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Les archives de Sophie Daout

Vol.1 No. 41
Bienvenue à Cokeland

Je réagis aujourd’hui à la lecture d’un dossier publié par la  revue  TECHNIKART et consacré à la  « nouvelle ère » des « toxicos de la vitesse ». Le mensuel qui a couru  derrière  les « marathoniens du tapis roulant » et tenté de suivre les  adeptes de la « « fast culture » avec toujours plus de son, d'images et de sonneries de portable. Il affirme que « la coke est devenue la drogue incontournable des années speed ».
Afin de comprendre le phénomène, le magazine propose une « excursion à 200 à l'heure dans une soirée speed ». Gros plan sur l'appartement de « Bernard et Bianca », deux trentenaires

parisiens, sans enfant, dont le premier est dessinateur et la seconde attachée de presse dans l'édition.
« Avoir des gosses ? » se défend  Bernard « Plutôt crever !  Bianca et moi on  préfère claquer la thune des couches dans la dope ».
Après lecture d'un texto sur son portable  Bernard s’exclame: « J'ai rendez- vous devant maître Kanter, j'ai des super cds 80 ». Ce qui signifie : j’ai des nouvelles de mon dealer !

Panique soudaine de Bianca qui consulte elle aussi  son portable « Faut trouver un plan B, le dealer, vient de nous planter ».

D'après le journal, dès lors « quatre êtres humains se transforment instantanément en opérateurs téléphoniques » et « chacun attend un appel qui le ramène à la surface » jusqu'à ce que  le fameux dealer,  réapparaisse enfin  mais avec des « cds » qui ont grimpé à 100 euros.  Insultes envers le dealer, et départ en  scooter  pour le quartier  République  où « comme dans les mauvais films » attend une « BMW noire aux vitres teintées » avec un dealer au

«physique de beau gosse des cités » qui oblige ses clients à écouter sa « dernière prod » une «version hip hop des magnolias de Claude François ».
A Bernard qui se « liquéfie intérieurement », il laissera au bout du compte « quatre petits paquets de  « pure bombe » contre 400 euros ».
« Retour au bercail » où l'on attend l'arrivée de Bernard « comme celle du Messie en Terre Sainte ».

Le journaliste comprend alors un truc simple : « celui qui a la coke a le pouvoir ».

« La meute » se jette alors sur le sachet ouvert sur la table, puis un second paquet est ouvert, et, la drogue faisant effet, Bianca décide d'aller à l'anniversaire de Colette, une copine écrivain, dans une boîte de l'ouest parisien. Dans la boîte "saturée", rencontre avec Amélie surnommée « Truffe à coke » qui assure « Je ne sors que s'il y a de la coke, sinon c'est pas la peine. Depuis cinq, six ans, ce n'est plus le problème puisqu'il y en a partout. Même dans les lycées, la coke  a remplacé le bon vieux chichon.
Le seul problème avec la cocaïne, c'est que c'est une fin en soi. Tu recherches toute la nuit l'instant zéro,  un peu comme les héroïnomanes qui cherchent toute leur vie le flash du premier shoot ».
Vision furtive  d'un écrivain qui « passe à la télé » en train de tendre son paquet à celui qui l'édite pour préparer des lignes sniffées à tour de rôle. Puis, Bianca décide de rentrer « tout de suite » sans plus s'inquiéter de Colette. Retour à l'appartement où l’on retrouve les trois autres « vitrifiés à la même place, le nez dans la poudre, enchaînant en mode « repeat » les mêmes anecdotes que tout à l'heure ». Diana qui dit avoir fui Londres « pour échapper à ce genre de soirées » avec « une nuit qui passe en deux secondes et après trois jours de dépression à ton taf ». Elle explique qu'à Londres « la grosse différence,  c'est que le crack est devenu une drogue de bourges alors qu'ici ça reste un truc pourri pour les pauvres » et elle prédit:  « Mais je crois pas que ça va durer ».
Commentaire des journalistes « Le jour se lève, on file à l'anglaise en abandonnant derrière nous trois paires de narines qui pensent encore foncer dans la nuit alors qu'elles n'ont finalement  fait que du sur place ».
 

 En encadré le journal assure que « moins chère, plus pure »,  « la coke a fini par écraser les autres drogues ». Il se souvient :  « Nos parents nous avaient pourtant prévenus : la drogue c'est de la merde ». Le mensuel observe « pourtant rien à faire depuis les années 60 chaque génération plonge  dedans à tour de rôle ». Ainsi  « 1967 fut l'année de l'acide et de l'exploration, 1977 celle de l'héro et de l'autodestruction, 1989 fut utopique et ecstasiée » et  une chose est sûre « la coke est la drogue des années 00 ».

Suivent les chiffres publiés par l'Office Français des Drogues et des Toxicomanies : 2,6% de consommateurs de cocaïne  chez les 15-64 ans, 3,8% chez les 18-44 ans,  une consommation qui se développe chez les jeunes  dans un cadre festif urbain, mais aussi dans des milieux « devenus tellement  larges et hétérogènes qu'il est difficile de dresser un portrait type du consommateur ». Notant une progression de 7,5% des saisies de cocaïne entre 2003 et 2004 (qui fut une année record), le journal souligne que l'Europe est le deuxième marché après les Etats-Unis, le prix de vente d'un gramme de cocaïne étant estimé « entre 50 et 80 euros selon la qualité », un prix divisé par deux depuis 1995. Tous éléments qui amènent

Technikart à conclure :
« Résultat : surchargée comme des mulets sud-américains, la génération 00 tourne en rond dans sa cage dorée sans chercher la moindre issue de secours. Dans les années à venir attendez vous donc à une recrudescence de monologues délirants (« En fait je crois que Dieu a eu tort »), de crises de paranos ( « Je te dis que mon portable est sur écoute ») et de dépressions chroniques dans votre entourage.
Si tout cela est vrai, notre avenir s’annonce bien triste!

Vous n’en êtes pas convaincus ?
Alors, soyez vous aussi les bienvenus à Cokeland ».
Excusez-moi, mais je ne vous y accompagnerai pas !

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Sophie Daout, le 19 octobre 2007
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Vol.1 No. 42
FEMMES ET DEPENDANCES

Cette semaine, le journal SANTE MAGAZINE qui pose la question suivante:  « Etes vous une femme addict ? ».
Il souligne que « la prise compulsive et irraisonnée de médicaments, d'alcool ou de nourriture est une maladie redoutable. D'autant plus tabou « quand elle se vit au féminin ».  D'après le magazine, les addictions féminines sont de plus en plus importantes, que ce soit des  addictions comportementales ou à une substance.

William Lowenstein, spécialiste des addictions, pour qui, « la dépendance est une maladie des émotions », affirme que les femmes sont entre 1,5 et 3 fois  plus sujettes à l'angoisse que les hommes. Toutefois selon lui, « ces différences ne relèvent pas de distinctions « constitutives »  mais « résident principalement dans nos comportements sociaux et culturels ».

Le journal qui se penche sur le stress des femmes qui ont des responsabilités professionnelles, doivent s'occuper des enfants et  accomplissent des tâches domestiques, avec aussi une peur de l'avenir liée aux représentations d'une jeunesse et d'une beauté idéales, précise que cet équilibre émotionnel devient fragile si un événement de vie vient perturber le quotidien. Laure Charpentier, ancienne alcoolique et présidente de l'association SOS Alcool femmes, s’exprime ainsi : « Un jour c'est la rencontre amoureuse avec une substance, comme moi avec l'alcool, et c'est la solution miracle à tous les soucis ».

D'après W. Lowenstein, « la pharmaco dépendance et les troubles de comportement alimentaire touchent principalement les femmes ». Indiquant que depuis 1980, les femmes consomment deux fois plus de médicaments que les hommes, le magazine explique que ce sont elles qui font les courses et qu'un « petit détour par la pharmacie est plus aisé »  mais aussi que « prendre une petite gélule est moins culpabilisant qu'ouvrir une bouteille d'alcool ». Elles savent que l'abus d'alcool « peut faire grossir, rendre le visage bouffi ». Notant que le diagnostic de dépendance est posé très tardivement chez les femmes, le mensuel rapporte ce témoignage de Christiane :

 «…Parce que je buvais du bon vin, dans un joli verre, dans ma grande maison, ce n'était pas de l'alcoolisme chez moi ».
Le déni est souvent présent, et « accepter de se faire soigner c'est reconnaître publiquement que l'on va mal » ce qui pour Laure Charpentier « est très dur, encore plus durpour une femme ».
Dans une interview,  Jean Claude Matysiak, chef de service d'addictologie à l'hôpital de Villeneuve-Saint-Georges, en région parisienne, évoque l'addiction au travail, qui touche les hommes bien sûr, mais aussi et de plus en plus, les femmes.  C’est une addiction
 « difficile à repérer car  elle est assimilée à la performance et à la réussite ». Les signes en sont « le stress, mais aussi l'insomnie, l'anxiété, une perturbation des relations avec l'entourage, les idées noires ». Cela tient à  la « détresse affective (le plus souvent),  la faible estime de soi , une  faille personnelle ancienne,  une insatisfaction constante ».

