La filière - INFO 2002
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INSANITY - Perte de raison, Folie et "Insanity" 
Par : Robert H. - Traduit et adapté par Gilles Vinet,

Beaucoup de propos assez farfelus sont tenus dans des meetings AA sur la perte de raison et la folie, beaucoup plus que sur tout autre sujet. Les parrains racontent de véritables histoires d'horreur. Ils y font des rapports avec la déraison en décrivant un simple incident mais pas plus. Ils parlent de ces moments de folie qu'ils ont vécu quand ils buvaient. Ils racontent les gestes déraisonnables qu'ils ont posé depuis leur sobriété. Ils partagent leurs pensées insensées et absurdes et leurs folles émotions et ainsi de suite… 

Ce qui est étonnant, c'est que personne, au meilleur de nos connaissances, n'a jamais fait de recherche sur l'utilisation de l'expression "perte de raison" comme elle est utilisée dans le Gros Livre Les Alcooliques Anonymes. Malgré ce fait, des milliers d'histoires personnelles citant cette source nous reviennent à la mémoire. Ça demeure un mystère pourquoi personne ne parle de la signification que Bill souhaitait en utilisant ce mot dans le livre Les Alcooliques Anonymes. Il m'apparaît que nous sommes dans un profond déni en ce qui concerne la signification de l'expression perte de raison et de la manière avec laquelle elle a servi pour décrire ce que nous vivons dans les affres de cette maladie. Nous avons littéralement glorifié, oui et même nous honorons encore la mémoire des fondateurs du mouvement mais lorsque nous parlons de l'expression "perte de raison" nous agissons comme si Bill ne l'avait jamais mis dans ses écrits. Cependant, c'est la première utilisation qu'il a fait de cette expression qui est très importante pour nous.
 

  • Si vous vous demandez pourquoi les vieux membres veulent définir ces mots en donnant quelque exemple plutôt qu'une définition;
  • si vous posez la question pourquoi personne n'a cherché à trouver quelle signification cette expression avait au départ;
  • si vous vous interrogez sur les définitions bizarres que bien des gens convenables, remplis de bonnes intentions font circuler; 
  • si vous êtes tannés d'entendre des définitions vagues et quelquefois extravagantes de la perte de raison, 
  • (si vous vous demandez pourquoi en anglais le terme utilisé par Bill est "insanity et que la traduction la plus proche du terme est "folie");

  • alors poursuivez votre lecture.

    La perte de raison (Insanity) est l'expression la moins bien comprise de tout le Gros Livre. Nous entendons plusieurs définitions toutes aussi différentes les unes des autres et il en résulte finalement que de la confusion. Maintenant, enfin, nous pouvons nous arrêter quelques instants et étudier cette prémisse que Bill a notée et son intention derrière cette dernière. En arrivant à découvrir la véritable signification, la peur liée à cette expression disparaît. 

    Nous allons découvrir aussi que le sens de cette expression nous donne de bonnes raisons de nous trouver un parrain, de travailler les Étapes et de faire confiance à d'autres personnes pour nous guider.

    En écoutant toutes ces différentes opinions de ce que signifie la perte de raison, ça se peut que quelqu'un qui étudie le Gros Livre trouve ça assez troublant, parce que Bill nous dit exactement ce qu'il voulait dire la première fois qu'il l'a utilisé dans le Gros Livre (page 37 en anglais et page 34 dans la 3e Édition en français). C'est nécessaire que nous nous intéressions à la compréhension de la définition de Bill puisque c'est Bill qui a en fait écrit le Gros Livre. Il est l'auteur qui essaie de traduire un concept, le sien, et de nous le transmettre de son esprit aux nôtres. Si nous ne savons pas ce que Bill veut dire par l'expression "Perte de raison" alors nous ne pourrons pas comprendre vraiment ce qui suit dans le Gros Livre. Pire encore, nous ne pouvons travailler les Étapes 1 & 2 et prendre une décision éclairée dans le troisième Étape. Alors c'est important que nous comprenions correctement ce que "perte de raison", "folie" (et même "insanity") veulent bien dire. 

    Une expression comme celle-là est un symbole qui sert à expliquer une pensée avec le dessein de la transmettre de notre esprit à l'esprit d'une autre personne. Cela ne peut se produire à condition que l'auteur et le lecteur recherchent la même chose, soit la définition de Bill.  Alors dans un cas comme ça, c'est peu important ce que le dictionnaire nous suggère, ce qui importe vraiment, c'est la définition de Bill dans sa conversation qu'il tient avec nous. 
    Alors commençons avec le premier paragraphe où Bill fait mention de la folie ou de la perte de raison dans ce livre. Puis un mot à la fois nous allons essayer de comprendre ce que Bill a voulu nous dire et ce qu'il voulait nous transmettre comme message quand il utilisa les mots "insanity" dans sa langue et perte de raison, folie, dans la nôtre. 

