La filière - INFO 2002
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©2004-1999

 
Améliorez votre efficacité comme intervenant
Ce texte a été traduit par Gilles Vinet

« Improve Your Effectiveness as an Addiction Counselor » 

un encart préparé spécialement pour la revue The Addiction Letter publiée par Manisses Communications Group, Inc.
PO. Box 3357, Wayland Square Providence, RI 02906?0357 

The Addiction Letter

Conseil aviseur de la revue The Addiction Letter 

David J. Powcll, Ph.D, C.A.C. Mel Scholstad, C.A.C.
President Consultant
Education and Training Programs, Inc. Human Resources Management
Bloomfield, Connecticut Redmond, Washington

John Wallace, Ph.D. Bruce Carruth, Ph.D., C.A.C.
Edgehill Trealn1ent Center Private Practice
Newport, Rhode Island Little Rock, Arkansas

Martin N. Buxton, Ph.D., FAACP
Director, Chemical Dependency Program
Charter Westbrook llospital

Éditeur : Marcia J. Lawlon, Ph.D., C.A.C.
Éditeur exécutif : John P. Sulima
Libraire-éditeur : Fraser A. Lang
Gérant d’affaires : Betty Rawls Lang
Gérant des abonnements : Meredith Baker
 
 

"Improving Your Effectiveness as an Addiction Counselor."
(Copies disponibles . Veuillez téléphoner pour en faire la demande)
Copyright 1987 by Manisses Communications Group, Inc.
Tous droits réservés. 

The Addiction Letter est un bulletin mensuel qui sert de lien pratique entre les ressources du milieu professionnel de la réadaptation de l’alcoolisme et des autres toxicomanies. Notre objectif est de partager des informations récentes, précises et pertinentes en tirant de revues professionnelles, d’opinions d’experts et de l’expérience du personnel et du conseil aviseur.

HAUT DE PAGE

Évitez l’épuisement professionnel 
et augmentez votre efficacité sur le plan personnel

AVOID BURNOUT AND INCREASE YOUR PERSONAL EFFECTIVENESS 
par Jay A. Maynard, M.S., L.P.C., C.D.C.**

Peu de professionnels en réadaptation et en relation d’aide n’exigent autant des aidants que le domaine de l’alcoolisme et des autres toxicomanies. Plongés quotidiennement dans la tragédie et l’état de crise, et souvent rencontrant du rejet dans leurs interventions auprès de ceux et celles qu’ils essaient d’aider, nous, les aidants auprès des dépendants, allons découvrir que notre efficacité est constamment compromise ou menacée par l’épuisement professionnel. Nous voyons plusieurs de nos collègues rendus au bout de leurs rouleaux et qui se soucient souvent que nous joignions leurs rangs.

Nous n’avons pas à passer par ce même sentier. Nos vies professionnelles peuvent prendre un autre cheminement — vers une plus grande efficacité — si nous faisons quelques petits pas spécifiques dans nos vies personnelles. Si nous suivons ce programme, nous pouvons mieux composer avec le stress et, ce qui est le plus important, éviter l’épuisement professionnel.

Nous ressentons une grande satisfaction lorsque nous pouvons identifier un élément de croissance, et même un tout petit pas qu’une personne aidée peut entreprendre grâce à notre intervention. Un pas qui brise son déni, un éveil soudain, un insight profond sur son vrai moi ou son ego malade, un sentiment nouveau de belle vie, de bonheur et de joie de vivre, toutes ces expériences de réadaptation qui sont le fruit de la combinaison de facteurs comme une bonnne éducation académique, d’une formation professionnelle adéquate, de l’expérience et de la compétence, du talent et de la personnalité de l’intervenant.  Soigner des individus et des familles aux prises avec la dépendance aux substances psychotropes requiert une foule d’intervenants d’une variété de formations différentes — des conseillers en alcoolisme et autres toxicomanies, des travailleurs sociaux, des psychothérapeutes familiaux, des psychologues, des infirmières, des conseillers en pastorale et quelquefois bien d’autres — et diversifiées et en même temps unies, en partie, par l’appréciation que chacun manifeste de voir son efficacité au travail résulter en  une manifestation de croissance personnelle chez un aidé. 

Nous effaçons le terme «épuisement professionnel» ou «burnout» de notre esprit parce c’est devenu un mot parapluie qui couvre une éventail de définitions ou de situations trop variées, parce que ça n’arrive qu’aux autres ou comme avec la guerre nucléaire, parce que nous ne pouvons vraiment rien y faire. Nous voyons le «burnout» dans les attitudes cyniques d’un collègue ; nous le blâmons comme responsable des réactions passives-agressives ou une réponse «forçée» ou blazée devant des comportements délinquants. Le début d’une grippe devient quelquefois une occasion de se mettre à ruminer ou à nous inventer des soucis assez recherchés. «Est-ce que c’est ça? Je dois être en train de somatiser. Je dois être sur le point de reconnaître un épuisement dû à ma job?» Tous et chaun de nous avons vécu de tels moments de désillusion et de désenchantement, et certains d’entre nous sommes allés jusqu’à nous ssentir «vidés», jusqu’à ce que le désespoir semble creuser un cratère intérieur, un trou béant immense. Nous avons joint les rangs des professionnels blessés, aux cœurs saignants qui n’attendent qu’une promotion, un congédiement ou une offre d’emploi ailleurs qui va apporter un soulagement temporaire ou jusqu’à ce que nous entreprenions une action pour remédier à la situation — retourner aux études, nous lancer dans une autre carrière, ou nous-mêmes entrer en thérapie — et que cela soit adéquat pour nous sortir de ce gouffre.

Notre potentiel à être des aidants efficaces et notre susceptibilité à l’épuisement professionnel, tous les deux sont liés intimement à qui nous sommes et ce que nous faisons dans nos vies de tous les jours comme êtres humains plutôt qu’à notre type d’emploi ou à notre compétence professionnelle. Nous ne pouvons minimiser l’effet corrosif et toxique d’un environnement malsain, répressif ou pessimiste. Nous reconnaissons aussi qu’une formation académique insuffisante ou inadéquate, qu’une formation professionnelle superficielle peut provoquer des frustrations incessamment croissantes et amplifier tout sentiment personnel d’inadéquation et d’incompétence. Cependant, notre expérience a démontré que la plupart des aidants sont formés assez adéquatement pour être compétents et que la plupart des centres de réadaptation offrent un minimum de supervision et de formation à la hauteur. Nous croyons qu’un aidant est toujours engagé dans un processus continu, un continuum entre l’efficacité et une amélioration de ses interventions pour aller jusqu’à une expérience rigide et étroite, inflexible qui se termine par le burnout. 

