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Les archives de Sophie Daout

Vol.1 No. 61
Le cannabis et les jeunes, la télé et moi !

Il m’a été demandé cette semaine de participer à une émission de télé sur le thème suivant : « Le cannabis et les jeunes ». Le thème est récurrent en ce moment car on commence à se rendre compte des méfaits de cette drogue soi-disant « douce », surtout au niveau des jeunes. L’émission a lieu le soir, elle est polémique, les adeptes du shit opposant leurs arguments aux détracteurs de cette drogue. J’avais accepté d’y assister en posant mes conditions, à savoir que je témoignerais mais ne participerais au débat que ponctuellement, et à ma demande sur certains points. Nous étions d’accord, les organisateurs et moi. Mais au dernier moment, les conditions ont changé et il m’a été demandé d’être présente sur le plateau et dans la discussion. J’ai hésité (un tout petit peu), et j’ai finalement refusé. D’abord parce que j’étais, je suis encore aujourd’hui grippée, c’est vrai, je ne me suis pas inventé une excuse, mais peut-être ai-je somatisé, qui sait ?

Cependant, j’ai regardé l’émission hier au soir du fond de mon lit.

L’entrée en matière était un petit reportage fort bien fait posant bien le problème. La consommation de shit est en progression chez les jeunes, l’âge de la première expérimentation du produit s’abaisse et cela devient inquiétant. L’interview d’un professeur, exerçant dans une clinique parisienne recoupait corroborait les conclusions du reportage.

Et puis, la discussion !
Autour de la table il y avait une scientifique, psychologue, épidémiologiste, biostatisticienne, directrice de recherche à l'unité de santé des adolescents de l'INSERM, (l'Institut national de la santé et de la recherche médicale), le Président d’une fédération d’associations d’aide aux toxicomanes et à leurs familles, deux comédiennes venues là pour parler de leurs prochain film, un chanteur de rock venu présenter un livre, et le représentant du CIRC, (le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique). Je connaissais ce dernier personnage pour l’avoir rencontré lors d’une précédente émission de télévision au cours de laquelle nos points de vue s’étaient opposés, naturellement.

Le débat a commencé assez correctement par la prise de parole de la scientifique. Ensuite, il s’est rapidement passionné, le représentant du CIRC avançant les poncifs habituels. Le shit n’est dangereux pour que pour les plus fragiles qui représentent seulement 3à 5% des individus. J’ai déjà entendu cet argument et j’avais à l’époque répondu que, quels que soient les chiffres donnés par la statistique, quand c’est sur l’un des vôtres que cela tombe, pour vous c’est à 100% ! Il a dit aussi qu’il fallait savoir « gérer » sa consommation, et en faire un usage récréatif ! « Et pourquoi demandait-il, oui pourquoi me parlez-vous du cannabis des jeunes et non de celui des adultes ? » De mon lit, je lui hurlais : « Mais c’est parce que c’est le thème de l’émission, mon bonhomme ! ».

Le représentant des familles a apporté son expérience de terrain et il lui a été demandé s’il avait déjà fumé un joint. Non ? Alors de quoi se mêlait-il ? Il ne savait pas de quoi il parlait ! Ce à quoi il a répondu comme je le fais souvent, qu’un médecin n’a pas besoin d’avoir eu un cancer pour soigner ses patients ou bien qu’un docteur homme peut accoucher une femme enceinte même s’il est sûr de ne jamais faire une grossesse.
Et puis sont venus les coups bas, du style : « Vous fumez ? » Non ! Pas d’alcool, non plus ? Non. Avec pour terminer la très fine plaisanterie :
« Et tu es puceau ? ».
On a opposé l’exemple de la Hollande (les pro cannabis) à celui de la Suède, (les anti cannabis). Le rocker a pris la parole, alors qu’il était là pour parler de son livre, et le débat s’est englué. Les deux comédiennes étaient aussi des mamans, elles ont avoué avoir peur pour leurs enfants. Beaucoup de choses intéressantes ont été dites, des informations utiles ont été données, tout cela noyé sous un flot d’applaudissements ou de huées de la part du public.

Je ne crois pas que ce genre d’émission fasse avancer le débat, et c’est dommage. Chacun campe sur ses positions et personne n’écoute les arguments des autres.

J’ai bien fait de ne pas m’y rendre, et je crois que désormais je n’accepterai plus jamais.  Je me déplace quand je pense être utile et pas pour voir ma tête à la télé, ou pour faire du sensationnel. Je suis fragile, je viens de perdre un enfant à cause de la drogue, et pour lui, comme pour tant d’autres, le shit a été la drogue d’initiation. J’entends tous les jours des histoires de familles démolies par la consommation d’un enfant et le récit des dégâts causés par le cannabis. Je suis porteuse de cette parole.

Pour convaincre ceux qui seraient tentés de ne pas me croire, il leur suffit de se rendre dans notre forum et d’y lire les témoignages des parents en souffrance, souvent les mamans, Viviane, Carole, Maguy, Christine, Chakra…etc.,  ou des jeunes qui ont cessé leur consommation comme Tifenn, ou encore Nicolas dont le pseudo est « Sweetdarksoul », ou encore notre gentil Québécois, « Moodmind ».

Eux, savent, et nous aussi. Moi, c’est un risque que je conseille aux jeunes de ne pas prendre. Ce que font les adultes ne me concerne pas !
 
