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La souffrance : chemin qui mène à la sagesse
Revue de livre par Phylameana lila Desy: Auteur: Kathleen A. Brehony,

La souffrance : chemin qui mène à la sagesse
Revue de livre par Phylameana lila Desy: 
After the Darkest Hour : How Suffering Begins the Journey to Wisdom
Auteur: Kathleen A. Brehony, PH.D.
ISBN : 0805064354 Éditeur : Henry Holt & Company

Ce livre est centré sur nos attitudes et nos réactions dans des moments difficiles à vivre que ce soit une maladie, un divorce, une perte d'emploi, et comment elles peuvent renforcir ou affaiblir notre caractère. Finalement, le message que le livre nous apporte est que nous devons choisir des affirmations qui vont y mettre fin et nous permettre de progresser et d'atteindre un niveau de sagesse et de grand bonheur.
Il y a dans ce livre des témoignages assez intéressants de gens qui ont vécu certaines adversités de la vie. Mis à part les célébrités comme Helen Keller, le Dr. Martin Luther King Jr., je crois que les histoires les plus touchantes viennent de Mme K. Brehony qui partage celles de sa propre famille. Les lecteurs en arrivent à côtoyer cette famille et peuvent apercevoir la part d'intimité et la place qu'occupent dans son cœur les membres de sa famille comme sa grand-mère, sa tante et ses parents. Elle parle aussi d'un interview, à mon avis exceptionnel, qu'elle a eu avec un pilote de l'armée américaine, Dan Maslowski, qui a survécu trois ans dans un camp de prisonniers au Vietnam. 
Dan disait "No one would ever choose to go through something like that. You would never think you could. But sometimes in life you don't have a choice. The power can come through." (traduction libre: Personne ne choisit de passer à travers quelque chose comme ça. Vous ne pensiez pas que vous le pouviez. Mais quelque chose dans la vie vous dit que vous n'avez pas le choix. Une force vient vous habiter.) 
Mme K. Broheny continue sur ce thème tout le long du livre After the Darkest Hour: How Suffering Begins the Journey to Wisdom, nous proposant cette nouvelle croyance qu' il y a un cadeau à tirer de toute tragédie. Il nous est offert de percevoir chaque expérience douloureuse comme une occasion de changer et de grandir ou de voir cette expérience comme si nous étions une victime et que ce n'est pas juste. 

À la page 164, Mme K. Brehony décrit huit systèmes spécifiques de croyances qui sont vécues à la suite d'une souffrance. Puis elle nous aide à identifier nos propres croyances et nous donne des suggestions sur la façon de changer notre vision, et par le fait diminuer notre souffrance. 
 Elle va plus loin en consacrant la moitié du livre à développer des stratégies pour sortir de notre souffrance. (Note : voir plus loin un aperçu de ces stratégies)

Je me suis vue en train de hocher la tête en accord avec bien des idées exprimées dans ce livre et je me suis surprise en train d'en intégrer une.
Ah..ha! Mme K. Brehony touchait quelque chose de profond dans ma personnalité. À ces moments, je m'apercevais que mes yeux devenaient remplis de compassion à mesure que les histoires partagées me soulevaient les pieds du sol et m'emportaient. Mon évaluation globale du After the Darkest Hour: How Suffering Begins the Journey to Wisdom, : c'est un bon moment de lecture rempli d' informations utiles qui peuvent nous servir tous. 

L'auteur Kathleen A. Brehony, PH.D. une psychothérapeute qui semble être de l'école de Jung.. est aussi l'auteur du livre Awakening at Midlife and Ordinary Grace
 
 

adresse URL de cet article de Phylameana lila Desy : http://healing.about.com/library/weekly/aa001130a.htm


Court extrait du livre After the Darkest Hour 
After the Darkest Hour: How Suffering Begins the Journey to Wisdom
par Kathleen A. Brehony,Ph.D.