Efficacité & amélioration des interventions <—  —> rigidité et Burnout

Le choix d’une direction <— ou d’une autre —> réside en chacun de nous tous

Nous nous suggérons six façons d’améliorer notre efficacité et d’éviter l’épuisement professionnel : 
 

  1. 1. Centrez-vous — découvrez un sens profond à votre vie
  2. 2. Évaluez vos besoins – devenez un expert dans l’art de combler vos besoins
  3. 3. Amusez-vous — c’est un grand  antidote pour le stress
  4. 4. Suivez vos propres conseils – écoutez ceux que vous prodiguez aux autres
  5. 5. Partagez vos secrets — de lourds secrets peuvent retarder votre croissance personnelle
  6. 6. Faites de l’équilibre dans votre vie — le travail ne doit pas être votre seule priorité
Nous espérons que vous allez découvrir de nouvelles façons d’agir et d’établir un équilibre sain et créatif dans vos vies. Certaines suggestions offrent des techniques applicables au travail et d’autres vont puiser à même vos propres expériences cliniques individuelles de façon à apporter chez vous une amélioration tant sur le plan humain que sur le plan professionnel. 

1. Centrez-vous — découvrez un sens profond à votre vie

À travers les âges, les philosophes et les étudiants qui ont observé la psyché humaine ont noté à plusieurs reprises l’instinct apparent de l’homo sapiens à se poser des questions qui restent encore sans réponse, d’après les normes de science moderne occidentale.  Ces questions viennent sous divers formats : D’où est-ce que nous, la terre et l’univers entier venons? Qu’est-ce que nous faisons ici? Est-ce qu’il y a un but à cet évènement? Qu’est-ce qui se passe vraiment  présentement? 

Peu importe l’approche, la quête sous jacente à ces interrogations est toujours la même : découvrir un sens intérieur à la signification de notre passage sur terre que nous cherchons tous et que nous finissons par expérimenter à travers notre vie. 

Nous croyons que les aidants deviennent très habiles à se sentir en paix avec ce genre de questions sans réponse et quelquefois même confortables au beau milieu de réflexions irrationnelles qui écrasent normalement l’esprit humain. Ça semble qu’il n’y a que deux alternatives. Nous pouvons essayer d’acquérir une personnalité qui pourra s’accomoder de ce questionnement. Ou, à défaut, nous pouvons permettre à des idées ou à des valeurs personnelles vaguement conscientes acquises au fil du temps et de nos expériences de vie de nous procurer une ou des solutions partielles, superficielles et fréquemment illogiques à nos interrogations. En d’autres mots, ces questions exigent une réponse, une réaction active ou passive, cognitive et/ou expérientielle, par la seule nature de notre esprit humain. Nos réactions dressent une base, une fondation — solide ou chancelante, droite ou rugueuse — sur laquelle va se construire, s’édifier le sens de notre vie sur terre. 
Une solide et ferme fondation va permettre d’augmenter le sentiment de complétude et de congruence tant dans les aspects professionnels que personnels de notre vie en nous ancrant les deux pieds dans un système de croyances profondes et un mode de vie cohérent. 

Ce sentiment de complétude et de congruence de notre vie améliore tant notre éveil dans des situations auxquelles nous sommes confrontés que la créativité de nos réactions et réponses à ces situations. Mais ce type d’ancrage et de centration opère comme un paratonnerre. Fréquemment dans nos vies professionnelles nous recevons ce qui est l’équivalent énergétique de la foudre, comme par exemple lorsqu’une personne nous partage une tragédie, ou que nous sommes envahis tout à coup par un sentiment d’inadéquation qu’il soit réel ou imaginaire. La centration va protéger notre identité, notre vrai moi, de ces coups et de ces chocs en nous ancrant dans notre sentiment de complétude et de congruence de notre vie. 

Cette fondation qui pourrait se nommer notre pholosophie de vie et son interprétation sur le plan cognitif, nos croyances, nous offre une assise psychologique pour comprendre les complexités de la vie, nos joies, nos peines et le continuum entre les deux et les paradoxes qu’il entraîne. Mais même sans comprendre tout ce qui se passe, il y a une réalité de l’expérience que nous offre la vie et que la centration permet de saisir. Comme bien des étudiants qui arrivent à l’université, plusieurs aidants professionnels passent par dessus l’idée même qu’il y a une dimension spirituelle à notre expérience terrestre, ou l’ignorent tout en réfléchissant sur ses origines. Dans sa forme la plus pure, l’expérience de la spiritualité génère un sentiment d’harmonie et d’unité avec tout le cosmos. À travers le processus d’intervention et de relation d’aide, la vie spirituelle va nous procurer des sommets tant de sagesse que d’énergie qui transcendent les limites de nos ressources habituelles. Un intervenant sénior auprès de dépendants était assez pragmatique dans la description de son expérience personnelle de la spiritualité : Voyons, je vais prendre toute l’aide que je peux recevoir. Je crois dans un ordre naturel des choses qui pousse dans une direction mais ne force pas ou ne dicte pas   le sens de cette direction pour que l’expérience humaine soit positive, nous permette de grandir, d’aimer et d’être créatif. Souvent en affirmant mon désir — certains appellent ça «prier» — de comprendre cet ordre des choses dans une situation particulière et pour agir en accordance dans ce sens, je reçois de nouveaux insights, un sentiment important de confiance et d’énergie. Des activités religieuses établies sont une avenue qui mène vers des ressources intérieures immenses mais la plupart des intervenants qui sont centrés spirituellement mettent l’emphase sur le fait que beaucoup de personnes atteignent une telle expérience spirituelle par une variété d’expériences très différentes.

Des approches s’offrent à nous dans les diverses techniques de centration et elles tournent toutes autour des problèmes philosophiques suivants et de certaines idées qui permettent de générer et de bien ancrer notre expérience de la spiritualité. 

Problèmes philosophiques 

1. Est-ce que la vie et l’univers a un sens? Ou est-ce que ce sens s’inscrit dans une perspective et dimension individuelle ou communautaire (de groupe)?
2. Est-ce que l’homme a une nature fondamentale ? Si oui, quelles en sont les caractéristiques? 
3. Est-ce que l’homme est foncièrement bon, méchant ou ni l’un, ni l’autre? Ou est-ce que de tels jugements moraux s’appliquent à l’expérience humaine? 
4. Quelle influence a votre croyance en ce qui concerne la nature humaine dans votre rôle d’intervenant? Comment est-ce qu’elle interfère avec votre façon de gérer la discipline sur le plancher? 
5. Est-ce que la nature humaine peut se transformer, s’améliorer? Si oui, jusqu’à quel point?
6. Nous essayons d’aider des personnes qui ont une foule de problèmes. Quels sont ces problèmes ? Pourquoi se produisent-ils ainsi? Quel est le rôle ou l’utilité de ces problèmes dans la vie de nous tous?
7. Nous parlons souvent de la motivation ou de la résitance des gens à changer. Quelle est la place de la motivation et de la résistance dans notre philosophie de vie ? Évitez d’utiliser votre jargon professionnel habituel en répondant à celle-ci.
8. Est-ce que les gens font de leur mieux en général?  Si oui, sans prendre encore une fois le vocabulaire professionnel, essayez de décrire comment les gens font de leur mieux? 
 