    Il est nécessaire d'attirer votre attention vers un autre point d'intérêt. Jusqu'alors, Bill a utilisé des mots assez précis comme "montrer à d'autres alcooliques comment, exactement, nous nous en sommes sortis." (page xiii, avant-propos de la 1ère édition). Il nous a décrit en détail les lignes directrices du rétablissement : "…nous expliquons très clairement comment nous avons réussi à guérir." p.26
    Mais cela change quand Bill en arrive à se servir du mot "insanity". Là, Bill cesse d'utiliser un langage précis et spécifique pour prendre un discours plus général, le langage de la rue. C'est de cette manière qu'il introduit "insanity". 
    Nous allons nous référer aux phrases extraites du Gros Livre que nous allons mettre en exergue (dans une boîte) pour en reconnaître la source. 
     
     

    "Whatever the precise definition of the word may be, 
    we call this plain insanity. How can such  a lack of proportion, 
    of the ability toi think straight, be called anything else ?"p.37, 3rd Edition

    Quoi que l'on en dise, pour nous, c'est de la folie pure et simple. 
    Comment appeler autrement un tel manque de mesure, 
    une telle incapacité de juger correctement ! p.34, 3e Édition

    Regardons les mots qui se retrouvent dans cette citation. L'expression "Quoi que l'on en dise" signifie que ça n'a pas vraiment d'importance. Ça n'a pas vraiment d'importance ou que je n'accorde pas d'importance à la saveur de crème glacée que ma femme va m'offrir. La même signification s'applique ici lorsque Bill utilise le terme "whatever". Il nous invite à ne pas tenir compte de la précision de ses propos et alors ça serait inutile de regarder dans un dictionnaire pour retrouver une définition juste de ce mot. Ce sont seulement des définitions claires qui se trouvent dans les dictionnaires et Bill ne désire pas utiliser ce langage bien défini. Nous pouvons paraphraser Bill en écrivant : Ça n'a pas vraiment d'importance ce que le dictionnaire nous dit à propos de ce mot. Bill n'utilise pas de définition tirée du dictionnaire et il nous en fait part. 

    Les mots "pure et simple" signifient "sans nuance, sans sens caché". C'est simple, sans obstacles. Nous appelons cela de la folie pure et simple comme cela se dit habituellement sur la place publique. Maintenant, passons au mot "folie". 

    La phrase qui suit est peut-être l'énoncé plus important du Gros Livre puisque Bill nous dit que c'est là sa définition de la perte de raison. Il écrit : "Comment appeler autrement un tel manque de mesure, une telle incapacité de juger correctement !" Alors la définition de Bill de la folie est un manque de mesure ou une incapacité de juger correctement. Nous pouvons paraphraser Bill correctement en écrivant : Ça n'a pas vraiment d'importance ce que le dictionnaire nous dit à propos de ce mot…nous pouvons appeler ça un manque de mesure ou une incapacité de juger correctement. 

    Ça, ça fait du sens. 

    Maintenant, nous pouvons laisser pour contre tous les autres concepts qui entourent la folie. Nous avons de bonnes intentions, mais un fait demeure : la définition de Bill est la définition que nous devrions utiliser si nous désirons comprendre Bill et interpréter le Gros Livre décemment. 

    Le moment avant le premier verre 

    C'est ce moment tout juste avant son premier verre qui nous intéresse particulièrement. Notre Gros Livre dit : " Que se passe-t-il dans la tête d'un alcoolique qui refait à répétition la fatale expérience du premier verre ?" p.32, 3e Édition. Bill pose cette question dans le livre Les Alcooliques Anonymes parce qu'il est très intéressé à décrire ce qui se passe dans l'esprit d'un alcoolique dans les quelques moments qui précèdent son premier verre. Il est allé d'un membre AA en rechute à un autre leur posant des questions pour savoir s'ils pouvaient se rappeler exactement ce qu'ils pensaient juste avant d'aller boire. Bill croyait que s'il pouvait colliger assez d'informations sur cette période critique, il pourrait guérir les alcooliques. Bill était tellement préoccupé par ce temps précis qui précède le premier verre qu'il nous en a donné deux portraits dans le Gros Livre. Bill: "We shall describe some of the mental states that precede a relapse into drinking, for obviously this is the crux of the problem." p.35, 3rd Edition — C'est pourquoi nous allons décrire quelques-uns de ces états d'esprit qui précèdent une rechute , car il est évident que c'est là qu'est le cœur du problème. " p.32, 3e Édition 

    Bill nous a donné un premier exemple dans la personne de Jim, un vendeur pour un concessionnaire automobile. Quand Bill lui a demandé dans quel état d'esprit il était juste avant d'aller boire, Jim lui a répondu : "I felt irritated that I had to be a salesman for a concern that I once owned . . . went to see a prospect, got hungry and stopped at a roadside place where they had a bar. I had no intention of drinking . . . just of having a sandwich . . . I had eaten there before. Suddenly the thought crossed my mind that if I were to put an ounce of whiskey in my milk it couldn't hurt me on a full stomach. I ordered a whiskey and poured it into the milk. I vaguely sensed I was not being any too smart, but felt reassured as I was taking the whiskey on a full stomach . . . p.35, 3rd Edition — Je me souviens que j'étais irrité à l'idée de n'être que vendeur dans un commerce qui m'avait déjà appartenu…j'ai décidé d'aller rencontrer un de mes clients…je me suis arrêté dans un restaurant où il y avait un bar. Je n'avais nullement l'intention de boire. Je voulais simplement manger un sandwich…cet endroit m'était familier puisque je le fréquentais…"Soudain, je pensai que je pourrais ajouter une once de whisky à mon lait, que ça ne pourrait me faire de tort puisque j'avais l'estomac plein. Je commandai un verre de whisky et je le versai dans mon verre de lait. 