 


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Sophie Daout, le 14 mars 2008
HAUT DE LA PAGE






















Vol.1 No. 62
Les femmes politiques préférées des Français

Le magazine français « Fémina », a voulu savoir cette semaine le nom des femmes politiques préférées des Français.
La première question posée était :
 « Dans la liste suivante, quelle est la femme française qui illustre le mieux l’image ou l’idée que vous vous faites d’une femme politique ? »
 On aurait pu s’attendre à trouver en tête des réponses, une femme aux commandes qui fait la une des médias et les couvertures des journaux, qui s’agite, décide et fait l’actualité. Eh bien, pas du tout, puisqu’en première place arrive Simone Veil, qui est actuellement non élue et non candidate à une prochaine élection. Elle est suivie par des personnalités fort différentes, mais qui comptent pour les Français. Plusieurs générations sont représentées dans les choix de nos compatriotes, ainsi que les différents partis présents au Parlement. C’est un sondage plein de bonnes surprises.
Simone Veil est une femme d’honneur et de parole. Une femme d’exception. Rescapée de l’horreur des camps de concentration nazis en 1945, elle cumule les titres: ex membre du gouvernement Chirac, ex Présidente du Parlement Européen, ex Sage au sein du Conseil Constitutionnel. Elle fait partie du paysage politique des Français depuis plus de quarante ans et en particulier elle s’est illustrée en janvier 1975, en se battant pour faire passer la loi pour la légalisation de l’avortement, alors que les députés l’outrageaient, la menaçaient et l’insultaient. 22% des sondés l’ont choisie.

C’est Ségolène Royal qui occupe la seconde place avec 18% des voix. La candidate socialiste battue par Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles se situe devant plusieurs femmes ministres du gouvernement actuel. Malgré sa défaite du 6 mai, malgré les critiques de ses collègues hommes au sein même de son propre parti, elle incarne un espoir d’avenir.

Aux places suivantes, on trouve Michelle Alliot- Marie, depuis longtemps en politique et Rachida Dati, nouvelle venue, mais toutes deux ministres en place. Mais à la cinquième place, faisant jeu, on trouve ensuite sans surprise certaines figures bien connues du monde politique, Martine Aubry, « la dame des 35 heures » et Elisabeth Guigou, mais on ne s’attendait pas à voir Rama Yade. Totalement inconnue du public en 2007, elle est aujourd’hui la belle Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères et aux Droits de l’Homme.

La seconde question posée était celle-ci :
 « Si Nicolas Sarkozy choisissait une femme Premier Ministre, laquelle pensez-vous qu’il choisirait ? »

En première place, c’est encore Rachida Dati qui apparaît. Toujours très glamour, elle s’affiche en robe du soir à paillettes,  au dîner organisé à la mi-septembre pour les 60 ans de la luxueuse maison de couture Dior. Elle pose en bottes à talon aiguilles et bas résille pour une séance de photos dans Paris-Match. Madame le Garde des Sceaux est ministre et people !
Curieusement, Rachida Dati n’avait encore jamais été élue. Elle a mené son premier combat électoral en proposant sa candidature aux élections municipales dans le 7ème arrondissement de Paris. Plus curieusement encore, elle doit son succès dans le sondage aux sympathisants de gauche, alors qu’elle symbolise « le nouveau visage de la France » . Dans l’électorat de droite, elle est aussi la favorite, mais elle est talonnée de près par Michèle Alliot-Marie, qui elle, est choisie massivement par sa famille politique de droite.

Toutes ces femmes sont belles, bien dans leur temps.

Représenteront-elles demain le changement et nouveau paysage politique français ?

C’est ce que semble indiquer ce sondage !
 
 

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Sophie Daout, le 28 mars 2008
HAUT DE LA PAGE






















Vol.1 No. 63
Ados et alcool

J’habite sur la Côte d’Azur, et l’un des hôpitaux de Nice signalait en 2007 l’admission pour coma éthylique, de vingt-sept ados âgés de 11 à 15 ans contre quarante pour l’ensemble des trois années précédentes. Un autre hôpital de la même ville en a accueilli trois pour le même problème, plus d’une cinquantaine de 12 à 17 ans« en état d’intoxication éthylique. A Antibes, une autre ville de la côte, quarante jeunes de 15 à 18 ans ont été hospitalisés en 2007 pour une intoxication éthylique aiguë.

«  C’est un vrai problème déclare un médecin, responsable des urgences pédiatriques au CHU. Interrogés plus tard sur leurs motivations, ces jeunes, qui n’avaient pas de problèmes familiaux ni psychologiques particuliers, ont expliqué avoir recherché l’ivresse en buvant de très grandes quantités d’alcool fort en très peu de temps.

Ainsi témoigne un jeune qui a aujourd’hui 22 ans :
« C’était à l’occasion d’un réveillon, j’avais quinze ans et demi, et c’était la première fois que je buvais de l’alcool. Avec un autre copain, on voulait savoir ce qu’était l’ivresse. On a commencé à boire assez tôt, vers 18 ou 19 heures, uniquement des alcools forts, la tequila, le whisky etc. Avec ce copain, on a passé un deal : à chaque fois que quelqu’un arrivait, on buvait un verre d’un seul trait. En deux heures ces deux copains avaient bu environ un litre d’alcool fort, et le jeune qui raconte a fait un coma éthylique.

« Après, je ne me souviens plus de rien, sinon de m’être réveillé à l’hôpital avec des tuyaux partout. Je me suis demandé ce qui m’était arrivé. Le matin, un médecin est venu me voir, et comme ça allait bien, je suis sorti dans la journée.

 Pendant  un certain temps, il n’a plus bu une seule goutte d’alcool fort, ni même d’alcool du tout. « Ca m’a dégoûté pendant longtemps. J’ai commencé à boire de la bière plus tard dans les soirées avec les copains, mais il m’arrive aussi d’en boire tout seul.

Aujourd’hui, à 22 ans, est considéré comme un buveur excessif.

Tous les jeunes hospitalisés après un coma  racontent la même histoire. Ils tentent souvent l’expérience en petits groupes et en profitant des inter cours.  Ils arrivent le matin avec plusieurs bouteilles prises chez les parents, ils boivent un premier verre et se rendent compte qu’il ne se passe rien. Ils en prennent un deuxième et il ne se passe rien non plus. Alors, en l’espace de quelques minutes, ils boivent trois ou quatre verres. Et quand l’alcool arrive dans le sang, ils tombent.

Le docteur Haas, responsable des urgences pédiatriques dans un hôpital de Nice, s’exprime ainsi :
« On peut tomber n’importe où, et le danger du coma éthylique, c’est qu’il entraîne une hypothermie et une hypoglycémie pouvant provoquer des séquelles neurologiques sévères.. Mais les ados n’en ont pas conscience.