Le Changement : L'ordre naturel

Le philosophe grec Héraclite écrivait : "Il n'y a aucun homme qui met le pied dans la même rivière deux fois, puisque ce n'est pas la même rivière et il n'est plus le même homme." Comme les flots de la plupart des rivières sont en constant mouvement et changement, nous le sommes nous aussi. Ce n'est pas qu'une image ou une figure de style. Littéralement presque toutes les cellules de notre corps vont être remplacées par de nouvelles dans le courant de l'année. Les feuilles des arbres tombent, les saisons nous montrent leurs visages colorés de neige et de soleil. Les enfants deviennent de petites filles (et de petits garçons), des femmes (des hommes) et de vieilles dames (de vieux bonhommes) et la mort semble notre destination ultime. Voici l'aspect pervers de tous ces changements.
La croyance que nous conservons le plus fréquemment (et pour certains, c'est même notre espoir le plus profond) réside dans le fait que la vie est stable, prédictible — que nous pouvons nous accrocher à nos réalités présentes pour toujours — est une illusion et une méprise.  Cependant, la plupart d'entre nous vivons ainsi, et  attendons de la vie qu'elle se conforme à cette idée de continuité et de permanence. Malgré toutes les preuves du contraire, la plupart d'entre nous voyons le changement comme un intrus, une partance, un départ radical, souvent douloureux de ce que "les choses auraient dû être".

Nous vivons aujourd'hui comme si nous n'allions jamais avoir l'obligation de quitter quoi que ce soit, comme si les choses étaient pour demeurer telles qu'elles sont là maintenant, pour toujours. Alors, quand nous faisons l'expérience, que nous appelons souvent négative, de la maladie, de la mort d'un être proche, d'un divorce, ou lorsque nous recevons une cessation d'emploi, lorsque nous vivons un recul sur le plan financier, nous ne pouvons croire que ça nous arrive vraiment à nous. Même si vous êtes en train de lire ceci (ou même pendant que je l'écris !) nous pouvons tous être en train de faire des compromis, des tractations avec les plus grandes puissances : "Bien, tout va bien à condition que cette perte de revenus ne dérange pas ma relation de couple que je vis avec ma bien-aimée." Que nous remplissions la ligne par notre conjointe bien aimée, par le nom d'un animal favori, notre statut financier ou notre sécurité sur le plan professionnel, nous pouvons avoir de la difficulté et nous refusons d'accepter la vérité à propos de cette perte et de la vie en général.

Et nous nions et écartons l'idée d'accepter cette non pérennité de toutes choses, et c'est pourquoi nous nous sentons écrasés lorsque la vie nous donne un de ses coups bas et inévitables. Ce n'est pas un hasard que nous hurlions à chaque fois que cela se produit : "Pourquoi moi?" Malgré toutes les grâces qui nous ouvrent à l'acceptation de la vraie nature de notre réalité, plusieurs d'entre nous désirent que la vie demeure "pareille comme avant", prédictible, claire et sécuritaire. Comme les citoyens de la ville fictive de Pleasantville dans de vieilles émissions télé des années cinquante, nous allons résister à tout ce qui est nouveau, qui n'a pas subi le test de l'usure du temps ou qui n'a pas été prouvé. Nous ne voulons pas que nos vies subissent quelques changements ou qu'elles soient menacées d'en subir dans le futur. Nous supposons que les choses sont bien comme elles sont, surtout si elles sont prédictibles et bien définies. En désirant demeurer dans un terrain connu, sécuritaire, nous allons adhérer à des patterns, des idées et des façons d'être que nous allons trouvé, par la force des choses, difficiles à abandonner malgré le fait que nous reconnaissons qu'ils ne peuvent se plier à la réalité de nos vies. Certains d'entre nous essayons d'anesthésier nos peurs avec des substances psychotropes, de l'alcool ou des drogues, avec du travail, de l'argent ou une quelconque vérité que nous érigeons en dogme : n'importe quoi pour être sûr que nous soyons protéger de l'évidence que nous sommes un être humain comme les autres. Nous fuyons notre peur du changement en maintenant notre fausse croyance que ce changement  nous mène vers une perte et que cette perte provoque chez nous de la souffrance. En faisant cela, nous tentons d'échapper à cette expérience de vie que nous devions expérimenter dans le court laps de temps qui était prévu à cet effet. En vérité, nous allons souffrir d'un côté ou de l'autre. Héraclite a encore mis ça en mots, bien honnêtement, lorsqu'il a dit : "Rien n'est permanent, sauf le changement."
Si nous apprenons de nos souffrances plutôt que chercher à les fuir, nous allons avoir des vies comblées, très riches.

