La filière - INFO 2002
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PAS SEULEMENT UN JEU
traduit de Not Just a Game, de B. Kenneth Nelson, MD dans la revue FOCUS, 
Philadelphia's Independent Businessweekly — publié le 10 mai 1990
Ce texte a été traduit par Gilles Vinet
Objectif(s):
  • Aider les joueurs compulsifs et pathologiques à comprendre leur maladie, à s'identifier en décrivant un profil de personnalité typique de joueur

  •  
  • Aider aussi les personnes qui entourent les joueurs à déceler les signes avertisseurs et les inciter à faire une intervention


Ce texte est une traduction de Not Just a Game, un article tiré de la revue d'affaires, indépendante et  hebdomadaire, FOCUS, publiée à Philadelphie, le 10 mai 1990, écrit par le Dr. B. Kenneth Nelson, assistant directeur du Département de Psychiatrie du Valley Forge Medical Center & Hospital. 

Ce texte ne lie aucunement aucun groupe d'entraide à son contenu. Par contre l'appartenance à un tel groupe comme les Gamblers Anonymes peut vous aider à vous rétablir en partageant votre rétablissement avec d'autres personnes atteintes, comme vous, de la maladie du jeu compulsif, une forme de la maladie de l'EGO et des Émotions.

Introduction

Jouer, parier sont des formes de divertissement. Des milliers de personnes chaque année participent à un jeu de hasard, de chance. Les provinces une après l'autre ont instauré des loteries, font la promotion de leurs casinos et des organismes qui régissent le jeu et les paris comme Loto-Québec. Les personnes qui voyagent sur les bateaux qui croisent les grands lacs canadiens et le fleuve St-Laurent peuvent aussi s'adonner ainsi au jeu en toute quiétude. Les gouvernements puisent à ces toutes autres sources des revenus qui les empêchent d'augmenter les taxes.

Pour quelques personnes cependant, le jeu n'est pas vraiment un jeu; c'est leur vie entière qui est centrée sur le jeu. Ces personnes ont perdu toute forme de contrôle personnel en ce qui concerne limiter la fréquence et l'étendue de leurs paris. Comme résultat, le jeu rend leur vie difficile à vivre, ruine leur carrière et en fin de compte leur prend toute leur existence, toute leur humanité. Ces gens sont les «gamblers», les joueurs compulsifs.

Le jeu compulsif est une maladie qui affectait en 1990 entre 4 à 6 millions d'américains. Multipliez cela par les effets sur la famille, les amis et les employeurs, alors les chiffres deviennent ahurissants et inquiétants.
Si ce problème n'est pas traité, cette maladie du jeu pathologique (note de la traduction: voir DSM-IV 312.31) peut être la cause pour son employeur de lourdes pertes financières passant par de faux chèques à de la fraude, au détournements de fonds. 

Même où de tels crimes, assez évidemment, n'ont pas été commis ou encore découverts, l'absentéisme, les retards, la dilapidation du temps de travail et des ressources humaines peuvent créer des pertes financières assez considérables pour des entreprises.
Les programmes d'aide aux employés reconnaissent de plus en plus les problèmes qu'entraîne le jeu compulsif dans le milieu de travail et des coûts potentiels pour une compagnie. Les professionnels des PAE doivent en savoir plus sur cette dépendance, ses effets et caractéristiques sur les plans physiologiques et émotifs, et comment confronter efficacement un employé tout en s'assurant qu'il ou qu'elle va recevoir le traitement adéquat pour une telle condition.

Bien que le jeu compulsif ait été là depuis pas mal de temps, son identification comme une maladie n'a été établie que récemment. Ce n'est qu'après la fondation de «Gamblers Anonymous» (Joueurs Anonymes) à la fin des années 50 et suite à l'ouverture du «National Council On Problem Gambling Inc.» en 1972, que le public a été éveillé et informé que ces joueurs compulsifs avaient besoin d'aide.
 


Profil typique d'un joueur compulsif
Qui est un joueur compulsif? Une étude auprès de 100 joueurs compulsifs traités dans un programme spécialisé au «Valley Forge Medical Center & Hospital» décrit le profil d'un patient typique: C'est un homme marié dans la trentaine avancée qui joue depuis plus de vingt ans. Il est allé jusqu'au collège et travaille dans le secteur tertiaire de la vente ou des services, gagnant environ 40000$/an. Ses pertes à vie sont habituellement équivalentes à quatre fois son salaire annuel, pouvant aller jusqu'à 160000$.