Répondez à chaque item sauf le numéro 4 en les revoyant par les yeux d’une personne bien ordinaire.  Et puis à travers les yeux d’un intervenant. Puis comparez et identifiez les contradictions. Comment pouvez-vous réconcilier ces divergences?

Recherche de croissance spirituelle 

1. Prenez une décision ferme de développer votre côté spirituel ou d’approfondir votre spiritualité. Réaffirmez continuellement votre désir d’ouverture et de bonne volonté de vivre une expérience spirituelle.
2. Apprenez à méditer. Cherchez un enseignant ou une personne versée dans l’art de la méditation et qui sait comment se centrer et qui voit là plus qu’une expérience de relaxation. Ex. : Le yoga, le Tai Chi et les arts martiaux…
3. Allez à l’église. Assistez à plusieurs services de divers cultes ou congrégations et réaffirmez votre ouverture tout le long de cette expérience. 
4.  Parlez avec un membre du clergé. Il peut vous éclairer quand aux diversités de chacun de ces cultes ou pratiques religieuses et partagez les éléments que vous avez récolté dans votre quête spirituelle.
5. Trouvez un conseiller spirituel. Ça peut être un ami (ou une connaissance) qui est centré spirituellement ou encore un membre du clergé. Dans votre recherche d’un conseiller spirituel, priez pour que vous et cette personne (la bonne) soient sur le point de vous rencontrer. 
6. Travaillez les Douze Étapes des Alcooliques Anonymes. Identifiez les choses qui créent des problèmes dans votre vie et envers lesquels vous êtes impuissants. Remplacez le mot «alcool» par «ces choses» et «alcooliques» par «les autres» pour personnaliser votre démarche. Rappelez-vous que le seul résultat de vivre les Étapes est l’établissement d’un «réveil spirituel». 

2. Évaluez vos besoins – devenez un expert dans l’art de combler vos besoins

Si vous désirez augmenter la performance de votre maison de thérapie ou de votre centre de réadaptation, une des premières choses à faire c’est de demander à un consultant de procéder à une évaluation approfondie des besoins de l’organisme ou du secteur. Heureusement, avec quelques moments de réflexions sur vos insatisfactions et vos frustrations de même que sur ce qui va bien dans votre vie vous pouvez devenir un expert à satisfaire vos propres besoins. En agissant en tenant compte de ce vous apprenez durant ce processus d’évaluation, vous allez découvrir que vos besoins peuvent être comblés de manière plus approfondie et plus régulièrement. À mesure que cela se produit, la croissance et la créativité individuelles seront stimulées et le potentiel pour la stagnation dans votre milieu de travail et le burnout sera dissipé. Vous pouvez devenir un excellent modèle dans l’art de prendre soin de soi et d’assumer ce que la vie daigne bien vous apporter comme cadeau. 

Pour commencer ce processus, il suffit de définir les besoins primordiaux des êtres humains. Peut-être qu’un modèle déjà existant nous offrirait de bonnes bases. Plusieurs utilisent le modèle hirarchique d’Abraham Maslow que ce dernier a bien articulé pour nous procurer de nombreux insights. 
Brièvement, Maslow a décrit cinq niveaux de besoins de tous les êtres humains : 

  • À la base se retrouvent nos besoins physiologiques : nourriture, eau, abri.
  • Quand ceux-là sont comblés, nous recherchons à satisfaire notre sentiment de sécurité et notre besoin de protection.
  • En sécurité, nous cherchons à développer un sentiment d’appartenance avec les autres, une connexion avec le reste de l’humanité.
  • Puis une fois ce lien établi, nous allons désirer augmenter notre estime de nous-mêmes.
  • Finalement, une fois que ces besoins sont comblés, le terrain est prêt pour que s’élèvent des moments où nous allons sentir graduellement que nous nous réalisons pleinement, que nous allons accomplir notre plein potentiel. 


Ensuite évaluons combien nos besoins sont réalisés à chacun de ces niveaux. Le modèle de Maslow suppose qu’à n’importe quel moment donné, toute personne est motivée par des niveaux même minimes de besoins non satisfaits ; c’est pourquoi nous devons prendre en considération tous les niveaux.

Besoins physiologiques : La plupart des intervenants vivent un style de vie où ces besoins sont comblés du moins en grande partie. Mais lorsque notre but à atteindre devient l’amélioration de notre espace vital, c’est assez important de regarder plus loin. Par exemple, peu d’entre nous meurent de faim mais la plupart d’entre nous avons déjà été dérangé dans notre travail par un estomac qui criait famine, l’irritabilité qui vient avec la faim sur le plan physique ou par un faible taux de sucre dans le sang. Plutôt que de prendre des repas lourds, il est préférable dans bien de ces situations de manger souvent de petites quantités à des intervalles plus fréquents. Vous allez découvrir que vous pouvez ainsi éliminer la faim en augmentant de peu l’apport calorique. Quelle est la nature des calories de votre diète? Est-ce que votre menu inclut des protéines, des vitamines et les minéraux requis pour vous maintenir en santé? Ou est-ce que votre alimentation est truffée d’excès de sucres raffinés et de caféine contribuant ainsi chez vous à augmenter la quantité de stress avec lequel vous devez vivre  Est-ce que la quantité et le type d’exercices physiques répondent à vos besoins sans vous épuiser plus que d’habitude? Vous reposez-vous suffisamment? 

Besoins de sécurité : Quand un intervenant est bouleversé par des problèmes qui l’empêchent de se sentir en sécurité, le plus souvent c’est parce qu’il a commencé à croire qu’il a non seulement besoin de certains artifices pouvant lui procurer des plaisirs inassouvis mais que ces besoins sont vitaux. Cet excès de bagage peut prendre certaines formes assez spécifiques et incluant des biens matériels, de l’argent, du prestige ou certains liens avec des personnes en particulier. Par exemple, pensez à l’ergomane («workaholic») qui cherche à performer et réussir de manière compulsive comme moyen de défense devant l’anxiété et l’inadéquation de sa famille d’origine. Pour plusieurs qui vivent ce genre de compulsion, les récompenses sans cesse augmentant au niveau de la reconnaissance publique, la puissance et l’accomplissement sur le plan social vont éventuellement ne pas réussir à lui procurer un vrai sentiment de sécurité. On croit que plusieurs cas d’épuisement professionnel sont liés au fait que les intervenants débutants dans le domaine voient plus à satisfaire leurs besoins d’aider les autres au détriment de leurs besoins de sécurité et de protection. Quand certaines récompenses que nous tirons de notre travail — les succès de nos clients, la reconnaissance de nos pairs, une promotion, une bonne rémunération — ont le pouvoir de venir menacer notre besoin de nous sentir en sécurité et protéger, nous courtisons à court terme le burnout. 

