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Critiques contre le rétablissement 
Dale S. Ryan

Commençons par ce qui est évident. Les critiques les plus tenaces, les arguments les plus illogiques et les moins bien guidés contre le rétablissement ne viennent pas des autres mais de moi. Quand ça concerne mon propre cheminement de rétablissement, je suis la personne qui résiste le plus. Comme plusieurs d'entre nous, j'ai toujours été mon critique le plus sévère. Je peux facilement penser à 50 raisons pourquoi mon rétablissement est juste de la psychologie de 5-10-15 ¢, du nombrilisme, du faire-confiance-en-la-sagesse-des-hommes-plutôt-qu'en-la-sagesse divine, pourquoi les meetings ressemblent à des sessions d'apitoiement collectif. 

Je n'ai pas besoin d'animosité venant de l'extérieur envers mon propre rétablissement pour me rappeler combien je devrais être mieux aujourd'hui, de la manière que je devrais prier ou que je devrais faire confiance à Dieu. Ou encore comment je devrais passer plus de temps à aider les autres plutôt qu'à me concentrer sur des activités égoïstes et narcissiques. Je n'ai pas trouvé une seule critique que je n'avais moi-même ruminée de quelque façon que ce soit. J'ai récemment terminé la lecture d'une série de livres qui étaient assez critiques des mouvements d'entraide et de rétablissement, et bien sûr, j'y ai retrouvé quelques surprises pour les illustres membres du Grand Bureau de Mes Critiques Intérieurs. Ce conseil de Juges distingués avait quand même oublié quelques mauvaises herbes au jardin, quelques vertes réflexions sur mon propre rétablissement. Je suppose qu'il y a des raisons évidentes pourquoi nous résistons de manière si tenace à notre propre rétablissement. En voici trois : 

  • Résistance à la Vérité

  • Bien sûr, en tout premier lieu, nous allons vivre dans la négation, dans le déni et nous allons en tirer des bénéfices tangibles. Le déni est très attirant et attrayant — ça permet de croire que c'est moins douloureux ainsi, moins que de faire face à la vérité. Je me suis rendu jusqu'ici sans faire face à ça, pourquoi est-ce que je devrais adresser ce problème maintenant? L'authenticité en contraste a toujours l'air de la chose la plus difficile à maintenir. Alors, nous allons résister et ne pas nous rétablir puisque le déni semble plus séduisant. Voilà pourquoi si peu d'entre nous choisissons le rétablissement comme une activité de croissance personnelle — la plupart d'entre nous entrons en rétablissement que lorsque notre souffrance, notre mal d'être devient si intense que nous sommes forcés à prendre certaines mesures qu'en d'autres circonstances, nous aurions tout simplement évitées.
  • Résistance au Processus

  • Deuxièmement, se rétablir requiert que nous nous engagions à participer à des activités que peu d'entre nous trouvent drôles et amusantes. Faire des amendes honorables? Avouer? Persister? Dire la vérité ? Reconnaître son impuissance? Accepter de l'aide? Il doit y avoir une manière plus facile, plus douce. Ce ne sont pas des bonnes nouvelles dès le départ. Peu d'entre nous allons vivre cette expérience spirituelle, allons nous soumettre à l'aveu qui est un bon exemple de cette discipline, de cette occasion unique et merveilleuse de grandir personnellement. Au contraire cette confession apparaît comme la pire (et de plus quasiment impossible et imaginable) chose qui pourrait nous arriver. Nous résistons à nous rétablir parce que c'est un processus qui est exigeant.
     
  • Résistance au changement

  • Et troisièmement, nous résistons à notre propre rétablissement parce que se rétablir nous demande de changer et le changement est ébranlant ; quelquefois, il est fragilisant. Changer souvent, ça veut dire nager à contre courant contre les pressions d'une dysfonction qui peut avoir survécue à plusieurs générations. Changer, ça veut dire être prêt à devenir malhabile et inexpérimenté à utiliser de nouvelles stratégies plus saines d'un nouveau mode de vie — par exemple, peu d'entre nous étaient des adeptes de l'honnêteté au point de dire la vérité initialement. Changer, ça veut dire de tolérer l'état de confusion, d'ambiguïté et de perte de maîtrise qui naît dans des moments de transition et de métamorphose. La plupart d'entre nous préfèrent la stabilité, le statu quo au changement et cela explique en quelque sorte notre résistance à nous rétablir.

Alors je suis la personne la plus résistante à mon propre rétablissement et il y a ces trois bonnes raisons qui la justifient. La seule bonne chose qui me vient à l'esprit à propos de ma résistance, c'est que ça me permet de relaxer en ce qui concerne tous les genres de résistances des autres autour et des soucis qui peuvent en découler. Nous allons découvrir que certaines personnes vont nous dire que c'est un manque de foi en Jésus-Christ qui peut aller jusqu'à Le renier. Nous allons entendre des gens qui pensent que le rétablissement est une façon de fuir ses responsabilités en déversant trop de bonté vers soi. Mais nous n'allons probablement pas trouver de personne plus critique que nous le sommes. 