Les femmes joueuses compulsives, selon cette recherche, sont la plupart du temps célibataires; plusieurs sont séparées, attendent leurs divorces. Typiquement, la femme qui joue compulsivement est aussi dans la trentaine avancée et joue depuis au moins 12 ans. Les femmes constituent 11% de tous les joueurs qui ont été traités au «Valley Forge Medical Center & Hospital». Cependant les experts sont convaincus que le nombre de femmes qui vont chercher à entrer en thérapie va augmenter à cause de l'éveil de la population et de la compassion qui existe, en général, envers les joueurs compulsifs.

Dans leur milieu de travail, les patients traités à «Valley Forge» sont typiquement des personnes ergomanes (workaholics), ayant des personnalités de type «A» qui doivent réussir plus que la moyenne et de très bons travailleurs. 

C'étaient des individus très excitables et enthousiastes dont les emplois leur offraient beaucoup de temps non supervisé au téléphone et des blocs-horaires quotidiens où ils pouvaient agir complètement à leur guise.
Une partie des patients traités avaient tous accès à de larges sommes d'argent tirées à même les fonds de l'entreprise, qui par l'entremise des ordinateurs et de réseaux électroniques et téléphoniques pouvaient être déplacés d'un compte à l'autre ou pouvaient passés inaperçus pour une période très variable de temps. Les joueurs compulsifs dans le domaine des ventes recoivent fréquemment de grosses sommes d'argent à des intervalles irréguliers qui ne sont pas comptabilisées avant une date ultérieure spécifiquement déterminée. De même, les courtiers en valeurs mobilières peuvent jouer des montants importants que des gens leur ont confié avec l'informatique et camoufler assez habilement ces activités.
Ces scénarios représentent des milieux propices pour le joueur compulsif qui croit que son prochain pari va lui permettre de payer toutes ses dettes. Malheureusement, la journée de l'éveil et de la réconciliation ne vient jamais sans aide professionnelle.

Les joueurs compulsifs souvent sont des personnes très intelligentes qui sont habituées à être à leur meilleur, de battre toute probabilité et remporter tous les défis qui leur sont présentés. Pour eux, parier ne représente qu'une autre partie à gagner, qu'un autre jeu d'adresse à maîtriser. Souvent, ils sont émerveillés de voir avec quelle facilité ils peuvent réussir à jouer sans que ça ne paraisse à leur milieu de travail ou combien c'est aussi aisé de détourner des fonds à cette fin. Plusieurs volent ainsi leur employeurs durant des années et, en même temps, ils sont très respectés et nous leur faisons confiance comme nous le ferions avec des employés de grande valeur et importance pour notre entreprise. Les joueurs compulsifs qui travaillent pour de très grandes entreprises ou corporations ne sont souvent découverts que par accident. Dans la plupart des cas, les joueurs compulsifs peuvent garder une bonne façade d'efficacité et une belle image de fonctionnement avec succès et même brio au travail, tandis que dans d'autres domaines de leurs vies, c'est la déconfiture totale.

Signes avertisseurs
 

Découvrir un joueur compulsif dans un milieu de travail, n'est pas évident et ça peut s'avérer une tâche assez ardue. Le joueur compulsif va prendre de grands détours pour cacher ses traces et éviter toute détection ou confrontation. Cependant, son désir impérieux de jouer est tellement fort que le joueur devient de plus en plus impulsif et désespéré et peut alors donner des signes avertisseurs qui nous laissent des indices de ces activités ludiques.

Les employeurs et les professionnels des PAE sont, eux aussi, de plus en plus conscients des signes avertisseurs suivants tels qu'ils se présentent chez les joueurs compulsifs à l'intérieur de leur entreprise:
 

  • Utilisation excessive du téléphone.  Les joueurs compulsifs doivent appeler leur preneurs au livre («bookies»), doivent prendre des paris sur des événements sportifs, vérifier les résultats des courses ou des parties — tout cela sans laisser le bureau. Les réseaux informatiques peuvent aussi servir à placer des paris et à toutes les activités reliées au jeu.