Plusieurs d’entre nous doivent procéder à des changements radicaux pour remédier à des telles situations et clarifier leurs attitudes et gestes nécessaires pour combler ce besoin. Un moyen, c’est de s’affirmer comme un être humain flexible, créatif et capable de réagir, ayant des ressources comme du talent, de l’intelligence et une valeur intrinsèque et une habileté innée de générer autour de soi un espace vital et sécuritaire. Nous pouvons bâtir ce sentiment de sécurité en nous basant sur qui nous sommes vraiment — cela inclut aussi nos ressources sur le plan spirituel — et en nous libérant des attentes et exigences spécifiques de ce que nous devons posséder ou ce que nous devons faire dans la vie. 

Besoins d’appartenance : Freud a écrit de beaux textes qui parle de notre besoin de donner et de recevoir de l’amour. L’homme est un être social, et son besoin de se sentir intimement connecté aux autres et au reste de l’humanité est très important. La solitude est souvent la plus pénible des souffrances émotives et apparaît très tôt comme un indice significatif que le besoin d’appartenance n’est pas satisfait. Le problème n’est pas d’être entouré des autres mais bien de savoir qu’une poignée de personnes peuvent être là pour nous quand le besoin se fait sentir.

La plupart des types de filiations que nous développons avec les autres existent pour combler ce besoin mais au niveau le plus significatif, nous retrouvons ces liens avec les membres de la famille et avec les amis sur l’épaule desquels nous pouvons pleurer et qu’ils nous offrent de leur temps et de leur énergie, de la confrontation quand elle s’impose et continuellement de leur support et de leur amour.
Il y a des gouffres assez prévisibles dans lesquels nous pouvons quand même trébucher et tomber. Un des plus fréquents est l’utilisation d’une personne — habituellement un conjoint ou un amoureux — comme source principale ou unique d’intimité. Si ce besoin n’est pas satisfait adéquatement, il peut aussi tenter d’être comblé en se servant des aidés, créant un potentiel grave de burnout. Une autre difficulté fréquente se développe lorsque nous n’avons que des liens intimes avec des membres d’un groupe en particulier, par exemple des collègues de travail ou des membres AA. La qualité et la fiabilité de ces liens et de ce sentiment d’appartenance dans un tel cas peuvent être compromises par l’intérêt que nous portons à ce seul élément de notre identité et de notre personnalité. 

Le but ici, c’est de combler ce besoin en établissant un réseau hétérogène et varié de relations interpersonnelles ou en ayant un système assez diversifié de support personnel. Il faut pouvoir chercher hors de nos professions, hors des réseaux d’aidants et d’intervention. Il faut pouvoir chercher hors de sa famille même élargie. Ouvrez-vous à de nouvelles amitiés, et prenez le risque en communiquant ouvertement vos émotions, vos désirs, vos idées et même vos échecs. À mesure que vous abaissez vos barrières et mécanismes de défense élevés pour prévenir tout embarras ou rejet, vous allez souvent découvrir que vous avez ainsi abaisser en même temps les barrières qui vous empêchaient de vous sentir aimer et lier aux autres et de partager tout ça. 

Besoin d’estime de soi : Quand nos besoins les plus primordiaux sont comblés, les choses que nous faisons dans le processus d’être nous-mêmes deviennent la plus grande source d’une vraie estime de soi. Nos réalisations peuvent amener un humble sentiment de valorisation et de réalisation de soi à moins que nous les ayons utilisé pour crever nos peurs et sentiments d’insécurité ou pour attirer vers nous des sympathies. Nous pouvons améliorer notre estime de soi de trois manières. 
En premier, assurons-nous que nos besoins primordiaux sont comblés. Fréquemment en travaillant auprès de dépendants, nous avons découvert que les personnes qui disaient ne pas s’aimer eux-mêmes manquaient de sécurité et d’appartenance. 
Si ce n’est pas le cas, il faut considérer les normes que nous nous imposons. C’est un fait bien connu que les rangs de bien des professions sont infectés de perfectionnistes bien camouflés, ces gens qui parmi nous, croient profondément que si nous y réfléchissions, si nous essayions ou travaillions un peu plus, nos vies seraient exemptes de douleurs émotionnelles et que nous serions parfaits. 
Ou peut-être que nos normes personnelles sont contaminées par un esprit non reconnu de compétition  avec d’autres membres de notre famille, des collègues ou des figures d’autorité. 
La troisième manière se sert des activités dans notre vie comme source de conflits au niveau des valeurs personnelles. Une infirmière, par exemple, était grandement valorisée par son travail dans un centre externe de réadaptation jusqu’à ce que le centre passe sous la gouverne d’une agence gouvernementale qui lui imposaient des procédures de distribution et d’administration de médicaments qui lui paraissaient inacceptables et non professionnelles. Dans de telles circonstances, les options qui s’offraient à elle étaient de modifier ses valeurs ou de changer ses comportements qui sont conflictuels avec les nouvelles procédures. L’infirmère n’a pu faire des démarches pour alléger les procédures et éventuellement chercha un emploi ailleurs. Ici sa démission, basée sur le respect de ses valeurs personnelles et professionnelles, a été un renforcement positif quant à son estime de soi. 

Réalisation de soi : Ce processus est une joie que nous atteignons à certains moments dans nos vies, pas un état que nous atteignons et où nous demeurons. Nous ne sommes jamais «réalisés» ; cela impliquerait que nous avons atteint le plus haut niveau de notre potentiel dans tous les domaines de nos vies. Nous nous réalisons pleinement quand nos pensées, nos émotions et nos actions manifestent avec congruence nos habiletés et nos possibilités. Nous augmentons les chances de notre réalisation personnelle quand nous agissons dans le sens de combler de manière satisfaisante nos besoins. Des activités créatrices, spirituelles, et des défis peuvent être assez stimulants et induire cette réalisation de soi.

