concept, le sien, et de nous le transmettre de son esprit aux nôtres. Si nous ne savons pas ce que Bill veut dire par l'expression "Perte de raison" alors nous ne pourrons pas comprendre vraiment ce qui suit dans le Gros Livre. Pire encore, nous ne pouvons travailler les Étapes 1 & 2 et prendre une décision éclairée dans le troisième Étape. Alors c'est important que nous comprenions correctement ce que "perte de raison", "folie" (et même "insanity") veulent bien dire. Une expression comme celle-là
est un symbole qui sert à expliquer une pensée avec le dessein
de la transmettre de notre esprit à l'esprit d'une autre personne.
Cela ne peut se produire à condition que l'auteur et le lecteur
recherchent la même chose, soit la définition de Bill.
Alors dans un cas comme ça, c'est peu important ce que le dictionnaire
nous suggère, ce qui importe vraiment, c'est la définition
de Bill dans sa conversation qu'il tient avec nous.
Il est nécessaire
d'attirer votre attention vers un autre point d'intérêt. Jusqu'alors,
Bill a utilisé des mots assez précis comme "montrer à
d'autres alcooliques comment, exactement, nous nous en sommes sortis."
(page xiii, avant-propos de la 1ère édition). Il nous a décrit
en détail les lignes directrices du rétablissement : "…nous
expliquons très clairement comment nous avons réussi à
guérir." p.26
Regardons les mots qui se retrouvent dans cette citation. L'expression "Quoi que l'on en dise" signifie que ça n'a pas vraiment d'importance. Ça n'a pas vraiment d'importance ou que je n'accorde pas d'importance à la saveur de crème glacée que ma femme va m'offrir. La même signification s'applique ici lorsque Bill utilise le terme "whatever". Il nous invite à ne pas tenir compte de la précision de ses propos et alors ça serait inutile de regarder dans un dictionnaire pour retrouver une définition juste de ce mot. Ce sont seulement des définitions claires qui se trouvent dans les dictionnaires et Bill ne désire pas utiliser ce langage bien défini. Nous pouvons paraphraser Bill en écrivant : Ça n'a pas vraiment d'importance ce que le dictionnaire nous dit à propos de ce mot. Bill n'utilise pas de définition tirée du dictionnaire et il nous en fait part. Les mots "pure et simple" signifient "sans nuance, sans sens caché". C'est simple, sans obstacles. Nous appelons cela de la folie pure et simple comme cela se dit habituellement sur la place publique. Maintenant, passons au mot "folie". La phrase qui suit est peut-être l'énoncé plus important du Gros Livre puisque Bill nous dit que c'est là sa définition de la perte de raison. Il écrit : "Comment appeler autrement un tel manque de mesure, une telle incapacité de juger correctement !" Alors la définition de Bill de la folie est un manque de mesure ou une incapacité de juger correctement. Nous pouvons paraphraser Bill correctement en écrivant : Ça n'a pas vraiment d'importance ce que le dictionnaire nous dit à propos de ce mot…nous pouvons appeler ça un manque de mesure ou une incapacité de juger correctement. Ça, ça fait du sens. Maintenant, nous pouvons laisser pour contre tous les autres concepts qui entourent la folie. Nous avons de bonnes intentions, mais un fait demeure : la définition de Bill est la définition que nous devrions utiliser si nous désirons comprendre Bill et interpréter le Gros Livre décemment. Le moment avant le premier verre C'est ce moment tout juste avant son premier verre qui nous intéresse particulièrement. Notre Gros Livre dit : " Que se passe-t-il dans la tête d'un alcoolique qui refait à répétition la fatale expérience du premier verre ?" p.32, 3e Édition. Bill