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AVOID BURNOUT AND INCREASE
YOUR PERSONAL EFFECTIVENESS
par Jay A. Maynard, M.S.,
L.P.C., C.D.C.**
Peu de professionnels en
réadaptation et en relation d’aide n’exigent autant des aidants
que le domaine de l’alcoolisme et des autres toxicomanies. Plongés
quotidiennement dans la tragédie et l’état de crise, et souvent
rencontrant du rejet dans leurs interventions auprès de ceux et
celles qu’ils essaient d’aider, nous, les aidants auprès des dépendants,
allons découvrir que notre efficacité est constamment compromise
ou menacée par l’épuisement professionnel. Nous voyons plusieurs
de nos collègues rendus au bout de leurs rouleaux et qui se soucient
souvent que nous joignions leurs rangs.
Nous n’avons pas à
passer par ce même sentier. Nos vies professionnelles peuvent prendre
un autre cheminement — vers une plus grande efficacité — si nous
faisons quelques petits pas spécifiques dans nos vies personnelles.
Si nous suivons ce programme, nous pouvons mieux composer avec le stress
et, ce qui est le plus important, éviter l’épuisement professionnel.
Nous ressentons une grande
satisfaction lorsque nous pouvons identifier un élément de
croissance, et même un tout petit pas qu’une personne aidée
peut entreprendre grâce à notre intervention. Un pas qui brise
son déni, un éveil soudain, un insight profond sur son vrai
moi ou son ego malade, un sentiment nouveau de belle vie, de bonheur et
de joie de vivre, toutes ces expériences de réadaptation
qui sont le fruit de la combinaison de facteurs comme une bonnne éducation
académique, d’une formation professionnelle adéquate, de
l’expérience et de la compétence, du talent et de la personnalité
de l’intervenant. Soigner des individus et des familles aux prises
avec la dépendance aux substances psychotropes requiert une foule
d’intervenants d’une variété de formations différentes
— des conseillers en alcoolisme et autres toxicomanies, des travailleurs
sociaux, des psychothérapeutes familiaux, des psychologues, des
infirmières, des conseillers en pastorale et quelquefois bien d’autres
— et diversifiées et en même temps unies, en partie, par l’appréciation
que chacun manifeste de voir son efficacité au travail résulter
en une manifestation de croissance personnelle chez un aidé.
Nous effaçons le terme
«épuisement professionnel» ou «burnout»
de notre esprit parce c’est devenu un mot parapluie qui couvre une éventail
de définitions ou de situations trop variées, parce que ça
n’arrive qu’aux autres ou comme avec la guerre nucléaire, parce
que nous ne pouvons vraiment rien y faire. Nous voyons le «burnout»
dans les attitudes cyniques d’un collègue ; nous le blâmons
comme responsable des réactions passives-agressives ou une réponse
«forçée» ou blazée devant des comportements
délinquants. Le début d’une grippe devient quelquefois une
occasion de se mettre à ruminer ou à nous inventer des soucis
assez recherchés. «Est-ce que c’est ça? Je dois être
en train de somatiser. Je dois être sur le point de reconnaître
un épuisement dû à ma job?» Tous et chaun de
nous avons vécu de tels moments de désillusion et de désenchantement,
et certains d’entre nous sommes allés jusqu’à nous ssentir
«vidés», jusqu’à ce que le désespoir semble
creuser un cratère intérieur, un trou béant immense.
Nous avons joint les rangs des professionnels blessés, aux cœurs
saignants qui n’attendent qu’une promotion, un congédiement ou une
offre d’emploi ailleurs qui va apporter un soulagement temporaire ou jusqu’à
ce que nous entreprenions une action pour remédier à la situation
— retourner aux études, nous lancer dans une autre carrière,
ou nous-mêmes entrer en thérapie — et que cela soit adéquat
pour nous sortir de ce gouffre.
Notre potentiel à
être des aidants efficaces et notre susceptibilité à
l’épuisement professionnel, tous les deux sont liés intimement
à qui nous sommes et ce que nous faisons dans nos vies de tous les
jours comme êtres humains plutôt qu’à notre type d’emploi
ou à notre compétence professionnelle. Nous ne pouvons minimiser
l’effet corrosif et toxique d’un environnement malsain, répressif
ou pessimiste. Nous reconnaissons aussi qu’une formation académique
insuffisante ou inadéquate, qu’une formation professionnelle superficielle
peut provoquer des frustrations incessamment croissantes et amplifier tout
sentiment personnel d’inadéquation et d’incompétence. Cependant,
notre expérience a démontré que la plupart des aidants
sont formés assez adéquatement pour être compétents
et que la plupart des centres de réadaptation offrent un minimum
de supervision et de formation à la hauteur. Nous croyons qu’un
aidant est toujours engagé dans un processus continu, un continuum
entre l’efficacité et une amélioration de ses interventions
pour aller jusqu’à une expérience rigide et étroite,
inflexible qui se termine par le burnout.
Efficacité & amélioration
des interventions <— —> rigidité et Burnout
Le choix d’une direction
<— ou d’une autre —> réside en chacun de nous tous
Nous nous suggérons
six façons d’améliorer notre efficacité et d’éviter
l’épuisement professionnel :
-
1. Centrez-vous — découvrez
un sens profond à votre vie
-
2. Évaluez vos besoins
– devenez un expert dans l’art de combler vos besoins
-
3. Amusez-vous — c’est un grand
antidote pour le stress
-
4. Suivez vos propres conseils
– écoutez ceux que vous prodiguez aux autres
-
5. Partagez vos secrets — de
lourds secrets peuvent retarder votre croissance personnelle
-
6. Faites de l’équilibre
dans votre vie — le travail ne doit pas être votre seule priorité
Nous espérons que vous
allez découvrir de nouvelles façons d’agir et d’établir
un équilibre sain et créatif dans vos vies. Certaines suggestions
offrent des techniques applicables au travail et d’autres vont puiser à
même vos propres expériences cliniques individuelles de façon
à apporter chez vous une amélioration tant sur le plan humain
que sur le plan professionnel.
1.
Centrez-vous — découvrez un sens profond à votre vie
À travers les âges,
les philosophes et les étudiants qui ont observé la psyché
humaine ont noté à plusieurs reprises l’instinct apparent
de l’homo sapiens à se poser des questions qui restent encore sans
réponse, d’après les normes de science moderne occidentale.
Ces questions viennent sous divers formats : D’où est-ce que nous,
la terre et l’univers entier venons? Qu’est-ce que nous faisons ici? Est-ce
qu’il y a un but à cet évènement? Qu’est-ce qui se
passe vraiment présentement?