D'après le médecin, pour la femme, le danger consiste d'abord dans « un désintéressement de sa sphère privée : mari, enfants », sachant que « pour augmenter sa résistance au travail, elle peut prendre des produits stimulants et ensuite des médicaments pour dormir », ce qui a cette « conséquence grave pour les enfants de leur fait croire  qu'il existe une solution chimique aux  problèmes ». Estimant que « l'entourage doit se manifester sans relâche » sur le mode : « Tu en fais trop » ou : « Ton attitude n'est pas normale », il ajoute aussi « qu'une prise en charge médicale couplée d'une psychothérapie doit rendre sa juste place au travail ».

Bien sûr, toutes les addictions se conjuguent aussi au féminin, et l’addiction à la nourriture, manifestée dans le cadre de l’anorexie ou de la boulimie est plus fréquente chez les adolescentes que chez les garçons.
 
 

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Sophie Daout, le 26 octobre 2007
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Vol.1 No. 43
Stars foudroyées en pleine gloire

Une émission est programmée cette semaine à la télévision avec pour titre « L’étoile noire ». Elle retrace le destin de sept femmes, au destin extraordinaire et qui pourtant ont fini leur vie dans le drame. Elles étaient belles, elles faisaient la une de tous les magazines, elles étaient universellement connues. Mais derrière l’apparence, se cachaient des femmes fragiles et terriblement angoissées. On y rencontre Martine Carole, suppliant: « Enterrez-moi belle ! ». Pier Angeli, la « Garbo italienne » est morte d’une crise cardiaque à 39 ans. Nathalie Wood s’est noyée dans l’Océan Pacifique à 43 ans et les circonstances de son décès ne sont pas claires. Jane Mansfield s’est tuée dans un accident de la route à 34 ans. Françoise Dorléac, la sœur de l’actrice française Catherine Deneuve, est morte brûlée dans un fossé à 25 ans. Jean Seberg a été retrouvée morte à l’arrière d’une voiture enveloppée dans une couverture, à 41 ans. Et enfin on revoit la belle Romy Schneider emportée à 44 ans.

Le film présenté s’efforce de trouver la faille derrière les paillettes. Car ces femmes qui font tant rêver leurs admiratrices et fantasmer leurs admirateurs, sont aussi des êtres humains. Elles sont en proie à toutes les tentations. Derrière l’argent facile, la gloire, le succès, se cachent aussi hélas souvent une grande solitude, l’alcool, la drogue, la dépression, les tentatives de suicide. Car il faut être solide pour résister aux pressions. J’ai vu hier, dans un reportage télévisé,  Brigitte Bardot, notre BB nationale. Elle a choisi de quitter le monde du cinéma au sommet de sa gloire à 37 ans. Il faut beaucoup de courage et d’intelligence pour savoir se retirer avec grâce. Celles qui n’ont pas su ou pas pu le faire, avaient l’obligation de rester belles en dépit du temps qui passe. Et c’est difficile, voire impossible ! Bien vieillir aussi demande de la grâce !

Le monde du spectacle, vu de l’extérieur, est fascinant. Mais jouer la comédie, c’est aussi souvent douter, se remettre en question, avoir peur de l’avenir. J’ai lu récemment un livre sur Marylin Monroe. Elle a passé sa vie à se confier à des psychanalystes successifs pour tenter de vaincre ses démons. En vain.

Les stars sont vulnérables, et c’est aussi ce qui fait leur talent. Elles sont les interprètes de toute la palette des sentiments humains, et doivent puiser dans leurs propres ressources  pour que les personnages qu’elles incarnent nous émeuvent. Le grand public a tendance à les imaginer dans la vie tels qu’elles apparaissent à l’écran. Mais ce sont aussi ces êtres humains malades de trac, des hommes et ces femmes en quête d’amour, vivant aussi comme nous tous, des peurs et des doutes, des rencontres, des séparations et des deuils. Comme nous, ils pleurent et ils souffrent, mais ils n’exposent pas leurs chagrins, ce serait vraiment indécent, et malheureux, ils seraient des briseurs de rêve, et peut-être ne les aimerait-on plus… Le public veut pouvoir garder intactes ses idoles!

Ces vedettes n’ont PAS LE DROIT de monter leur faiblesse. Elles sont constamment dans le jeu du paraître dans la lumière des projecteurs. On exige tout d’elles, elles n’ont pas droit à l’erreur. Et celui qui est aujourd’hui adulé, peut demain être oublié ou même détesté! Comme il doit être difficile le passage du soleil à l’obscurité totale. Certains ne l’ont pas supporté.

J’ai lu le livre de la maman de Patrik Dewaere, Mado Maurin.  Dans les années 70, Patrick était l’un des plus grands acteurs de sa génération. Il enchaînait les tournages de films. Sensible et  talentueux, n’ayant pas supporté la trahison, il  avait un jour donné un violent coup de poing à un journaliste, et fait alors l'objet d'un véritable boycottage de la presse et des médias. Dès lors, il n’avait plus été interviewé. Exemple sans précédent en France, les producteurs éprouvent des réticences à l'employer. Ce rejet, et un échec sentimental ont eu raison de lui. Le 16 juillet 1982, il met subitement fin à ses jours dans sa maison du XIVe arrondissement à Paris d'un coup de carabine 22 long rifle, offerte auparavant par Coluche, sans laisser un mot d'explication. Au moment de son suicide, il allait commencer le tournage d'Edith et Marcel de Claude Lelouch dans lequel il devait incarner Marcel Cerdan.

Car existe l’envers du décor. Derrière les paillettes se cachent aussi parfois le désarroi, la désillusion, la solitude et l’envie d’en finir. Manquent les mots pour dire le malheur. C’est ce que nous rappelle ce reportage.
 
 

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Sophie Daout, le 2 novembre 2007
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Vol.1 No. 44
Sport et Mafia

Vous souvenez-vous de ma chronique numéro 33, que j’avais intitulée « Quand la Mafia s’invite autour des courts » ?

J’y parlais de « l’affaire  Davydenko ». Le joueur russe de tennis,  Nikolaï Davydenko, n°4 mondial, disputait un match  l’opposant à l’Argentin, Martin Vassallo Arguello, 83ème mondial, et avait  préféré renoncer en raison « d’un pied douloureux » . Le déroulement du match  avait éveillé bien des soupçons.  Comme par hasard, les parieurs avaient brusquement misé pendant la partie, sur la défaite de Davydenco. L’ATP avait alors décidé d’ouvrir une enquête afin de déterminer le degré d’implication du joueur russe dans cette affaire de paris suspects.

Or voici que notre joueur récidive. La presse reparle de lui, à l’occasion du deuxième tour du tournoi  de Saint Petersbourg  où il s’est incliné devant  le joueur croate Marin Cilic sur le score de 1-6,7-5, 6-1. Il lui est infligé une amende de 2000 dollars pour absence d combativité L’ATP reproche à Davydenco de « n’avoir pas fourni tous les efforts possibles » lors de ce match.

Après un premier set impeccable, il a enchaîné les erreurs, en commettant dix doubles fautes, quatre dans le second set et six dans le dernier. Au début du troisième set, le juge le somme de faire plus d’efforts. Mais Davydenco déclare après le match qu’il n’a absolument pas fait de cadeau à son adversaire, classé 102ème à l’ATP. Il déclare : « J’ai été choqué d’entendre l’arbitre me dire cela ! Je trouve cela scandaleux ! J’ai été tellement déçu que je me suis mis à pleurer ! »
Il poursuit :
« Après une double faute, l’arbitre m’a averti pour comportement fautif sur le court, comme si je laissais filer le match. Cela m’a surpris, je n’avais rien entendu de cette sorte auparavant. Je n’avais jamais vu cela ! »
L’arbitre, voyant la tournure du match, demande au Russe s’il a des problèmes. Non, tout va bien, lui répond celui-ci…avant de signaler à l’arbitre que « ses jambes le lâchaient ».
« Je ne pouvais plus me déplacer dit-il. Je voulais, mais je ne pouvais pas gagner. Cela m’a mis hors du match, j’ai perdu mon service et le deuxième set, psychologiquement, je n’étais plus sur le court ! »

Notre champion éploré a donc, outre ses problèmes de jambes, un mental bien fragile !

Mais, même s’il a écopé d’une amende, il n’est pas perdant financièrement, à mon avis. En lui infligeant une sanction, le tennis mondial veut se dégager du problème des paris véreux sur la toile, et tient à le faire savoir. Car, combien de matches et dans combien de tournois, les règles du jeu ont-elles déjà été dévoyées ?

Et je repose encore une fois la question qui terminait ma chronique sur ce sujet :
Nous sommes bien loin ici des problèmes de dopage, c’est sans doute ce que vous pensez. Bien loin aussi de la drogue !