Pour un très jeune adolescent, le seuil de 3 grammes d’alcool peut être fatal.

Par ailleurs, les études et les chiffres prouvent que plus de 50% des jeunes ayant connu une première ivresse   entre 11 et 15 ans tombent dans l’alcoolisme à l’âge de 20 ans.

A 12 ans, plus d’un ado sur deux n’a pas encore touché à l’alcool, mais à 19 ans, il n’y a plus qu’un seul jeune sur vingt. Or, d’après les statistiques, pour ceux qui ont commencé à boire à 11-12 ans, 13% d’entre eux sont à 20 ans des consommateurs abusifs et 16% des consommateurs dépendants. Alors que pour ceux qui commencent à l’âge de 19 ans, la proportion tombe à 2% de consommateurs abusifs et à 1% de consommateurs dépendants.

Ainsi donc, à vingt ans, certains jeunes ont déjà une histoire avec l’alcool, une histoire qui a des chances de mal finir. Une cirrhose survient après vingt-cinq ans d’une consommation d’alcool importante et régulière. Autrement dit, pour les jeunes qui commencent à 12 ans, ils auront une cirrhose avant quarante ans !

A la vôtre !
Nous observons la même chose avec la banalisation du cannabis. Des cancers du fumeur qui se développaient après cinquante ans chez les gros fumeurs de ma génération, apparaissent aujourd’hui chez des personnes de trente-cinq ou quarante ans, tout consommateurs de hash.

Il faut savoir cela, avoir ces statistiques en tête quand on fait de la prévention !
Je ne les oublie jamais !
 
 
 
 

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Sophie Daout, le 4 avril 2008
HAUT DE LA PAGE






















Vol.1 No. 64
La teuf et les teufeurs !

Je me suis penchée aujourd’hui sur un livre écrit par  Monique Dagnaud  qui vient de publier « La teuf, essai sur le désordre des générations », aux éditions du Seuil.

Le seul projet d'avenir d’un bachelier interrogé, c’est «s 'amuser jusqu'à la fin de sa vie. » « La journée, il n'y a rien », s'exclame Arnaud, tandis qu’un autre étudiant parisien filme ses soirées pour les visionner entre amis. A travers ces propos et ces pratiques se dessine une nouvelle définition de la fête, non plus un exutoire soigneusement délimité pour supporter le quotidien, mais une fin en soi, unique raison de vivre de ses adeptes. L’auteur  a interviewé 100 « teufeurs » accros à ces soirées où l'on se « défonce » jusqu'au petit matin. Ils sont issus plutôt des classes moyennes et leurs frasques passent inaperçues. Ils s'entendent bien avec leurs parents, souvent divorcés mais « cool », qui les laissent sortir sans poser de questions.

Cela tombe bien, les teufeurs ne veulent pas se faire remarquer. Même la drague ne les intéresse pas. Bien élevés, ils débitent le discours qu'on attend d'eux : il faut « boire ou conduire »,  « gérer » sa consommation de psychotropes, ne pas prendre d'héroïne. Mais dans les faits ils prennent le volant après avoir descendu l'équivalent d'un litre de vodka. Ils sont un symptôme du malaise de cette génération née après 1981. Apolitiques, déprimés, régressifs, les teufeurs s’éclatent…faute de grandir.

Voici quelques réponses aux questions posées par un journaliste sociologue, Sophie Carquain, à l’auteur dans le journal « Le Figaro Madame » paru le 08.02.2008, sur un autre aspect de la teuf.

Pourquoi en ont-ils besoin à ce point ? Est-ce un exutoire, une manière de se défouler ?

- Oui, la pression scolaire est devenue très éprouvante pour les jeunes. Dans notre société, ils jouent leur va-tout pendant leurs vingt premières années. La concurrence est devenue féroce : il leur faut être dans les meilleures écoles, les meilleures filières… Un seul redoublement les exclut d’emblée des classes préparatoires. En Allemagne ou aux États-Unis, on vous juge beaucoup plus sur votre vie professionnelle.

La France, qui mise d’abord sur les performances scolaires, se rapproche de plus en plus du Japon. Cela explique cette exacerbation des conduites festives. Ils viennent trouver là une juste compensation d’un quotidien devenu souvent irrespirable. La teuf est le lieu d’un retour du refoulé, une pulsion dionysiaque, et c’est la raison pour laquelle elle ne doit pas être trop organisée à l’avance. Il ne s’agit pas de remplacer une contrainte par une autre ! J’ai constaté d’ailleurs, au fil de mon enquête, que les excellents élèves sont souvent aussi d’excellents teufeurs ! Comme s’ils cherchaient à se libérer de l’excès des contraintes et des devoirs…

Vous l’analysez dans votre livre : les teufeurs sont la génération d’enfants du désir, ceux à qui les parents ne refusent rien…

- Ils sont le résultat d’une projection narcissique intense. Les parents ont beaucoup de difficultés à s’opposer à eux, d’autant plus que ce qui compte ce sont les résultats scolaires. Ils ont tendance à penser : « Oh, il a bien le droit de se lâcher… Il travaille tellement. » Et l’ado en profite, naturellement.
Ces adolescents souffrent en fait d’une injonction contradictoire : on leur demande d’être les meilleurs… tout en restant eux-mêmes. « Sois libre, mon chéri… mais rapporte tout de même 18 sur 20 en maths ! » : tel est le credo des parents aujourd’hui. Les adultes veulent les voir réussir… tout en les libérant de la contrainte des modèles antérieurs. On est dans un culte de l’« invention de soi », comme l’écrivait Jean-Claude Kaufmann, même pour les jeunes !

Vous soulignez le contraste entre l’excès de la fête et la fadeur de leur quotidien. Ils sont gentils, aiment leur famille. Zéro conflit à l’horizon ?

- Si vous vivez dans une famille non conflictuelle, il vous faut tout de même vous différencier. La teuf en est l’occasion. Surtout qu’elle ne ressemble à rien de connu par les parents. On est dans la « rupture transgénérationnelle ». Si les ados sont très mutiques et réservés sur leurs soirées, c’est leur manière de se construire loin de ces adultes qui sont aujourd’hui trop proches d’eux.