Peu importe l’approche, la
quête sous jacente à ces interrogations est toujours la même
: découvrir un sens intérieur à la signification de
notre passage sur terre que nous cherchons tous et que nous finissons par
expérimenter à travers notre vie.
Nous croyons que les aidants
deviennent très habiles à se sentir en paix avec ce genre
de questions sans réponse et quelquefois même confortables
au beau milieu de réflexions irrationnelles qui écrasent
normalement l’esprit humain. Ça semble qu’il n’y a que deux alternatives.
Nous pouvons essayer d’acquérir une personnalité qui pourra
s’accomoder de ce questionnement. Ou, à défaut, nous pouvons
permettre à des idées ou à des valeurs personnelles
vaguement conscientes acquises au fil du temps et de nos expériences
de vie de nous procurer une ou des solutions partielles, superficielles
et fréquemment illogiques à nos interrogations. En d’autres
mots, ces questions exigent une réponse, une réaction active
ou passive, cognitive et/ou expérientielle, par la seule nature
de notre esprit humain. Nos réactions dressent une base, une fondation
— solide ou chancelante, droite ou rugueuse — sur laquelle va se construire,
s’édifier le sens de notre vie sur terre.
Une solide et ferme fondation
va permettre d’augmenter le sentiment de complétude et de congruence
tant dans les aspects professionnels que personnels de notre vie en nous
ancrant les deux pieds dans un système de croyances profondes et
un mode de vie cohérent.
Ce sentiment de complétude
et de congruence de notre vie améliore tant notre éveil dans
des situations auxquelles nous sommes confrontés que la créativité
de nos réactions et réponses à ces situations. Mais
ce type d’ancrage et de centration opère comme un paratonnerre.
Fréquemment dans nos vies professionnelles nous recevons ce qui
est l’équivalent énergétique de la foudre, comme par
exemple lorsqu’une personne nous partage une tragédie, ou que nous
sommes envahis tout à coup par un sentiment d’inadéquation
qu’il soit réel ou imaginaire. La centration va protéger
notre identité, notre vrai moi, de ces coups et de ces chocs en
nous ancrant dans notre sentiment de complétude et de congruence
de notre vie.
Cette fondation qui pourrait
se nommer notre pholosophie de vie et son interprétation sur le
plan cognitif, nos croyances, nous offre une assise psychologique pour
comprendre les complexités de la vie, nos joies, nos peines et le
continuum entre les deux et les paradoxes qu’il entraîne. Mais même
sans comprendre tout ce qui se passe, il y a une réalité
de l’expérience que nous offre la vie et que la centration permet
de saisir. Comme bien des étudiants qui arrivent à l’université,
plusieurs aidants professionnels passent par dessus l’idée même
qu’il y a une dimension spirituelle à notre expérience terrestre,
ou l’ignorent tout en réfléchissant sur ses origines. Dans
sa forme la plus pure, l’expérience de la spiritualité génère
un sentiment d’harmonie et d’unité avec tout le cosmos. À
travers le processus d’intervention et de relation d’aide, la vie spirituelle
va nous procurer des sommets tant de sagesse que d’énergie qui transcendent
les limites de nos ressources habituelles. Un intervenant sénior
auprès de dépendants était assez pragmatique dans
la description de son expérience personnelle de la spiritualité
: Voyons, je vais prendre toute l’aide que je peux recevoir. Je crois dans
un ordre naturel des choses qui pousse dans une direction mais ne force
pas ou ne dicte pas le sens de cette direction pour que l’expérience
humaine soit positive, nous permette de grandir, d’aimer et d’être
créatif. Souvent en affirmant mon désir — certains appellent
ça «prier» — de comprendre cet ordre des choses dans
une situation particulière et pour agir en accordance dans ce sens,
je reçois de nouveaux insights, un sentiment important de confiance
et d’énergie. Des activités religieuses établies sont
une avenue qui mène vers des ressources intérieures immenses
mais la plupart des intervenants qui sont centrés spirituellement
mettent l’emphase sur le fait que beaucoup de personnes atteignent une
telle expérience spirituelle par une variété d’expériences
très différentes.
Des approches s’offrent à
nous dans les diverses techniques de centration et elles tournent toutes
autour des problèmes philosophiques suivants et de certaines idées
qui permettent de générer et de bien ancrer notre expérience
de la spiritualité.
Problèmes
philosophiques
1. Est-ce que la vie et l’univers
a un sens? Ou est-ce que ce sens s’inscrit dans une perspective et dimension
individuelle ou communautaire (de groupe)?
2. Est-ce que l’homme a
une nature fondamentale ? Si oui, quelles en sont les caractéristiques?
3. Est-ce que l’homme est
foncièrement bon, méchant ou ni l’un, ni l’autre? Ou est-ce
que de tels jugements moraux s’appliquent à l’expérience
humaine?
4. Quelle influence a votre
croyance en ce qui concerne la nature humaine dans votre rôle d’intervenant?
Comment est-ce qu’elle interfère avec votre façon de gérer
la discipline sur le plancher?
5. Est-ce que la nature
humaine peut se transformer, s’améliorer? Si oui, jusqu’à
quel point?
6. Nous essayons d’aider
des personnes qui ont une foule de problèmes. Quels sont ces problèmes
? Pourquoi se produisent-ils ainsi? Quel est le rôle ou l’utilité
de ces problèmes dans la vie de nous tous?
7. Nous parlons souvent
de la motivation ou de la résitance des gens à changer. Quelle
est la place de la motivation et de la résistance dans notre philosophie
de vie ? Évitez d’utiliser votre jargon professionnel habituel en
répondant à celle-ci.
8. Est-ce que les gens font
de leur mieux en général? Si oui, sans prendre encore
une fois le vocabulaire professionnel, essayez de décrire comment
les gens font de leur mieux?
Répondez à
chaque item sauf le numéro 4 en les revoyant par les yeux d’une
personne bien ordinaire. Et puis à travers les yeux d’un intervenant.
Puis comparez et identifiez les contradictions. Comment pouvez-vous réconcilier
ces divergences?
Recherche
de croissance spirituelle
1. Prenez une décision
ferme de développer votre côté spirituel ou d’approfondir
votre spiritualité. Réaffirmez continuellement votre désir
d’ouverture et de bonne volonté de vivre une expérience spirituelle.
2. Apprenez à méditer.
Cherchez un enseignant ou une personne versée dans l’art de la méditation
et qui sait comment se centrer et qui voit là plus qu’une expérience
de relaxation. Ex. : Le yoga, le Tai Chi et les arts martiaux…
3. Allez à l’église.
Assistez à plusieurs services de divers cultes ou congrégations
et réaffirmez votre ouverture tout le long de cette expérience.