En êtes-vous si sûrs ?
Moi pas !

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Sophie Daout, le 9 novembre 2007
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Vol.1 No. 45
Les femmes battues

Cette semaine la télévision nous propose un reportage sur les femmes battues. Ce thème m’intéresse beaucoup. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon.

Le reportage nous présente des femmes chancelantes, qui tentent d’oublier la peur et s’efforcent encore de croire malgré tout en la vie. Elles racontent en termes voilés cette réalité si dure qui fait leur quotidien. Pudiques, elles ponctuent leur récit de silences, et des larmes parfois voilent leurs regards. Car les femmes battues sont des êtres blessés, le temps a chassé leurs illusions et englouti leur énergie. Il leur a fallu souvent du temps, beaucoup de temps pour comprendre et accepter qu’il n’est pas normal qu’un homme batte sa femme. Elles ont longtemps cru qu’elles étaient coupables et donc méritaient ce châtiment. Et elles ont espéré que la brute s’amenderait, et que cesseraient les coups si elles faisaient des efforts pour lui plaire, encore plus d’efforts.

« J’ai toujours l’impression que c’est de ma faute…Je ne réagis pas parce que j’espère toujours un mieux ! »
Partout ce sont les mêmes scènes qui se répètent. Derrière la porte close, dans un univers familial coupé du reste du monde, on entend des cris, des pleurs d’enfants, le bruit des coups, la sirène des secours appelés par un voisin dans la nuit, du sang et des larmes. Et parfois la venue de la police. Parfois, oui, parfois seulement, car ces femmes se taisent en général, parce qu’elles ont honte et parce qu’elles ont peur.
Les enfants sont les témoins de ces scènes traumatisantes et en sortent marqués à vie. Ils développent par la suite un sentiment de culpabilité et croiront encore longtemps qu’ils sont la source du désaccord de leurs parents. Ils présentent souvent des troubles du comportement, de l’instabilité et devront faire un véritable travail sur eux-mêmes pour pouvoir croire en l’amour un jour et pour ne pas reproduire dans leur propre couple la violence dont ils ont été les témoins dans leur enfance. Les petites filles deviennent parfois elles aussi des femmes battues, et leurs frères des hommes qui battent leurs femmes.

Bizarrement, on entend aussi souvent les mêmes discours de la part de ces victimes :
 « Mon mari, ce n’est pas un homme violent, c’est un homme super. Ce n’est pas moi qui ai appelé la police, c’est ma fille de 10 ans, elle a paniqué ».

Pourquoi sont-elles ainsi dans le déni ? Parce qu’elles sont idéalistes, qu’elles croient en un avenir plus clément, qu’elles espèrent que les choses vont s’arranger.
Curieusement aussi, 80 % de ces femmes, même après une déclaration de coups et blessures à la police, pardonnent et reviennent vivre avec leur conjoint, et quand elles le quittent pour former un autre couple, bien souvent elles reprennent leur histoire au point où elles l’avaient laissée en choisissant un homme encore violent qui les battra lui aussi !
Selon des estimations, 15% de femmes seraient potentiellement en danger à leur domicile et six femmes sur dix affirment avoir connu des violence verbales. Or, l’on sait que parfois les mots sont aussi destructeurs que les coups. Personnellement ce pourcentage m’étonne et m’effare.
Autre chose : les femmes battues sont peuvent être jeunes ou âgées, issues de milieux défavorisés ou aisés. Il semble que 67% des femmes battues sont des cadres !

Dans ce reportage, on voit un visage, celui d’Audrey, une charmante jeune femme poignardée par son compagnon. Elle aimait la vie et on la voit chanter et rire sur un film tourné par un proche. Sa mère parle d’elle ainsi :
« Elle ne se maquillait plus, il ne fallait pas ! Elle avait un bon travail elle a dû arrêter ! il la mettait sous cloche, il la tapait un peu, et puis il refermait. Un jour, elle a voulu que ça cesse, elle l’a quitté ». Son ami, fou de rage la menace  de « la buter, de la balafrer, de lui refaire la gueule… ». Il lui écrit : « Je vais te faire du mal. Je vais aller en prison pour ce que je vais te faire mais je n’en ai rien à foutre ! » Il la harcèle jusque devant chez elle. Audrey a peur et alerte la police par trois fois. Mais personne ne bouge.
Et puis un jour, c’est l’horreur !

La mère d’Audrey a ce commentaire terrible : « Aujourd’hui, il est en prison, mais il est heureux, il sait où elle est ! »
Il le sait bien puisque c’est lui qui l’y a envoyée.

Est-il fier de sa « victoire » ? Est-il encore sûr qu’il a eu raison d’accomplir ce geste ?

C’est possible. Parce que les hommes qui battent leurs femmes, les tyrans domestiques, sont en général des faibles qui tentent d’affirmer leur supériorité par les coups. Ils ne supportent pas qu’on leur résiste tant soit peu. Il suffit d’un rien, d’un regard, d’un sourire, ou même d’un silence pour qu’ils se déchaînent. En réalité ce sont des pleutres, qui à l’extérieur se comportent tout à fait différemment. Leur véritable personnalité, leur vrai visage, ils les gardent pour l’intimité de leur foyer.

Lâches, je vous dis !

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Sophie Daout, le 16 novembre 2007
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Vol.1 No. 46
Campagne contre l'alcool au volant

Deux livres viennent de sortir traitant du même sujet, l’alcoolisme.

Le premier a pour titre « Longtemps j'ai vécu avec une bouteille » de Madeleine Melquiond  (éditions Albin Michel).
L’auteur fait sur  200 pages une auto analyse clinique, où elle raconte « les bouteilles planquées, les  ruses infernales, les petites fêtes qui tournent au drame, les enfants qui se désespèrent avant de s'accommoder tristement, le mari qui quitte le foyer, le thérapeute qui ne soigne rien, la première cure qui échoue, avant d'aboutir à une forme d'équilibre .

Le second livre « Les douleurs fantômes », est signé par Philippe Cohen-Grillet (éditions Le Bord de l'eau).
L’auteur plus jeune, manifeste aussi une grande force d'âme pour passer à l'aveu, autour d'une chronique sentimentale éthylique. Il rappelle  que  « le combat contre les démons  n'est pas du seul ressort de l'Etat, lequel gagnerait pourtant à se mettre un peu de la partie .

La sortie de ces livres coïncide avec une campagne contre l’alcool au volant chez les jeunes, lancée par la Prévention routière , campagne qui s'appuie sur une étude montrant la forte présence d'alcool dans les soirées des 18-24 ans. Cette campagne  désigne comme « un super héros » le conducteur qui ne  boit pas et ramène ses amis sains et saufs chez eux. Elle est lancée conjointement avec la Fédération française des sociétés d'assurance. Les deux associations avaient  commandé une étude qui démontre que 68% des jeunes de 18 à 24 ans interrogés ont bu de l'alcool lors de leur dernière soirée, (dont  44% plus de trois verres). Un point positif cependant, la pratique du conducteur désigné est de plus en plus répandue : 72% des interviewés déclarent le faire souvent, alors qu’il y a 10 ans, elle n’était pas du tout dans les usages. Le conducteur sobre  s'est autodésigné dans 36% des cas, et dans 26% des cas la désignation a lieu  à tour de rôle. Le délégué à la Prévention routière se félicite :  « celui qui reste sobre n'est plus le bonnet de nuit de service », et demande aussi  que les contrôles  d'alcoolémie soient renforcés à proximité des boîtes de nuit.

Par ailleurs 86% des jeunes plébiscitent le développement des transports en commun pour les retours de soirée et 82% souhaitent une intensification des actions de communication et de sensibilisation. La peur de l'accident incite 91% des jeunes à être prudents sur la route, un jeune sur deux assurant que lui-même ou l’un de ses proches a déjà été victime d'un accident. Pour 63% le risque d'être contrôlé incite à faire attention à la consommation d'alcool. Jusqu'au 17 novembre,  la campagne décline ce thème sur les radios écoutées par les jeunes, sur Internet  et par voie d'affichettes, et le 17 novembre sera organisée la « 4ème nuit des capitaines de soirée » dans plus de 120 discothèques. « Nous voulons remettre le capitaine de soirée au centre du groupe, en en faisant quelqu'un doté du super pouvoir de ne pas boire ».

Car l'alcool tue encore trop de jeunes  sur les routes »  puisque pour les 15-24 ans c'est la première cause de mortalité. Cette tranche d’âge représente  28% des tués, alors qu'ils ne sont que 13% de la population. Si la consommation d'alcool a baissé depuis 10 ans en France, elle a malheureusement augmenté de façon excessive lors des soirées. L'alcool est  d'autant  plus morbide qu'il se combine aux kilomètres, puisque près d'un jeune sur quatre en parcourt plus de 50 lors de ces virées de week-end, les trois quarts des soirées se déroulant dans deux endroits différents au moins..