L’allié des teufs, c’est aussi l’alcool , le cannabis chez les plus grands… Et là, vous lancez un signal d’alarme.

- Au fil de mon travail sur le terrain, je ne m’attendais pas à de tels chiffres. Un grand adolescent (âgé de 18 ans et plus) boit en moyenne huit verres d’alcool dans une teuf. Ce qui signifie qu’un certain nombre en boivent plus. Concernant les plus jeunes, on a vu arriver les « mix », des boissons mêlant jus de fruits et alcool fort (12 °, voire 18 °) : un vrai « piège à ados ». L’alcool est devenu tendance.

Les teufs auraient évolué, d’après vous, depuis Internet.
En quoi le virtuel a-t-il exacerbé le sens de la fête ?

- Les flux médiatiques, la culture des images stimulent l’aptitude à vivre ici et ailleurs, à se fabriquer de fausses biographies. Or, la teuf est également une façon de dépasser les limites de sa propre identité. Les ados peuvent y adopter des rôles de composition, comme s’ils jouaient avec un avatar d’eux-mêmes… Cette culture du simulacre (entre la vraie et la fausse identité) est renforcée encore par les émissions de télévision qu’ils regardent. Ils adorent ces jeux de rôle… tout en s’en moquant !

Les parents, écrivez-vous, ferment souvent les yeux sur ce qui se passe.
Ce que vous nommez l’« esquive parentale ».
Est-ce par laxisme ?

- Non, c’est le résultat d’une négociation tacite entre parents et enfants : les parents sont contents si leurs enfants apaisent leurs angoisses, et les enfants savent qu’ils pourront obtenir plus de liberté… s’ils travaillent mieux en classe. C’est donnant donnant. Heureusement, pour la plupart des jeunes, la teuf reste un simple dérivatif, sans mise en danger de soi. Reste à ne pas franchir un cap. Priment toujours la gaieté, le culte des copains, le « culte de la vanne » ! Et ça, c’est plutôt positif.

 «  Ils en parlent pendant des heures sur leur portable ou via Internet… Pour les ados, la “teuf” a détrôné la “boum”. Elle est l’objet de toutes les négociations et d’enjeux qui nous laissent perplexes.

Aujourd’hui, la première boum a lieu souvent en CM1-CM2.
Les « teufeurs » sont, eux, de plus en plus jeunes !

 Cela correspond à un rajeunissement, bien repéré aujourd’hui, de toutes les conduites adolescentes. Il y a un basculement des âges. On devient ado plus tôt, et l’âge des premières « teufs » en fait partie, tout comme l’anorexie ou les conduites à risques. Il y a donc fatalement un crescendo. Si l’on autorise un pré ado de 11 ans à rentrer à minuit, on s’achemine vers des teufs beaucoup plus extrêmes dès l’âge de 15-16 ans… « Boum » est d’ailleurs un terme réservé aux petits – on ne l’emploie plus dès l’âge de 12-13 ans ! Après, ce sont les « fêtes », puis les « teufs ».

Fêtes ou « teufs » ont-elles toujours lieu chez les parents ?

- Oui, c’est ce que les adolescents appellent un « squat ». Ils disent « On fait un squat chez Untel », ce qui signifie que l’on se regroupe dans son appartement, vide la plupart du temps. À partir de 12-13 ans, il est de bon ton que les parents s’en aillent – au moins pendant quelques heures -, même s’ils sont présents au début et à la fin de la soirée. Vers 16 ans, les premières grandes teufs ont lieu souvent le week-end chez les parents qui ont déserté leur appartement pour la campagne, à l’âge où l’ado rechigne à l’idée de suivre sa famille. Il profite alors de l’occasion, autorisé ou non à le faire, pour inviter ses copains.

Le principe est de bouger, de multiplier les lieux d’élection. Leurs soirées sont le résultat d’une fine dialectique entre l’organisation et l’improvisation. Tout commence par le contact par portable – outil indispensable des teufeurs – de leur réseau de copains. Un rendez-vous est donné chez l’un ou l’autre, et puis… place à la créativité. Quel que soit le lieu des réjouissances, le but est le « grand délire entre copains ». C’est l’expression qui revient le plus. Il faut être dans l’excès, « se faire péter les neurones ».

Ces « délires entre copains » ont donc remplacé la drague de jadis ?
Les séquences slow se sont réduites comme une peau de chagrin…

- Oui, une chose est sûre : la boum, la fête ou la teuf servent beaucoup moins aujourd’hui qu’hier à flirter ou à draguer. Et on se rencontre ailleurs, à commencer par Internet ! Les slows, comme Hôtel California, sur lequel les parents dansaient, ont quasiment disparu de la circulation. Aujourd’hui, les jeunes dansent presque exclusivement en solo, mais regroupés en petits cercles. Ce qui traduit parfaitement la situation des individus : des électrons libres se retrouvant en tribus ! Ils peuvent alors se mettre à délirer, à improviser un karaoké. On est dans la culture de l’excès, dans l’explosion des sens, dans le « no limit ».

La palme revient aux plus imaginatifs.

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Sophie Daout, le 11 avril 2008
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Vol.1 No. 65
Violences scolaires

Sous ce titre, mon journal quotidien, le Var Matin,  en ajoute un autre:

«Une nouvelle génération de collégiens».
Voici quelques extraits de cet article :
«Tensions, agressions verbales, crêpages de chignons, bagarres…
Si les violences physiques restent rares dans l’enceinte même des établissements scolaires, elles explosent de plus en plus souvent à la sortie.
Entre élèves du même établissement ou entre jeunes d’horizons différents. Aux abords d’un  collège du secteur, deux adolescentes avaient, en février dernier, agressé Lucie, une élève de 14 ans, scolarisée en classe de troisième»
Je signale que le comportement des deux adolescentes a été sévèrement sanctionné par le Conseil de Discipline, elles ont été exclues et obligées de s’inscrire dans une autre école.