4. Parlez avec un
membre du clergé. Il peut vous éclairer quand aux diversités
de chacun de ces cultes ou pratiques religieuses et partagez les éléments
que vous avez récolté dans votre quête spirituelle.
5. Trouvez un conseiller
spirituel. Ça peut être un ami (ou une connaissance) qui est
centré spirituellement ou encore un membre du clergé. Dans
votre recherche d’un conseiller spirituel, priez pour que vous et cette
personne (la bonne) soient sur le point de vous rencontrer.
6. Travaillez les Douze
Étapes des Alcooliques Anonymes. Identifiez les choses qui créent
des problèmes dans votre vie et envers lesquels vous êtes
impuissants. Remplacez le mot «alcool» par «ces choses»
et «alcooliques» par «les autres» pour personnaliser
votre démarche. Rappelez-vous que le seul résultat de vivre
les Étapes est l’établissement d’un «réveil
spirituel».
2.
Évaluez vos besoins – devenez un expert dans l’art de combler vos
besoins
Si vous désirez augmenter
la performance de votre maison de thérapie ou de votre centre de
réadaptation, une des premières choses à faire c’est
de demander à un consultant de procéder à une évaluation
approfondie des besoins de l’organisme ou du secteur. Heureusement, avec
quelques moments de réflexions sur vos insatisfactions et vos frustrations
de même que sur ce qui va bien dans votre vie vous pouvez devenir
un expert à satisfaire vos propres besoins. En agissant en tenant
compte de ce vous apprenez durant ce processus d’évaluation, vous
allez découvrir que vos besoins peuvent être comblés
de manière plus approfondie et plus régulièrement.
À mesure que cela se produit, la croissance et la créativité
individuelles seront stimulées et le potentiel pour la stagnation
dans votre milieu de travail et le burnout sera dissipé. Vous pouvez
devenir un excellent modèle dans l’art de prendre soin de soi et
d’assumer ce que la vie daigne bien vous apporter comme cadeau.
Pour commencer ce processus,
il suffit de définir les besoins primordiaux des êtres humains.
Peut-être qu’un modèle déjà existant nous offrirait
de bonnes bases. Plusieurs utilisent le modèle hirarchique d’Abraham
Maslow que ce dernier a bien articulé pour nous procurer de nombreux
insights.
Brièvement, Maslow
a décrit cinq niveaux de besoins de tous les êtres humains
:
-
À la base se retrouvent
nos besoins physiologiques : nourriture, eau, abri.
-
Quand ceux-là sont comblés,
nous recherchons à satisfaire notre sentiment de sécurité
et notre besoin de protection.
-
En sécurité, nous
cherchons à développer un sentiment d’appartenance avec les
autres, une connexion avec le reste de l’humanité.
-
Puis une fois ce lien établi,
nous allons désirer augmenter notre estime de nous-mêmes.
-
Finalement, une fois que ces
besoins sont comblés, le terrain est prêt pour que s’élèvent
des moments où nous allons sentir graduellement que nous nous réalisons
pleinement, que nous allons accomplir notre plein potentiel.
Ensuite évaluons
combien nos besoins sont réalisés à chacun de ces
niveaux. Le modèle de Maslow suppose qu’à n’importe quel
moment donné, toute personne est motivée par des niveaux
même minimes de besoins non satisfaits ; c’est pourquoi nous devons
prendre en considération tous les niveaux.
Besoins physiologiques :
La plupart des intervenants vivent un style de vie où ces besoins
sont comblés du moins en grande partie. Mais lorsque notre but à
atteindre devient l’amélioration de notre espace vital, c’est assez
important de regarder plus loin. Par exemple, peu d’entre nous meurent
de faim mais la plupart d’entre nous avons déjà été
dérangé dans notre travail par un estomac qui criait famine,
l’irritabilité qui vient avec la faim sur le plan physique ou par
un faible taux de sucre dans le sang. Plutôt que de prendre des repas
lourds, il est préférable dans bien de ces situations de
manger souvent de petites quantités à des intervalles plus
fréquents. Vous allez découvrir que vous pouvez ainsi éliminer
la faim en augmentant de peu l’apport calorique. Quelle est la nature des
calories de votre diète? Est-ce que votre menu inclut des protéines,
des vitamines et les minéraux requis pour vous maintenir en santé?
Ou est-ce que votre alimentation est truffée d’excès de sucres
raffinés et de caféine contribuant ainsi chez vous à
augmenter la quantité de stress avec lequel vous devez vivre
Est-ce que la quantité et le type d’exercices physiques répondent
à vos besoins sans vous épuiser plus que d’habitude? Vous
reposez-vous suffisamment?
Besoins de sécurité
: Quand un intervenant est bouleversé par des problèmes qui
l’empêchent de se sentir en sécurité, le plus souvent
c’est parce qu’il a commencé à croire qu’il a non seulement
besoin de certains artifices pouvant lui procurer des plaisirs inassouvis
mais que ces besoins sont vitaux. Cet excès de bagage peut prendre
certaines formes assez spécifiques et incluant des biens matériels,
de l’argent, du prestige ou certains liens avec des personnes en particulier.
Par exemple, pensez à l’ergomane («workaholic») qui
cherche à performer et réussir de manière compulsive
comme moyen de défense devant l’anxiété et l’inadéquation
de sa famille d’origine. Pour plusieurs qui vivent ce genre de compulsion,
les récompenses sans cesse augmentant au niveau de la reconnaissance
publique, la puissance et l’accomplissement sur le plan social vont éventuellement
ne pas réussir à lui procurer un vrai sentiment de sécurité.
On croit que plusieurs cas d’épuisement professionnel sont liés
au fait que les intervenants débutants dans le domaine voient plus
à satisfaire leurs besoins d’aider les autres au détriment
de leurs besoins de sécurité et de protection. Quand certaines
récompenses que nous tirons de notre travail — les succès
de nos clients, la reconnaissance de nos pairs, une promotion, une bonne
rémunération — ont le pouvoir de venir menacer notre besoin
de nous sentir en sécurité et protéger, nous courtisons
à court terme le burnout.
Plusieurs d’entre nous doivent
procéder à des changements radicaux pour remédier
à des telles situations et clarifier leurs attitudes et gestes nécessaires
pour combler ce besoin. Un moyen, c’est de s’affirmer comme un être
humain flexible, créatif et capable de réagir, ayant des
ressources comme du talent, de l’intelligence et une valeur intrinsèque
et une habileté innée de générer autour de
soi un espace vital et sécuritaire. Nous pouvons bâtir ce
sentiment de sécurité en nous basant sur qui nous sommes
vraiment — cela inclut aussi nos ressources sur le plan spirituel — et
en nous libérant des attentes et exigences spécifiques de
ce que nous devons posséder ou ce que nous devons faire dans la
vie.