Un journal, Le Parisien, a posé la question suivante :
« Que prévoyez vous pour rentrer les soirs de fête ? », à cinq jeunes de 18 à 26 ans et voici leurs réponses :
  • Vincent, 20 ans : « Il y en a toujours un qui ne boit pas ».
  • Yannick, 26 ans: « au préalable on se met d'accord pour savoir qui sera chargé de nous ramener » .
  • Thomas, 21 ans, « Je ne conduis jamais après avoir bu, je dors dans ma voiture ».
  •  Giovanni, 18 ans : « Avec plusieurs copains nous réservons un taxi qui nous attend à la fermeture ».
  • Audrey, 26 ans :  « quand je rentre de boîte je ne conduis jamais ».
Les mentalités évoluent donc dans le bon sens mais il faut aussi lutter contre certaines pratiques très inquiétantes. Ainsi, le maire de Nantes, une grande ville française, a-t-il choisi de renforcer les mesures annoncées par la préfecture qui a lancé un plan anti-alcool. Il a interdit par arrêté « toute pratique visant à promouvoir la consommation d'alcool »,  une mesure qui concerne notamment  la vente « à prix réduit des boissons alcoolisées dans le cadre d'une opération de promotion temporaire » (happy- hours ) ou la pratique consistant  à « servir, moyennant un prix forfaitaire de départ, des boissons alcoolisées à volonté », (open-bar).
 
 

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Sophie Daout, le 23 novembre 2007
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Vol.1 No. 47
Ma chronique m’emmène aujourd’hui vers des horizons inhabituels.
Je reviens d’un voyage en Inde, dans l’une des provinces les plus riches, le Rajasthan, et je voudrais vous livrer quelques impressions de mon carnet de route.

Je ne vous parlerai quasiment pas de la drogue aujourd’hui, même si l’Inde figure parmi les pays producteurs de l’opium: 300 tonnes par an contre 3000 tonnes pour l’Afghanistan , qui arrive en tête des pays producteurs dans le monde.

Avant de le faire, j’ai rêvé ce voyage. Tous mes amis en revenaient enchantés. On me racontait le faste des palais des maharadjahs, la gentillesse et la douceur des Hindous, les couleurs chatoyantes des saris, la beauté des femmes et le regard pénétrant des enfants. On me décrivait les temples et la ferveur des croyants, les sites fameux comme le Taj Mahal, le fabuleux mausolée que l’empereur Shah Jahan fit construire pour sa deuxième épouse morte en couches. J’imaginais des palais au bord de lacs et les fresques peintes ornant les havelis, les riches maisons des marchands de Mandawa ou de Nawalgarh. Je rêvais de tout cela, et je n’ai pas été déçue.

Je suis donc partie, et c’est vrai que j’ai été séduite. En croisant les mains, comme si je priais, j’ai salué les Indiens en leur disant « Namasté » . Ils riaient souvent aux éclats, surtout les jeunes, et me répondaient de même. Ils s’étonnaient de notre présence parmi eux, et nous demandaient l’autorisation de nous prendre en photo, nous, les touristes.

Je suis descendue dans des palaces d’un luxe incroyable: j’ai même bénéficié pour une nuit d’une suite de 200 mètres carrés. J’ai vu un coucher de soleil dans le désert. J’ai assisté à des cérémonies très joyeuses et très fleuries dans des temples Jaïn. J’ai beaucoup marché, mais j’ai aussi voyagé à dos de chameau et à dos d’éléphant.

J’ai assisté à plusieurs mariages. En effet, c’était la bonne période pour se marier, les horoscopes le prédisaient. Alors, dans les hôtels dans lesquels nous descendions, nous avons eu la chance de pouvoir les admirer, d’un luxe inouï.

J’ai aimé la musique de ce pays: les musiciens jouent et chantent en se tendant tout entiers vers leurs spectateurs, avec des mimiques tout à fait étonnantes, comme pour les inviter à participer à leurs chants, dont les mélodies sont remarquables.

Voilà, je suis revenue, des images plein les yeux, et des sons enchanteurs plein les oreilles. Et c’était un voyage magnifique. Et pourtant, je sais que je n’y retournerai jamais, et je ne me sens pas bien.

Parce que, côtoyant l’opulence, j’ai vu la pauvreté extrême et même la misère. J’ai vu, couchés à même la route une femme dormant avec son bébé dans les bras. J’ai vu des  enfants se battre pour un savon ou une pièce qui leur était lancée. J’en ai même vu un qui tentait de me vendre les bananes que je venais de lui donner.

Côtoyant  les couleurs chatoyantes des saris, j’ai vu des gens s’arrêter en pleine rue pour y satisfaire des besoins naturels. J’ai vu l’élégance et le manque d’hygiène.

J’ai vu, j’ai vu…

Mais je m’arrête là avec cette interrogation. Que vais-je retirer d’un tel voyage ?
Au bout du compte, je suis déstabilisée: je sais bien que cette pauvreté là existe et que je ne peux absolument rien pour faire évoluer les choses. Je suis une touriste et je n’ai fait que passer. Je sais aussi que  dans d’autres villes indiennes, c’est bien pire encore, je le savais, et je n’ai pas voulu faire ce voyage là. Ce ne sera même pas pour une autre fois.

J’ai eu la chance de naître femme et en France.
Et ce n’est hélas pas la même chose pour une femme née en Inde.
Car parfois, dans ce pays, l’arrivée d’une fille est vécue comme une tragédie.
Certes, je l’ai dit, j’ai admiré le luxe des mariages auxquels j’ai eu la chance d’assister. Mais derrière cette belle façade, se cache une réalité autrement plus dure. La dot exigée pour le mariage de la fille est tellement exorbitante, représentant parfois pour la famille un endettement allant jusqu’à cinquante ans, que les femmes sont souvent considérées comme un fardeau. Voilà pourquoi beaucoup de mères ont recours à l’avortement et pourquoi le nombre d’infanticides est tellement important. Même si l’élimination des fœtus féminins est considéré comme un crime et passible de cinq ans de prison et d’une grosse amende,  certaines femmes subissent encore jusqu’à dix avortements avant de donner naissance au garçon tant espéré.

Voilà, je reviens du Rajasthan, j’ai vu des princes enrubannés, mais aujourd’hui je suis malade. On me dit que j’ai une rhinopharyngite, je veux bien croire mon médecin, mais à mon avis, c’est un peu plus compliqué que cela: de mon voyage, il me reste « quelque chose en travers de la gorge » !
 
 

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Sophie Daout, le 30 novembre 2007
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Vol.1 No. 48
Lionel,

Nous sommes tous réunis pour te dire au revoir. Tous, Christian et moi, bien sûr, mais aussi Sandrine la compagne de tes jeux d’enfance, ta complice, ta presque sœur, ta tante et ton oncle, tes cousines, nos amis.

Quand Cricri, ma sœur, a appris la nouvelle de ton départ, elle n’en a pas été étonnée. Elle et moi, nous savions, alors que rien ne nous permettait d’avoir cette certitude, nous savions que la date approchait. Elle m’a dit : « Lionel, 16 ans de grand bonheur et 25 ans de galère ! Et aujourd’hui, la paix »
C’est ainsi en effet que je vois ton existence.

 Tu nous laisses le souvenir d’un petit garçon lumineux, créatif, très sensible et pétillant d’intelligence. Adolescent, tu étais charmant, et sociable. Tu semblais doué pour la vie et tout ce que tu entreprenais avec infiniment de grâce semblait te réussir…jusqu’à ta rencontre avec ELLE, la drogue, celle que j’appelle aussi la Mauvaise, l’imposteur, la tricheuse, la voleuse, la menteuse, et qui est devenue pour moi l’ennemie numéro un.

Les 25 années suivantes sont celles de l’errance, de la solitude et de l’enfermement. Tu as connu des univers pour lesquels tu n’étais pas fait, auxquels nous ne t’avions guère préparés : la prison, l’hôpital, et la maladie. Ton parcours revêt pour moi l’image d’une quête spirituelle, d’une recherche d’absolu, mais tu t’es trompé de route. Tu as pris des chemins de traverse qui ne menaient nulle part, sauf dans des impasses.

Curieusement, au cours de tous les épisodes douloureux de ta vie, tu as toujours gardé le contact avec nous, Christian et moi. Bien rares sont les années, où tu ne nous as pas souhaité notre anniversaire et où tu ne m’as pas appelée pour la Fête des Mères. La semaine dernière encore, en rentrant de voyage, j’ai trouvé sur notre répondeur téléphonique un message de toi. Tu m’appelais : « Maman, maman… », pour me demander un conseil. Souvent aussi tu souhaitais me parler pour simplement me remercier de t’avoir donné la vie que tu considérais comme un cadeau, un mystère et une merveille. Tu nous l’as dit et répété. Cela nous semblait toujours étonnant car nous voyions bien que l’existence que tu menais était dure, que ta solitude était immense, et que ta soif d’absolu ne trouvait pas d’écho.