Dieu, bien sûr, est familier avec cette tendance à résister notre rétablissement. Et heureusement, Il va nous montrer clairement que peu importe notre acharnement et notre obstination à résister, Dieu va nous faire persister dans cette voie.

Jean, un exégète qui répondait à une communauté qui se débattait, aux prises avec une ronde virulente d'analyse critique, leur dit : "Petits enfants, n'aimons pas en paroles et avec la langue, mais en actions et en vérité. Par là nous connaîtrons que nous sommes de la vérité, et nous rassurerons nos cœurs devant lui : car si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses."  (1 Jean 3:18 à 3:20) Comme la foule qui écoutait Jean, nous avons nous aussi l'œil très critique à notre égard. Mais à mesure que nous cheminons dans notre rétablissement (mettant de l'amour dans tous nos agissements et en disant la vérité), nous allons découvrir que nos critiques remplies de honte vont éventuellement nous laisser parce que Dieu est plus grand que notre déficience, la critique. Dieu qui connaît toutes choses est plus grand (plus rempli de grâce, d'amour, de bonté, plus engagé envers nous) plus que nos cœurs limités et gênés dans leurs battements par la honte ne peuvent l'imaginer. Nous pouvons laisser reposer nos cœurs parce que Dieu est plus débordant de grâce que nos cœurs meurtris par la honte et ça, ça fait toute la différence. 

Puissent vos racines plonger dans la terre riche de l'amour de Dieu .

Dans la dernière édition du magazine STEPS, j'ai parlé d'une forme plus intransigeante, plus sérieuse et personnellement plus douloureuse de résistance au rétablissement — notre propre résistance. 

Nous avons tendance à être nos pires critiques. Nous résistons aux changements de façon très tenace. Dans la plupart des cas, nous nous battons, nous rejetons notre évolution, cette transformation, nous allons jusqu'à haïr ces bouleversements — probablement plus que toute autre personne. 

C'est souvent vrai que notre cheminement en nous rétablissant nous amène à travers des territoires ambigus, à travers des environnements carrément hostiles même à notre rétablissement. 
Les codépendants en rétablissement, par exemple, peuvent découvrir que certaines personnes préfèrent ce qui se passait dans le bon vieux temps où ils étaient plus complaisants, dociles et portés à se sacrifier. 

Des émotions désagréables qui étaient autrefois anesthésiées par des substances psychotropes ou par ces comportements toxiques peuvent être ressenties comme menaçants dans leurs relations aux quels ils s'étaient adaptés pendant les années folles de la dépendance active. 

Certaines personnes en rétablissement rencontrent de l'hostilité quand elles commencent à dire la vérité dans des systèmes sociaux qui ont été contraints et réduits au silence depuis x générations. D'autres ressentent de la honte et du rejet devant les réactions des gens sceptiques ou sont simplement inconfortables devant ces changements que le rétablissement amène ou procure.
Le rétablissement n'est que changement et la plupart d'entre nous vont rencontrer de la résistance dès que le changement va produire de nouveaux comportements avec lesquels nous ne sommes pas familiers. Ce n'est pas raisonnable de nous attendre à ce que toutes les modifications qui vont se produire dans notre mode de vie à mesure que nous cheminons dans notre rétablissement ne vont pas être reçues comme une "réponse à toutes nos prières".

Résistance et Rejet
La majeure partie de la résistance que nous allons rencontrer en nous rétablissant va être personnelle et douloureuse. Même quand la résistance apparaît sous la forme d'arguments, d'intellectualisations ou de rationalisations contre le rétablissement, ça peut nous paraître comme une attaque personnelle plutôt qu'une analyse impartiale. Par exemple, supposons que quelqu'un dit : "Vous ne pouvez changer le passé, alors vous devriez vous centrer sur ce qu'il y a de positif." Ça peut avoir un certain sens intellectuellement. Ça peut sonner comme vrai. Ça peut même être un excellent conseil à un moment donné de notre rétablissement. Mais pour bien des gens, ça peut avoir l'air d'une démission brusque dans leur bataille ou leur quête pour retrouver la santé et la raison. La clé pour démêler des idées qui sèment la confusion comme celle-là ne réside pas dans la vérité ou la fausseté de la prémisse vous devriez vous centrer sur ce qu'il y a de positif. Ce qui est très important, c'est le ton de voix qui est employé et par lequel que nous entendons ces paroles : "vous devriez vous centrer sur ce qu'il y a de positif" Est-ce que ce ton semble compréhensif et réaliste? Ou est-ce que ce ton est honteux et écrasant? Est-ce que nous nous sentons rejetés par cette personne? 