Je reprends l’article :

«Les filles jusque là plutôt épargnées par le phénomène, n’échappent plus à la règle. Pour un mot, un regard, tout peut déraper Manque de communication, intolérance : globalement, les chefs d’établissements reconnaissent une progression sensible de ces vecteurs de violence. Surtout au niveau des collèges, où ils sont activés par le manque de maturité des élèves.
A ce phénomène s’ajoutent des conflits plus traditionnels. Des histoires de filles ou de garçons ou encore des problèmes de compétition d’après match. De ce fait, le recours à la police s’est banalisé.
Entre incivilités croissantes et  CPE (Conseillers Principaux d’Education) sur la brèche, il y a de l’électricité dans l’air…»
Le journaliste donne ensuite la parole aux chefs d’établissements du secteur, cinq Principaux de Collèges et deux Proviseurs de Lycée.

Les Principaux sont d’accord pour noter une augmentation de violence, surtout verbale, la violence physique restant exceptionnelle. Ils soulignent l’effort de tout le personnel pour une écoute plus attentive des enfants, la mise en place d’un partenariat avec les familles et d’un contrat avec les élèves. Ils appliquent immédiatement des sanctions exemplaire si c’est nécessaire.

Ils sont en réseau avec la police.
Ils souhaiteraient une augmentation  des moyens.

Quant aux Proviseurs, leurs élèves sont plus âgés et donc plus matures, et ils signalent moins d’incidents.
Au chapitre des violences verbales, Le Directeur d’un établissement privé, fait cette remarque :

«Les filles ont des comportements à des années lumière de ce qu’on attend de la féminité. Elles sont victimes d’un phénomène de mimétisme et emploient des termes incroyables! Des accrochages ont parfois lieu, mais pour l’heure personne n’est jamais passé à l’acte».
J’ai moi-même fréquenté les établissements scolaires en tant que professeur et je continue encore aujourd’hui en faisant de la prévention contre la drogue. J’ai en effet vu changer le profil et le comportement des jeunes. Quand je vais dans un collège, je prends deux classes à la fois. Il est facile pour un ado de chahuter cette dame qu’il ne connaît pas, qui ne fait que passer, et qui va parler d’un sujet aussi difficile que la drogue. La mise en route est parfois un peu périlleuse.
Mais je n’hésite pas relever l’incivilité : «Enlève ta casquette», «Ne pose pas tes pieds sur le siège»,  «Fais-nous partager tes réflexions à ta voisine», « Arrête d’embêter ton copain», «Ecoute celui qui parle», «Lève le doigt pour demander la parole »….

Pourtant,  après quelques minutes, il sont tout à fait dans l’écoute et leur attention m’est acquise. Mais il aura fallu un temps pour rappeler le respect à l’adulte et aux autres. Ce qui n’était pas aussi long par le passé.

Sortant de l’école, il m’arrive d’entendre des échanges un peu hard entre deux ados. Fusent alors quelques noms d’oiseaux ou des insultes mal sonnantes. Je m’interpose encore, et cela suffisait autrefois à calmer les esprits.
Ce n’est plus toujours le cas, il faut davantage négocier pour obtenir que l’on rectifie le langage ou les manières. Et je n’y parviens pas toujours. L’adulte a perdu de son prestige et de son autorité.

L’école n’est-elle pas le reflet de la société actuelle ?
 
 
 
 

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Sophie Daout, le 18 avril 2008
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Vol.1 No. 66
Le forum de Jeunesse Sans Drogue

Notre association  « Pour une Jeunesse Sans Drogue », JSD, existe depuis près de huit ans. Dès que nous l’avons pu, nous avons ouvert un site sur Internet, et depuis trois ans environ, un forum, dont je suis l’un des administrateurs. Ce n’est pas toujours chose facile.

JSD a pour mission de permettre aux familles dont un enfant est dans la drogue de pouvoir sortir de leur isolement et de leur sentiment de culpabilité en échangeant avec les autres. C’est souvent la condition d’une recherche de solution. Notre forum fonctionne un peu comme un groupe de parole.

Nous nous occupons uniquement des adolescents et des enfants, et nous ne cessons pas de le répéter. Outre les familles et les jeunes concernés, nous rencontrons dans ce forum, d’autres personnes, et en particulier des usagers de drogues. Ils sont adultes, ils connaissent bien les produits, et pour certains, ils sont bien intégrés socialement. Ils nous apportent parfois un éclairage et des conseils utiles. Cependant, en dépit de cela, certains de ces UD voient en nous des ennemis.

Nous en avions un, que nous appellerons S., fervent participant, qui écrivait presque aussi souvent que moi. Très vite, nous avons noté quelques dérapages verbaux que nous lui avons signalés. Il promettait d’y veiller, mais recommençait régulièrement. Après plusieurs rappels à l’ordre, nous n’avons plus pu supporter ses écarts de langage, ses menaces, ses  insinuations et ses accusations, et nous avons choisi de «  le bannir ». Il ne l’a pas supporté.

Il s’est donc rendu sur un forum de consommateurs dont il a proposé aux participants de venir nous agresser. Nous avons eu dès ce moment là plusieurs nouvelles inscriptions.

Logiquement, ce nouveau public aurait dû nous attaquer. Mais au contraire, plusieurs de ces membres ont compris ce que nous faisions et nous ont soutenus. Ils l’ont dit dans leur forum et dans le nôtre. Et cela n’a pas du tout été du goût de notre provocateur de service. Furieux, il a déversé son venin contre sa cible favorite, c’est à dire votre servante. ..et a reçu un avertissement du modérateur de son site.
Voici quelques réactions d’internautes :

« Bonjour,
Je suis allé sur un forum qui aide les familles d’enfants ayant des problèmes de drogues (cannabis alcool amphet, rabla ...) à s’en sortir.

Ce sont des personnes qui ont souffert qui souffrent et qui ne voient pas les drogues sous un bon angle ce qui est tout a fait normal vu qu elles ne reconnaissent plus leurs enfants...

Il y a quelques fumeurs qui ont eu la bonne idée d aller sur ce forum de dire que le cannabis c est pas pire que l alcool, que de toute façon les parents concerné n’ont jamais fumé, d affirmer qu il faut légaliser et débattre sur le sujet avec des discours tout faits que l’on peut trouver sur n’importe quel forum de cannabiculture.