Changer veut dire Perdre 

Comme vous pouvez sans doute l'imaginer, les hommes se battent depuis toujours avec l'idée de l'imprévisibilité du changement dans leurs vies, depuis que l'homme existe en fait. L'idée que la vie est en constante évolution et une série de changements et d'expériences personnelles, d'infortunes et de bonne fortune, fait partie de toutes les cultures du monde entier. Les bouddhistes nomment cela "samsara" comme le cycle incontrôlé de la naissance, de la vie et de la mort, cet océan virtuel de souffrances dans lequel patauge la vie humaine. 
 Les taoïstes vénèrent la vérité à propos d'une émanation, d'un influx, dont le flot jaillit en spirales de changement au sein de la nature de toutes choses et explore la sagesse inhérente à une compréhension des enseignements spirituels comme le Tao Te Ching ou le I Ching (le Livre des Changements).
La cosmologie des bandes autochtones de l'Amérique du Nord se sert des changements rythmiques des saisons comme enseignement et apprentissage du début et de la fin de toute chose et comme apprentissage des hauts et des bas du cheminement qui caractérise toute existence.
Comme les mandalas des moines bouddhistes au Tibet, les Navajos ont même créé un art traditionnel avec des peintures très colorées faites avec des sables de différentes couleurs. Des images de notre Père, le Firmament et de la Femme en transformation, demandent une concentration immense et beaucoup d'ardeur pour être répandues ainsi sur le sol, un grain à la fois. Ils utilisent un médium qui est lui-même non permanent et qui sera balayé à la fin de la journée. Le médium est leur message. La vie consiste en des cycles constants de création et de destruction. Des images qui montrent ce qu'est le changement et la foi comme des roues qui tournent continuellement reviennent dans toutes les cultures des mandalas en Orient à la roue de fortune du Tarot de la tradition ésotérique occidentale. 
Avez-vous déjà remarqué, en regardant la télé, avoir passé quelques minutes devant l'émission "Roue de Fortune" et saviez-vous que c'est construit sur un symbolisme médiéval qui explique les fondements de l'existence humaine ? Je ne croyais pas cela. Mais, bien avant cette émission de télé, la roue de fortune (appelée aussi la Roue de la Vie) était présente dans le cœur et l'esprit de tous les êtres humains comme une méthode facile d'expliquer comment la vie fonctionne globalement. Peu de gens pouvaient lire au Moyen Âge et jusqu'au milieu du 15e siècle, lorsque Johann Gutenberg inventa la presse à imprimer, il n'y avait pas beaucoup de documents écrits à lire. Les enseignements se donnaient avec beaucoup de dessins et de symboles qui représentaient des idées compliquées et cherchaient à expliquer simplement, selon des moyens que les gens pouvaient comprendre et se rappeler. La "Roue de la Vie", symboliquement un cercle, se retrouvait curieusement à travers toute l'Europe. Une variété d'interprétations sont élaborées dans des manuscrits précieux, gravés à même les murs de granite des cathédrales médiévales d'Europe, et assemblés en merveilleuses verrières et rosaces comme celles de Bâle et d'Amiens. Dans chacun de ces cas, les images tentent d'expliquer le cycle de la vie et les différentes réactions psychologiques qui suscitent chacune des phases de ce cycle. 