J'ai découvert que c'était très aidant et apaisant pour moi quand je me retrouvais confus à une critique entendue contre le rétablissement ou contre le mode de vie des Douze Étapes de réfléchir et de répondre à ces questions concernant le contenu et le ton de la critique : Quel ton de voix est-ce que j'entends quand j'écoute ce jugement? Quelquefois, je peux identifier la voix d'une personne qui exprime des commentaires négatifs sur le rétablissement (sa voix et son ton quelquefois aussi son ressentiment). 

C'est important de pouvoir identifier cette voix et ce ton… ce ressentiment avant de réagir au contenu même de cette critique.

Ricochet anti-rétablissement
Peu d'entre nous ont besoin de plus de critiques. Alors, pourquoi se centrer sur ces personnes qui critiquent le rétablissement? Bien, ça se peut que ce ne soit pas le meilleur moment de notre vie pour nous adonner à de tels débats. À un moment donné de notre rétablissement, prendre le temps de réfléchir à ces opinions critiques prévisibles peut nous aider à dissiper cette brume de confusion qui s'installe plus facilement lorsque quelqu'un émet un avis qui semble menaçant pour notre rétablissement. Ce qui est important ce n'est pas d'être bien informé sur le rétablissement pour pouvoir argumenter, disserter ou soutenir un débat efficacement contre des personnes en déni. Il n'y a rien à gagner dans ce stratagème. Cependant, il y a là un bénéfice évident dans la discipline que cette capacité intellectuelle peut apporter comme support à notre propre rétablissement.

Au cours de l'an passé, j'ai lu la plupart de la littérature populaire que nous pourrions classer dans la section "anti-rétablissement". La liste des 10 meilleures raisons pour ne pas s'engager dans le rétablissement est un bref résumé du genre de critiques générées par des gens hostiles au rétablissement. Ce n'est pas le but de cet article de nous fournir des réponses intelligentes à ces critiques. Nous espérons plutôt que vous passerez du temps comme nous à examiner ces avis et opinions critiques et qu'ainsi, par ce processus, vous puissiez comme nous apprendre à vous faire confiance lorsque vous rencontrez des critiques de ce genre. Nous espérons que vous allez apprendre comme nous à faire confiance à vos instincts profonds à propos du contenu (verbal) et surtout du ton (non verbal). De fait, nous ne sommes pas stupides. Nous pouvons en arriver à réfléchir à ces choses qui apparaissent confuses au départ !

Répondre à la résistance
Nous ne sommes pas sûrs qu'il y ait un conseil qui s'applique à toutes les situations sur la façon de répondre à ces critiques concernant le rétablissement. Chaque conjoncture est différente. Il y a cependant quelques choses qui nous montent à l'esprit présentement :

Premièrement, certaines critiques formulées contre le rétablissement, même lorsque publiées et signées par des gens distingués avec bien des diplômes pour certifier leurs connaissances, sont des tirs en l'air, des jugements sans fondement et sont mal informés en ce qui concerne le processus de rétablissement. Le meilleur exemple est ce dernier tiré de la Liste des 10 meilleures raisons : Le rétablissement, c'est pour les simples d'esprit. 

Nous pourrions oser aller jusqu'à dire que c'est probablement un simple d'esprit qui a formulé cette remarque. (Nous savons bien que ça ressemble à "Je sais ce que vous êtes alors qui suis-je moi?", et c'est quand même le fun d'écrire une telle riposte !!!) C'est vrai que plusieurs d'entre nous avaient désespéramment besoin d'apprendre à "Garder ça simple !" Une des façons que la dépendance utilise pour se maintenir en force, c'est de compliquer les choses au point que personne ne peut vraisemblablement deviner ce qui se passe réellement. Parce que ce genre de confusion est ainsi généré, le rétablissement va nécessairement impliquer un retour aux fondements, à la base. Martin Luther avait bien exprimé cela dans une causerie "Progresser, c'est de toujours recommencer — To progress is always to begin again." (Martin Luther, Lectures on Romans). Nous croyons que "dire la vérité" peut paraître "simpliste" pour certaines personnes. Ça peut paraître, en effet, très simple à première vue. Et en vérité, nous supposons que ça l'est théoriquement du moins. Notre expérience nous a démontré toutefois que de devenir une personne ouverte à la vérité est un processus assez compliqué et très difficile. Le rétablissement peut en fait être fait de choses très simples et cela ne fait pas du rétablissement une affaire pour les simples d'esprit.