pose cette question dans le livre Les Alcooliques Anonymes parce qu'il est très intéressé à décrire ce qui se passe dans l'esprit d'un alcoolique dans les quelques moments qui précèdent son premier verre. Il est allé d'un membre AA en rechute à un autre leur posant des questions pour savoir s'ils pouvaient se rappeler exactement ce qu'ils pensaient juste avant d'aller boire. Bill croyait que s'il pouvait colliger assez d'informations sur cette période critique, il pourrait guérir les alcooliques. Bill était tellement préoccupé par ce temps précis qui précède le premier verre qu'il nous en a donné deux portraits dans le Gros Livre. Bill: "We shall describe some of the mental states that precede a relapse into drinking, for obviously this is the crux of the problem." p.35, 3rd Edition — C'est pourquoi nous allons décrire quelques-uns de ces états d'esprit qui précèdent une rechute , car il est évident que c'est là qu'est le cœur du problème. " p.32, 3e Édition Bill nous a donné un premier exemple dans la personne de Jim, un vendeur pour un concessionnaire automobile. Quand Bill lui a demandé dans quel état d'esprit il était juste avant d'aller boire, Jim lui a répondu : "I felt irritated that I had to be a salesman for a concern that I once owned . . . went to see a prospect, got hungry and stopped at a roadside place where they had a bar. I had no intention of drinking . . . just of having a sandwich . . . I had eaten there before. Suddenly the thought crossed my mind that if I were to put an ounce of whiskey in my milk it couldn't hurt me on a full stomach. I ordered a whiskey and poured it into the milk. I vaguely sensed I was not being any too smart, but felt reassured as I was taking the whiskey on a full stomach . . . p.35, 3rd Edition — Je me souviens que j'étais irrité à l'idée de n'être que vendeur dans un commerce qui m'avait déjà appartenu…j'ai décidé d'aller rencontrer un de mes clients…je me suis arrêté dans un restaurant où il y avait un bar. Je n'avais nullement l'intention de boire. Je voulais simplement manger un sandwich…cet endroit m'était familier puisque je le fréquentais…"Soudain, je pensai que je pourrais ajouter une once de whisky à mon lait, que ça ne pourrait me faire de tort puisque j'avais l'estomac plein. Je commandai un verre de whisky et je le versai dans mon verre de lait. J'ai senti vaguement que je n'agissais pas très intelligemment, mais je me rassurai en me disant que le whisky aurait peu d'effet dans un estomac plein." pp.33-34, 3e Édition. Notre Gros Livre continue ainsi : Thus started one more trip to the asylum for Jim. Here was the treat of commitment, (1st loss) the loss of family and position, (2nd & 3rd loss) to say nothing of that intense mental and physical suffering which drinking always caused him (4th and 5th loss). He had much knowledge about himself as an alcoholic. Yet all reasons for not drinking were easily pushed aside in favor of the foolish idea that he could take whiskey if only he mixed it with milk! pp.36-37, 3rd Edition — C'est ainsi que Jim dut reprendre le chemin de la clinique et de nouveau faire face à la menace d'être interné, de perdre son travail et sa famille, sans compter les souffrances morales et physiques que l'alcool lui causait toujours. Il était pourtant bien renseigné sur sa condition d'alcoolique. Cependant, toutes les raisons qu'il avait de ne pas boire furent facilement écartées au profit de l'idée insensée qu'il pouvait prendre du whisky sans danger s'il le mélangeait avec du lait ! ." p.34, 3e Édition. Nous pouvons voir ce que Bill voulait dire par "lack of