    J'ai senti vaguement que je n'agissais pas très intelligemment, mais je me rassurai en me disant que le whisky aurait peu d'effet dans un estomac plein." pp.33-34, 3e Édition. 

    Notre Gros Livre continue ainsi : Thus started one more trip to the asylum for Jim. Here was the treat of commitment, (1st loss) the loss of family and position, (2nd & 3rd loss) to say nothing of that intense mental and physical suffering which drinking always caused him (4th and 5th loss). He had much knowledge about himself as an alcoholic. Yet all reasons for not drinking were easily pushed aside in favor of the foolish idea that he could take whiskey if only he mixed it with milk! pp.36-37, 3rd Edition — C'est ainsi que Jim dut reprendre le chemin de la clinique et de nouveau faire face à la menace d'être interné, de perdre son travail et sa famille, sans compter les souffrances morales et physiques que l'alcool lui causait toujours. Il était pourtant bien renseigné sur sa condition d'alcoolique. Cependant, toutes les raisons qu'il avait de ne pas boire furent facilement écartées au profit de l'idée insensée qu'il pouvait prendre du whisky sans danger s'il le mélangeait avec du lait ! ." p.34, 3e Édition.

    Nous pouvons voir ce que Bill voulait dire par "lack of proportion" — "un tel manque de mesure". Jim faisait face à cinq grandes pertes s'il buvait et il a bu quand même. Jim a bu parce que les raisons pour ne pas boire ont été "facilement écartées".  Aujourd'hui, nous appellerions ça de la fuite, de la répression, du refoulement.  Le refoulement est ce blocage involontaire de nos esprits, de notre conscience, des douleurs ou des souvenirs non désirés ou déplaisants. 

    C'est provoqué sans que la personne ne sache que cela est en train de se produire chez elle. Toutes les preuves qui soutenaient le fait que Jim subirait ces cinq grands deuils s'il retournait boire ont été bloquées de son état de conscience. Il ne pouvait en aucune façon prendre une décision éclairée, prudente, parce qu'il n'avait pas à sa disposition tous les faits pour pouvoir prendre une décision sensée. Alors toute idée farfelue qu'il pouvait retourner boire sans problème, peu importe l'évidence de la situation, pesait suffisamment dans la balance pour dépasser toutes les informations même absentes qui lui auraient permis de prendre une décision juste et rationnelle. Pour Jim, avec le peu de faits disponibles, la décision de boire semblait une bonne conclusion. Il n'y avait pas de preuves du contraire. Jim était incapable de ramener au niveau de sa conscience les souvenirs de tant de souffrances et d'humiliations, même celles de la semaine ou du mois passé. Si ces images du passé reviennent lui rappeler ses déboires, ces rappels sont flous et facilement écartés par cette vieille idée déterminante que nous pouvions nous comporter et régir nos vies comme les autres gens y arrivaient. 

    Quand nous acceptons l'idée de cette maladie capable de nous entraîner dans une folie en ce qui concerne l'alcool, que nous n'avons pas tous les faits pour prendre une décision éclairée si nous devons ou non boire, bien d'autres pièces du casse-tête se placent. Ça explique par exemple pourquoi nous répétions les mêmes gestes et pourquoi nous nous attendions à des résultats différents. Naturellement nous répétions les mêmes gestes encore et encore. 

    Le même refoulement, la même suppression des faits avec lesquels nous aurions pu prendre une saine décision se produisait encore et encore. Cela signifiait que nous allions reprendre la même décision. Le peu de preuves et d'arguments était le même, alors la décision se révélait la même. 

    Ça explique aussi pourquoi une bonne connaissance de notre maladie n'est pas suffisante. Comment cela se peut-il ? Toutes les connaissances que nous avons pu accumuler à propos des conséquences de retourner boire sont perdues au moment même où elles seraient des plus utiles — quand nous avons à prendre la décision de boire ou de ne pas boire. Ça explique aussi pourquoi un nombre incalculable de gens très brillants sont atteints de l'alcoolisme comme l'est une foule de gens comme nous. Leurs connaissances ne sont d'aucune aide quand elles sont supprimées de la conscience et ne sont pas disponibles pour être appréciées. 