Besoins d’appartenance :
Freud a écrit de beaux textes qui parle de notre besoin de donner
et de recevoir de l’amour. L’homme est un être social, et son besoin
de se sentir intimement connecté aux autres et au reste de l’humanité
est très important. La solitude est souvent la plus pénible
des souffrances émotives et apparaît très tôt
comme un indice significatif que le besoin d’appartenance n’est pas satisfait.
Le problème n’est pas d’être entouré des autres mais
bien de savoir qu’une poignée de personnes peuvent être là
pour nous quand le besoin se fait sentir.
La plupart des types de filiations
que nous développons avec les autres existent pour combler ce besoin
mais au niveau le plus significatif, nous retrouvons ces liens avec les
membres de la famille et avec les amis sur l’épaule desquels nous
pouvons pleurer et qu’ils nous offrent de leur temps et de leur énergie,
de la confrontation quand elle s’impose et continuellement de leur support
et de leur amour.
Il y a des gouffres assez
prévisibles dans lesquels nous pouvons quand même trébucher
et tomber. Un des plus fréquents est l’utilisation d’une personne
— habituellement un conjoint ou un amoureux — comme source principale ou
unique d’intimité. Si ce besoin n’est pas satisfait adéquatement,
il peut aussi tenter d’être comblé en se servant des aidés,
créant un potentiel grave de burnout. Une autre difficulté
fréquente se développe lorsque nous n’avons que des liens
intimes avec des membres d’un groupe en particulier, par exemple des collègues
de travail ou des membres AA. La qualité et la fiabilité
de ces liens et de ce sentiment d’appartenance dans un tel cas peuvent
être compromises par l’intérêt que nous portons à
ce seul élément de notre identité et de notre personnalité.
Le but ici, c’est de combler
ce besoin en établissant un réseau hétérogène
et varié de relations interpersonnelles ou en ayant un système
assez diversifié de support personnel. Il faut pouvoir chercher
hors de nos professions, hors des réseaux d’aidants et d’intervention.
Il faut pouvoir chercher hors de sa famille même élargie.
Ouvrez-vous à de nouvelles amitiés, et prenez le risque en
communiquant ouvertement vos émotions, vos désirs, vos idées
et même vos échecs. À mesure que vous abaissez vos
barrières et mécanismes de défense élevés
pour prévenir tout embarras ou rejet, vous allez souvent découvrir
que vous avez ainsi abaisser en même temps les barrières qui
vous empêchaient de vous sentir aimer et lier aux autres et de partager
tout ça.
Besoin d’estime de soi :
Quand nos besoins les plus primordiaux sont comblés, les choses
que nous faisons dans le processus d’être nous-mêmes deviennent
la plus grande source d’une vraie estime de soi. Nos réalisations
peuvent amener un humble sentiment de valorisation et de réalisation
de soi à moins que nous les ayons utilisé pour crever nos
peurs et sentiments d’insécurité ou pour attirer vers nous
des sympathies. Nous pouvons améliorer notre estime de soi de trois
manières.
En premier, assurons-nous
que nos besoins primordiaux sont comblés. Fréquemment en
travaillant auprès de dépendants, nous avons découvert
que les personnes qui disaient ne pas s’aimer eux-mêmes manquaient
de sécurité et d’appartenance.
Si ce n’est pas le cas,
il faut considérer les normes que nous nous imposons. C’est un fait
bien connu que les rangs de bien des professions sont infectés de
perfectionnistes bien camouflés, ces gens qui parmi nous, croient
profondément que si nous y réfléchissions, si nous
essayions ou travaillions un peu plus, nos vies seraient exemptes de douleurs
émotionnelles et que nous serions parfaits.
Ou peut-être que nos
normes personnelles sont contaminées par un esprit non reconnu de
compétition avec d’autres membres de notre famille, des collègues
ou des figures d’autorité.
La troisième manière
se sert des activités dans notre vie comme source de conflits au
niveau des valeurs personnelles. Une infirmière, par exemple, était
grandement valorisée par son travail dans un centre externe de réadaptation
jusqu’à ce que le centre passe sous la gouverne d’une agence gouvernementale
qui lui imposaient des procédures de distribution et d’administration
de médicaments qui lui paraissaient inacceptables et non professionnelles.
Dans de telles circonstances, les options qui s’offraient à elle
étaient de modifier ses valeurs ou de changer ses comportements
qui sont conflictuels avec les nouvelles procédures. L’infirmère
n’a pu faire des démarches pour alléger les procédures
et éventuellement chercha un emploi ailleurs. Ici sa démission,
basée sur le respect de ses valeurs personnelles et professionnelles,
a été un renforcement positif quant à son estime de
soi.
Réalisation de soi
: Ce processus est une joie que nous atteignons à certains moments
dans nos vies, pas un état que nous atteignons et où nous
demeurons. Nous ne sommes jamais «réalisés» ;
cela impliquerait que nous avons atteint le plus haut niveau de notre potentiel
dans tous les domaines de nos vies. Nous nous réalisons pleinement
quand nos pensées, nos émotions et nos actions manifestent
avec congruence nos habiletés et nos possibilités. Nous augmentons
les chances de notre réalisation personnelle quand nous agissons
dans le sens de combler de manière satisfaisante nos besoins. Des
activités créatrices, spirituelles, et des défis peuvent
être assez stimulants et induire cette réalisation de soi.
Ayant complété
cette évaluation de nos besoins, — qui, en passant, n’a pas besoin
d’être parfaite ou finale — agissons dans ce sens. Non seulement,
nos besoins peuvent être mieux satisfaits, nous allons de plus
nous sentir satisfaits d’avoir agi et nous allons mieux comprendre le sens
de cette phrase de la prière de la Sérénité
«le courage de changer ce que nous pouvons changer»
3.
Amusez-vous — c’est un grand antidote pour le stress
Avoir du plaisir n’est pas
seulement une activité plaisante, c’est une affaire sérieuse.
C’est que ça devient utile pour les intervenants lorsque trop souvent
ils se retrouvent confinés dans des affaires sérieuses. Avoir
du fun, c’est un antidote contre le stress et une bonne façon de
relaxer. Ça rétablit notre point de vue lorsque nous avons
à faire avec des échecs, des limites et nos rêves non
réalisés. Ça nous ramène à redécouvrir
la spontanéité et à la créativité. C’est
aussi s’amuser tout simplement !
En
dehors de notre lieu de travail :
1. Les enfants sont la source
de jeu la plus pure. Laissez tomber vos idées en ce qui concerne
la bonne façon de jouer avec un enfant, et demandez à des
enfants de vous apprendre les vraies affaires en ce qui concerne l’art
de s’amuser. Vous allez non seulement apprendre à relaxer
et à avoir du plaisir, mais aussi que c’est ok de se sentir embarrassé,
que ce n’est pas grave d’avoir l’air fou. Quand vous aurez appris à
vous amuser, d’avoir l’air fou de temps en temps, vous allez être
prêts à aider d’autres «adultes».