proportion" — "un tel manque de mesure". Jim faisait face à cinq grandes pertes s'il buvait et il a bu quand même. Jim a bu parce que les raisons pour ne pas boire ont été "facilement écartées". Aujourd'hui, nous appellerions ça de la fuite, de la répression, du refoulement. Le refoulement est ce blocage involontaire de nos esprits, de notre conscience, des douleurs ou des souvenirs non désirés ou déplaisants. C'est provoqué sans que la personne ne sache que cela est en train de se produire chez elle. Toutes les preuves qui soutenaient le fait que Jim subirait ces cinq grands deuils s'il retournait boire ont été bloquées de son état de conscience. Il ne pouvait en aucune façon prendre une décision éclairée, prudente, parce qu'il n'avait pas à sa disposition tous les faits pour pouvoir prendre une décision sensée. Alors toute idée farfelue qu'il pouvait retourner boire sans problème, peu importe l'évidence de la situation, pesait suffisamment dans la balance pour dépasser toutes les informations même absentes qui lui auraient permis de prendre une décision juste et rationnelle. Pour Jim, avec le peu de faits disponibles, la décision de boire semblait une bonne conclusion. Il n'y avait pas de preuves du contraire. Jim était incapable de ramener au niveau de sa conscience les souvenirs de tant de souffrances et d'humiliations, même celles de la semaine ou du mois passé. Si ces images du passé reviennent lui rappeler ses déboires, ces rappels sont flous et facilement écartés par cette vieille idée déterminante que nous pouvions nous comporter et régir nos vies comme les autres gens y arrivaient. Quand nous acceptons l'idée de cette maladie capable de nous entraîner dans une folie en ce qui concerne l'alcool, que nous n'avons pas tous les faits pour prendre une décision éclairée si nous devons ou non boire, bien d'autres pièces du casse-tête se placent. Ça explique par exemple pourquoi nous répétions les mêmes gestes et pourquoi nous nous attendions à des résultats différents. Naturellement nous répétions les mêmes gestes encore et encore. Le même refoulement, la même suppression des faits avec lesquels nous aurions pu prendre une saine décision se produisait encore et encore. Cela signifiait que nous allions reprendre la même décision. Le peu de preuves et d'arguments était le même, alors la décision se révélait la même. Ça explique aussi pourquoi une bonne connaissance de notre maladie n'est pas suffisante. Comment cela se peut-il ? Toutes les connaissances que nous avons pu accumuler à propos des conséquences de retourner boire sont perdues au moment même où elles seraient des plus utiles — quand nous avons à prendre la décision de boire ou de ne pas boire. Ça explique aussi pourquoi un nombre incalculable de gens très brillants sont atteints de l'alcoolisme comme l'est une foule de gens comme nous. Leurs connaissances ne sont d'aucune aide quand elles sont supprimées de la conscience et ne sont pas disponibles pour être appréciées. Ça éclaircit
pourquoi la volonté n'est pas suffisante. La volonté est
cette partie de notre esprit qui choisit entre les émotions d'un
côté et notre intellect de l'autre. Quand toutes les informations
ont été perdues au niveau de l'intellect ( à travers
le refoulement) la volonté n'a pas d'arguments à donner aux
émotions qui réclament un verre pour les apaiser. La volonté
rend son verdict pour en arriver à une forme d'équilibre
et il n'y a rien pour contrebalancer les réclamations des émotions
pour retourner boire. Il n'y a aucune quantité de volonté
qui va ou pourra un jour, être efficace dans de telles circonstances.