Deuxièmement, certaines critiques mal éclairées contre le rétablissement sont fondamentalement déguisées et sous le couvert de quelques éléments de vérité. La plupart des gens en rétablissement reconnaissent qu'il y a un danger à se vautrer dans un travail exclusivement nombriliste. Voilà et nous croyons que c'est pour cette raison que le travail de la Douzième Étape des Douze Étapes des Alcooliques Anonymes exige une attention soumise à transmettre le message à d'autres personnes qui souffrent de cette maladie. La sobriété, comme tout cheminement de rétablissement, ne peut être maintenue que s'il y a une centration sur l'extérieur, un focus externe. Par contre, une approche utilisant un narcissisme docile peut être un point important d'un plan de rétablissement spécialement dans les cas d'abus et de traumatismes. Quelqu'un qui a passé trente ans de sa vie à se soumettre à une discipline sévère pour se soustraire à ses émotions, pour chasser ses déboires de sa mémoire et pour ne pas écouter les signaux de détresse que lui envoie son corps peut ne pas être en mesure de casser ses habitudes sans une période d'exercice rigoureux de regard sur lui-même. Ça se peut qu'au départ, ça ne donne pas l'allure d'un équilibre sain de centration sur soi et sur les autres. Le narcissisme n'est pas un des buts recherchés par le rétablissement, mais un regard plongé sur soi, un inventaire moral et minutieux de soi-même, peut être vital et nécessaire au processus pour bien des gens. 
Nous vous encourageons à prendre du temps avec chacune des 10 meilleures raisons et de vous demander :

  • Est-ce que cette critique contient quelque vérité?
  • Est-ce que cette critique a quelque point commun ou quelque lien avec où je suis présentement dans mon cheminement de rétablissement?
  • Si cette critique a quelque lien à mon relèvement personnel, c'est correct que mon rétablissement ne soit pas parfait ou est-ce que je dois tout faire absolument parfait et ça aussi?
  • Quand je lis cette critique, quelle voix et ton de voix est-ce que j'entends?
  • Si ce que j'entends c'est de la honte, qu'est-ce que j'ai besoin alors?
  • Résistance chrétienne
    Nous croyons que chacune des critiques contre le rétablissement qui sont sur la Liste des 10 meilleures raisons vont être qualifiées de "religieuses", "chrétiennes" par qu'elles sont baptisées d'un vocabulaire chrétien et à cause de cela, vont être quelquefois qualifiées de critiques chrétiennes contre le rétablissement. Alors nous vous suggérons de réfléchir à ces jugements et critiques dès maintenant Nous allons probablement tous et toutes les rencontrer à certains moments de nos vies.
    Il y a des formes de résistances fréquentes dans la communauté chrétienne. La communauté chrétienne n'est pas nécessairement plus résistante au rétablissement que le reste de la société nord-américaine. Il arrive que les adeptes de la foi chrétienne ont plus de difficultés que d'autres à cause des renforcements du déni (contenus dans certaines critiques) qui leur posent certains obstacles particuliers dans leur rétablissement.

    Liste des 10 meilleures raisons pour ne pas s'engager dans le rétablissement
     

    1.— Le rétablissement, c'est pour les simples d'esprit.
    Nous devrions nous préoccuper du caractère des gens qui croient que les réponses à toutes les questions existentielles peuvent être mises en boîte dans de sinistres slogans tirés de livres populaires (Kaminer p 7). 

    2. — Le rétablissement fait des montagnes avec des riens.
    Le terme "victimisation" comme celui de la dépendance est désormais utilisé pour décrire des incidents qui étaient considérés au préalable comme des accidents, un manque de compréhension ou les hauts et les bas de la vie (Katz et Liu, p 30).

    3. — Le rétablissement est despotique.
    Les coutumes qui entourent les groupes d'entraide ont toujours été de manière cachée, autocratiques et conservatrices, fondées sur cette mystique de l'expertise, encourageant les gens à chercher en dehors d'eux pour des formules toutes faites sur la façon d'être, nous enseignant que des personnes distinctes avec des problèmes différents peuvent être sauvées par une seule et même technique . C'est contraire à toutes formes de pensée émancipée. (Kaminer p 6).

    4. — Le rétablissement exhorte à l'irresponsabilité.
    Les gens qui suivent ce programme apprennent à dire : "J'ai fait toutes ces choses horribles et blesser toutes ces personnes… Et je leur demande pardon… Et ce n'était pas vraiment moi qui ai fait toutes ces choses — c'est la dépendance, cette maladie sur laquelle je n'ai aucun contrôle." (Katz p 47) 
    Les gens sont des agents actifs et non de passives victimes de leurs dépendances. (Peele p.3)

    5. — Le rétablissement est trop religieux. 
    Bien que la littérature produite sur le rétablissement de la dépendance aux substances psychotropes semble puiser énormément de l'approche systémique et au premier abord a l'air de venir d'une psychologie rose bonbons, nous croyons que ses racines sont profondément plongées dans la religion…Plus que ressembler à un groupe de thérapie, les meetings des groupes d'entraide ressemblent plus à des services gospel revival, supportant une tradition pieuse et mystique. (Kaminer p 3).