    Ça éclaircit pourquoi la volonté n'est pas suffisante. La volonté est cette partie de notre esprit qui choisit entre les émotions d'un côté et notre intellect de l'autre. Quand toutes les informations ont été perdues au niveau de l'intellect ( à travers le refoulement) la volonté n'a pas d'arguments à donner aux émotions qui réclament un verre pour les apaiser. La volonté rend son verdict pour en arriver à une forme d'équilibre et il n'y a rien pour contrebalancer les réclamations des émotions pour retourner boire. Il n'y a aucune quantité de volonté qui va ou pourra un jour, être efficace dans de telles circonstances.
    Nous allons voir maintenant que la folie est justement un tel manque de mesure dans notre processus cognitif. Nous allons aussi regarder comment il y a un lien avec tout ce que Bill a écrit dans le Gros Livre jusqu'au moment où il définit la perte de raison, la folie.  Mais comment, vous allez dire, est-ce que cette idée est-elle connectée avec tout le reste du livre ? 
    Voyons ce qu'il y a dans les deux paragraphes qui suivent la définition de la folie pure et simple. Dans ces deux paragraphes, nous découvrons que Bill utilise souvent d'autres termes pour stimuler notre réflexion. Ça se lit en partie ainsi :"But there was always the curious mental phenomenon that parallel with our sound reasoning there inevitably ran some insanely trivial excuse for taking the first drink. Our sound reasoning failed to hold us in check. The insane idea won out." p.37, 3rd Edition — Mais nous étions toujours victime d'un curieux phénomène mental parallèlement à nos arguments sensés, quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants faisaient leur chemin pour nous justifier de prendre notre premier verre. Notre bon sens ne parvenait pas à nous retenir et la déraison prenait le dessus." p.34, 3e Édition.

    Ce paragraphe ne pose désormais plus de difficulté avec les nouveaux renseignements que nous possédons maintenant. Nous savons déjà avant même de lire ce paragraphe qu'en des moments de stress, l'esprit va supprimer certaines informations qui peuvent générer de la douleur. 

    Mais quand Bill utilise l'expression " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants ", nous savons dès lors que l'esprit a refoulé les pertes qui surviennent en buvant et nos arguments sensés sont alors futiles et sans preuve. Ainsi les " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants " sortent gagnants de cette polémique. Il y a très peu ou pas d'informations, d'arguments sensés qui demeurent à l'esprit mis à part ces " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants ".  Et dans un sens, les " quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants ", ne sont pas si ridicules et aberrants que ça. Ce sont les seules données disponibles pour permettre à l'esprit et à la conscience de prendre une saine décision.

    Le paragraphe suivant dans le Gros Livre nous parle d'autres circonstances où nous nous sommes délibérément enivrés. À certains moments, notre refoulement ou notre folie n'était pas totale. Quand le refoulement (la perte de raison) ne supprimait pas entièrement toutes les souffrances et malaises qui suivaient une cuite, notre esprit se servait alors de justifications, et de rationalisations pour passer outre aux objections qui réussissent à poindre malgré le refoulement. Utiliser beaucoup de justifications et de rationalisations est la même chose que de boire avec excès délibérément. La justification et la rationalisation sont des mécanismes de défense conscients de l'ego. Quand nous utilisons la justification et la rationalisation, ça veut simplement dire que nous sommes conscients de nos raisons de nous enivrer tandis que le refoulement se produit quand nous sommes incapables de savoir ce qui se passe vraiment. Même Bill le dit : " we are obliged to admit that our justification for a spree was insanely insufficient in the light of what always happened."  p.37, 3rd Edition — "nous sommes forcés d'admettre notre démesure et la légèreté de l' excuse - qui selon nous justifiait notre rechute - compte tenu de ce qui nous enivrait." p.35, 3e Édition. Nous nous sommes aperçus de certains exemples où le refoulement était total et quand il était incomplet, en comparant les histoires que Bill raconte de Jim le vendeur d'automobiles et de Fred, le comptable.
    Dans le cas de Jim, il sentait vaguement qu'il n'agissait pas intelligemment en décidant de retourner boire. Cela nous dit que certaines données à propos des souffrances associées aux pertes encourues lors de ses dernières cuites n'ont pas toutes été supprimées par le refoulement.  L'esprit de Jim devait composer avec ce qui se passait de sorte que son esprit se mette à rationaliser le fait de boire de l'alcool en toute sécurité s'il était mélangé à du lait. 

    Dans le cas de Fred, le comptable, la description qu'en fait Bill est quelque peu différente. Bill cite Fred qui disait : "Not only had I been off guard, I had made no fight whatever against the first drink. This time I had not thought of the consequences at all !" p.41, 3rd Edition — "Non seulement je n'avais pas été sur mes gardes, mais je n'avais absolument pas résisté à ce premier verre.  Cette fois, je n'avais pas du tout pensé aux conséquences." p.38, 3e Édition. 

    Nous voyons bien que dans le cas de Fred, le refoulement a été total. Aucune information n'a été accessible pour contrer l'obsession émotionnelle de boire. 