Ce paragraphe ne pose désormais plus de difficulté avec les nouveaux renseignements que nous possédons maintenant. Nous savons déjà avant même de lire ce paragraphe qu'en des moments de stress, l'esprit va supprimer certaines informations qui peuvent générer de la douleur. Mais quand Bill utilise l'expression " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants ", nous savons dès lors que l'esprit a refoulé les pertes qui surviennent en buvant et nos arguments sensés sont alors futiles et sans preuve. Ainsi les " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants " sortent gagnants de cette polémique. Il y a très peu ou pas d'informations, d'arguments sensés qui demeurent à l'esprit mis à part ces " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants ". Et dans un sens, les " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants ", ne sont pas si ridicules et aberrants que ça. Ce sont les seules données disponibles pour permettre à l'esprit et à la conscience de prendre une saine décision. Le paragraphe suivant dans
le Gros Livre nous parle d'autres circonstances où nous nous sommes
délibérément enivrés. À certains moments,
notre refoulement ou notre folie n'était pas totale. Quand le refoulement
(la perte de raison) ne supprimait pas entièrement toutes les souffrances
et malaises qui suivaient une cuite, notre esprit se servait alors de justifications,
et de rationalisations pour passer outre aux objections qui réussissent
à poindre malgré le refoulement. Utiliser beaucoup de justifications
et de rationalisations est la même chose que de boire avec excès
délibérément. La justification et la rationalisation
sont des mécanismes de défense conscients de l'ego. Quand
nous utilisons la justification et la rationalisation, ça veut simplement
dire que nous sommes conscients de nos raisons de nous enivrer tandis que
le refoulement se produit quand nous sommes incapables de savoir ce qui
se passe vraiment. Même Bill le dit : " we are obliged to admit that
our justification for a spree was insanely insufficient in the light of
what always happened." p.37, 3rd Edition — "nous sommes forcés
d'admettre notre démesure et la légèreté de
l' excuse - qui selon nous justifiait notre rechute - compte tenu de ce
qui nous enivrait." p.35, 3e Édition. Nous nous sommes aperçus
de certains exemples où le refoulement était total et quand
il était incomplet, en comparant les histoires que Bill raconte
de Jim le vendeur d'automobiles et de Fred, le comptable.
Dans le cas de Fred, le comptable, la description qu'en fait Bill est quelque peu différente. Bill cite Fred qui disait : "Not only had I been off guard, I had made no fight whatever against the first drink. This time I had not thought of the consequences at all !" p.41, 3rd Edition — "Non seulement je n'avais pas été sur mes gardes, mais je n'avais absolument pas résisté à ce premier verre. Cette fois, je n'avais pas du tout pensé aux conséquences." p.38, 3e Édition. Nous voyons bien que dans le cas de Fred, le refoulement a été total. Aucune information n'a été accessible pour contrer l'obsession émotionnelle de boire. Fred dit : "I saw that will
power and self-knowledge would not help in these strange mental blank spots."
p.42, 3rd Edition — "Je me suis rendu compte que la volonté et la
connaissance de soi ne pouvaient m'être d'aucun secours dans ces
moments étranges de vide mental. p.39, 3e Édition. Ces moments
étranges de vide mental décrivent bien l'état de conscience
qui précède le premier verre. Nos esprits expérimentent
un vide intellectuel à propos des pertes possibles qui se produiraient
si nous retournions boire. Le Gros Livre dit : "Once more : The alcoholic
at times has no effective mental defense against the first drink." p.43,
3rd Edition — Nous le rappelons encore une fois : il y a des moments où
l'alcoolique se trouve mentalement démuni devant le premier verre."
p.40, 3e Édition Comment peut opérer un mécanisme
de défense si la partie mentale de la prise de décision est
bloquée de toute cognition ? Nous ne pouvons jouir de bon sens et
de raisonnement équilibré quand nos esprits sont dans un
vide qui efface toute information concernant les pertes subies à
la suite de notre premier verre.
Alors l'obsession mentale
(la folie, la perte de contrôle) de boire ne s'installe pas seulement
à cause de la souffrance. Comme les maux de toutes sortes peuvent
être de bons éléments déclencheurs, tout aussi
fréquemment, spécialement dans les premiers temps d'excès,
nous buvions pour acquérir un certain état de bien-être
qui pouvait aller jusqu'à un état d'euphorie.