C'est des ados, qui ne bossent plus en cours et qui fument à la place, qui passent leur journées à bedave et qui si ils continuent comme ça ont des chance de tomber dans autre chose.

Je trouve ça naze c'est de la provocation c’est des gens qui ont souffert et franchement vous êtes égoïstes abrutis de pas comprendre que vous faites souffrir des gens.
C'est tout simplement méchant c'est pas un site pro Sarko ne l’oubliez pas.
Je tenais a le dire et le signaler sur ce forum très fréquenté en espérant que les gens concernés soient inscrits ici. »

ou bien
« Je me permets de donner mon avis sur la question.

Je pense que nous (les fumeurs "responsables") nous devons avoir un discours bien précis en matière de cannabis:
 

  • N'inciter personnes à fumer.
  • Ne pas "idéaliser" la beuh.
  • Ne pas cacher les points négatifs et les risques.
  • Ne pas diaboliser non plus.
  • Ne pas présenter la consommation comme forcement négatives , grave, ou synonyme de mal-être.
  • Donner de par notre expérience les clés pour analyser une conso (sans problème, à risque...)


C'est pour moi la meilleure prévention efficace possible. Dire la vérité.

Par rapport a ça c'est comme pour l'alcool il n’y a pas de généralités mais des cas particuliers.

Maintenant je me mets a la place d'un parent si mon gamin fume du shit a 14ans ça va me faire chier je serait pas d'accord.
Mais si a ce moment la le parents rentre dans le conflit (interdiction, diabolisation...) souvent ça ne fait qu'aggraver le problème car le dialogue est rompu.
Or c'est uniquement grâce à lui que les choses peuvent évoluer positivement pour le bien-être de tous (parents et enfants) sachant qu'a 14 ou 15 ans les parents sont quand même encore en droit d'exiger que certains trucs soient respectés.

Tout ça pour dire que les arguments extrémistes anti-canna sont dangereux mais pas forcement plus que ceux qui leur répondent qu’à fumer fumer, il n’ y a aucun problème!!! »
Et un troisième :
J'ai commencé à fumer très jeune et ça m’a niqué en grande partie ma scolarité.

Je ne supporte pas ceux qui disent le contraire et qu'un jeune de 14 ans peut fumer des joints sans problème, déjà pour moi à cet age là, il ne devrait pas fumer de clope ni boire d'alcool non plus.

Je suis pour la légalisation du cannabis mais pour adultes bien sûr.

Comment accepter q'un jeune se nique le cerveau comme ça ?.

Je n’ai jamais laissé fumer mon petit frère et en aucun cas je ne voudrais avoir un fils fumeur ( de quoi que ce soit d'ailleurs).

Mettez vous à la place de ses parents 2 secondes, ah oui c'est cool de voir rentrer son fils défoncé tous les jours qui dit pas un mot et qui s'enferme dans sa chambre.

Je pense qu'on se doit d'aider ces jeunes et leurs parents comme on peut le faire avec l'alcool, tout n'est pas bon dans le cannabis.

Soyez franc et arrêtez de réagir comme des ados qui commencent tout juste à fumer. »
 

Il existe donc bien un consensus entre eux et nous, nous sommes d’accord pour penser qu’il faut protéger les enfants et les ados. Par ailleurs, personnellement, je n’ai aucunement l’intention d’entrer dans leur vie pour leur reprocher leur consommation, et de plus, ils nous éclairent parfois sur les produits ou des comportements qui nous déroutent.

Alors, pourquoi nous est-il si difficile de trouver un langage commun ?
 

Pour lire les témoignages du forum et y participer, en voici l’adresse de notre site Internet :
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Sophie Daout, le 25 avril 2008
HAUT DE LA PAGE




















Vol.1 No. 67

 Lâche prise…et tiens bon !

C’est le titre que j’avais choisi pour mon premier livre, qui s’est ensuite appelé « Lâche ta drogue …et tiens bon ! »
Cette dernière phrase s’adressait à mon fils, tandis que la première était une injonction que je me faisais à moi-même.
A cette époque là, mon fils avait déjà fait de la  prison, parce qu’il volait pour se procurer ses produits. Je ne l’avais pas supporté, j’étais tombée dans une dépression nerveuse lourde. Tout m’avait été révélé d’un coup, sa toxicomanie, les délits dont il était coupable, l’explication à tout ce qui n’allait plus en lui et chez nous depuis plusieurs mois. C’était trop, et j’avais craqué.
Puis avaient suivi des semaines et des semaines de co-dépendance pendant lesquelles je ne m’intéressais plus qu’à lui en oubliant tous les autres, y compris mon mari et mes autres enfants.

Et cela n’améliorait rien, bien au contraire !

Alors j’ai décidé de lâcher prise, de cesser de vouloir toujours tout maîtriser.
J’ai tenté de faire mienne la prière de la sérénité :

« Mon Dieu,
Donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer,
Le courage de changer celles que je peux
Et la sagesse d’en connaître la différence »

Mais ce n’est pas facile…

Que signifie exactement le « lâcher prise » ? V
oici la définition qu’en donne Virginie Pré, consultante en relations humaines :
« Le lâcher-prise est lié au fait de sortir de la suractivité et de renouer le contact avec soi même, pour accueillir ce que la vie est prête à nous offrir. Il permet de saisir les opportunités , qui n’ont pas forcément la forme que l’on avait imaginée. »
Ce n’est pas de la résignation qui génère des frustrations et des regrets, non, c’est une façon de regarder les choses en face et de les accepter. Et c’est en acceptant ce principe de réalité que l’on avance.

La même Virginie Pré ajoute :
« Je compare souvent cette notion à la maîtrise du tir à l’arc. Il est important de se préparer correctement, d’être clair sur la direction dans laquelle on veut aller. Mais il y a un moment où il est essentiel de décocher la flèche, et de la laisser suivre son parcours. Il est hors de question de la porter jusqu’à la cible ».