    Fred dit : "I saw that will power and self-knowledge would not help in these strange mental blank spots." p.42, 3rd Edition — "Je me suis rendu compte que la volonté et la connaissance de soi ne pouvaient m'être d'aucun secours dans ces moments étranges de vide mental. p.39, 3e Édition. Ces moments étranges de vide mental décrivent bien l'état de conscience qui précède le premier verre. Nos esprits expérimentent un vide intellectuel à propos des pertes possibles qui se produiraient si nous retournions boire. Le Gros Livre dit :  "Once more : The alcoholic at times has no effective mental defense against the first drink." p.43, 3rd Edition — Nous le rappelons encore une fois : il y a des moments où l'alcoolique se trouve mentalement démuni devant le premier verre." p.40, 3e Édition Comment peut opérer un mécanisme de défense si la partie mentale de la prise de décision est bloquée de toute cognition ? Nous ne pouvons jouir de bon sens et de raisonnement équilibré quand nos esprits sont dans un vide qui efface toute information concernant les pertes subies à la suite de notre premier verre. 
    L'histoire de Fred diffère de celle de Jim encore d'une autre façon : Jim buvait parce qu'il vivait un ressentiment (bien qu'il ne le réalisait pas ou qu'il ne l'ait admis à Bill) parce qu'il travaillait maintenant comme vendeur chez un concessionnaire d'une compagnie qui lui avait déjà appartenue. Fred n'avait pas de problème de la sorte. Fred nous décrit pendant un paragraphe en entier qu'il allait bien physiquement, financièrement, etc. En fait, il dit : "Une journée parfaite prenait fin…" p.38, 3e Édition.  Ça nous dit qu'il n'a pas bu juste pour soulager ses émotions désagréables. Il s'est enivré pour expérimenter cet état euphorique de l'alcoolisme que le buveur social n' atteint jamais.

    Alors l'obsession mentale (la folie, la perte de contrôle) de boire ne s'installe pas seulement à cause de la souffrance. Comme les maux de toutes sortes peuvent être de bons éléments déclencheurs, tout aussi fréquemment, spécialement dans les premiers temps d'excès, nous buvions pour acquérir un certain état de bien-être qui pouvait aller jusqu'à un état d'euphorie. 
    Encore une fois, la folie que générait le premier verre pouvait produire et finissait par se présenter malgré le fait que l'objectif principal était de rechercher un état d'euphorie, recherche suscitée pour éliminer le stress et les douleurs émotionnelles. Il y a une différence significative entre les réactions d'un alcoolique et d'un non alcoolique et c'est le concept le plus difficile à comprendre pour des spectateurs non alcooliques de cette scène. 
    Une des définitions les plus répandues dans AA de la folie, c'est " répéter les mêmes gestes et s'attendre à des résultats différents". Bien sûr, cela réfère à l'histoire du piéton qui traverse en dehors des intersections, qui se retrouve dans des accidents de plus en plus graves et qui continue à traverser la rue de la même façon. 
    Cette analogie qui existe à cause de la répétition de comportements autodestructeurs donne un bon portrait de la progression de la maladie et de la progression toute aussi importante du déni qui nous empêche de faire face à la vérité mais elle ne donne pas d'explications à la folie. 

    La perte de raison n'est pas une répétition de certains gestes. La folie tel qu'expliquée plus tôt, ce sont ces pensées obsessives qui apparaissent juste avant le premier verre dans chaque épisode de comportements répétitifs. Naturellement, nous refaisons les mêmes gestes encore et encore ; les mêmes pensées insensées se répètent quand notre esprit est aux prises avec la décision de boire ou de ne pas boire.

    Comme nous avons démontré cette nécessité de comprendre quel était le contexte dans lequel Bill Wilson a parlé pour la première fois de la folie, nous devons aussi regarder et comprendre son style d'écriture afin d'approfondir notre compréhension du Gros Livre. Sa particularité dans ses écrits à laquelle nous référons réside dans l'utilisation de synonymes plutôt que de répéter le même mot dans des phrases ou paragraphes qui se suivent. L'endroit où nous pouvons identifier ce style le plus facilement, c'est dans la sixième et la septième Étape quand Bill a utilisé les termes défauts de caractère et déficiences pour dire la même chose. Nous savons que c'est vrai puisque lorsqu'un vieux membre a posé la question à Bill, il a répondu : "Mon professeur d'Anglais m'a enseigné de ne jamais répéter un mot dans des phrases ou des paragraphes qui se suivent lorsqu'un autre mot peut lui être substitué." 

    Nous avons besoin de cette information lorsque nous étudions la façon dont Bill utilise les mots "obsession", "illusion" et "delusion" (à la page 30 du chapitre More About Alcoholism de la 3rd Edition, mots traduits par "obsession", "illusion" et "illusion" à la  p.28 dans la 3e Édition française) où il prépare son exposé sur l'importance cruciale de ce raisonnement typique qui domine dans la pensée cognitive chez l'alcoolique au moment où il s'apprête à prendre son premier verre. Encore une fois, il est écrit dans le Gros Livre : "The idea that somehow, someday he will control and enjoy his drinking is the great obsession of every abnormal drinker. The persistence of this illusion is astonishing . . . The delusion that we are like other people or presently may be, has to be smashed.." p.30, 3rd Edition — C'est là la grande obsession de tout buveur anormal : l'idée qu'un jour, il ne sait trop comment, il parviendra à boire raisonnablement et à y prendre plaisir. Il est renversant de constater à quel point cette illusion peut persister… L'illusion que nous sommes comme les autres ou qu'un jour nous le deviendrons doit être tout à fait dissipée.  ." p.28, 3e Édition. 
    Le mot "obsession" signifie : "idée, sentiment, image souvent absurdes ou incongrus qui surgissent dans la conscience et l'assiègent bien que le sujet soit conscient de leur caractère anormal." (Le Petit Larousse 2000). Cela décrit vraisemblablement la façon dont nous sommes préoccupés par la boisson, même lorsque nous sommes centrés consciemment sur un autre sujet. 
    Ça explique cette citation du Gros Livre : "parallel with our sound reasoning ran some insanely trivial excuse" p.37, 3rd Edition — "parallèlement à nos arguments sensés, quelques prétextes aussi ridicules qu'aberrants faisaient leur chemin pour nous justifier de prendre notre premier verre. Notre bon sens ne parvenait pas à nous retenir et la déraison prenait le dessus." p.34, 3e Édition.
    Le mot "illusion" signifie : "1. interprétation erronée d'une donnée sensorielle. 2. erreur de l'esprit : croyance fausse, erronée." (Le Petit Larousse 2000). C'est clair que notre idée de contrôler nos consommations d'alcool était fausse et erronée. Notre esprit fonctionnait comme s'il nous bernait au point de nous faire croire que le résultat final suite à nos consommations serait différent. Les illusions sont de fausses croyances auxquelles nous tenons mordicus malgré les preuves évidentes contradictoires. Et il y en avait plein des preuves flagrantes que nous étions en perte de contrôle bien avant de nous en apercevoir nous-mêmes. 
    En comparant les mots "obsession", "illusion", à l'expression "perte de raison", nous voyons que tout pointe à notre inhabileté à voir les choses telles qu'elles sont. Quand Bill a élaboré sa description de la folie, il a cessé d'utiliser tous ces autres .