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  • Recherche d'argent.  Les joueurs compulsifs peuvent essayer d'emprunter de l'argent de la compagnie, de leurs collègues de travail, de la caisse de dépôt et de crédit ou même de personnes avec lesquelles ils entretiennent un lien d'affaires pour aller jouer ou pour payer leurs dettes de jeu.

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  • Grandiosité.  Les joueurs compulsifs, souvent, se vantent et se glorifient de leurs gains au jeu pour interpréter le rôle du «gars plein aux as». Souvent, ce sont de grands dépensiers qui utilisent leur flamboyance pour essayer d'émerveiller ou d'impressionner les autres. Ces tendances peuvent devenir très marquées durant de longues périodes.

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  • Abus de temps.  Les joueurs compulsifs peuvent prendre pendant un bon bout de temps de longs weekends, des diners prolongés, des retards matinaux ou des départs prématurés en fin de journeé pour s'investir dans leurs habitudes de jeu.

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  • Diminution de leur performance.  Bien que des joueurs compulsifs soient souvent des employés «hyperperformants», même des ergomanes «workaholics», la qualité de leur travail va souffrir fréquemment dès que leurs habitudes de jeu vont devenir obsessionnelles.

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  • «Paraphernalia» de jeu.  Les listes de pistes de courses, les cartes de paris sur le football, le hockey, la section des sports des journaux peuvent être des signes que cette personne a plus que des intérêts vaillants et sérieux pour les sports et/ou le jeu.

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  • Changements brusques dans sa personnalité.  Les joueurs compulsifs souffrent souvent d'humeurs changeantes. Ils peuvent avoir l'air irritable de façon déplacée ou sans raison ou s'isolent tout à coup socialement lorsqu'ils entrent dans une longue et pénible série de pertes 

  • La rumeur qui circule.... La vie des joueurs compulsifs est habituellement remplie d'un complet désarroi. Ils souffrent souvent de problèmes maritaux à cause de leurs habitudes et un fort pourcentage s'adonnent à des dépendances dites croisées à l'alcool ou aux drogues. Les employeurs recoivent quelquefois des informations indirectement par des rumeurs ou des «quand-dira-t-on». Si d'autres signes avertisseurs sont présents, ce sera alors plus prudent de confronter l'individu.
     

Intervention

Une fois que vous doutez qu'une personne s'adonne au jeu compulsif, une intervention peut alors être nécessaire pour permettre à cette personne de reconnaître le problème et d'aller chercher de l'aide. Les joueurs compulsifs peuvent se faire croire à eux-mêmes qu'ils ont encore le contrôle. Une confrontation bien structurée avec un intervenant habile, quelquefois un joueur en rétablissement qui comprend le problème et qui peut briser le déni à première vue, ça peut forcer la personne à accepter que son habitude de jeu est devenue pathologique et par ce fait, une dépendance.

Une fois que le joueur compulsif a accepté qu'il avait besoin d'aide, un plan de traitement individualisé peut être établi en tenant compte de la gravité de la problématique et des besoins spécifiques de la personne. Les possibilités qui s'offrent comme traitement sont: une thérapie externe, du counseling familial ou une thérapie résidentielle. Chacune de ces options devrait obligatoirement inclure  des meetings réguliers dans plusieurs groupes d'entraide comme Joueurs Anonymes (et dans GAM-Anon s'il y a lieu) même après la fin des autres formes de thérapie. Un suivi thérapeutique individuel ou de groupe peut ajouter une forme d'assurance que le joueur compulsif en rétablissement ne retourne pas à ses comportements compulsifs, toxiques et autodestructeurs.

Le jeu est une forme de divertissement qui peut à la fois procurer du plaisir et même être profitable. Le jeu compulsif, lui, est mortel. L'information publique, la prévention, l'éveil et le support peuvent nous aider à empêcher que le sort de notre entreprise ne soit déterminé par la petite boule qui roule et qui saute du rouge au noir, par les dés de l'impair au pair et manque, par la couleur d'un jersey sur une fière monture.
 



 

Traduits et adaptés par Gilles Vinet, Au Centre de la Vie
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