Le philosophe romain Boethius, qui a vécu au début du sixième siècle, a fortement influencé les gens du Moyen Âge, à propos des vicissitudes de la vie à travers ses écrits et offrait la plus populaire interprétation de la Roue de la Vie. 
Il a été et est encore considéré comme un grand penseur de la philosophie occidentale. Mais c'était ses propres expériences particulières, qui sont décrites dans son œuvre principale, La Consolation de la Philosophie, qui nous enseigne comment la Roue de la Vie tourne pour chacun de nous. 

Boethius a eu une carrière fabuleuse à la cour de Théodore le Grand, rois des Ostrogoths et maître de Rome. Il était connu comme un grand homme politique, érudit et orateur, et il jouissait d'une place respectable dans la société du temps. En fait, Boethius recevait autant d'attention que les vedettes d'aujourd'hui et stars du cinéma. C'était le Warren Beatty du sixième siècle. Il était marié et heureux et a eu des fils tout aussi brillants que lui, et qui furent nommés consuls à la cour. Comme Job, Boethius semble avoir vécu une vie très plaisante. Elle l'était, jusqu'à ce que certains conseillers du roi aient médit contre lui et aient suggéré au monarque nerveux et vieillissant, qu'il avait des ennemis haut placés. 

Boethius, ont-ils dit, faisaient partie de ceux-là. Sans avertissement, la vie entière de Boethius changea complètement. Sa brillante carrière s'est terminée là. Il a été mis en prison et inculpé de trahison. Et c'est là, pendant qu'il rageait contre les jambettes et les flèches de l'infortune, qu'il a rencontré l'Esprit de la Philosophie. Ce dernier a illuminé en lui l'idée que les plus beaux cadeaux de la vie ne sont pas le fruit de la bonne fortune, parce qu'elle est capricieuse et erratique dans tout ça. Plutôt, Boethius a été rassuré par le fait qu'il y avait des forces puissantes qui offraient des grands cadeaux pour l'humanité. Dans sa cellule d'une prison humide et froide, bien loin de la vie mondaine qu'il avait connue, Boethius en est venu à comprendre qu'il y a des choses qui ont plus d'importance dans la vie que son poste, la richesse que l'on possède ou sa situation près du pouvoir. Il a écrit alors : "L'honneur n'est pas accordé par simple vertu de détenir un poste important, c'est plutôt le poste qui incombe à celui qui a la vertu." Il démontra aussi qu'hormis la mort, le seul endroit dans la roue qui ne bouge pas ou ne change pas c'est le centre, le moyeu, la place où nous pouvons être vraiment à l'abri des aléas de Dame Fortune. Le centre est le réservoir de vérités bien plus profondes — les lois de Dieu et de la nature — qui demeurent intouchables même aux sautes d'humeur et aux altérations que nous fait vivre la bonne Fortune.

Ces grandes vérités selon Boethius gravitaient autour d'une vision supérieure et transcendante qui nous permet d'identifier ce qui a vraiment de la valeur dans la vie. Dans son livre La Consolation de la Philosophie, qu'il a écrit sous la forme d'un dialogue entre un personnage qui se nomme Boethius et l'Esprit magique de la Philosophie, sous les traits d'une belle femme. 
 Cet Esprit rappelle à Boethius que l'homme a une destinée divine et qu'il souffre, non à cause de sa situation, mais seulement à cause de son attitude malsaine et son incapacité de supporter son agonie dans le calme. Au plus fort de sa souffrance, il oublie qui il est et quel est le but de la vie. L'esprit lui dit que la Fortune ne lui doit rien, parce qu'elle n'a repris que ce qu'elle m'avait prêté. Des pierres précieuses, des serviteurs, des vêtements, une naissance chez la noblesse, de l'argent, et un statut ne sont pas nécessairement bons intrinsèquement. Courir après ces valeurs, c'est chercher des procédés ou des objets sans valeur. Nous allons nous apercevoir que les vraies bénédictions de la vie — la bonté et le bonheur — viennent de se connaître et de se dominer soi-même, réalisant ainsi notre nature divine et nous invitant à la force de l'amour. 
Voici l'essence, le cœur de la vie, intouchable par la Fortune. Demeurer au creux du moyeu nous permet de nous éloigner des soubresauts de notre propre nature égocentrique, et rester centrés, où nous pouvons tenter d'être en relation avec une force plus grande que nous-même, peu importe ce que se passe dans nos vies. 
L'influence de Boethius a été importante sur la philosophie au Moyen Âge qui avait besoin de comprendre les événements de leurs vies marquées par la guerre, l'esclavage et la peste — toutes des expériences menaçantes, teintées d'horreurs, hors de tout contrôle. Tous ont accueilli son interprétation les bras grands ouverts. La Roue de la Vie a été décrite par des artistes et des écrivains à travers tout le Moyen Âge. Dante, en particulier, nous offre une excellente description sur la manière dont la bonne Fortune influence nos vies humaines. Ses portraits vont plus loin que les représentations antérieures de la Fortune, la montrant comme une femme debout sur un globe terrestre qui le tourne avec ses pieds.