Or, dans notre société actuelle, tout nous pousse à garder le contrôle le plus longtemps possible. Et quand on est obligé d’y renoncer, il faut dépasser  ses peurs, peur d’être dépossédé, peur de ne pas être reconnu, peur d’être jugé, peur de se tromper…
Lâcher prise nous demande d’accepter l’inconnu qui justement parce qu’il est inconnu, nous effraie et donc provoque en nous de l’angoisse. Mais lâcher prise signifie aussi dépasser ces peurs et donc de les apaiser.

Dans cette acceptation, nous sommes dans un relâchement, une relaxation, qui nous met en situation de récepteur. Et ce moment de vacuité nous permet de passer à un changement de soi. C’est un acte de confiance envers la vie. On s’abandonne, mais on n’abandonne rien.
Lâcher prise signifie donc « laisser s’accomplir », sans nous préoccuper à l’excès de nos préjugés, nos peurs ou nos désirs…

C’est aussi renoncer à des projets trop élaborés, aux programmes trop bien huilés, à l’attente de performances ou de résultats. C’est devenir disponible à soi-même. Cet abandon produit une détente, l’acceptation de ce qui est et non pas de ce que nous voudrions.
Arnaud Desjardins, maître zen, l’explique ainsi : « Dans la vie, nous nous trouvons dans la situation de quelqu’un qui descend un torrent en canot ou en rafting. Pour celui qui est crispé ou angoissé, cette descente est un véritable enfer. En revanche, celui qui va avec le courant de manière détendue accomplit la même descente avec bonheur et aborde les difficultés avec souplesse ».

Quand on parvient à véritablement lâcher prise, il est possible de se laisser inspirer par la vie et d’en savourer les moments proposant les plaisirs les plus simples, et de réveiller la joie en soi. Cela permet également de se familiariser avec son corps, par la relaxation ou le sport par exemple et de retrouver son langage. Car si nous prenons la peine de l’écouter, notre corps nous parle, non avec des mots, mais avec ses maux.
Il faut souvent passer par une épreuve douloureuse de la vie pour parvenir à une telle philosophie de vie. Pour moi, cela a été d’abord la découverte de la toxicomanie de mon fils et mon impuissance face à ce problème, puis la mort de mes enfants.

Si je n’avais lâché prise, je ne serais pas debout aujourd’hui, mais je serais sûrement morte de désespoir !

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Sophie Daout, le 2 mai 2008
HAUT DE LA PAGE



















Vol.1 No. 68

 C’est un article de journal paru cette semaine dans  France Catholique n°3116, du 25 avril 2008 qui constituera ma chronique de la semaine. Je répondais il y a quelques mois aux questions d’une journaliste, Aude Lorne

Face à la drogue, que peut-on faire ?

Ecoutons d'abord, le cri d’une mère à qui la drogue a pris un fils, Ludovic. Combat de vingt ans pour l’en arracher. Puis pour tirer les autres de cet enfer, pour les prévenir, Sophie Daoût dénonce – dans les écoles, sur Internet et par ses livres - toutes les perversités d’un système meurtrier, avec son énergie et sa compétence d'ancienne conseillère d’orientation.

propos recueillis par Aude LORNE
TÉMOINS Face à la drogue, que peut-on faire ?

Sophie

Vous avez intitulé votre dernier livre « Jamais douces, les drogues ». Vous mettez sur le même plan haschich et cocaïne. Cela risque de n'être pas compris...

Le terme « drogue douce » est un terme de marketing,  employé pour banaliser le produit. On ne se méfie pas du mot « douce » or une drogue n’est jamais douce. Douce peut-être en effet parce qu’au début tout semble bien se passer. C’est ce que j’appelle la « lune de miel » avec le produit. Les premiers temps on ne perçoit que des effets positifs. A cette période on pense vivre à fond, fumer est associé à la convivialité, on rencontre de nouvelles personnes. « Je gère, je gère » dit le néophyte. Je voudrais pouvoir lui répondre : « Non, mon pauvre petit, tu ne gères pas, tu erres… moi je sais que tu es déjà de l’autre côté. »
Très vite d'ailleurs les choses commencent à se gâter. Quand le jeune commence à changer. Non pas de manière brutale, mais progressivement. Je l’ai vu pour mon fils : les résultats scolaires commencent à chuter. Il commence à vivre à contretemps. Le matin

il a beaucoup de mal à se lever. Le soir, il est en pleine forme. Il change de copains, il devient agressif. Il y a un faisceau d’indices : il veut tout, tout de suite, la jouissance immédiate. Tout est mis au service de ce qu’il veut, c’est-à-dire, en fait, son produit.

N’y a-t-il pas des franges de populations plus touchées que d’autre part le phénomène de la drogue ?

Moi-même, je ne me sentais pas concernée avant d’y être confrontée. C’était pour les autres, la drogue, pour des familles qui connaissaient des difficultés, pas pour la mienne ! Pourtant c’est arrivé chez moi !  J’ai découvert un risque dont je me croyais protégée, un risque auquel n’échappaient pas des enfants entourés, équilibrés, faisant de bonnes études. Il suffit d’un copain qui réussisse à convaincre « d’essayer », une fois, pour que tout soit compromis. L’adolescent est tenté par une expérience, veut montrer qu’il s’affranchit en bravant l’interdit parental. Les initiés exercent une fascination, un refus de fumer peut entraîner raillerie et exclusion du groupe. La tentation peut arriver aussi dans une période de mal-être, ce qui est fréquent dans l’adolescence : fumer un pétard éloigne momentanément ce mal-être : il aura alors tendance à recommencer et à accentuer sa consommation. Mais les pétards ne résolvent pas les problèmes. Ils permettent juste de les fuir. Quand les joints ne suffiront plus, le jeune sera tenté de passer à des substances plus toxiques et ce sera l’escalade. C’est pour moi comme une mission d’alerter les parents qui se pensent à l’abri : le phénomène de la drogue se généralise. Les prix baissent et les toxicités des produits augmentent.
Le joint des Hippies des années 70 n’a plus rien à voir avec ce qui est proposé à nos enfants. Le cannabis peut contenir jusqu’à 10 fois plus de THC, la principale substance psychoactive. Les premières consommations sont de plus en plus précoces. Aujourd’hui, le pourcentage de garçons et de filles à avoir expérimenté le cannabis à l’âge de 17 ans est respectivement de 53,1 et 45,5% ! C’est pourquoi je m’adresse dans mes actions de prévention de préférence aux élèves de 6e ou même de CM2 désormais, avant qu’ils ne soient directement touchés par la question. C’est souvent en classe de 4e que l’on note les débuts de consommation. En 3e, il
est déjà trop tard pour parler à toute une classe, trop d’enfants sont dans la drogue. Comme au début tout se passe bien - en apparence - avec la drogue, mon message ne passe pas, ils ne comprennent pas ce que je veux leur dire.