    6. — Le rétablissement stimule le narcissisme.
    Le rétablissement permet aux personnes de toujours prendre soin d'eux-mêmes en premier lieu, en partie parce que ça ne leur donne pas un autre regard sur leurs doléances envers la vie : le harcèlement verbal des parents n'a rien de semblable à des abus physiques ou de la malnutrition due à une famine encore moins à quelque chose comme un génocide. De vagues intimidations et un bouleversement émotionnel n'ont rien à voir avec le cancer. Personne ne semble apprécier ses bénédictions lorsqu'il ou elle se retrouve en rétablissement. (Kaminer p 27)

    7. — Le rétablissement pousse les gens à définir leur identité négativement.
    L'un des traits marquants d'une piètre santé mentale est cette tendance à se décrire en des termes les plus sombres possible. Malgré cela, la plupart des groupes d'entraide insistent que le seul moyen de composer avec un problème est de se l'affubler comme identité primaire. (Katz et Liu p 43)

    8. — Le rétablissement ne fait aucune distinction quant au degré de blessure.
    Cet aléa qui évite de reconnaître qu'il y a une échelle dans l'intensité de la souffrance humaine fait que le rétablissement et d'autres modèles thérapeutiques égoïstes et narcissiques. (Kaminer p 27)

    9. — Le rétablissement n'est pas essentiel.
    Dans la plupart des cas, peu importe le bas-fond dans lequel la dépendance entraîne quelqu'un à un moment donné, cette personne se rétablit de cette phase sans séquelle quand elle passe à la prochaine phase de sa vie. (Peele p. 149)

    10. — Le rétablissement s'attend à ce que des gens déficients s'entraident. 
    Les relations qui sont fondées sur une défaite ou une faiblesse mutuelle ne peuvent servir de sources d'énergie, de support ou de ressources. Malheureusement, ce genre de lien prend naissance et niche dans les groupes d'entraide.. (Katz et Liu p 56 )


    "Dieu s'attend à ce que vous soyez déjà mieux et guéri aujourd'hui"
    "God Expects You To Be Better By Now"

    Dale S. Ryan

    Dans le premier article sur la résistance au rétablissement, j'ai insisté sur la principale forme de résistance, la nôtre. Le rétablissement n'est pas facile. C'est un processus difficile. Dire la vérité, reconnaître nos besoins, faire des amendes honorables sont quelques-unes des tâches ardues du rétablissement. C'est assez compréhensible que nous soyons résistants devant un processus aussi exigeant. De plus, le rétablissement réclame des changements. Nous avons passé bien des années à pratiquer un mode de vie très dysfonctionnel. Le chemin qui oppose le moins de résistance est celui qui reprend des sentiers connus, nos vieux patterns et archétypes. Le changement est difficile et c'est compréhensible que nous y résistions. 
    Dans le deuxième article de cette série, nous avons insisté sur le fait qu'en plus de notre résistance personnelle au processus de rétablissement, le rétablissement lui-même se produit souvent dans un environnement qui lui est hostile. Pour une foule de raisons, ce n'est pas tout le monde de notre environnement qui va accueillir les changements que le rétablissement suggère.
    Plusieurs d'entre nous, malheureusement, ont rencontré une forme "chrétienne" de résistance à leur rétablissement et c'est de cette résistance que nous voudrions parler aujourd'hui.

    Nous croyons que c'est important de commencer à reconnaître combien c'est pénible de recevoir de la résistance de fervents chrétiens bien sincères, combien c'est douloureux lorsque cette résistance s'exprime en des termes théologiques ou vient de commentaires qui qualifient l'œuvre ou mesurent la grâce de Dieu. C'est difficile quand nous entendons " vous devriez être déjà bien mieux, vous devriez être guéri". Mais il tout aussi sinon plus difficile d'entendre Dieu s'attend à ce que tu sois guéri dès maintenant". C'est dur d'entendre : "Arrêtez d'être si égocentrique". Mais combien c'est encore plus pénible d'entendre : "Dieu haït ça quand vous êtes centrés sur vous-mêmes comme ça".  Il a bien des raisons pourquoi c'est si désagréable et blessant d'écouter ce genre de résistances à notre rétablissement

    Premièrement, nous savons que notre rétablissement dépend d'avoir une Puissance supérieure qui veut nous aider à faire des choses que nous ne pouvons accomplir par nous-mêmes.