Dans son œuvre Inferno, il a écrit : "Aucune force mortelle ne peut ralentir la roue qui tourne. Les nations se développent et s'écrasent sous sa volonté. Personne ne peut prévoir où elle va poser son pied. Elle pose le talon et les choses changent. La raison humaine ne peut embrasser tout son poids. Elle gouverne sa sphère comme d'autres dieux régissent la leur. Saison après saison, les changements qu'elle inspire favorisent sans cesse d'autres changements. Et ceux dont le tour est venu de se faire presser sous son pied, elle sera rapide à les écraser par force de nécessité." 

 Le symbole qui représente la Fortune comme une femme qui tourne la terre avec ses pieds a donné place à une image plus moderne au douzième siècle (Fig.2-1). Dans cette image, la roue est tournée dans le sens des aiguilles d'une montre par l'esprit de la Fortune, encore représentée par une femme qui se tient debout près de cette roue mécanique qu'elle contrôle avec un levier. Encore une fois, les dogmes ou les vérités énoncées là sont simples : le changement est un ordre naturel de l'univers et le changement comporte toujours une perte en quelque sorte. Mais cette image nous parle aussi du processus par lequel nos vies changent. Au-dessus de la roue se tient une personne, un roi ou une reine, suggérant ainsi que personne, peu importe son statut social, est exempt de tourner cette Roue de la Vie. La position du haut sur la roue se nomme bonheur, bien que dans certaines versions, il soit inscrit "regno", l'équivalent en latin de "Je règne". Dans cet état, l'image nous montre ce qui se passe normalement, quand tout va bien. Les enfants y sont en vie et vont très bien, les animaux sont en santé et la terre est fertile.
L'œuvre de Boethius n'a pas été ignorée, mais elle est en train de faire un "retour". Mark O'Brien est un jeune garçon de six ans en bonne santé. Mon père, lui et Deanne sont arrivés sains et saufs de leur voyage en Virginie. Naturellement, c'est là que nous désirons aller habiter. C'est impossible pour l'instant un peu parce que la Roue tourne continuellement, comme la Vie elle-même est toujours en mouvement. Le bonheur ne dure pas. Comme la Roue tourne, le personnage du haut de la Roue se retrouve à trois heures. Ce que nous voyons alors, c'est le personnage qui tombe dans l'espace et qui a perdu son sourire qui a été remplacé par des froncements de sourcils indicatifs de soucis et de peurs. La Fortune a fait bouger la Roue, a créé le changement, et le personnage cherche à retrouver sa position initiale. Sur le visage du personnage, on peut y lire l'expression de la terreur. Nous pouvons imaginer que le héros, comme chacun de nous, désire rien de moins que de retourner au statu quo, et demeurer à Pleasantville en reculant La Roue dans le sens contraire de l'horloge et retrouver le bonheur et la sécurité de sa position si familière pour lui. Mais ce n'est pas possible. Notre protagoniste est lancé dans la période de grande noirceur de son âme. C'est là que nous sommes dénudés de toutes nos illusions et que nous est retirée notre insistance de voir la vie telle qu'elle était, plutôt que comme elle est aujourd'hui, dans la réalité du moment présent. C'est l'image de cette descente aux enfers et de notre passage de ce seuil de la noirceur et de la peur, où nous sommes bousculés de notre position de confort et de sécurité, puis lancés vers quelques abysses que nous retrouvons dans la littérature de toutes les grandes cultures. 