2. Quel instrument de musique
avez-vous délaissé ou négligé depuis des années
? Ou quel instrument avez-vous toujours rêvé de jouer? Trouvez-en-un
et commencez à en jouer ! Si vous croyez que vous devez prendre
des leçons, trouvez un maître qui acceptera d’avoir du fun
en ce faisant. Et demeurez centré sur ces moments qui vous permettent
de «jouer» de la musique et vous amuser.
3. Pas d’instrument. Ce
n’est pas une excuse. L’instrument fondamental pour chacun de nous, c’est
la voix. Et ne dites pas que vous ne savez pas chanter, parce que nous
pouvons probablement tous chanter. Quelques rares personnes à cause
d’un problème physiologique ne peuvent fredonner même un refrain.
Le reste de nous tous ont seulement besoin de pratiquer. Même les
pratiques peuvent être le fun à condition de ne pas vouloir
être Barbara Streisand ou Mike Jagger. L’ennemi du plaisir, quand
il s’agit du chant, c’est la gêne, qui peut facilement se dissiper
en nous retrouvant dans l’embarras une seule fois de concert avec des amis
accueillants et compatissants.
4. Si vous chantez ou jouez
d’un instrument — rappelez-vous qu’il y a des instruments très simples
comme la tambourine, les caracas et le «kazoo» — faites-le
avec des amis. Avec seulement quelques instruments de percussion, n’importe
quel groupe de personnes âgées d’au moins cinq ans peut avoir
bien du plaisir.
5. Et le théâtre?
Les clubs sociaux, les groupes communautaires, les groupes religieux offrent
tous des chances de non seulement monter sur les planches mais aussi de
participer à tous les aspects de la production, comme la production
de costumes , les éclairages et les décors. Une telle intensité
et une super camaraderie habituellement sont générées
dans de telles équipes et puis à la dernière fois
que les comédiens ou acteurs font leur révérence,
il reste toujours une fête de toute l’équipe de production.
6. Que ce soit dans des
pots, des balconnières ou dans un jardin communautaire ou personnel,
faire la culture de plantes ornementales ou potagères est une source
réelle et merveilleuse de plaisir. Certaines personnes semblent
nées avec un don spécial pour faire pousser toutes sortes
de végétation. Si vous n’êtes pas l’une d’elles vous
pouvez acquérir un pouce vert en conservant une attitude positive
et en essayant d’apprendre, tout en tuant quelques beaux plants sur votre
passage.
7. Les sports sont aussi
une source immense de joie et de gratification. C’est un bon exutoire pour
la compétitivité, un important facteur car les professions
d’aidants ne procurent que peu de moments de saine compétition.
Bien sûr, la compétitivité est un obstacle qui peut
nous empêcher d’avoir du plaisir. Les sports pratiqués individuellement
comme le tennis ou le racquelball et les sports pratiqués en solitaire
comme la course sont très bien. Il y a aussi beaucoup de plaisir
à participer à des sports d’équipe comme le soccer,
la balle molle et le volleyball. Ces derniers se jouent souvent en équipes
mixtes aussi bien qu’en équipes de gars ou de filles.
Dans
notre lieu de travail :
1. Ajustez votre attitude.
La plupart des professionnels et intervenants ont un instinct quasi naturel
de se prendre, eux et leur travail, trop sérieusement. Remettez
les choses à leur place.
2. Faites ce que vous pouvez
pour que votre espace de travail devienne un endroit confortable. Utilisez
les moyens du bord pour vous exprimer en ce faisant. Amenez-y des plantes
pour vous en occuper. Mettez un jeu de basketball miniature au dos de votre
porte. Apportez une radio ou un lecteur de musique. Des photos de votre
famille et amis peuvent bien colorer l’atmosphère autant que les
murs autour de vous.
3. Relaxez dans vos comportements.
Votre compétence est fonction de vos connaisances, de vos habiletés,
de votre respect des règles éthiques et de votre personnalité.
Ça n’a pas rapport à votre compétence lorsque vous
êtes rigide, distant et surtout omniscient. Soyez vous-même
avec de simples bonnes manières et un sain respect des autres. Non
seulement les aidés vont plus vous apprécier, vous
faire confiance et vous respecter, mais vous allez avoir plus de plaisir
à remplir vos tâches quotidiennes.
4. Assurez-vous de prendre
vos pauses. Plusieurs intervenants trouvent ça sain de quitter les
lieux de travail. Prendre une marche pour ce faire, c’est rafraîchissant
et relaxant.
5. Collectionnez les farces,
écrivez-les s’il le faut. Amenez-les au travail et faites rire vos
collègues avec votre esprit ou votre habileté à manquer
le punch.
6. Et puis il y a les mille
et une petites attrapes ou pièges innocents que vous pouvez…
4.
Suivez vos propres conseils – écoutez ceux que vous prodiguez aux
autres
Les intervenants de diverses
formations professionnelles centrent souvent leur attention sur la préparation
de judicieux conseils qu’ils devraient prodiguer comme aidants à
qui en particulier, quand, sous quelles circonstances et comment…La tâche
de l’aidant qui veut donner un conseil doit être de se poser ces
questions et ensuite s’aviser à combler l’aidé «pour
son propre bien». Les intervenants peuvent découvrir en s’écoutant
eux-mêmes que bien des interactions, même celles qui ne contiennent
pas de message explicite, sont une source de recommandations claires pour
améliorer sa propre vie.
Dans le domaine de la réadaptation
des alcooliques et dépendants, le phénomène de ces
conseils qui s’appliquent plus à celui qui les donne que celui qui
les reçoit est fréquent et se retrouve sous deux modes :
Le mode «action» comprend tout ce qui se rapproche aux activités
qui permettent de vivre sainement et de grandir sereinement. Ces actions
sont suggérées en forme standard par tous les intervenants.
Ces activités s’appliquent à tous et chacun en général
et certaines doivent nécessiter l’attention particulière
des intervenants avant de les offrir. Une description de quelques-uns suit
un peu plus loin.
Le second mode est orienté
vers l’éveil de l’intervenant à ses problèmes personnels.
Typiquement, un thème émerge des interactions de l’intervenant,
observable sur une période aussi courte que quelques heures et qui
va s’étendre quelquefois sur des années. Dans un moment d’éveil
ou d’insight, le thème est parfois reconnu comme ayant un rôle
important dans la vie et dans la croissance de l’intervenant. Quelquefois,
le thème apparaît premièrement dans les réactions
de l’aidant sous la forme de répétitions ou de similarités
dans la formulation des problématiques, des slogans motivateurs,
des émotions et des besoins de plusieurs personnes qu’il aide. La
plupart des intervenants semblent familiers avec cette expérience.