    Et si notre Puissance supérieure n'est pas aimable, est impatiente, mal informée ou intolérante, quel espoir pouvons-nous avoir de nous rétablir? Si Dieu est en colère et fâché à la suite des changements que le rétablissement provoque en nous, alors que faire? Si Dieu pense que nous devrions être guéri par tout le temps que nous sommes en rétablissement, alors que faire? La résistance quand elle s'exprime dans un langage religieux, dans un discours chrétien est plus douloureuse et irritante parce que nous savons que les enjeux sont assez élevés merci. Si Dieu est vraiment le genre de Dieu que décrivent ces formes de résistance alors nous devrions tout aussi bien abandonner. C'est ainsi que nous nous sentons. Nous devrions tout aussi bien déposer les armes. 
    Spécifiquement, les formes chrétiennes de résistance au rétablissement sont tout aussi douloureuses parce que nous en venons facilement à venir à croire que nous avons un choix impossible à faire. C'est soit Dieu, soit le rétablissement. Et nous avons un choix à faire. Et, si nous choisissons le rétablissement à la place de Dieu, nous savons très bien que ça ne marchera pas. Le rétablissement, c'est vraiment Dieu à l'œuvre dans nos vies. La spiritualité n'est pas une option dans le rétablissement — c'est le cœur de notre relèvement et de toutes choses. Et si nous choisissons Dieu et rejetons notre rétablissement, ça aussi, ça ne marche pas. Le genre de Dieu avec lequel nous nous retrouvons alors ne donne pas un beau portrait — nous allons nous rallier à une image, une idole construite par nos expériences avec les hommes — c'est un Dieu qui n'est pas Dieu. Des choix impossibles comme ceux-là peuvent nous paralyser. Nous pouvons nous rappeler des moments de notre vie spirituelle, nous nous sommes senti comme un chevreuil qui regardait aveuglément les phares d'une automobile qui fonçait sur lui — nous ne pouvions bouger et nous devions nous déplacer pour survivre. 

    Parce que la résistance venue enveloppée comme ça dans un discours chrétien peut être plus irritante, c'est important de remarquer que le fait de répondre à ces résistances n'est pas seulement un exercice intellectuel. Nous ne sommes pas aux prises avec seulement un conflit moral ou cérébral. Ne vous trompez pas, les idées sont importantes. Et ce qui se passe là est une situation vraiment très complexe sur le plan émotif. 

    Supposons, par exemple, que vous êtes mariés et que quelqu'un, une figure d'autorité, vous dit "Je sais que tu crois que ta conjointe te supporte dans ce que tu fais présentement mais c'est toute une méprise, une erreur. Elle haït ce que tu fais et veut que tu arrêtes d'agir ainsi." La difficulté ne serait pas qu'un conflit factuel à propos des réflexions de la conjointe. La confiance serait le point le plus sérieux qui accrocherait. Vous finiriez par vous demander : Est-ce que ma conjointe est de mon bord ou non? et, Puis-je faire confiance aux dires de mon épouse quand elle me dit qu'elle m'aime et me supporte dans mon relèvement? 

    Nous nous retrouvons devant un dilemme semblable en ce qui concerne notre relation avec Dieu. Est-ce que Dieu est de mon bord? Dieu dit qu'il nous aime mais pouvons-nous faire confiance en ce qu'il dit? Cette complication soulevée par cette forme de résistance chrétienne au rétablissement revient à remettre en question notre confiance envers Dieu.
    Au risque d'énoncer une vérité de La Palice, la confiance est une difficulté majeure pour plusieurs d'entre nous en rétablissement. Nous ne faisons pas toujours de bons choix en ce qui concerne les personnes en qui nous mettons notre confiance. Nous avons fait confiance en des gens par le passé et nous avons été blessés par eux. Et nous nous sommes fait confiance en des temps où nous n'étions pas fiables. Comme résultat, une partie de notre relèvement va consister dans la reconstruction de notre capacité de faire confiance aux autres. Peut-être pouvons-nous voir plus clair dans les aspects qui touchent la confiance si nous regardons ces deux genres de résistance, les plus fréquents non tant à travers la dynamique personnelle du rétablissement mais bien dans le développement d'une pastorale avec des gens en rétablissement. 

    Le rétablissement va nuire à notre réputation. 
    Quand j'ai organisé un groupe de support dans une église de la paroisse, j'ai d'abord dû recevoir l'approbation du Conseil des Marguilliers de la Fabrique. À une rencontre importante pour cette décision, un des membres du Conseil demanda cette question qui se révéla la question clé : "Pouvez-vous, père Dale me dire une fois de plus, pourquoi vous désirez que des gens comme ça viennent dans notre église ? Ça n'aura pas plutôt l'effet de nuire à notre réputation ? Beaucoup de gens résistent à ce genre de ministère parce qu'ils croient que des "gens comme ça" vont avoir un effet nuisible sur la façon dont le reste de la communauté est perçu. Une personne a réagi ainsi : "Pour avoir une communauté saine, nous devons recruter des gens et des familles saines, pas une gang de malades."