 Pour n'en nommer que quelques-uns, il y a les visites de Dante à travers les méandres de l'enfer, Jonas dans le ventre de la baleine, la visite de Kore-Persephone avec Hades, la descente du sumérien Inanna au monde intérieur, le héros celtique Finn MacCool qui a été avalé par un monstre, la métaphore inuit du Corbeau qui s'est lancé et picorait dans la gorge déployée d'une baleine rorqual, et les chevaliers de l'Europe médiévale dans leurs armures éclatantes qui entraient dans l'antre de dragons. Cette plongée universellement notoire dans l'inconnu peut être remplie d'effrois. Nous pouvons souvent nous sentir abandonnés de Dieu et incapables de rattraper le réconfort de ce qui nous était familier. Nous pouvons être effrayés de nous sentir seuls dans ces expériences malgré le fait que presque tous les êtres humains en ont vécu de semblables. La position de la Roue se nomme alors perte ou quelquefois "regnavi" qui veut dire J'ai régné.
La prochaine position au bas de la Roue s'appelle souffrance, "sum sine regno" ou Je n'ai pas de royaume. Ici nous voyons un personnage nu et qui est traîné aux enfers. Voyez-le. Il est tiré la tête en bas et l'expression que nous pouvons lire sur son visage est le désespoir le plus complet. Cela symbolise la plus pure vulnérabilité devant les ravages de soucis inattendus, la perte de sa normalité et les conséquences émotionnelles qu'entraîne la destruction de la Vie telle qu'il la connaissait. À ce point dans la Roue, notre sombre héros ressent de l'anxiété, de la tristesse, un deuil, des tensions, de la colère et un état de crise. Quand nous sommes noyés dans ces périodes de souffrances, la plupart d'entre nous croyons que ça ne finira jamais. Dans ces moments, ça aide de se rappeler la racine latine du mot souffrance qui veut dire "permettre" ou "faire l'expérience de". Au milieu de ce chaos qu'apporte cette expérience de perte ou de changement, bien souvent nous ne trouvons pas de réponses pour diminuer nos angoisses, nous ne devons que vivre cette expérience et ressentir pleinement toute la douleur de notre perte. C'est un concept particulièrement difficile dans notre culture où nous avons appris à chercher des solutions douces et faciles, des pilules magiques, ou des cures rapides pour court-circuiter la douleur. Ça peut être utile de se rappeler que même au milieu de nos pires angoisses, la Roue continue de tourner. Nous pouvons être certains que même au plus profond bas-fond, dans la nuit la plus noire, notre situation va encore changer. 
Renaissant de ces souffrances, le personnage de la Roue de la Vie bouge encore une fois pour se retrouver à un quatrième emplacement sur la Roue. Cette position, neuf heures à l'horloge, se nomme tout simplement Espoir, "regnabo", je vais régner, et ici nous voyons qu'il existe alors une intuition de retour à la "normalité".  Encore une fois, il y a une intention, cependant encore très fuyante, que nous pouvons avoir de nouveau accès à un état de bonheur. 
Cette fantaisie que nos souffrances vont se terminer vient poindre à notre réalité.
 Pour certaines personnes qui souffrent, l'espoir ne semble jamais apparaître à l'horizon. Ces personnes peuvent rester accrochées à leurs douleurs, à leurs deuils, jusqu'à la mort. C'est là un avenir rempli de la pire des destinées. 