Ayant complété cette évaluation de nos besoins, — qui, en passant, n’a pas besoin d’être parfaite ou finale — agissons dans ce sens. Non seulement, nos besoins peuvent être mieux satisfaits,  nous allons de plus nous sentir satisfaits d’avoir agi et nous allons mieux comprendre le sens de cette phrase de la prière de la Sérénité «le courage de changer ce que nous pouvons changer»

3. Amusez-vous — c’est un grand  antidote pour le stress

Avoir du plaisir n’est pas seulement une activité plaisante, c’est une affaire sérieuse. C’est que ça devient utile pour les intervenants lorsque trop souvent ils se retrouvent confinés dans des affaires sérieuses. Avoir du fun, c’est un antidote contre le stress et une bonne façon de relaxer. Ça rétablit notre point de vue lorsque nous avons à faire avec des échecs, des limites et nos rêves non réalisés. Ça nous ramène à redécouvrir la spontanéité et à la créativité. C’est aussi s’amuser tout simplement !

En dehors de notre lieu de travail :

1. Les enfants sont la source de jeu la plus pure. Laissez tomber vos idées en ce qui concerne la bonne façon de jouer avec un enfant, et demandez à des enfants de vous apprendre les vraies affaires en ce qui concerne l’art de s’amuser. Vous  allez non seulement apprendre à relaxer et à avoir du plaisir, mais aussi que c’est ok de se sentir embarrassé, que ce n’est pas grave d’avoir l’air fou. Quand vous aurez appris à vous amuser, d’avoir l’air fou de temps en temps, vous allez être prêts à aider d’autres «adultes». 
2. Quel instrument de musique avez-vous délaissé ou négligé depuis des années ? Ou quel instrument avez-vous toujours rêvé de jouer? Trouvez-en-un et commencez à en jouer ! Si vous croyez que vous devez prendre des leçons, trouvez un maître qui acceptera d’avoir du fun en ce faisant. Et demeurez centré sur ces moments qui vous permettent de «jouer» de la musique et vous amuser. 
3. Pas d’instrument. Ce n’est pas une excuse. L’instrument fondamental pour chacun de nous, c’est la voix. Et ne dites pas que vous ne savez pas chanter, parce que nous pouvons probablement tous chanter. Quelques rares personnes à cause d’un problème physiologique ne peuvent fredonner même un refrain. Le reste de nous tous ont seulement besoin de pratiquer. Même les pratiques peuvent être le fun à condition de ne pas vouloir être Barbara Streisand ou Mike Jagger. L’ennemi du plaisir, quand il s’agit du chant, c’est la gêne, qui peut facilement se dissiper en nous retrouvant dans l’embarras une seule fois de concert avec des amis accueillants et compatissants. 
4. Si vous chantez ou jouez d’un instrument — rappelez-vous qu’il y a des instruments très simples comme la tambourine, les caracas et le «kazoo» — faites-le avec des amis. Avec seulement quelques instruments de percussion, n’importe quel groupe de personnes âgées d’au moins cinq ans peut avoir bien du plaisir.
5.  Et le théâtre? Les clubs sociaux, les groupes communautaires, les groupes religieux offrent tous des chances de non seulement monter sur les planches mais aussi de participer à tous les aspects de la production, comme la production de costumes , les éclairages et les décors. Une telle intensité et une super camaraderie habituellement sont générées dans de telles équipes et puis à la dernière fois que les comédiens ou acteurs font leur révérence, il reste toujours une fête de toute l’équipe de production.
6. Que ce soit dans des pots, des balconnières ou dans un jardin communautaire ou personnel, faire la culture de plantes ornementales ou potagères est une source réelle et merveilleuse de plaisir. Certaines personnes semblent nées avec un don spécial pour faire pousser toutes sortes de végétation. Si vous n’êtes pas l’une d’elles vous pouvez acquérir un pouce vert en conservant une attitude positive et en essayant d’apprendre, tout en tuant quelques beaux plants sur votre passage. 
7. Les sports sont aussi une source immense de joie et de gratification. C’est un bon exutoire pour la compétitivité, un important facteur car les professions d’aidants ne procurent que peu de moments de saine compétition. Bien sûr, la compétitivité est un obstacle qui peut nous empêcher d’avoir du plaisir. Les sports pratiqués individuellement comme le tennis ou le racquelball et les sports pratiqués en solitaire comme la course sont très bien. Il y a aussi beaucoup de plaisir à participer à des sports d’équipe comme le soccer, la balle molle et le volleyball. Ces derniers se jouent souvent en équipes mixtes aussi bien qu’en équipes de gars ou de filles. 

Dans notre lieu de travail :

1. Ajustez votre attitude. La plupart des professionnels et intervenants ont un instinct quasi naturel de se prendre, eux et leur travail, trop sérieusement. Remettez les choses à leur place.
2. Faites ce que vous pouvez pour que votre espace de travail devienne un endroit confortable. Utilisez les moyens du bord pour vous exprimer en ce faisant. Amenez-y des plantes pour vous en occuper. Mettez un jeu de basketball miniature au dos de votre porte. Apportez une radio ou un lecteur de musique. Des photos de votre famille et amis peuvent bien colorer l’atmosphère autant que les murs autour de vous.
3. Relaxez dans vos comportements. Votre compétence est fonction de vos connaisances, de vos habiletés, de votre respect des règles éthiques et de votre personnalité. Ça n’a pas rapport à votre compétence lorsque vous êtes rigide, distant et surtout omniscient. Soyez vous-même avec de simples bonnes manières et un sain respect des autres. Non seulement les aidés vont  plus vous apprécier, vous faire confiance et vous respecter, mais vous allez avoir plus de plaisir à remplir vos tâches quotidiennes. 
4. Assurez-vous de prendre vos pauses. Plusieurs intervenants trouvent ça sain de quitter les lieux de travail. Prendre une marche pour ce faire, c’est rafraîchissant et relaxant. 
5. Collectionnez les farces, écrivez-les s’il le faut. Amenez-les au travail et faites rire vos collègues avec votre esprit ou votre habileté à manquer le punch.
6. Et puis il y a les mille et une petites attrapes ou pièges innocents que vous pouvez…
 

4. Suivez vos propres conseils – écoutez ceux que vous prodiguez aux autres

Les intervenants de diverses formations professionnelles centrent souvent leur attention sur la préparation de judicieux conseils qu’ils devraient prodiguer comme aidants à qui en particulier, quand, sous quelles circonstances et comment…La tâche de l’aidant qui veut donner un conseil doit être de se poser ces questions  et ensuite s’aviser à combler l’aidé «pour son propre bien». Les intervenants peuvent découvrir en s’écoutant eux-mêmes que bien des interactions, même celles qui ne contiennent pas de message explicite, sont une source de recommandations claires pour améliorer sa propre vie. 
Dans le domaine de la réadaptation des alcooliques et dépendants, le phénomène de ces conseils qui s’appliquent plus à celui qui les donne que celui qui les reçoit est fréquent et se retrouve sous deux modes : Le mode «action» comprend tout ce qui se rapproche aux activités qui permettent de vivre sainement et de grandir sereinement. Ces actions sont suggérées en forme standard par tous les intervenants. Ces activités s’appliquent à tous et chacun en général et certaines doivent nécessiter l’attention particulière des intervenants avant de les offrir. Une description de quelques-uns suit un peu plus loin. 