Plusieurs l’attribuent à une projection inconsciente de ses propres
problèmes dans ses interactions de ses relations d’aide, surtout
quand ce thème est «cristalisé» dans son propre
esprit. Quand le thème est adressé ouvertement par une autre
personne, l’intervenant partage rarement son désarroi ou son impuissance
devant telle situation. La plupart du temps, nous faisons état et
recherchons avant tout des explications spirituelles ou métaphysiques
(la grâce de Dieu, l’ordre naturel des choses, le concept de synchronicité)
plutôt d’y voir de simples coïncidences.
Conseils
qui poussent à l’action :
1. Saine alimentation, exercices
et repos. Bien que les besoins individuels puissent varier un tant soit
peu, des quantités adéquates dans des formes équilibrées
de ces trois items sont nécessaires à chaque intervenant
— ou qui que ce soit — s’il veut puiser régulièrement et
de manière créatrice dans ses ressources émotionnelles,
mentales, physiques et spirituelles. Un intervenant qui passait inaperçu
la plupart du temps dans un centre de jour racontait qu’il avait passé
par une période où tous ses clients refusaient de participer
à des activités physiques et qu’il trouvait ça assez
frustrant pour songer à refuser de les voir et continuer leur thérapie
externe. Immédiatement, lorsqu’il se mis à s’entraîner,
l’intensité de cette problématique disparut.
2. Regardez s’il n’y a pas
d’autres dépendances qui se pointent. Identifier et composer avec
des problèmes de dépendance peuvent faire bénéficier
l’intervenant au moins à trois égards : en augmentant sa
propre croissance personnelle, en améliorant la qualité de
ses connaisances expérientielles et son empathie, et en diminuant
le potentiel de conflit interne et de culpabilité qui mine son énergie
et son attention et l’éloigne du processus de réadaptation
et de rétablissement. Même si nous paraissons très
intelligents, il est préférable de solliciter l’aide d’un
autre intervenant ou d’un profesionnel spécialisé dans les
dépendances pour découvrir ces dépendances dès
le début ou pour briser les échafaudages élaborés
du déni.
Conseils qui parlent du
travail : Est-ce qu’il y a des problèmes qui sont liés à
votre travail qui viennent vous hanter à la maison ou dans d’autres
activités ou domaines de vos vies? Est-ce que de longues heures
de travail viennent nuire à votre vie familiale et personnelle?
Est-ce que votre vie sociale se limite à côtoyer des collègues
de travail ? Quels sont vos sujets de conversation préférés
lorsque vous n’êtes pas au travail?
Conseils qui parlent de substances
: Si vous avez le moindre doute d’être un alcoolique ou un dépendant
de quelque subtance psychotrope que ce soit ou si vous vous adonnez à
quelque comportement compulsif, vous pouvez en parler à quelqu’un
dès maintenant ou simplement attendre que les choses s’aggravent.
Qu’est-ce qui fait le plus de sens pour vous? Est-ce que vous avez souvent
recours à un raccourci chimique pour vous détendre après
la job? Est-ce que vous croyez qu’il est temps de composer avec votre dépendance
à la caféine, à la nicotine ou au sucre?
Conseils en général
: Pensez aux choses que vous faites pour charger vos batteries. Quelles
sont ces activités que vous faites qui vous laissent «énergisés»
et en même temps sereins, réceptifs et créateurs? Quelles
sont ces activités auxquelles vous participez qui vous amènent
à vous accepter et à être en harmonie avec le reste
de l’humanité? Quelles personnes, pratiques, endroits sont liés
à ces processus de bien-être? Est-ce que la perte d’un de
ces éléments regénérateurs peut faire jaillir
de l’insécurité, de la fatigue…? Peut-être faut-il
s’asseoir et chercher de nouvelles piles ou survolteurs pour nous recharger.
Conseils
qui éveillent :
1. Portez une attention
particulière aux problèmes que les participants partagent
durant la thérapie — et aussi ceux des collègues durant la
supervision ou dans le bureau — ou dans leurs conversations de tous et
chacun.
2. Portez une attention
particulière à vos perceptions — même non exprimées
— dans la situation que les autres vivent. Qu’y voyez-vous qui semble problématique
? Qu’est-ce que l’autre personne vit comme émotion? Qu’est-ce qu’il
désire? Quelles sont vos idées et conseils qui pourraient
l’aider? Est-ce qu’il y en a qui s’applique à vous?
3. En vous adonnant à
ces réflexions, notez les répétitions, tant au niveau
de vos perceptions que de vos conseils. Ce sont probablement des éléments
significatifs pour vous personnellement et n’oubliez pas que l’idée
même des coïncidences est un concept erroné.
4. Pour aider à demeurer
centrés, relisez vos notes que vous avez prises sur le processus
thérapeutique des participants ou commencez un journal de vos expériences
de travail et des réflexions intérieures que ces dernières
suscitent.
5.
Partagez vos secrets — de lourds secrets peuvent retarder votre croissance
personnelle
La plupart des gens ont des
secrets personnels, des petites informations sur eux qu’ils conservent
cachées, habituellement par peur et qui deviennent comme une habitude,
un autre objet dans la garde-robe ou dans la remise. La peur de vivre de
l’embarras, de la culpabilité, de la honte, du rejet, de la colère
ou de subir des représailles nous oblige à cacher sous le
couvert du secret des situations pour nous éloigner de ces émotions.
Très tôt s’installe sous la loi de l’inertie un immobilisme
qui nous dicte de conserver comme secrets ces éléments humains
de notre nature jusqu’à ce qu’une force extérieure vienne
les débusquer. Et les secrets demeurent, chacun se vautrant et s’envenimant
dans cette illusion de peur, dans cette interprétation erronée
et non verbale de notre réalité.
Il y a une distinction entre
être pris dans le piège d’un secret et choisir de conserver
le privé d’une intimité. Ça semble approprié
mais ce n’est pas sain pour ces adultes de garder certaines choses privées.
Mais s’abstenir de partager ce qui est privé implique que certaines
personnes sont privilégiées et pourront recevoir ces informations
car elles sont pertinentes pour elles. Et la motivation pour dresser une
telle barrière n’est pas la peur des conséquences que notre
ouverture va provoquer. L’acte de garder un secret est le storage d’une
énergie interne et un investissement de cette énergie dans
la peur. Cet acte amplifie artificiellement l’importance et la signification
du secret. Un intervenant avec une approche familiale systémique
répète souvent à ses clients : «Vous êtes
aussi malades que la quantité de secrets que vous gardez !»