Si nous sommes sages et forts, et si nous désirons entretenir cet espoir, nous pouvons sortir transformés psychologiquement et émotivement par nos expériences de vie sur la Roue et des changements qu'elle impose. Les changements et les pertes sont autant de portes pour atteindre des niveaux supérieurs de conscience.
Vous allez alors vous rappeler qu'il est écrit que les dieux ont fait un vœu solennel et que c'est par la souffrance que nous atteignons la sagesse. 

Et comme la Roue tourne encore, nous revenons inévitablement à la position Bonheur au faîte de la Roue. Mais c'est une erreur de croire que c'est la même position que celle que nous avions quittée auparavant. Ça ne sera pas la bonne vieille position de "normalité". C'est plutôt un nouveau point d'équilibre. Nous aimerions penser que nous sommes revenus au point "Je règne", mais c'est illusoire car tout le cycle recommence. 

En 1992, six mois après que ma mère soit morte, mon père est venu me visiter et comme il en avait l'habitude, invita quelques-uns de mes amis intimes et Nancy et moi pour aller souper au restaurant. Mes deux parents appréciaient beaucoup rencontrer mes amis, apprendre à les connaître et attendaient agréablement ces rencontres à chaque fois qu'ils nous rendaient visite. Mes parents furent mariés pendant quarante-sept ans et mon père a pris soin de ma mère durant les deux ans où elle était atteinte assez gravement d'une leucémie et elle est en est décédée. Mais parce que mes parents étaient très intimes et qu'ils faisaient presque tout ensemble, chaque activité était teintée des souvenirs du passé.  Un souper avec des amis évoquait bien des fois où mes parents venaient ensemble nous rendre visite, qu'avec des amis, nous faisions un BBQ ou que nous sortions chez O'Sullivans, un restaurant spécialité : fruits de mer, et notre endroit préféré pour une sortie. Je pouvais voir que Papa progressait dans son deuil mais je savais aussi, comme lui le savait aussi, que sa guérison serait longue. Même ce souper était parsemé des moments tristes — des souvenirs éveillés par des visages familiers, des rires et de la musique, même l'odeur des crevettes à la vapeur et de crabe farci. Durant le souper, ma bonne amie Kathryn, qui connaissait mon père depuis vingt ans, s'est approchée de lui et lui a demandé doucement comment il allait : "Jim, est-ce que les choses reviennent à la normale maintenant ? " Mon père a pris un long moment pour lui répondre : "Kathryn, tu sais, je vais mieux, mais je ne sais pas encore ce que sera la normalité."

Mon père intuitivement savait ce que la Roue de la Vie devait nous enseigner et nous amener à cheminer vers de nouveaux endroits. Nous ne pouvons en fait retourner à ce qui était autrefois normal. Une fois que nous avons vu quelque chose nous ne pouvons ne pas avoir vu. Une fois que nous avons connu quelque situation, nous ne pouvons revenir en arrière et ne pas avoir connu cette situation. Et peu importe la quantité ou l'étendue de notre souffrance, la Roue va tourner. L'espoir apparaîtra loin à l'horizon, et nous allons retrouver une forme d'équilibre et d'harmonie : une nouvelle normalité. Et nous allons nous réjouir de ce moment jusqu'à ce que la Roue implacablement commence à prendre un autre virage auquel nous ne pouvons échapper. 

Après ce souper avec mon père et mes amis, j'ai pensé à la Roue de Fortune et je me suis demandé où il se trouvait dans ses rayons. J'ai réalisé que cette métaphore médiévale apportait de merveilleux insights sur les changements dans ma vie et dans celles des gens que je connaissais, et avec ceux avec qui je travaillais comme thérapeute. Il était clair pour moi que ce n'était pas seulement une fable pour les bonnes gens du Moyen Âge. Cette allégorie avait un véritable pouvoir pour expliquer et comprendre les réactions psychologiques au changement dans nos vies trépidantes de l'ère moderne dans laquelle nous vivons.
 

Copyright © 2000 Kathleen A. Brehony, Ph.D.

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Traduit et adapté par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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