Tu resteras donc pour moi et en moi, cet enfant lumineux, et ce voyageur fatigué en quête de l’inaccessible étoile.

Lionel, tu vas enfin pouvoir te reposer. Je suis croyante, je sais qu’une nouvelle vie commence pour toi. Je sais aussi que tu as très peur. Mais tu n’as plus rien à craindre. Là où tu vas, la Mauvaise n’a plus aucun pouvoir. Certains de ceux que tu aimais t’ont précédé au pays blanc, et t’y t’attendent. Ton père Marcel, mais aussi ton grand frère  Gauthier, Gilbert, ton oncle qui a cherché à te sauver de tes démons. Je sais que Gauthier prendra soin de toi comme il l’a fait si souvent sur la terre.

Quant à nous, nous penserons souvent à toi, mon petit bonhomme têtu et courageux !.

Je vais continuer cette lutte que je mène à cause de toi contre la Voleuse, et tout enfant sauvé sera une belle revanche, TA revanche. Quand tu le pourras, aide-moi dans ce combat !

Pour t’accompagner une dernière fois, je donne la parole à mon frère en écriture, l’ami chanteur, Jacques Lebouteiller, qui a mis en musique l’un de mes poèmes. Je te l’offre Lionel, c’est la chanson « Sans voix qui tremble ».
 

L’air que nous chantonnions ensemble,
Ce chant si doux à fredonner,
Quand me sera-t-il redonné
De le chanter sans voix qui tremble ! »

Elle est partie la chanson tendre,
Qui avec toi s’en est allée,
Depuis, le temps s’est emballé,
Me voici triste comme cendre !

Tonnant parfois comme tempête,
Parfois douce comme le vent,
J’en murmure les mots souvent,
Elle résonne dans ma tête .

Parfois j’oublie sa mélodie
Me manquent trois ou quatre notes,
Et quand enfin je les pianote
J’en suis toute ragaillardie.

Avec le temps, elle s’efface,
S’en vont et l’air et les paroles,
Et même si je me désole,
La chanson part et ma vie passe !

L’air que nous chantonnions ensemble,
Ce chant si doux à fredonner,
Quand me sera-t-il redonné
De le chanter sans voix qui tremble ! »


A Dieu mon enfant, va en paix, et sois tranquille, nous ne t’oublierons pas !

Maman

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Sophie Daout, le 7 décembre 2007
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Vol.1 No. 49
TRAFIC de cannabis

Hélas, hélas, le marché de la drogue semble ne plus être aussi juteux, et nous allons bientôt avoir à réorienter de pauvres petits dealers obligés de se reconvertir à un autre métier! Quelle misère !

Voici les confidences d’un professionnel Jason ex dealer, à un journal français, « Le FIGARO » en date du lundi 3 décembre, qui s’est intéressé à « Ce que gagnent les 100000 dealers du cannabis ».

Il raconte comment « la concurrence entre petits malfrats a fait chuter les cours d'un marché autrefois juteux ». Jason qui dit avoir connu « l'âge d'or du business » : « Il m'est arrivé parfois de ramasser 1000 euros par jour ». Pour lui, aujourd'hui la vente de cannabis « n'est plus une bonne affaire »  car n'importe qui peut s'improviser revendeur. « Il suffit de claquer dans les doigts et c'est bon tu es embauché » alors  « qu'à mon époque, il y avait plusieurs étapes avant d'être recruté. On te faisait passer des tests pour voir si tu tenais la route. Au milieu des années 90, le marché de ma cité se partageait entre une dizaine de vendeurs. Ils sont aujourd'hui plus d'une cinquantaine, et du coup « un dealer de haschisch gagne en moyenne 1000 euros par mois  ».
On observe qu'à Epinay sur Seine « les revendeurs de rue ont quasiment déserté les trottoirs » par peur du danger, le quotidien précise qu'âgés de 16 à 20 ans ces nouveaux dealers ont un téléphone réservé à la vente de shit qui permet de donner rendez vous aux clients, sachant que selon Jason,  « l'activité aurait aussi « pâti » du passage à l'euro ».

 L’enquête rapportée par le Figaro, constitue la première « estimation des gains des dealers »  remise à la MILDT, (Mission Interministérielle de Lutte contre les drogues et les Toxicomanies). Le journal note  que selon cette étude, le cannabis rapporte  jusqu'à 550 000 d’euros par an à un semi grossiste (1000 personnes  environ), « soit le salaire moyen d'un patron d'une entreprise de plus de 2000 salariés ».

Le président de la MILDT, Etienne  Apaire, explique  que « les enquêtes sont trop axées sur les actes et pas assez sur les bénéfices du trafic ». Le Président de la République, Nicolas Sarkozy « informé de cette étude »  affirme que « l'économie souterraine est devenue une menace pour nos sociétés ». Il  appelle à « lutter contre toutes les formes de criminalité organisée et notamment le trafic de drogue qui fait des ravages dans un certain nombre de quartiers ». Il réclame également un renforcement de la répression destinée à  « frapper les trafiquants au portefeuille ».

D'après le journal, avec 1,2 million d'usagers réguliers et 550 000 usagers quotidiens, le marché serait de 208 tonnes pour un chiffre d'affaire annuel de 832 millions d'euros. Considérant que sur cette base on peut affirmer que l'importateur s'appuie sur au moins 700 semi grossistes, et peut être même le double, qui gagnent chacun « de 253 000 à 552 000 euros annuels » en écoulant de « 132 à 308 kg » de drogue, le quotidien rapporte que le premier intermédiaire (entre 6000 et 13000 personnes ) diffuse environ de 16 à 35 kg pour gagner « entre 35 000 et 76 000 euros ».  Selon le rapport, en dessous « le commerce de cannabis n'est que peu profitable » avec « entre 58 000 et 127 000 revendeurs » qui gagnent « entre 4500 et 10000 euros » annuels, distribuant au plus 3,6 kg de cannabis par an.

Christian Ben Lakhdar, l’auteur de ce rapport, affirme que ce trafic « ne commence à être rentable qu'au delà de 10 kg » de cannabis, et Etienne Apaire constate pour sa part «  qu'au bas de l'échelle la revente au détail rapporte finalement beaucoup moins qu'un honnête travail ». Considérant que « les risques du métier sont inclus dans le prix » et qu'ils représentent par exemple « 23,6% du prix final de la cocaïne », le quotidien souligne que selon l'auteur du rapport, la violence entre dealers compte quant à elle pour 33% dans le prix final, sachant qu'entre le semi grossiste et le consommateur le prix est multiplié par trois. Le Figaro signale que d'après le président de la MILDT, Rachida Dati, Ministre de la Justice, va présenter de nouveaux dispositifs visant à faciliter  la confiscation des profits des dealers, l'argent saisi alimentant pour l'instant un fonds de concours de 1,8 million d'euros, géré par la MILDT. Etienne Apaire annonce : « Nous allons doubler cette somme pour la répartir à parts égales entre la justice, la police, la gendarmerie et le système de soins aux usagers de drogue ».

Au « top des 5 articles le plus lus  », d’après le FIGARO du mardi 4 décembre, la première place revient à « ce que gagne vraiment un dealer de cannabis » (voir revue de presse d'hier).

Cela me rappelle les dernière strophes du poème que j’avais écrit autrefois à la gloire des dealers :

« Le grand dealer, le vrai, remplit son compte en banque,
Et il traite de haut les drogués, il se moque
Bien haut de ces paumés l’implorant, pauvres loques ,
Pour que s’arrête enfin la souffrance du manque.

J’apprendrai aux enfants à savoir dire non,
Je leur expliquerai que c’est là le courage,
Vous, messieurs les dealers, vous serez au chômage,
Mais peut-être aurez-vous du travail en prison ! »
 

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Sophie Daout, le 14 décembre 2007
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Vol.1 No. 50
Chantal, le cannabis et moi !
 

Ce matin, en faisant mes courses, j’ai rencontré Chantal.
Chantal habite le même lotissement que moi, elle est  québécoise et elle a divorcé d’un Français. Elle a deux enfants, deux garçons, jeunes adultes, dont l’un est atteint de schizophrénie. Connaissant mon combat, elle éprouve le besoin de m’en parler, et aujourd’hui le sujet qu’elle aborde concerne le cannabis.

Et voici ce qu’elle me dit : « Le cannabis, ce n’est pas grave ! Les autres drogues, l’héroïne et la cocaïne, oui voilà de belles saletés ! On peut en mourir, mais pas avec le shit ! »

Bien sûr, je ne suis pas d’accord avec elle, moi qui prétends que toute consommation de drogue à l’adolescence est à bannir, quel que soit le produit, que le cannabis est devenu une drogue dure, et qu’il tue beaucoup plus qu’on ne le croit, surtout sur la route !