La perte de raison n'est pas une répétition de certains gestes. La folie tel qu'expliquée plus tôt, ce sont ces pensées obsessives qui apparaissent juste avant le premier verre dans chaque épisode de comportements répétitifs. Naturellement, nous refaisons les mêmes gestes encore et encore ; les mêmes pensées insensées se répètent quand notre esprit est aux prises avec la décision de boire ou de ne pas boire. Comme nous avons démontré cette nécessité de comprendre quel était le contexte dans lequel Bill Wilson a parlé pour la première fois de la folie, nous devons aussi regarder et comprendre son style d'écriture afin d'approfondir notre compréhension du Gros Livre. Sa particularité dans ses écrits à laquelle nous référons réside dans l'utilisation de synonymes plutôt que de répéter le même mot dans des phrases ou paragraphes qui se suivent. L'endroit où nous pouvons identifier ce style le plus facilement, c'est dans la sixième et la septième Étape quand Bill a utilisé les termes défauts de caractère et déficiences pour dire la même chose. Nous savons que c'est vrai puisque lorsqu'un vieux membre a posé la question à Bill, il a répondu : "Mon professeur d'Anglais m'a enseigné de ne jamais répéter un mot dans des phrases ou des paragraphes qui se suivent lorsqu'un autre mot peut lui être substitué." Nous avons besoin de cette
information lorsque nous étudions la façon dont Bill utilise
les mots "obsession", "illusion" et "delusion" (à la page 30 du
chapitre More About Alcoholism de la 3rd Edition, mots traduits par "obsession",
"illusion" et "illusion" à la p.28 dans la 3e Édition
française) où il prépare son exposé sur l'importance
cruciale de ce raisonnement typique qui domine dans la pensée cognitive
chez l'alcoolique au moment où il s'apprête à prendre
son premier verre. Encore une fois, il est écrit dans le Gros Livre
: "The idea that somehow, someday he will control and enjoy his drinking
is the great obsession of every abnormal drinker. The persistence of this
illusion is astonishing . . . The delusion that we are like other people
or presently may be, has to be smashed.." p.30, 3rd Edition — C'est là
la grande obsession de tout buveur anormal : l'idée qu'un jour,
il ne sait trop comment, il parviendra à boire raisonnablement et
à y prendre plaisir. Il est renversant de constater à quel
point cette illusion peut persister… L'illusion que nous sommes comme les
autres ou qu'un jour nous le deviendrons doit être tout à
fait dissipée. ." p.28, 3e Édition.
Avantages d'une meilleure compréhension de la folie Le premier avantage, et sans
doute le plus important, c'est d'éviter de faire peur au nouveau
venu. Souvent ça nous arrive d'entendre des membres qui participent
aux AA depuis longtemps raconter leurs peurs et leurs appréhensions
ressenties à leurs premiers meetings et dès qu'ils ont entendu
l'expression "perte de raison" dans la deuxième Étape. Souvent
et même très souvent nous avons entendu un nouveau venu qui
se dit bloqué et ne pouvant accepter la première Étape
parce que ça veut dire qu'il est fou en quelque sorte. Désamorcer
les peurs des nouveaux venus serait une assez bonne raison pour investiguer
et expliquer ce que veut dire le mot "folie", l'expression "perte de raison".
À la suite de ce tableau,
nous allons démontrer comment nos connaissances concernant la folie,
la perte de raison, nous aide à comprendre et à travailler
les Étapes.
Dans la troisième
Étape, nous devons faire un choix entre la première Étape
et la deuxième. C'est la même chose que de faire un choix
entre notre impuissance devant l'alcool et l'agrément d'une Puissance
supérieure à nous-mêmes qui va solutionner notre problème.
C'est en fait un choix entre la folie (la perte de raison) et la santé
(la raison). C'est aussi, comme il est souvent répété
dans les meetings AA, un choix entre demeurer dans le problème (la
première Étape) et vivre la solution (la deuxième
Étape)
Une meilleure connaissance
des effets pervers et néfastes de notre déraison et une compréhension
de l'étendue de notre folie nous aident énormément
à reconnaître et à accepter notre impuissance. Premièrement,
ça nous aide puisque ça limite notre impuissance aux moments
qui précèdent notre premier verre, et non à la vie
de tous les jours et à nos actions. Deuxièmement, puisque
c'est nous qui avons appris tout ce qui se rapporte à notre impuissance,
aux dangers auxquels nous nous sommes exposés, nous ne croyons pas
que nous sommes impuissants devant toutes choses. En ce faisant, nous nous
empêchons d'apprendre de cet état de faiblesse et de défaillance
et ainsi nous nous détournons d'un prompt et efficace rétablissement.