Que ce soit à propos du passé ou du présent, à
propos d’événements, de situations ou de croyances, les secrets
sont habituellement lourds à porter et retardent la croissance personnelle
et nuisent à notre habileté d’entrer en relation avec les
autres.
Il y des gains potentiels
à obtenir en identifiant et se libérant de secrets bien gardés,
même si au départ ils ont l’air insignifiants.
Premièrement, il y
a libération de cette énergie mentale et internalisée
qu’utilise le cycle de la peur et qu’exige la suppression et quelquefois
le refoulement que suggèrent les comportements qui entourent le
processus comme la non divulgation, la discrétion, le silence, etc.
Le contenu de ce qui n’est plus tenu caché ou secret est habituellement
immédiatement réévalué et apparaît tout
à coup moins important qu’à prime abord. Le pouvoir du secret
de créer ou de maintenir des émotions désagréables
chez soi est dissipé presque complètement. Et quelquefois
un besoin personnel apparaît comme s’il avait été caché
par l’ombre du secret, habituellement c’est un besoin de rétablir
ou de soigner nos relations interpersonnelles ou encore de grandir. Finalement,
nous allons voir augmenter notre estime de soi, notre connaissance de soi
et notre expérience personnelle, utile alors auprès des participants
à la thérapie que nous poussons directement ou non à
révéler leurs côtés sombres et leurs ombres.
1. Écrivez une autobiographie.
Ne
soyez pas bouleversés par cette suggestion : plusieurs ont découvert
combien cette activité suscitait de l’humilité lorsqu’ils
se sont aperçus qu’ils avaient si peu de choses à mettre
sur papier (ou à colliger dans un fichier spécial dans leur
ordinateur). C’est important de noter que cet exercice d’écriture
va vous aider à identifier vos secrets qui ont été
refoulés très loin dans votre «boîte à
poux». Des incidents de notre enfance qui ont relativement l’air
assez banals comme tels peuvent percer et venir troubler notre quotidien.
Notre attention peut alors se centrer sur un mot, sur un juron, sur des
brutalités faites à d’autres enfants, sur des déceptions.
Découvrir ces déclencheurs est le premier pas vers la libération
des charges émotives que nos secrets cachent encore.
2. Commencez un journal
intime. Écrire dans un cahier virtuel ou réel permet de découvrir
des secrets qui ont été refoulés bien loin de notre
champ perceptuel conscient, de les amener au grand jour quotidiennement
et de les sortir de soi. Ainsi le lien toxique entre secret—peur—suppression
des émotions va graduellement disparaître pour laisser la
place à la croissance, au partage et à l’expression des émotions.
3. Établissez des
conclusions de vos écrits (effet de rétroaction). Des thèmes
peuvent émerger d’une autobiographie, réflétant habituellement
adéquatement des problèmes sous jacents significatifs. Peut-être
que le plus important dans tout ça, c’est que ces deux projets d’écriture
(autobiographie et journal) peuvent en fait clarifier les origines de nos
motivations à devenir un aidant naturel, un intervenant, un professionnel
de la santé (si c’est le cas). Ces motivations sont souvent bien
ancrées dans nos familles d’origine. Explorez les processus relationnels
interpersonnels de votre famille d’origine.
Explorez les problèmes
qui en résultent et agissez de sorte que vous allez être en
mesure de résoudre les moments difficiles qui surgisent présentement
vous permettant de vivre une vie plus calme et plus raisonnable, avec moins
de pressions et de tensions en vous approchant de ceux et celles que vous
cherchez à aider.
4. Créez autour de
vous et servez-vous d’un réseau de support et de soutien. Ce sont
des amitiés (quelquefois de simples relations sociales) qui comportent
des rituels faits d’éléments comme la confiance, l’affection,
le respect et un désir de s’entraider. De telles relations se développent
dans un atmosphère où se retrouve le partage mutuel de confidences
et nous procure une ligne de défense contre l’acquisition de nouveaux
secrets.
5. Développez des
ressources de partage entre intervenants. Cela n’inclut pas les rencontres
d’équipe et de secteur (du personnel), des cours de formation, les
partys où l’on parle de la job, ou les séances de «bitchage»
contre l’administration, etc. Les intervenants ont besoin de partager leur
vécu professionnel avec leurs pairs dans un cadre de supervision
et de partage des difficultés de chacun dans ses propres conditions
de travail et de vie. Pour en arriver à un tel groupe de support,
les pairs n’ont pas besoin d’être des collègues, et il y a
de sérieux avantages à partager avec des gens qui oeuvrent
dans des milieux différents. La confiance et la confidentialité
sont des bénéfices qui peuvent être importants dans
ce groupe thérapeutique de «thérapeutes». Des
groupes de six à huit personnes se rencontrant une fois par semaine
ou par deux semaines semblent être le format le plus populaire.
6. Entrez vous-même
en thérapie ou en counseling. L’énergie de votre résistance
à des suggestions qui vous sont offertes est un bon baromètre
de votre désir d’aller chercher de l’aide (professionnelle ou extérieure)
pour vous aider à vous libérer de vos secrets. Ou peut-être
qu’une augmentation de votre éveil, de vos insights ou de votre
connaissance personnelle de vous-même vous a mené dans un
petit coin où il est très difficile de s’en sortir seul,
dans un bon cul-de-sac. Bien que la recommandation d’entrer en thérapie
n’est pas faite à la légère, ni n’est-ce une panacée
pour qui que ce soit, il semble que beaucoup d’entre nous agissent comme
s’ils étaient autosuffisants et que demander de l’aide professionnelle
ou extérieure est quelque chose de farfelu ou de pas sérieux.
6.
Faites de l’équilibre dans votre vie — le travail ne doit
pas être votre seule priorité
Quand un moteur, et il est
construit comme ça, a tout à coup une vibration caractéristique
et non désirable, un ingénieur peut être appelé
pour souvent y ajouter un élément mécanique pour solutionner
le problème. En travaillant comme intervenant dans le domaine de
la réadaptation de l’alcoolisme et des autres toxicomanies, il y
a des éléments qui créent des déséquilibres
dans certains domaines de vie de l’intervenant à moins qu’il y ait
des éléments pour retrouver une forme d’équilibre.
Bien qu’il y ait des liens et des vibrations uniques entre tout emploi
et toute personnalité — dont certains sont désirables — il
y a certains types de déséquilibres avec lesquels nous pouvons
composer.