En rentrant chez moi, je tombe sur un article dans le journal « La lettre de Saint Jean Espérance.
Saint Jean Espérance est une association fondée il y a vingt ans parle Père Jean Philippe de la congrégation de Saint Jean. Elle a pour but d’accueillir de jeunes toxicomanes de 18 à 35 ans pour les aider à se libérer de l’emprise de la drogue, à se structurer et à préparer leur réinsertion. Je connais bien cette structure pour avoir, pendant deux années consécutives, participé à la marche contre la drogue qu’accompagnants et jeunes avaient organisée: nous avions fait des étapes par jour de 35 Km pour nous rendre au Mont Saint Michel. Pour la paresseuse que je suis, quel défi ! Beaucoup de fatigue, certes, mais aussi beaucoup de partages, et une expérience magnifique que je renouvellerais bien encore si on me le proposait !
Voici donc l’article :

« Le cannabis, l’OFDT° tire la sonnette d’alarme !

En juillet dernier, l’OFDT publiait une étude statistique sur la consommation du cannabis en France. Voici quelques chiffres qui peuvent faire froid dans le dos.
Le chiffre d’affaires du cannabis peut être évalué en 2004 à environ 1 Milliard d’euros.

Le coût social du cannabis est d’environ 919 millions d’euros. Presque autant que les sommes dépensées pour l’acheter !
Il y a 1,2 millions de consommateurs réguliers (au moins dix fois par mois),  dont 550 000 consommateurs quotidiens. La part des consommateurs réguliers est en hausse.

On note que le niveau d’expérience stagne. En effet, après le raz de marée de ces dix dernières années, le cannabis peut difficilement être plus présent et toucher plus de personnes ! Mais, parmi ceux qui expérimentent le cannabis pour la première fois, la proportion de ceux qui continuent est plus grande. Il ne s’agit donc plus pour les dealers d’envahir le marché, mais de faire en sorte que ceux qui y touchent continuent. La consommation de cannabis va donc en augmentant et le danger redouble, puisque le risque d’être accroché à cette drogue est en hausse.

La consommation de cannabis des jeunes Français est l’une des plus élevées en Europe.
Nos adolescents sont donc bien en danger. Les parents devraient se mobiliser pour prévenir leurs enfants dès le CM2 des dangers du cannabis (sans oublier l’alcool et le tabac)
On comprend que la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Toxicomanies) veuille combattre ce véritable fléau. Cette idée de « stage de sensibilisation » pour tout usager pris sur le fait est-elle bonne ? Nous jugerons sur les fruits…
En tout cas, on ne peut être qu’heureux  des déclarations sans ambiguïté de Monsieur Apaire, le nouveau « Monsieur Drogues ». « Il faut le répéter : le cannabis, la cocaïne et l’héroïne exposent à des risques parfois très graves. »

Bien sûr, la plupart des fumeurs connaissent bien les dangers du cannabis, et cela ne les empêche pas de consommer. Avertir des dangers est loin d’être dissuasif. Ce qu’il faut monter aux jeunes, c’est que le cannabis est une drogue hypocrite, c’est à dire une drogue qui détruira ce que le jeune pense trouver en la fumant : un certain bien-être, des amis, le bonheur.
Il faut parler aux jeunes de l’amitié vraie, du bonheur, de la différence entre la joie et le plaisir. Et cela à travers un lien qu’on essaie de tisser avec eux… »

Ceux qui me connaissent un peu à travers mes livres ou mon action ou encore notre site, comprendront pourquoi je suis plus proche des idées exprimées dans cet article que du discours de ma voisine Chantal !

°OFDT : Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies
 
 

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Sophie Daout, le 21 décembre 2007
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Vol.1 No. 51
Solange part en retraite ou votre prénom a-t-il une importance sur le déroulement de votre vie.

Solange, professeur de mathématiques, a réuni une soixantaine d’amis pour fêter son départ en retraite. Plusieurs d’entre eux ont choisi de préparer pour elle un numéro, soit une danse, soit un poème, soit une chanson.

Pour ma part, je lui ai adressé un petit mot. Le voici :

« Quand j’ai commencé à travailler sur ce petit mot pour Solange, j’ai été troublée et j’en suis venue à me poser des questions existentielles telles que :
L’homme est-il vraiment libre  face à son destin?
La prédestination existe-t-elle ?
Et tout d’abord, notre prénom n’a-t-il pas  une influence sur notre caractère et même sur le déroulement de notre vie ?
Par exemple, parlons du prénom de celle que nous fêtons aujourd’hui.
Quand je dis « SOLANGE », j’entends d’abord « Sol ». N’est ce pas là, pour chacun de nous, une note de musique ? Quoi d’étonnant quand on sait à quel point notre amie aime chanter ! Et avez-vous déjà entendu son rire ? Ecoutez le bien ! C’est à lui tout seul déjà une chanson !
Mais « Sol », c’est aussi en espagnol, le soleil. Et Solange, c’est véritablement un soleil, qui réchauffe tous ceux qui l’approchent !

Dans son prénom, je trouve aussi « Ange », et là encore la douceur et la gentillesse sont communes à notre amie et à ces créatures célestes!

Depuis presque 15 ans que je la connais, j’ai vu ma copine se débattre dans pas mal de difficultés, et, tel l’ange triomphant, les surmonter. J’ai alors admiré son courage et son énergie ! Un ange, c’est sûr, veille sur Solange.
Elle même est un ange, veillant sur chacun de nous, toujours présente, toujours attentive aux autres. Ne vous avisez surtout pas d’émettre un désir devant Solange, sinon, elle le réalisera immédiatement

Ensuite, Solange s’est appelée Deschamps comme ses enfants, et Mars qui est  son nom de jeune fille et son nom actuel . Là encore, il y a comme une fatalité car tout le monde a entendu parler de l’Esplanade du champ de Mars. Du Champ de mars, à Deschamps de Mars, le glissement est facile !

Allons plus loin encore. Prenez les lettres qui composent le nom de Solange, et comme au scrabble, composez un  nouveau mot. Que trouvez-vous ? Losange ! Gagné ! Losange, quadrilatère dont les quatre côtés sont de la même longueur et dont les diagonales sont perpendiculaires. Eh oui, vous croyez entendre un cours de géométrie ! Vous voyez bien que notre Solange avait pour mission d’être professeur de mathématiques !
Prof elle l’a été, et bon prof ! J’ai beaucoup entendu les élèves me parler d’elle. Avec eux, elle était douce mais ferme, compréhensive mais exigeante, sévère mais juste, exactement comme le souhaitent les enfants.
Bienvenue donc à Solange au club des anciens profs de math dont je fais partie aussi !

Là où j’ai un peu de mal à comprendre, c’est quand je pense qu’on vient de lui attribuer les Palmes Académiques*. Un ange a besoin de voler, pas de nager, j’aurais préféré qu’on lui décerne les ailes académiques, mais il paraît que cela n’existe pas.
Bienvenue à ce club des palmés dont je fais partie aussi !
!

Solange a toujours le mot ou le geste qui touchent. Quand j’ai pris ma retraite, il y a déjà quelques années, elle avait, avec quelques collègues, chanté pour moi « Prendre un enfant par la main ! » Cette chanson, tu la mérites bien aussi, je te la dédie aujourd’hui.
Bienvenue au club des retraités dont je fais partie!


Et voici qu’en relisant mon texte, je m’aperçois tout à coup, que par trois fois j’ai salué l’entrée de Solange dans mes clubs. Et il me vient un soupçon abominable : n’est-elle pas en train de me copier ? Sous ces airs angéliques, ne se cache-t-il pas un imposteur ?
Solange et Sophie : nos prénoms commencent par la même syllabe !
Prof de math, je l’ai été !
Je suis palmée moi aussi !
La chorale ? J’y ai chanté moi aussi, pas longtemps c’est vrai, mais j’y ai chanté !
La retraite ? J’y suis moi aussi !

C’est troublant, non ?

Allez, ma copine, bon vent dans ta nouvelle vie ! Je suis sure qu’elle sera aussi remplie que la précédente. Et que toutes celles qui suivront.

Des compétences, tu en as, et moi comme d’autres avons déjà commencé à les exploiter. En effet, tu as déjà accepté de lutter contre la drogue au sein du bureau de notre association «  Pour Une Jeunesse Sans Drogue » .

Merci Solange !

Et de ton côté,  tu peux compter sur mon amitié !
Sophie
 

  *Les Palmes Académiques sont une décoration que décerne l’Education Nationale à ceux de ses membres qu’elle souhaite distinguer. Elle comporte plusieurs grades : Chevalier, Officier, et Commandeur. Pour ma part, je suis Officier ! Mais oui !!!
 