    Maintenant, soyons sûrs d'une chose : ce n'est pas un problème difficile à résoudre du moins en principe. À propos de cela, Jésus a été très clair : "Si vous êtes bien, en santé, vous n'avez pas besoin d'un médecin." Jésus n'a jamais pensé que ses fidèles créeraient une communauté remplie de gens en santé qui seraient inquiets de voir  inclure seulement des personnes qui ne nuiraient pas à leur réputation. Ce genre d'opposition aurait sûrement apparu bizarre pour Jésus. Nous ne parlons pas ici de discussion théologique de niveau universitaire — ni de débat sur quelque croyance ésotérique nébuleuse. Nous sommes dans une controverse d'un débat du niveau Christianisme 101. Si la question "Pourquoi devrions-nous vouloir que plus d'alcooliques viennent à l'église?" est difficile comme question alors nous avons besoin d'ouvrir la Bible et de renouer avec Jésus. La passion de Jésus s'est déroulée pour des "gens comme ça".

    Ce sont des "gens comme ça" qu'il a invité à  joindre le coeur de son Église. Il savait déjà que l'avenir de son Église reposerait un jour à la fois sur la foi impassible de "gens comme ça". 

    Maintenant, juste parce que le problème théologique est clair et évident sur ce sujet, ça ne veut pas dire que la résistance de ce genre est facile à entendre. Même si les débats théologiques sont élucidés et résolus dans nos têtes, nos tripes peuvent encore entendre quelque chose comme "Dieu ne te veut pas ici". Moi, c'est ce que j'entends dans ce discours.
    J'entends que Dieu est hésitant, au mieux, de me voir entrer dans sa maison. Alors la vraie question c'est : Est-ce que je peux faire confiance en Dieu pour en venir à me sentir désirer par lui? Est-ce que je ressens un lien, une appartenance ? Est-ce que je me sens désiré? Ça, c'est tout ce qui prend le bord et qui accroche quand nous ressentons ce genre de résistance à une pastorale de rétablissement. 

    Notre part est alors de nous défaire de ces fers et de ces accrocs. J'ai besoin de prendre conscience et de reconnaître mes crochets et mes éléments déclencheurs. L'intensité de ma réponse émotive à une telle résistance a un contexte, une histoire.  Ce n'est pas la première fois que j'ai l'intention de terminer et de quitter en divulguant mon impression que je ne me sens pas et ne suis pas désiré.
    Je peux toutefois utiliser cette occasion crée par cette résistance comme une circonstance me permettant de grandir dans mon propre rétablissement. Je peux faire face à cette vérité qui me concerne. Je ne me sens pas en sécurité dans cette réalité où je me sens désiré, aimé par Dieu. Et je peux encore une fois m'attrister sur mon sort et sur ces circonstances qui me font vivre un sentiment de rejet. Et je peux encore une fois m'approcher de Dieu même avec toutes mes peurs et lui poser cette question criante : "Est-ce que tu veux de moi?" Et je peux être surpris, encore une fois, quand je découvre que Dieu n'est pas comme ces gens qui sont hésitants à passer du temps avec moi. Au contraire, je peux redécouvrir, encore et encore jusqu'à ce que je commence à laisser entrer en moi, ce concept et cette image que Dieu est ravi de me porter une attention toute spéciale. Je peux en venir à croire et à connaître ce Dieu dont Sophonie (3:17) parle : "L'Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, comme un héros qui sauve ; Il fera de toi sa plus grande joie ; Il gardera le silence dans son amour ; Il aura pour toi des transports d'allégresse."

    Le rétablissement est merveilleux mais inapplicable. 
    Heureusement, ça devient de moins en moins fréquent que je rencontre un ecclésiastique ou un ministre du culte qui répète quelque chose comme : Je crois que le ministère auprès d'alcooliques en rétablissement est extraordinaire. Je me réjouis du fait que la communauté chrétienne a commencé à œuvrer dans ce sens. 

    Et s'il y avait quelqu'un dans notre congrégation avec de tels problèmes, je suis sûr que nous nous presserions d'instituer un tel ministère." Ce genre de résistance est aussi très simple à comprendre. Ce n'est que de la pure et simple négation du problème, du déni. Il est enveloppé d'un beau discours supportant mais fondamentalement, c'est la même chose que toutes les personnes dominées par ce processus toxique qu'est la dépendance et qui disent : "Nous n'avons pas de problème". Je suppose que cette forme de résistance ne devrait pas nous surprendre. La plupart d'entre nous ont passé par ce chemin-là. "Je n'ai pas de problème" est un territoire qui ne nous pas inconnu. Comme résultat, ce genre de résistance n'est pas habituellement difficile à identifier comme ce que c'est vraiment: du déni.