Vous insistez pour que vos rencontres  avec les élèves se double d’une réunion avec les parents. Pourquoi est-ce si important ?

Quand un enfant se met à consommer de la drogue, la communication avec les parents s’interrompt complètement. Le vocabulaire utilisé par les consommateurs est, sinon ésotérique ou moins très hermétique. Un vocabulaire commun, c’est le début d’une communication. Si on se coupe du vocabulaire commun, il n’y a plus de langage possible.
Le fossé s’agrandit et les dealers font tout pour que les parents ne sachent rien de la drogue, ne sachent pas détecter un début de consommation. Les rituels se font entre initiés, loin des parents, « ces empêcheurs de fumer en rond ». Il faut tout faire pour maintenir une communication avec les enfants. C’est un travail qui se fait dès l’enfance. Et il faut conserver ce lien. S’informer avant que les problèmes ne se posent. Les enfants, eux, savent beaucoup de choses, sont mieux informés que vous. Leur vocabulaire est très pointu. Mais leurs
sources ne sont peut-être que celle des dealers. Ils leur présentent un bon côté de la chose. C’est à vous les parents de leur parler de l’autre versant. Les parents sont peu ou mal informés. Je suis choquée du peu d’intérêt qu’ils portent à mon message. Et cependant je les comprends. J’ai été comme eux. Moi je n’ai pas vu entrer la drogue dans ma maison.
Des parents informés ont beaucoup moins peur de parler de la drogue. Le fait d’être informé et de savoir parler avec des mots adéquats leur permet de renouer le dialogue avec leur enfant

Quelle action peuvent avoir les parents ?

Les parents confrontés à la drogue chez l'un de leurs enfants ont d’abord besoin d’être aidés de l'extérieur. Ils ont honte. On leur fait parfois croire que leur enfant est dans la drogue parce qu’ils ne sont pas de bons parents. Ils sont rongés de culpabilité. Tifenn, dont je parle beaucoup dans mon livre, est venue à moi à la suite de la lecture de mon livre « Demain j’arrête la came » C’était il y a deux ans et demi. Dans sa première lettre, Tifenn m’écrivait qu’on lui avait demandé de chercher dans son histoire familiale ce qui l’avait conduite à la drogue. « Rien ! » s’était-elle indignée, « honnêtement, je pense que ce n’est pas là que je dois chercher parce que quand j’ai commencé, tout allait bien chez moi. » Tifenn aime sa famille, elle le dit. Cette culpabilisation des parents est un scandale et ne mène à rien.
Personne n’est à l’abri. Aujourd’hui, Tifenn s’en est sortie. Il y a eu des galères : un séjour en hôpital psychiatrique, une fugue. Mais c’est grâce à l’énergie de ses parents auprès desquels j’ai eu un rôle  d’accompagnement que son sauvetage a été possible. Plutôt que d'alimenter une culpabilité stérile, les parents ont besoin d’un soutien pour les aider à améliorer les relations avec leurs enfants, tout en préservant l'équilibre de la famille face à l'intrusion de la drogue : fermeté, tendresse, juste distance.

Outre vos actions de prévention au sein des écoles, vous avez développé un site Internet et un forum de conversation. Que peut-on attendre de cet outil ?

Partager les mêmes problèmes aide à se comprendre et à reprendre confiance. Les groupes de parole et d'entraide sont des moyens efficaces pour rompre l’isolement et constituent le début d’une solution face à la toxicomanie.
Notre forum de discussion Internet ressemble à ces groupes de parole et d’entraide. Il fonctionne un peu de la même manière. Si ce n’est que la première démarche de prise de contact est plus facile. Parce qu’il est anonyme, parce que l’on peut le faire de chez soi, sans se déplacer et que c’est un mode de communication usuel pour les jeunes. Ce qui est très impressionnant dans ce forum est que l’on observe une prise en charge des jeunes les uns envers les autres : qui mieux qu’un jeune qui a été personnellement confronté au problème peut comprendre soutenir, conseiller, épauler un jeune qui, sur Internet, appelle au secours ! Qui mieux qu’une famille qui a connu et surmonté le problème de la toxicomanie de son enfant, peut tendre la main et donner des conseils à des parents qui traversent cette épreuve ?
Cette prise en charge, bien sûr, se fait sous notre contrôle (nous avons un système de filtre et nous intervenons nous-même), mais va bien au-delà de ce que nous pourrions faire !
C’est ainsi que Tifenn, dont je parlais tout à l’heure, est passée de l’internaute déboussolée à celle qui tend la main. Et ça marche !

A lire de Sophie Daoût

« Jamais douces les drogues »,
Guide Totus, éd. du Jubilé, 273 pages, 13 €
Un guide pratique, à l’adresse des parents comme des enfants, pour se mettre au courant, pour pouvoir dialoguer.

« Demain, j’arrête la came ! »,
éd. du Jubilé, 221 pages, 14,50 €
Journal de Christine, victime de la drogue. Un journal qui pourrait être celui de milliers de jeunes. Pour les aider, la maman de Christine, soutenu par Sophie Daoût, a eu le courage de témoigner.

« Lâche ta drogue et tiens bon ! »
éd. du Jubilé, 191 pages, 13,60 €
Ludovic, quinze ans, se drogue. Du fond de sa détresse, Sophie, sa maman, s’interroge, sur elle-même et sur cette tragédie.

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BP 26
83600 Fréjus cedex
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Sophie Daout, le 9 mai 2008
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