1. Prenons d’abord la recherche
d’un équilibre entre le temps passé au travail et le temps
consacré à la famille. Un emploi d’un intervenant qui œuvre
à temps plein habituellement procure plusieurs moments de très
haute intensité au travail et aussi à la maison. Deux problèmes
sont typiques : trop d’heures, soit au travail, soit hors des heures de
travail contaminées par des retombées émotives de
notre emploi. Le dernier de ces deux problèmes peut être traité
et répond assez bien aux stratégies déjà proposées
dans ce document. Pour trouver un équilibre entre le temps «personnel»
et «professionnel», commencez par la règle de base du
40 heures / semaine pour la job. Si vous dépassez ce chiffre magique,
essayez d’imaginer ce que vous avez à gagner de ce stratagème.
En absence d’une réponse sérieuse — «Je fais du temps
supplémentaire pour avoir de l’argent pour faire des cadeaux à
Noël prochain.» — présumez que vous avez besoin d’augmenter
le temps que vous passez à prendre soin de vous chez vous. Votre
rationnel qui vous amène à travailler tant que ça
peut vous faire croire que vous avez besoin d’un surplus de temps pour
effectuer les tâches qui vous incombent, tout en maintenant les normes
de qualité de soins et services. Vérifiez les détails
de votre illusion de surcharge de travail avec vos collègues et
votre patron. Si vos tâches réelles sont semblables à
celle des autres et/ou celles que votre patron s’attend de vous, votre
désir de retrouver un équilibre peut sembler très
fastidieux. Vous pouvez même croire qu’il serait plus facile de congédier
votre employeur. Cependant, la racine de ce problème est souvent
profonde et se situe dans une combinaison de perfectionnisme caché
(des attentes d’un perfectionnisme camouflé sous des couvertures
de rationalisations justifiant la nécessité de vous astreindre
à tout ce surplus de travail) et une difficulté à
mettre des priorités dans les diverses tâches à accomplir.
La meilleure chose à
faire dans une telle situation est de couper vos heures de présence
au travail à 40, d’utiliser vos pairs et la supervision pour aller
chercher du feedback concernant la justesse de vos tâches et de discuter
de vos difficultés à tout ce processus de lâcher prise
soit dans un groupe de support ou avec un thérapeute.
Des vacances peuvent aussi
s’avérer pertinentes. Plusieurs d’entre nous ont observé
une augmentation du besoin de plus en plus pressant pour du temps de vacances
qui est proportionnel au nombre d’années de travail dans le domaine.
Deux éléments importants s’avèrent nécessaires
: la durée des vacances qui doit être suffisante et
la qualité à se libérer de notre milieu thérapeutique,
dans un processus de «désintoxication». Plusieurs d’entre
nous trouvent que prendre une semaine bien normale de vacance plus deux
jours de plus de repos à chaque saison est une bonne alternative.
2. Une source inhérente
de déséquilibre dans notre travail d’intervention, c’est
habituellement la quantité énorme d’heures passées
à parler et à réfléchir. Les demandes croissantes
au niveau de rapports et de documents écrits ajoutent à ce
déséquilibre. Trouver des activités ludiques (des
loisirs ou hobbies) qui ne nécessitent aucune tâche cognitive,
intellectuelle. Bien que bien des activités de ce genre ont déjà
été mentionnées, nous allons vous suggérer
deux nouvelles approches différentes. Le monde des arts et de l’artisanat
procure plusieurs échappatoires pour nous plonger dans un autre
univers. Une façon moderne de nous anesthésier, c’est le
monde virtuel, avec les jeux vidéos qui mettent l’emphase sur la
coordination main-œil avec un minimum de stratégies et de réflexions.
3. Apprenez à ne
pas aider. Dans votre vie personnelle, commencez à croire que vos
amis et votre famille, peu importe le type de travail qu’ils font, savent
combien vous vous investissez dans votre emploi à vous évertuer
à composer avec toutes sortes de problèmes, à entrer
en relation avec les participants en thérapie et le personnel aidant
et à aider à rendre la vie plus vivable pour tout ce monde.
Un merveilleux thérapeute qui n’a pas appris à dire non,
qui n’a pas appris à ne pas travailler, a une fois passé
la remarque suivante :«Tout le monde que je rencontre est un client
!» après avoir écouté pendant 20 minutes les
élucubrations de son plombier qui lui racontait ses problèmes
personnels. Chercher des nuances et analyser les problèmes dans
la vie des autres sont des activités «lourdes», fatiguantes
qu’il faut apprendre à délaisser.
4. Si votre travail est
sédentaire, équilibrez votre dépense d’énergie
avec des activités physiques. Une marche rapide pour aller dîner
et pour en revenir ne compte pas.
5. Finalement, travaillez
pour rechercher une stabilité émotive, pour composer avec
les réactions émotives que votre emploi génère.
L’intervention en réadaptation des alcooliques et des dépendants
produit des sentiments comme la frustration, l’inadéquation, l’irritation,
la tristesse, la peur et bien d’autres tout aussi désagréables.Nous
avons tendance à mettre toutes ces émotions sur une tablette
pendant notre journée de travail. Une fois refoulées
ou ravalées, ces réactions partiellement étouffées
ont tendance à demeurer inconscientes et peuvent compromettre la
qualité et le degré de satisfaction dans notre vie en général.
Une simple rencontre quotidienne entre intervenants pour éclaircir
sa situation personnelle et donner le pouls du groupe peut dérider
bien des aidants aux prises avec un «sérieux» problème.
Un conjoint ou un ami peuvent être aussi efficaces pour «peter
les ballounes» mais ne sont souvent que très sympathiques
quand il s’agit de problèmes d’intervention.
Conclusion
Comme nous l’avons vu, si
nous voulons devenir plus efficaces à aider des gens à se
rétablir d’une maladie comme l’alcoolisme et/ou la dépendance
de substances psychotropes, cela requiert que nous prenions du temps privilégié
pour prendre aussi soin de nous-mêmes. Acquérir une nouvelle
et meilleure perspective en ce qui concerne notre travail, combler nos
besoins primordiaux, apprendre à nous amuser, suivre nos propres
conseils que nous dispersons à gauche et à droite, nous débarrasser
des secrets qui pourrissent et finissent par puer et trouver un équilibre
avec l’aide de nos collègues et de de nos amis sont des moyens importants
pour devenir et demeurer des intervenants efficaces. Nous espérons
que ce document n’est que le début de votre recherche pour améliorer
vos vies. C’est seulement en continuant de satisfaire nos besoins individuels
que nous pouvons nous prémunir contre l’épuisement professionnel
et ainsi en évitant le burnout, nous allons rester efficaces.
Bruce Carruth, Ph.D., C.A.C,
psychothérapeute et formateur en Gestalt nous a donné la
permission de traduire ce document en français lors d’un cours au
Rutgers’ Summer School of Alcohol Studies.
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