    Mais même si cette résistance n'est pas particulièrement compliquée mentalement, elle peut accrocher et traîner derrière elle et en nous beaucoup de désolation. Nous pouvons être capables de comprendre ça intellectuellement mais nos tripes vont entendre "Dieu aimerait que tu  fasses semblant." En terme de charges émotionnelles, le vrai problème  c'est : Est-ce que je peux faire confiance à Dieu en lui révélant la vérité sur moi? Ou est-ce que Dieu pourrait agir plus efficacement si je refoulais toutes ces émotions et j'arborais mon visage d'un masque de joie et je commençais à compter les faveurs et bienfaits que j'ai reçus? Ça, c'est ce que ça déclenche quand je rencontre ce genre de résistance quant au ministère que je veux développer en ce qui concerne le rétablissement et mon ministère auprès d'alcooliques et de toxicomanes. 

    La chance que j'ai de me rétablir là-dedans avec ça, c'est de regarder une autre fois ces déclencheurs comme "Nous n'avons pas de problèmes de cette nature". Ce que j'entends dans ce discours : "De bons chrétiens — probablement comme les gens dans notre congrégation — réussissent habituellement à éviter ces embûches en restant dans le droit chemin." Et je comprends quelquefois : Si vous aviez été bons, vous n'auriez pas besoin d'aide aujourd'hui." Et encore une fois, ma job à moi, c'est de recevoir ce qui agit comme un déclencheur dans ce discours. Je suis prêt à 'entendre' certaines choses. Mon 'radar' qui perçoit ce genre de choses est toujours à l'affût et ouvert au maximum. Si j'accepte ces déclencheurs, si je ressens ma peine, mon chagrin de ces deuils qui les ont fait naître et puis si je passe à autre chose, mordre ainsi à l'hameçon ou m'accrocher dans les griffes de tels déclencheurs ne devient qu'un palier de mon processus de rétablissement, une passe dans mon cheminement. Mais si je soutiens que toute cette crise est extérieure à moi-même, je cours alors le risque de projeter sur les autres mes propres angoisses même inconscientes — d'essayer de changer les choses que je ne puis changer ou contrôler et ignorer en ce faisant les choses sur lesquelles je peux agir. 
    Ma tâche est de travailler sur mes propres trucs. Si la résistance au rétablissement vient s'enrober dans un discours chrétien et n'est en réalité qu'un déni limpide, je peux alors me servir de cette occasion pour investir dans mon relèvement.

    Je dois revenir à la base. Dieu vient me chercher au cœur de mes apparences pour me ramener à l'honnêteté — loin de mon propre déni et de retour vers l'aveu de mon impuissance, vers le déballage que certains appellent la confession, d'autres le sacrement de pénitence. C'est la vérité qui me permet et m'invite à aller chercher de l'aide, à me faire soigner et à pardonner. Je crois que je vais toujours en arracher quant à savoir si oui ou non, Dieu va m'accueillir si je dis la vérité — mais je n'ai pas à m'écraser ou à me brûler chaque fois que je me fais prendre à ce piège. Je peux identifier ce qui se passe, et me poser la question fatidique : Est-ce que je peux faire confiance à Dieu en lui révélant la vérité? Et un jour à la fois, je m'évertue à percevoir que ma confiance en Dieu grandit.
    Il y a bien des chose que je pourrais vous partager concernant la résistance dite chrétienne au rétablissement. J'ai choisi de ne pas porter mon attention sur les questions théologiques — qui sont pourtant bien réelles — mais plutôt sur la dynamique et les charges émotives de nos réactions à cette résistance. Reconnaître les éléments déclencheurs et utiliser la résistance comme une occasion pour  travailler les Étapes et me rétablir est seulement l'un des éléments qui permettent de composer sainement avec la résistance. J'espère que ce document vous aidera à continuer votre cheminement de rétablissement lorsque vous rencontrerez de la résistance. Je prie pour que ce processus plonge vos racines profondément dans le mode de vie pour vous nourrir de l'amour de Dieu. 
     

    Dale Ryan a publié ces trois documents sur le site Christian Recovery Connection
    http://crc.iugm.org/nacr/dale/resist.htm

    Peele, Stanton, Diseasing of America: Addiction Treatment Out of Control, Lexington Books(D.C.Heath & Co) 1989
    Katz, Stan J. and Aimee E. Liu, The Codependency Conspiracy, Warner Books, 1991
    Kaminer, W., I'm Dysfunctional, You're Dysfunctional, Addison Wesley, 1992


     
    Traduit et adapté par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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