Le second mode est orienté vers l’éveil de l’intervenant à ses problèmes personnels. Typiquement, un thème émerge des interactions de l’intervenant, observable sur une période aussi courte que quelques heures et qui va s’étendre quelquefois sur des années. Dans un moment d’éveil ou d’insight, le thème est parfois reconnu comme ayant un rôle important dans la vie et dans la croissance de l’intervenant. Quelquefois, le thème apparaît premièrement dans les réactions de l’aidant sous la forme de répétitions ou de similarités dans la formulation des problématiques, des slogans motivateurs, des émotions et des besoins de plusieurs personnes qu’il aide. La plupart des intervenants semblent familiers avec cette expérience. Plusieurs l’attribuent à une projection inconsciente de ses propres problèmes dans ses interactions de ses relations d’aide, surtout quand ce thème est «cristalisé» dans son propre esprit. Quand le thème est adressé ouvertement par une autre personne, l’intervenant partage rarement son désarroi ou son impuissance devant telle situation. La plupart du temps, nous faisons état et recherchons avant tout des explications spirituelles ou métaphysiques (la grâce de Dieu, l’ordre naturel des choses, le concept de synchronicité) plutôt d’y voir de simples coïncidences.

Conseils qui poussent à l’action :

1. Saine alimentation, exercices et repos. Bien que les besoins individuels puissent varier un tant soit peu, des quantités adéquates dans des formes équilibrées de ces trois items sont nécessaires à chaque intervenant — ou qui que ce soit — s’il veut puiser régulièrement et de manière créatrice dans ses ressources émotionnelles, mentales, physiques et spirituelles. Un intervenant qui passait inaperçu la plupart du temps dans un centre de jour racontait qu’il avait passé par une période où tous ses clients refusaient de participer à des activités physiques et qu’il trouvait ça assez frustrant pour songer à refuser de les voir et continuer leur thérapie externe. Immédiatement, lorsqu’il se mis à s’entraîner, l’intensité de cette problématique disparut.
2. Regardez s’il n’y a pas d’autres dépendances qui se pointent. Identifier et composer avec des problèmes de dépendance peuvent faire bénéficier l’intervenant au moins à trois égards : en augmentant sa propre croissance personnelle, en améliorant la qualité de ses connaisances expérientielles et son empathie, et en diminuant le potentiel de conflit interne et de culpabilité qui mine son énergie et son attention et l’éloigne du processus de réadaptation et de rétablissement. Même si nous paraissons très intelligents, il est préférable de solliciter l’aide d’un autre intervenant ou d’un profesionnel spécialisé dans les dépendances pour découvrir ces dépendances dès le début ou pour briser les échafaudages élaborés du déni.
Conseils qui parlent du travail : Est-ce qu’il y a des problèmes qui sont liés à votre travail qui viennent vous hanter à la maison ou dans d’autres activités ou domaines de vos vies? Est-ce que de longues heures de travail viennent nuire à votre vie familiale et personnelle? Est-ce que votre vie sociale se limite à côtoyer des collègues de travail ? Quels sont vos sujets de conversation préférés lorsque vous n’êtes pas au travail?

Conseils qui parlent de substances : Si vous avez le moindre doute d’être un alcoolique ou un dépendant de quelque subtance psychotrope que ce soit ou si vous vous adonnez à quelque comportement compulsif, vous pouvez en parler à quelqu’un dès maintenant ou simplement attendre que les choses s’aggravent. Qu’est-ce qui fait le plus de sens pour vous? Est-ce que vous avez souvent recours à un raccourci chimique pour vous détendre après la job? Est-ce que vous croyez qu’il est temps de composer avec votre dépendance à la caféine, à la nicotine ou au sucre?

Conseils en général : Pensez aux choses que vous faites pour charger vos batteries. Quelles sont ces activités que vous faites qui vous laissent «énergisés» et en même temps sereins, réceptifs et créateurs? Quelles sont ces activités auxquelles vous participez qui vous amènent à vous accepter et à être en harmonie avec le reste de l’humanité? Quelles personnes, pratiques, endroits sont liés à ces processus de bien-être? Est-ce que la perte d’un de ces éléments regénérateurs peut faire jaillir de l’insécurité, de la fatigue…? Peut-être faut-il s’asseoir et chercher de nouvelles piles ou survolteurs pour nous recharger.

Conseils qui éveillent : 
1. Portez une attention particulière aux problèmes que les participants partagent durant la thérapie — et aussi ceux des collègues durant la supervision ou dans le bureau — ou dans leurs conversations de tous et chacun.
2. Portez une attention particulière à vos perceptions — même non exprimées — dans la situation que les autres vivent. Qu’y voyez-vous qui semble problématique ? Qu’est-ce que l’autre personne vit comme émotion? Qu’est-ce qu’il désire? Quelles sont vos idées et conseils qui pourraient l’aider? Est-ce qu’il y en a qui s’applique à vous? 
3. En vous adonnant à ces réflexions, notez les répétitions, tant au niveau de vos perceptions que de vos conseils. Ce sont probablement des éléments significatifs pour vous personnellement et n’oubliez pas que l’idée même des coïncidences est un concept erroné. 
4. Pour aider à demeurer centrés, relisez vos notes que vous avez prises sur le processus thérapeutique des participants ou commencez un journal de vos expériences de travail et des réflexions intérieures que ces dernières suscitent.
 

5. Partagez vos secrets —  de lourds secrets peuvent retarder votre croissance personnelle

La plupart des gens ont des secrets personnels, des petites informations sur eux qu’ils conservent cachées, habituellement par peur et qui deviennent comme une habitude, un autre objet dans la garde-robe ou dans la remise. La peur de vivre de l’embarras, de la culpabilité, de la honte, du rejet, de la colère ou de subir des représailles nous oblige à cacher sous le couvert du secret des situations pour nous éloigner de ces émotions. Très tôt s’installe sous la loi de l’inertie un immobilisme qui nous dicte de conserver comme secrets ces éléments humains de notre nature jusqu’à ce qu’une force extérieure vienne les débusquer. Et les secrets demeurent, chacun se vautrant et s’envenimant dans cette illusion de peur, dans cette interprétation erronée et non verbale de notre réalité. 