 

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Sophie Daout, le 4 janvier 2008
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Vol.1 No. 52

Dernière cigarette

J’ai lancé, dans notre forum, une discussion au sujet de l’interdiction de fumer dans les lieux publics désormais en France. Un délai de 24 heures a été accordé, et la loi n’a pris effet que le 2 janvier. J’ai fait un peu de provocation, j’ai ironisé sur le thème, mais personne n’y a répondu!
Voici mon texte :

« Un grand soupir de soulagement a accompagné cette annonce: les fumeurs bénéficient d'un sursis de 24 heures: la loi qui interdit de fumer dans les lieux publics ne s'appliquera que le 2 janvier! Ouf!
C'est curieux comme ces derniers temps on a parlé d'atteinte à la liberté. En décrétant une loi restrictive, on porte atteinte à la liberté individuelle des fumeurs.
Naturellement, j'ai envie de discuter ce point de vue. Mais je préfère vous donner d'abord la parole. En revanche, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager le beau poème de Paul Eluard sur la Liberté:
Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunis
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Dur miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Paul Eluard

Et, pour en revenir à mon thème d’aujourd’hui, je suis d’accord avec un journaliste qui s’est amusé lui aussi en écrivant son article :

«   L’ultime sursis de 24 heures accordé aux fumeurs publics après des décennies de laxisme gouvernemental, fait penser à la dernière cigarette offerte, avant son exécution, à un condamné dont on était assuré qu’il ne mourrait pas d’un excès de nicotine. A ceci près que cette fois, on espère prolonger la vie des délinquants tabagiques ainsi que celle des passifs indélicats qui inhalaient les vapeurs d’une drogue ne leur ayant rien coûté. Pour l’heure et dans l’attente sans doute longue des premières statistiques attestant  les effets bénéfiques de la loi, force est de reconnaître qu’on entend davantage le bruit des lamentations issues des tiroirs caisses que les murmures de soulagement échappés des poitrines promises à une meilleure ventilation. Et ce n’est pas la moindre bizarrerie de cette guerre antipoison que, depuis vingt ans, les communiqués en provenance du front, aient plus souvent regretté les manque à gagner que les pertes humaines. »
Sa réflexion me paraît tout à fait intéressante et je constate moi aussi, dans la lutte que je mène au quotidien que pour certains, l’argent est souvent plus important qu’une vie humaine !

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Sophie Daout, le 11 janvier 2008
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Vol.1 No. 53

Amara et son plan anti glandouille

Dans le paysage politique français actuel, il existe un certain nombre de personnalités atypiques. Fadela Amara est l’une d’elles. Le 19 juin 2007, elle a été nommée secrétaire d'État chargée de la politique de la ville sous la tutelle de la ministre du Logement et de la Ville. Cette semaine, la télévision lui a consacré une séquence.

Qui est-elle ?
Issue de l’immigration, cette jeune femme, (elle est née en 1964),  appartient à une famille algérienne kabyle de onze enfants. Elle a quatre sœurs et six frères. Son père était ouvrier en bâtiment pendant la semaine, et il travaillait sur les marchés les week-end. Sa mère élevait les enfants.
Un drame familial a été déterminant dans sa vie: en 1978, elle a 14 ans quand l’un de ses frères est renversé par une voiture. Il décède quelques heures plus tard. Elle dit avoir été bouleversée par l’attitude des policiers qui auraient défendu le chauffard sur les lieux même de l’accident.

Très tôt, elle s’engage dans l’action.  Elle participe ainsi à la première marche civique à Clermont-Ferrand pour l’inscription des jeunes sur les listes électorales. Dès 16 ans quand la mairie de Clermont-Ferrand décide de raser entièrement son quartier, elle décide de faire du porte-à-porte pour en obtenir la réhabilitation. Elle participe en 1983 à la marche des Beurs* et  milite à SOS Racisme à partir de 1986. Elle est élue en 2000 présidente de la Fédération nationale des maisons des potes.  En 1989, elle met en place la « Commission femmes » dont le principal objectif est de faire un état des lieux sur les femmes des quartiers défavorisés et d'entendre les demandes formulées par la population vivant dans ces quartiers.
Elle est ensuite élue conseillère municipale du Parti socialiste à Clermont-Ferrand en 2001. En 2002, elle organise des états généraux à la Sorbonne qui ont réuni plus de 250 femmes et elle rédige une pétition qui compte près de 20 000 signataires, elle met en place un tour de France de l'association « Ni putes ni soumises » qui s'achèvera à Paris le 8 mars 2003.

Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.
Au cours de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait annoncé qu'il voulait mettre en oeuvre "un grand plan Marshall de la formation pour tous les  jeunes" des quartiers. La ministre du Logement et de la Ville, est officiellement en charge du plan en faveur des jeunes des banlieues et c’est Fadela Amara qui est chargée de  le présenter un plan banlieue. Ce plan devait être annoncé avant la fin de l’année 2007, mais la date de sa présentation est reportée au 22 janvier 2008.

Pour construire son plan, Fadela Amara utilise des méthodes assez inhabituelles dans le monde de la politique. Elle a en effet entamé une campagne de consultations en organisant notamment  "des réunions d'appartements" et en "n'hésitant pas à consulter les gens dans les cages d'escalier".
Elle a également ouvert un blog intitulé « Pour ma ville »sur plate-forme Skyblog, très prisé par les jeunes. Elle y emprunte les codes de langage des "djeuns et  elle s’adresse directement aux jeunes.
 

 "Salut, je m'appelle Fadela" leur dit-elle.  Dis-moi, qu'est-ce que tu attends pour ton école, pour quoi  tu galères? Comment tu construis ton quartier idéal?."
Par ce biais, elle entend recueillir les commentaires des jeunes des cités en vue de l'élaboration de son plan qu’elle a appelé « le plan anti glandouille »..
Elle espère "établir un dialogue de confiance avec les jeunes.
«  Il faut libérer leur parole, il faut que les gens et notamment la jeunesse se sentent  partie prenante de ce plan banlieue, affirme-t-elle,» On ne veut pas revivre les événements de  l'automne 2005. On a trop longtemps subi les programmes de la politique de la Ville depuis  vingt ans".

La démarche me semble intéressante. Enfin, je vois une personnalité politique qui ne décrète pas du haut de son siège ministériel, mais qui va sur le terrain pour construire pour et avec les personnes concernées. Bien sûr, elle dérange. Elle dérange ses collègues qui ne sont pas habitués à un tel franc parler, à des manières et des méthodes aussi directes. Elle est même parfois mise à distance par le public dont elle défend les intérêts : les gens des cités ne la comprennent pas toujours, et en particulier les hommes qui ont du mal à accepter qu’une femme, une de LEURS femmes, prenne des initiatives en leur nom !

Pour moi, j’aime cette femme courageuse, et je souhaite qu’Amara réussisse dans sa mission.

Salut, je m’appelle Sophie !
 

* « Beur » est un mot désignant les jeunes issus de l’immigration et nés en France.
* Adresse du blog d’Amara: (www.pourmaville.skyblog.com).

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Sophie Daout, le 18 janvier 2008
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Vol.1 No. 54
«  Sommes-nous « accro aux accros » ?

Cette question qui peut paraître bizarre et qui  pourtant me semble intéressante a été posée par le magazine féminin «  Elle ».

Les médias nous montrent constamment des stars qui s’autodétruisent, des mannequins qui sniffent un rail de cocaïne, des chanteurs  qui titubent sur scène, des personnalités qui vont en prison… On pourrait penser que leur image va  s’en trouver détruite et leur carrière brisée, et bien, pas du tout ! Et on pourrait même ajouter, « Au contraire », le public en redemande ! Quelle signification revêt donc cet engouement pour le trash ?

En concert à Paris, on a vu la chanteuse Amy Winehouse, au patronyme tout à fait adapté à son cas, tituber, avoir du mal à jouer de la guitare et se servir à boire sur scène. Son plus gros succès l’année dernière a été « Rehab », une chanson dans laquelle elle explique qu’elle ne veut pas aller en cure de désintoxication.

Kate Moss a, tout le monde le sait, de gros problèmes de cocaïne! Son compagnon rocker, Pete Doherty, étale ses problèmes de drogue à la une des journaux. L’an dernier, les producteurs de Loft Story ont même proposé de filmer la dernière en date de ses tentatives pour décrocher !!
Un magazine anglais branché, « ID », titrait récemment : « Being fucked up has become so cool ! », dont la traduction pourrait être « Etre pathétique, c’est vraiment devenu très chic ! ».

Le problème n’est pas nouveau, les artistes ont eu parfois par le passé aussi, des comportements marginaux. Je me référais, dans une chronique précédente, à la chanson de Jane Birkin, « Ex fan des sixties », dont beaucoup d’artistes cités dans le texte sont morts de drogue ou d’alcool. Mais leurs excès, leurs dérives restaient anecdotiques. On retenait d’eux, en premier lieu, leur talent. Aujourd’hui c’est l’inverse, on semble ne retenir avant tout que leurs frasques! « Autrefois, on disait que les excès étaient la rançon du succès, mais aujourd’hui c’est le succès qui est devenu la rançon des excès », dit le journaliste du magazine.
Pourquoi ?
La télé réalité, les indiscrétions sur Internet conduisent à ces débordements. Voici l’analyse qu’en fait Jean-Louis Missika, sociologue des médias :
«  La presse et la télévision veulent toujours plus de sang frais. Au début, on voulait que les stars nous dévoilent leur quotidien, les photos de leur maison, de leurs enfants, de leur bonheur. Mais comme c’est devenu extrêmement banal, il faut des choses cachées, plus intenses, qui sortent de l’ordinaire. Des turpitudes, en somme… »
L’exhibition de soi peut s’avérer très rentable. Les images volées de Kate Moss, la Brindille, en train d sniffer de la cocaïne,  ont relancé sa carrière de mannequin. Et, ajoute Jean-Louis Missika :  «Regardez Ophélie Winter ou Paris Hilton, le passage par la case prison a augmenté la valeur de leur marque ».