    Avantages d'une meilleure compréhension de la folie

    Le premier avantage, et sans doute le plus important, c'est d'éviter de faire peur au nouveau venu. Souvent ça nous arrive d'entendre des membres qui participent aux AA depuis longtemps raconter leurs peurs et leurs appréhensions ressenties à leurs premiers meetings et dès qu'ils ont entendu l'expression "perte de raison" dans la deuxième Étape. Souvent et même très souvent nous avons entendu un nouveau venu qui se dit bloqué et ne pouvant accepter la première Étape parce que ça veut dire qu'il est fou en quelque sorte. Désamorcer les peurs des nouveaux venus serait une assez bonne raison pour investiguer et expliquer ce que veut dire le mot "folie", l'expression "perte de raison".
    Le deuxième avantage, et sans doute le plus évident lorsque nous en venons à chercher une meilleure compréhension de ce qu'est la folie, c'est que nous allons mieux comprendre le message du Gros Livre. Ça nous aide à mieux comprendre et travailler les Douze Étapes des Alcooliques Anonymes. C'est spécialement vrai pour les trois premières Étapes. En travaillant mieux les Étapes, les chances de nous rétablir sont meilleures et la qualité de notre rétablissement risque d'être remarquable.
    Bien que ne soit pas la mission de ce document de donner une analyse détaillée du travail des Étapes, ces quelques commentaires vont s'avérer pertinents parce qu'ils sont reliés à la "folie". 
    Le tableau qui suit décrit les trois premières Étapes dans leurs forme la plus élémentaire. 

    À la suite de ce tableau, nous allons démontrer comment nos connaissances concernant la folie, la perte de raison, nous aide à comprendre et à travailler les Étapes. 
     
    Étapes
    Première Le problème L'impuissance Déraison ou folie
    Deuxième   La solution  Une Puissance  supérieure Pensées raisonnables  ou retour à la santé mentale
    Troisième La décision Entre la 1ère et la 2e Une décision entre la folie et la santé  mentale

    Dans la troisième Étape, nous devons faire un choix entre la première Étape et la deuxième. C'est la même chose que de faire un choix entre notre impuissance devant l'alcool et l'agrément d'une Puissance supérieure à nous-mêmes qui va solutionner notre problème. C'est en fait un choix entre la folie (la perte de raison) et la santé (la raison). C'est aussi, comme il est souvent répété dans les meetings AA, un choix entre demeurer dans le problème (la première Étape) et vivre la solution (la deuxième Étape) 
    L'examen de notre impuissance devant l'alcool est facile. L'obsession nous assure que nous allons vivre une incapacité de juger correctement quand viendra le temps de décider de boire de nouveau.  Cette allergie rend notre tâche de cesser de boire impossible une fois que nous avons recommencé. Si nous ne pouvons prédire quand nous allons recommencer à cause de notre obsession, et si nous ne pouvons prédire quand nous allons arrêter, à cause de l'allergie, alors nous sommes impuissants devant l'alcool.
    Évidemment, si nous n'avons jamais recommencé à boire, nous n'avons pas à nous inquiéter à propos de l'allergie qui nous empêche de cesser de boire une fois que nous sommes remis à boire. Alors tout le poids de la croix de notre alcoolisme est lourd surtout dans les moments où notre obsession envers l'alcool est si forte qu'elle domine et régente notre esprit. Ces moments, c'est le temps qui précède notre premier verre. 
    Par conséquent le centre d'intérêt de notre exposé, c'est cette folie du premier verre. C'est là que la déraison et l'impuissance devant l'alcool sont deux et mêmes choses.
    Le troisième avantage réside dans le fait que plus nous allons pleinement accepter le problème, notre impuissance devant l'alcool, plus facilement nous allons consentir à croire en une force supérieure à nous comme solution. 