Il y a une distinction entre être pris dans le piège d’un secret et choisir de conserver le privé d’une intimité. Ça semble approprié mais ce n’est pas sain pour ces adultes de garder certaines choses privées. Mais s’abstenir de partager ce qui est privé implique que certaines personnes sont privilégiées et pourront recevoir ces informations car elles sont pertinentes pour elles. Et la motivation pour dresser une telle barrière n’est pas la peur des conséquences que notre ouverture va provoquer. L’acte de garder un secret est le storage d’une énergie interne et un investissement de cette énergie dans la peur. Cet acte amplifie artificiellement l’importance et la signification du secret. Un intervenant avec une approche familiale systémique répète souvent à ses clients : «Vous êtes aussi malades que la quantité de secrets que vous gardez !» Que ce soit à propos du passé ou du présent, à propos d’événements, de situations ou de croyances, les secrets sont habituellement lourds à porter et retardent la croissance personnelle et nuisent à notre habileté d’entrer en relation avec les autres. 

Il y des gains potentiels à obtenir en identifiant et se libérant de secrets bien gardés, même si au départ ils ont l’air insignifiants. 

Premièrement, il y a libération de cette énergie mentale et internalisée qu’utilise le cycle de la peur et qu’exige la suppression et quelquefois le refoulement que suggèrent les comportements qui entourent le processus comme la non divulgation, la discrétion, le silence, etc. Le contenu de ce qui n’est plus tenu caché ou secret est habituellement immédiatement réévalué et apparaît tout à coup moins important qu’à prime abord. Le pouvoir du secret de créer ou de maintenir des émotions désagréables chez soi est dissipé presque complètement. Et quelquefois un besoin personnel apparaît comme s’il avait été caché par l’ombre du secret, habituellement c’est un besoin de rétablir ou de soigner nos relations interpersonnelles ou encore de grandir. Finalement, nous allons voir augmenter notre estime de soi, notre connaissance de soi et notre expérience personnelle, utile alors auprès des participants à la thérapie que nous poussons directement ou non à révéler leurs côtés sombres et leurs ombres. 

1. Écrivez une autobiographie. Ne soyez pas bouleversés par cette suggestion : plusieurs ont découvert combien cette activité suscitait de l’humilité lorsqu’ils se sont aperçus qu’ils avaient si peu de choses à mettre sur papier (ou à colliger dans un fichier spécial dans leur ordinateur). C’est important de noter que cet exercice d’écriture va vous aider à identifier vos secrets qui ont été refoulés très loin dans votre «boîte à poux». Des incidents de notre enfance qui ont relativement l’air assez banals comme tels peuvent percer et venir troubler notre quotidien. Notre attention peut alors se centrer sur un mot, sur un juron, sur des brutalités faites à d’autres enfants, sur des déceptions. Découvrir ces déclencheurs est le premier pas vers la libération des charges émotives que nos secrets cachent encore.
2. Commencez un journal intime. Écrire dans un cahier virtuel ou réel permet de découvrir des secrets qui ont été refoulés bien loin de notre champ perceptuel conscient, de les amener au grand jour quotidiennement et de les sortir de soi. Ainsi le lien toxique entre secret—peur—suppression des émotions va graduellement disparaître pour laisser la place à la croissance, au partage et à l’expression des émotions.
3. Établissez des conclusions de vos écrits (effet de rétroaction). Des thèmes peuvent émerger d’une autobiographie, réflétant habituellement adéquatement des problèmes sous jacents significatifs. Peut-être que le plus important dans tout ça, c’est que ces deux projets d’écriture (autobiographie et journal) peuvent en fait clarifier les origines de nos motivations à devenir un aidant naturel, un intervenant, un professionnel de la santé (si c’est le cas). Ces motivations sont souvent bien ancrées dans nos familles d’origine. Explorez les processus relationnels interpersonnels de votre famille d’origine. 
Explorez les problèmes qui en résultent et agissez de sorte que vous allez être en mesure de résoudre les moments difficiles qui surgisent présentement vous permettant de vivre une vie plus calme et plus raisonnable, avec moins de pressions et de tensions en vous approchant de ceux et celles que vous cherchez à aider.
4. Créez autour de vous et servez-vous d’un réseau de support et de soutien. Ce sont des amitiés (quelquefois de simples relations sociales) qui comportent des rituels faits d’éléments comme la confiance, l’affection, le respect et un désir de s’entraider. De telles relations se développent dans un atmosphère où se retrouve le partage mutuel de confidences et nous procure une ligne de défense contre l’acquisition de nouveaux secrets. 
5. Développez des ressources de partage entre intervenants. Cela n’inclut pas les rencontres d’équipe et de secteur (du personnel), des cours de formation, les partys où l’on parle de la job, ou les séances de «bitchage» contre l’administration, etc. Les intervenants ont besoin de partager leur vécu professionnel avec leurs pairs dans un cadre de supervision et de partage des difficultés de chacun dans ses propres conditions de travail et de vie. Pour en arriver à un tel groupe de support, les pairs n’ont pas besoin d’être des collègues, et il y a de sérieux avantages à partager avec des gens qui oeuvrent dans des milieux différents. La confiance et la confidentialité sont des bénéfices qui peuvent être importants dans ce groupe thérapeutique de «thérapeutes». Des groupes de six à huit personnes se rencontrant une fois par semaine ou par deux semaines semblent être le format le plus populaire.
6. Entrez vous-même en thérapie ou en counseling. L’énergie de votre résistance à des suggestions qui vous sont offertes est un bon baromètre de votre désir d’aller chercher de l’aide (professionnelle ou extérieure) pour vous aider à vous libérer de vos secrets. Ou peut-être qu’une augmentation de votre éveil, de vos insights ou de votre connaissance personnelle de vous-même vous a mené dans un petit coin où il est très difficile de s’en sortir seul, dans un bon cul-de-sac. Bien que la recommandation d’entrer en thérapie n’est pas faite à la légère, ni n’est-ce une panacée pour qui que ce soit, il semble que beaucoup d’entre nous agissent comme s’ils étaient autosuffisants et que demander de l’aide professionnelle ou extérieure est quelque chose de farfelu ou de pas sérieux.

6. Faites de l’équilibre dans votre vie —  le travail ne doit pas être votre seule priorité

Quand un moteur, et il est construit comme ça, a tout à coup une vibration caractéristique et non désirable, un ingénieur peut être appelé pour souvent y ajouter un élément mécanique pour solutionner le problème. En travaillant comme intervenant dans le domaine de la réadaptation de l’alcoolisme et des autres toxicomanies, il y a des éléments qui créent des déséquilibres dans certains domaines de vie de l’intervenant à moins qu’il y ait des éléments pour retrouver une forme d’équilibre. Bien qu’il y ait des liens et des vibrations uniques entre tout emploi et toute personnalité — dont certains sont désirables — il y a certains types de déséquilibres avec lesquels nous pouvons composer.