Ainsi pour réussir, osez aller loin dans le trash, osez faire comme Pete Doherty, qui peint ses toiles avec son propre sang !!

Mais pour quelles raisons le public est-il fasciné par les excès ?
Le journal pense que nous menons des vies sages, constamment cadrées afin de rester dans la course, informés des dangers de la cigarette, de l’alcool, des excès. Les débordements de nos stars nous permettraient en quelque sorte, de nous défouler.. Et parallèlement, nous éprouvons une sorte de satisfaction en voyant ce qu’elles endurent. Bien fait ! Cela nous rassure sur nos propres vies. « C’est le triomphe de la morale moyenne, explique le psychanalyste Serge Tisseron, . Les médias, en nous montrant ces images, nous font passer un message subliminal : « Restez à votre place, ne faites pas de folies, sinon, regardes ce qui va vous arriver ! »

Ainsi, les médias jouent-elles un rôle pédagogique !! Les histoires qui nous sont contées, sont à la fois émouvantes et nous mettent en garde.
Patrick Eudeline, chanteur, critique de rock et écrivain  explique ainsi les raisons pour lesquelles les stars s’exhibent ainsi :
« En ce début de siècle, tout semble un peu faux et inutile. L’art a perdu son importance. Avec Internet, la musique est gratuite, les images aussi. Tout le monde peut en faire. Les stars sont des marionnettes éphémères. Le seul endroit où il reste encore un peu d valeur, c’est dans la vie qu’on s’invente. Exhiber son auto-destruction, reste peut-être l’ultime créativité. »

Bien sûr, cette conclusion me laisse dubitative. S’il nous reste à (re)découvrir des valeurs, en choisissant le trash, il me semble bien que nous nous trompons de route. Le journaliste, Patrick Williams ne s’y est pas trompé, qui avec humour , termine ainsi son article :
« Dans ce cas, ne les jugeons pas trop vite ! Sainte Amy, buvez pour nous ! »
 
 

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Sophie Daout, le 25 janvier 2008
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Vol.1 No. 55
Fumer un joint serait aussi dangereux que 20 cigarettes

Je me rends souvent dans les classes pour faire de la prévention drogue. Ce fut encore le cas hier. Les enfants m’écoutent très attentivement, et je réponds à leurs questions. Je suis parfois très étonnée de voir comment se crée la désinformation et comment elle circule. Ainsi, après la diffusion par un magazine français de l’information selon laquelle fumer trois joints aurait le même effet que fumer un paquet de cigarettes, un élève m’avait dit avoir appris, grâce à l’un de ses camarades,  « que fumer trois cigarettes équivalait à fumer vingt joints !!! ». Donc, bien sûr, le tabac lui semblait plus nocif que le shit !

En 2002, les journaux français s’étaient fait l’écho des propos de Lionel Jospin, alors Premier Ministre quand il avait déclaré : « Fumer un joint chez soi est certainement moins dangereux que boire de l’alcool avant de conduire, pour soi et aussi pour autrui ».

Et bien, il semble qu’aujourd’hui, Le Ministre devrait corriger son discours, et la revue dont je parlais au début devrait revoir ses estimations à la hausse. En effet, selon une étude néo-zélandaise publiée mardi 29 janvier par le Journal Européen de Pneumologie, fumer du cannabis serait 20 fois plus dangereux pour la santé, à dose égale, que fumer du tabac. Le Professeur Richard Beasley et ses collègues de l’Institut de Recherche médicale de la Nouvelle-Zélande ont suivi pendant 5 ans 102 patients de moins de 55 ans et atteints d’une tumeur au poumon. Tous ont été interrogés par questionnaire sur leur consommation d’alcool et surtout, de cannabis. La fumée du cannabis serait deux fois plus concentrée en carcinogènes que celle du tabac. Concernant le risque de développer un jour un cancer, un joint serait 20 fois plus risqué qu'une cigarette. A partir des résultats de leur étude, les chercheurs lancent ce mardi une alerte à l'"épidémie" de cancers des poumons directement liés à la consommation de cannabis.

Dans le groupe étudié, le risque de cancer des poumons était multiplié par 5,7 chez ceux qui avaient fumé plus d'un joint par jour pendant dix ans, ou deux joints par jour pendant cinq ans,  « après ajustement des autres variables, dont le tabagisme » précise Richard Beasley, . Les auteurs de l'étude estiment qu'un cancer des poumons sur vingt en Nouvelle-Zélande pourrait être directement lié au cannabis. Au long cours, l’étude révèle que le risque de cancer du poumon augmente de 8% par joint-année. Et pour cause, la fumée de cannabis contient deux fois plus d’hydrocarbures cancérigènes que celle des cigarettes ! La façon de fumer accroît aussi le risque, « les joints étant  généralement consommés sans filtre et presque jusqu’au bout, ce qui augmente la quantité de fumée inhalée ». Les dépôts de substances carcinogènes dans les bronches se trouvent donc facilités. Dernier point, « l’absorption de monoxyde de carbone dans le sang serait cinq fois plus importante après un joint qu’après une cigarette ».

En France, 1,2 million de personnes fument régulièrement du cannabis, et 26,9% des adultes en ont déjà consommé, d'après les données 2005 de l'Ofdt (Observatoire français des drogues et des toxicomanies). Une proportion qui est nettement plus élevée chez les moins de 17 ans, les jeunes Français étant parmi les plus gros consommateurs de cannabis en Europe.

C’est la première fois que le pouvoir cancérigène du cannabis est ainsi clairement mis au jour. Les quelques études épidémiologiques réalisées chez l’homme aboutissaient à des résultats contradictoires. Leur biais principal était la difficulté à séparer le pouvoir cancérigène du cannabis de celui de la cigarette, les deux étant souvent consommés ensemble.

Pour Richard Beasley, il est primordial que « les programmes de santé publique incluent aussi des campagnes destinées à réduire l’usage du cannabis, en particulier chez les jeunes ». Une logique bien éloignée de celle qui avait cours dans les hautes sphères de l’Etat.
Il serait temps de prendre en compte les résultats de toutes ces études, avant qu’un jour, bientôt, mais trop tard, nous n’ayons à déplorer la mort de consommateurs de cannabis, qui, faute de « savoir », avaient toujours cru que le cannabis est une drogue douce !

Parce que c’est ce qu’on se plaît souvent à répéter, n’est-ce pas ?
 
 

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Sophie Daout, le 1er février 2008
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Vol.1 No. 56
Drôle de dealer !!

Nous avons eu, cette semaine, en France un fait-divers pas comme les autres. Il s’agit pourtant, dans l’énoncé, d’une banale affaire de drogue et de la condamnation des pourvoyeurs. La différence tient dans la personnalité du dealer. Car il s’agit d’une femme,  ce qui est assez banal encore, mais celle-ci est une grand-mère. Elle s’appelle Andrée, elle a 67 ans, et elle alimentait en cannabis les jeunes de sa cité.

 Mais en la voyant, qui l'eût cru ? Personne !  On la surnomme Mamie Nova en raison  de sa ressemblance avec la vieille dame représentée sur les pots de yaourts. Haute comme trois pommes, les cheveux blancs, un visage joufflu encadré par des lunettes, Andrée, 67 ans, connaît les cités car elle y vit depuis très longtemps.

Les circonstances de son arrestation sont rocambolesques et assez amusantes. On peut imaginer aisément la surprise des policiers du commissariat de Moissy-Cramayel qui l'ont arrêtée fin 2006.  Elle est en panne au beau milieu de la route avec sa petite voiture, quand ils se mettent à son service. Lorsqu'ils lui demandent où elle se rend, Andrée se met à trembler. Et d'un seul coup avoue :
« Je vais chercher 3 kg de cannabis à Combs-la-Ville. J'ai rendez-vous. »
Au fur et à mesure de son audition, la « Mamie Nova » révèle avoir acheté « jusqu'à 40 kg de cannabis à Grigny, dans le département de l’Essonne. Et puis il y a eu de la violence dans la cité, alors elle décide de changer de fournisseur. «  C'est pour cette raison que je me suis approvisionnée à Combs-la-Ville ». Un trafic qu'elle pratique depuis sa cité de Brie-Comte-Robert et qui lui aurait rapporté 30 000 € en deux ans.
Comment en est-elle arrivée là ?

Son avocate tente de l’expliquer :

« C'est une histoire dramatique. Son passé, ce sont des petits boulots à droite, &a