    Une meilleure connaissance des effets pervers et néfastes de notre déraison et une compréhension de l'étendue de notre folie nous aident énormément à reconnaître et à accepter notre impuissance. Premièrement, ça nous aide puisque ça limite notre impuissance aux moments qui précèdent notre premier verre, et non à la vie de tous les jours et à nos actions. Deuxièmement, puisque c'est nous qui avons appris tout ce qui se rapporte à notre impuissance, aux dangers auxquels nous nous sommes exposés, nous ne croyons pas que nous sommes impuissants devant toutes choses. En ce faisant, nous nous empêchons d'apprendre de cet état de faiblesse et de défaillance et ainsi nous nous détournons d'un prompt et efficace rétablissement. Et mieux encore, plus nous allons accumuler de connaissances sur le problème, plus nous pourrons effectivement chercher une solution qui marche.
    Le quatrième avantage à une saine compréhension de la folie, de notre perte de raison, c'est de "savoir que nous ne saurons pas quoi faire". Ça semble une contradiction mais ça ne l'est pas. Peut-être que les parties les plus difficiles et résistantes du système de négation (le déni) à percer chez l'alcoolique, ce sont ses connaissances et son jugement auxquels il tient obstinément. Une explication bien étayée et solide de "pourquoi nous ne saurons pas quoi faire" permet aux nouveaux et tout aussi bien aux vieux membres de demander de l'aide dans leur rétablissement tout comme nous le ferions dans d'autres situations de notre vie quand nos bagages de connaissances sont insuffisants pour compléter cette tâche de résoudre un problème de vie. 
    Par exemple, nous n'avons pas de problème pour consulter un avocat si nous avons des problèmes avec la justice. Nous n'avons pas de problème à prendre rendez-vous avec un médecin lorsque nous éprouvons des malaises physiques. C'est ce que Bill voulait dire quand il a écrit : "we often show good judgment in other areas of our life." — nous démontrons un bon sens commun quand il s'agit d'autres domaines de nos vies.(traduction libre) Mais quand nous en venons à notre vie personnelle, nous hésitons à demander de l'aide. Cette résistance vient peut-être en partie parce que durant notre enfance, nous avons appris par notre éducation à devenir des êtres autonomes. Demander de l'aide signifie automatiquement que nous sommes faibles. Cependant, nous pouvons nous affranchir de ces hésitations et de nos résistances une fois que nous avons au moins une bonne raison de demander de l'aide, raison qui nous permet de conserver notre estime de soi. Ça nous permet aussi de prendre plus volontiers cette décision de faire appel aux autres. Plus c'est notre décision de solliciter de l'aide, plus nous allons faire les pas nécessaires pour nous rétablir. Ça nous amène à la deuxième Étape. 
    La deuxième Étape est tout à l'opposé de la première. Ici nous parlons de solution. Nous parlons de "Puissance". Nous parlons ici de raison, d'équilibre, de santé. 

    Avoir une saine mesure dans notre raisonnement signifie que nous avons une image claire des conséquences néfastes de notre boire et des quelques sentiments de bien-être que nous éprouvons dans les moments qui suivent nos premiers verres. Être capables de mesurer tant les aspects positifs que négatifs de prendre un verre, ça signifie que nous allons être aptes à évaluer chaque option et de prendre une décision rationnelle. Nous pouvons utiliser notre solide jugement parce que toutes les informations pour prendre cette saine décision sont alors disponibles au niveau de notre conscience. Nous pouvons alors réfléchir et puis choisir l'option qui nous procure le plus d'avantages. C'est comme ça que nous revenons à la santé.
    Avec un brin d'ironie, nous pouvons dire que maintenant nous savons. Mais puisque cette connaissance c'est "savoir que nous ne saurons pas", tout cela provoque un rapprochement et une alliance avec Dieu et les autres. 
    Toute la nature même du savoir est en transformation, passant d'un univers où tout est centré sur soi, égocentrique, égotique et égoïste, en recherche d'autosuffisance, de dépassement des autres êtres humains sur les plans intellectuels, professionnels et relationnels vers un univers d'abandon, de bonne volonté et de réceptivité à recevoir de l'aide. À mesure que nous acceptons le fait que "no man is an island" — que personne n'est vraiment une île, nous abaissons notre système de protection, nos mécanismes de défense. Nous cessons de garder une distance de sécurité entre nous et les autres. Nous devenons malléables. Nous permettons aux autres de s'appuyer sur nous et de partager avec eux de l'amour et de l'attention sans avoir peur de se faire rejeter ou mépriser. Ça nous place instantanément dans une position comme "faisant partie de" plutôt que de se sentir "exclus" ou "frappé d'ostracisme ". 
    L'humilité, c'est nous voir comme étant "en bons termes avec Dieu et notre prochain." Quand nous faisons partie (de la race humaine, de la fraternité AA), nous avons fait quelques pas pour devenir une personne humble. Cette nouvelle relation harmonieuse que nous entretenons avec nos voisins immédiats est très similaire au fait d'être capables d'évaluer les pour et les contre de retourner boire. Nous apercevons maintenant que nous avons des défauts et que les autres peuvent nous aider avec ces déficiences. Et ils ont en retour leurs propres faiblesses et nous pouvons les aider dans certains de ces domaines. De plus en plus, nous voyons que de vivre une vie remplie d'expériences de service auprès de notre prochain est bien la seule façon avec laquelle nous pouvons être un instrument de paix au service de Dieu. Alors notre réponse réside dans une vie harmonieuse avec les autres comme tous des êtres égaux. Faisant confiance et étant digne de confiance. Aidant et aidé. Nourricier et rassasié. Aimant et aimé. Vivant et laissant les autres vivre. 
    À mesure que nous demandons conseil et de l'aide pour des choses de plus en plus importantes dans nos vies, nous commençons à développer notre confiance envers les autres. 