1. Prenons d’abord la recherche d’un équilibre entre le temps passé au travail et le temps consacré à la famille. Un emploi d’un intervenant qui œuvre à temps plein habituellement procure plusieurs moments de très haute intensité au travail et aussi à la maison. Deux problèmes sont typiques : trop d’heures, soit au travail, soit hors des heures de travail contaminées par des retombées émotives de notre emploi. Le dernier de ces deux problèmes peut être traité  et répond assez bien aux stratégies déjà proposées dans ce document. Pour trouver un équilibre entre le temps «personnel» et «professionnel», commencez par la règle de base du 40 heures / semaine pour la job. Si vous dépassez ce chiffre magique, essayez d’imaginer ce que vous avez à gagner de ce stratagème. En absence d’une réponse sérieuse — «Je fais du temps supplémentaire pour avoir de l’argent pour faire des cadeaux à Noël prochain.» — présumez que vous avez besoin d’augmenter le temps que vous passez à prendre soin de vous chez vous. Votre rationnel qui vous amène à travailler tant que ça peut vous faire croire que vous avez besoin d’un surplus de temps pour effectuer les tâches qui vous incombent, tout en maintenant les normes de qualité de soins et services. Vérifiez les détails de votre illusion de surcharge de travail avec vos collègues et votre patron. Si vos tâches réelles sont semblables à celle des autres et/ou celles que votre patron s’attend de vous, votre désir de retrouver un équilibre peut sembler très fastidieux. Vous pouvez même croire qu’il serait plus facile de congédier votre employeur. Cependant, la racine de ce problème est souvent profonde et se situe dans une combinaison de perfectionnisme caché (des attentes d’un perfectionnisme camouflé sous des couvertures de rationalisations justifiant la nécessité de vous astreindre à tout ce surplus de travail) et une difficulté à mettre des priorités dans les diverses tâches à accomplir.
La meilleure chose à faire dans une telle situation est de couper vos heures de présence au travail à 40, d’utiliser vos pairs et la supervision pour aller chercher du feedback concernant la justesse de vos tâches et de discuter de vos difficultés à tout ce processus de lâcher prise soit dans un groupe de support ou avec un thérapeute.
Des vacances peuvent aussi s’avérer pertinentes. Plusieurs d’entre nous ont observé une augmentation du besoin de plus en plus pressant pour du temps de vacances qui est proportionnel au nombre d’années de travail dans le domaine. Deux éléments importants s’avèrent nécessaires :  la durée des vacances qui doit être suffisante et la qualité à se libérer de notre milieu thérapeutique, dans un processus de «désintoxication». Plusieurs d’entre nous trouvent que prendre une semaine bien normale de vacance plus deux jours de plus de repos à chaque saison est une bonne alternative.

2. Une source inhérente de déséquilibre dans notre travail d’intervention, c’est habituellement la quantité énorme d’heures passées à parler et à réfléchir. Les demandes croissantes au niveau de rapports et de documents écrits ajoutent à ce déséquilibre. Trouver des activités ludiques (des loisirs ou hobbies) qui ne nécessitent aucune tâche cognitive, intellectuelle. Bien que bien des activités de ce genre ont déjà été mentionnées, nous allons vous suggérer deux nouvelles approches différentes. Le monde des arts et de l’artisanat procure plusieurs échappatoires pour nous plonger dans un autre univers. Une façon moderne de nous anesthésier, c’est le monde virtuel, avec les jeux vidéos qui mettent l’emphase sur la coordination main-œil avec un minimum de stratégies et de réflexions.
3. Apprenez à ne pas aider. Dans votre vie personnelle, commencez à croire que vos amis et votre famille, peu importe le type de travail qu’ils font, savent combien vous vous investissez dans votre emploi à vous évertuer à composer avec toutes sortes de problèmes, à entrer en relation avec les participants en thérapie et le personnel aidant et à aider à rendre la vie plus vivable pour tout ce monde. Un merveilleux thérapeute qui n’a pas appris à dire non, qui n’a pas appris à ne pas travailler, a une fois passé la remarque suivante :«Tout le monde que je rencontre est un client !» après avoir écouté pendant 20 minutes les élucubrations de son plombier qui lui racontait ses problèmes personnels. Chercher des nuances et analyser les problèmes dans la vie des autres sont des activités «lourdes», fatiguantes qu’il faut apprendre à délaisser.
4. Si votre travail est sédentaire, équilibrez votre dépense d’énergie avec des activités physiques. Une marche rapide pour aller dîner et pour en revenir ne compte pas. 
5. Finalement, travaillez pour rechercher une stabilité émotive, pour composer avec les réactions émotives que votre emploi génère. L’intervention en réadaptation des alcooliques et des dépendants produit des sentiments comme la frustration, l’inadéquation, l’irritation, la tristesse, la peur et bien d’autres tout aussi désagréables.Nous avons tendance à mettre toutes ces émotions sur une tablette pendant notre journée de travail. Une fois  refoulées ou ravalées, ces réactions partiellement étouffées ont tendance à demeurer inconscientes et peuvent compromettre la qualité et le degré de satisfaction dans notre vie en général. Une simple rencontre quotidienne entre intervenants pour éclaircir sa situation personnelle et donner le pouls du groupe peut dérider bien des aidants aux prises avec un «sérieux» problème. Un conjoint ou un ami peuvent être aussi efficaces pour «peter les ballounes» mais ne sont souvent que très sympathiques quand il s’agit de problèmes d’intervention.

Conclusion

Comme nous l’avons vu, si nous voulons devenir plus efficaces à aider des gens à se rétablir d’une maladie comme l’alcoolisme et/ou la dépendance de substances psychotropes, cela requiert que nous prenions du temps privilégié pour prendre aussi soin de nous-mêmes. Acquérir une nouvelle et meilleure perspective en ce qui concerne notre travail, combler nos besoins primordiaux, apprendre à nous amuser, suivre nos propres conseils que nous dispersons à gauche et à droite, nous débarrasser des secrets qui pourrissent et finissent par puer et trouver un équilibre avec l’aide de nos collègues et de de nos amis sont des moyens importants pour devenir et demeurer des intervenants efficaces. Nous espérons que ce document n’est que le début de votre recherche pour améliorer vos vies. C’est seulement en continuant de satisfaire nos besoins individuels que nous pouvons nous prémunir contre l’épuisement professionnel et ainsi en évitant le burnout, nous allons rester efficaces.

Bruce Carruth, Ph.D., C.A.C, psychothérapeute et formateur en Gestalt nous a donné la permission de traduire ce document en français lors d’un cours au Rutgers’ Summer School of Alcohol Studies. 

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Traduits et adaptés par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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