Et mieux encore, plus nous allons accumuler de connaissances sur le problème,
plus nous pourrons effectivement chercher une solution qui marche.
Avoir une saine mesure dans
notre raisonnement signifie que nous avons une image claire des conséquences
néfastes de notre boire et des quelques sentiments de bien-être
que nous éprouvons dans les moments qui suivent nos premiers verres.
Être capables de mesurer tant les aspects positifs que négatifs
de prendre un verre, ça signifie que nous allons être aptes
à évaluer chaque option et de prendre une décision
rationnelle. Nous pouvons utiliser notre solide jugement parce que toutes
les informations pour prendre cette saine décision sont alors disponibles
au niveau de notre conscience. Nous pouvons alors réfléchir
et puis choisir l'option qui nous procure le plus d'avantages. C'est comme
ça que nous revenons à la santé.
Nous en venons à nous
apercevoir que les autres cherchent à nous donner ce qu'il y a de
mieux pour nous, que le monde est un endroit chaleureux où il est
assez facile de trouver du support et du soutien et non cette planète
dont l'accès est normalement interdit aux autres êtres humains
et où nous devons constamment nous battre pour survivre.
Résumé Quand est venu le temps de
définir la folie, la perte de raison, nous avons découvert
que personne n'a vraiment essayé forcément de trouver une
définition valide de ce mot tel que Bill Wilson l'a utilisé
dans le "Big Book" (Alcoholics Anonymous, — Le Gros Livre - Les Alcooliques
Anonymes). Des exemples individuels et des opinions personnelles n'étaient
pas suffisants. Nous avons vu que c'est la définition de Bill que
nous devons utiliser parce qu'il est l'auteur du Gros Livre, Les Alcooliques
Anonymes. Si nous voulons en venir un jour à comprendre le Gros
Livre AA, nous devons comprendre l'auteur et non ce que Pierre, Jean ou
Jacques ont parodié dans les halls de meetings. Le Gros Livre est
à l'origine du programme et de la façon dont il est discuté
et la manière dont AA se sert de ce texte est assez importante,
merci. Une fois que nous avons franchi le mur du déni qui entoure
la définition de la folie, nous en voyons des résultats rapides
et immédiats.
Le récit des mésaventures
de Fred, le comptable, nous a démontré qu'un vide mental
dans son esprit peut se produire éliminant dans le cerveau tous
les souvenirs de cuites qui auraient été de bonnes raisons
pour ne pas s'enivrer.
Conclusion Le jour vient dans la vie de chaque alcoolique où il va se retrouver dans une période de crise émotionnelle et de stress intense. Ce sont ces moments où nous ne savons pas ce qui est préférable pour nous de faire. C'est sachant que de tels moments existent, que nous bâtissons un filet de sécurité en assistant à des meetings, en parrainant d'autres membres et en étant nous-mêmes parrainé, en aidant les autres et par dessus tout, en travaillant les Étapes. Nous n'avons pas à vivre des moments remplis d'un tel manque de mesure, d'une telle incapacité de juger correctement si nous nous en tenons à des activités qui se sont révélées un succès pour des milliers d'alcooliques depuis plus d'un demi siècle. À mesure que nous faisons confiance aux autres pour prendre soin de nous quand nous n'arrivons pas nous-mêmes à le faire, nous allons découvrir le moyen par lequel "Dieu pourrait le faire et le ferait si nous Le recherchions. p.55, 3e Édition. Nous sommes privilégiés d'avoir appris ces vérités pendant que nous étions en train de vivre la partie humaine de notre périple spirituel. Nous avons été aimés et nous sommes encore aujourd'hui bénis de manière exceptionnelle. Robert H.
document original tiré du site http://home.usit.net/%7Erfhale/alcoholism.htm Traduit et adapté
par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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