    Nous en venons à nous apercevoir que les autres cherchent à nous donner ce qu'il y a de mieux pour nous, que le monde est un endroit chaleureux où il est assez facile de trouver du support et du soutien et non cette planète dont l'accès est normalement interdit aux autres êtres humains et où nous devons constamment nous battre pour survivre. 
    À mesure que nous nous sentons de plus en plus en sécurité, nous laissons tomber notre façade, notre personnalité, nos murs de protection et nous avons moins besoin d'être sur la défensive. Nous développons de nouveaux liens plus solides d'amitié à mesure que nous partageons à des niveaux de plus en plus profonds d'intimité. Maintenant, nous pouvons être plus ouverts envers les autres et le circuit de partage et notre cercle de confiance grandissent et s'étendent. Nous avons foi en l'amour des autres et qu'ils ne vont pas nous abandonner. Nous pouvons relaxer et nous détendre, nous pouvons jouir de la vie. Nous sommes sur la route du bonheur, de la joie et de la liberté. 
    "being happy joyous and free"

    Résumé

    Quand est venu le temps de définir la folie, la perte de raison, nous avons découvert que personne n'a vraiment essayé forcément de trouver une définition valide de ce mot tel que Bill Wilson l'a utilisé dans le "Big Book" (Alcoholics Anonymous, — Le Gros Livre - Les Alcooliques Anonymes). Des exemples individuels et des opinions personnelles n'étaient pas suffisants. Nous avons vu que c'est la définition de Bill que nous devons utiliser parce qu'il est l'auteur du Gros Livre, Les Alcooliques Anonymes. Si nous voulons en venir un jour à comprendre le Gros Livre AA, nous devons comprendre l'auteur et non ce que Pierre, Jean ou Jacques ont parodié dans les halls de meetings. Le Gros Livre est à l'origine du programme et de la façon dont il est discuté et la manière dont AA se sert de ce texte est assez importante, merci. Une fois que nous avons franchi le mur du déni qui entoure la définition de la folie, nous en voyons des résultats rapides et immédiats.
    Bill a écrit que la folie était un manque de mesure et le paragraphe précédent nous dit que le manque de mesure était dû au refoulement. Le refoulement est cette façon de cacher à notre conscience des pensées désagréables et déplaisantes, non désirées et non désirables. Dans le cas d'un alcoolique, ses pensées porteraient sur les pertes énormes qu'il vit s'il retourne boire. L'histoire de Jim, le vendeur d'automobiles, nous donne la preuve que le refoulement n'est pas toujours complet et que la rationalisation et la justification ont été nécessaires pour nous placer dans une situation où il vaut mieux trinquer que ne pas boire. 

    Le récit des mésaventures de Fred, le comptable, nous a démontré qu'un vide mental dans son esprit peut se produire éliminant dans le cerveau tous les souvenirs de cuites qui auraient été de bonnes raisons pour ne pas s'enivrer. 
    Peut-être que la citation la plus mentionnée est cette analogie de la personne qui traversait les rues entre deux intersections où la folie est définie comme le fait de répéter les mêmes gestes et de s'attendre à des résultats différents. 
    Mais il nous a été démontré que cela se nommait du refoulement récurrent et que cela suivait la répétition de la même décision encore et encore parce que les preuves manquent malgré les faits que les pertes et les conséquences néfastes des excès de boisson se répètent encore et encore. 

    Conclusion

    Le jour vient dans la vie de chaque alcoolique où il va se retrouver dans une période de crise émotionnelle et de stress intense. Ce sont ces moments où nous ne savons pas ce qui est préférable pour nous de faire. C'est sachant que de tels moments existent, que nous bâtissons un filet de sécurité en assistant à des meetings, en parrainant d'autres membres et en étant nous-mêmes parrainé, en aidant les autres et par dessus tout, en travaillant les Étapes. Nous n'avons pas à vivre des moments remplis d'un tel manque de mesure, d'une telle incapacité de juger correctement si nous nous en tenons à des activités qui se sont révélées un succès pour des milliers d'alcooliques depuis plus d'un demi siècle. À mesure que nous faisons confiance aux autres pour prendre soin de nous quand nous n'arrivons pas nous-mêmes à le faire, nous allons découvrir le moyen par lequel "Dieu pourrait le faire et le ferait si nous Le recherchions. p.55, 3e Édition. Nous sommes privilégiés d'avoir appris ces vérités pendant que nous étions en train de vivre la partie humaine de notre périple spirituel. Nous avons été aimés et nous sommes encore aujourd'hui bénis de manière exceptionnelle. 

    Robert H.
     

    document original tiré du site http://home.usit.net/%7Erfhale/alcoholism.htm

    Traduit et adapté par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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