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Les archives de Sophie Daout

Vol.5 No. 81
Etude sur la toxicomanie des jeunes

En tant qu’intervenante en toxicomanie, j’ai suivi plusieurs formations, dont l’une avec le docteur Hovnanian, qui m’a beaucoup intéressée et appris. Ont été publiés publié les résultats d’une expérience clinique portant sur 1000 jeunes de 16 à 30 ans traités par l’auteur : 500 collégiens, lycéens ou étudiants, et 5000 personnes ayant ou ayant eu des problèmes de toxicomanie, dont 80% d’entre eux sevrés et en voie de guérison.
(référence de l’étude : Dr. Léon Hovnanian - Bulletin Académie Nationale Médecine, 178, n°6, 1029-1042, séance du 7 juin 1994 .
Cette étude a été complétée depuis par la rencontre de milliers de jeunes de 10 à 22 ans chaque année.

METHODOLOGIE

A partir de 1975, l'évolution rapide de la toxicomanie chez les jeunes a conduit l'auteur à recevoir en consultation des jeunes et leur famille en nombre de plus en plus grand.

La disparité entre les théories reconnues, à dominante psychiatrique et sociologique, et les faits observés ont conduit l'auteur à privilégier l'écoute objective des toxicomanes, sans idée préconçue, puis à élargir l'étude aux jeunes qui avaient échappé à la drogue et à ceux qui, y ayant goûté, n’y avaient pas succombé.

L'étude a enfin été complétée par des entretiens avec des toxicomanes guéris ou en voie de guérison pour avoir une vue complète de la maladie, en amont et en aval. L'étude a été complétée depuis avec une prise en compte des apports scientifiques nouveaux et de l'utilisation des produits de substitution.

LES 4 STADES DE LA TOXICOMANIE

Cette étude ne traite que de la toxicomanie des jeunes qui débute maintenant à l'adolescence et qui a fait son apparition, en France, dans les années 60.

Quatre étapes marquent l'évolution de la toxicomanie. Les différents stades ne sont évidemment pas séparés par des barrières tangibles et l'évolution d'un stade à l'autre peuvent se faire à un rythme plus ou moins rapide suivant les individus et le milieu environnant.

En règle générale, l'auteur a constaté que le passage du stade 1 au stade 3 se faisait en 1 à 3 ans.
 
Stade 1 : LA CONTAMINATION

Entre 11 et 16 ans, 80% des adolescents ont essayé à l'occasion un 'joint' d'herbe ou de haschich, et ont peut-être recommencé une fois ou deux. Pourquoi?

  • Incitation par les copains
  • Pour faire comme tout le monde, pour ne pas avoir l'air ringard
  • Pour voir, tout comme la cigarette ou la bière, parce que les jeunes aiment faire des expériences personnelles.
76% de ces jeunes ne sont pas allés plus loin pour les raisons multiples et différentes.

Ceci représente un élément d'espérance en la capacité de la jeunesse à rejeter ce qui est nocif, ceci malgré la carence de prévention par les adultes.
 
Stade 2 : LES UTILISATEURS OCCASIONNELS

Cependant, 24% d'entre eux continuent et prennent plus ou moins régulièrement deux à trois 'joints' à l'occasion d'une soirée, plusieurs fois par mois. Pourquoi?

  • Pour le plaisir procuré par l'ivresse cannabinique
  • Pour le sentiment d'appartenance à un groupe
  • Parce qu'ils ont l'impression de trouver une réponse à leurs problèmes d'adolescents problèmes personnels, familiaux ou scolaires
A ce stade, une information claire et précise sur le danger des drogues est nécessaire.

Prendre conscience qu'il n'existe pas de raccourcis pour trouver le bonheur et une présence ferme et positive des parents peuvent diriger l'enfant vers d'autres plaisirs et d'autres objectifs pour assumer sa personnalité.

Certains deviennent déjà usagers réguliers sans toutefois passer obligatoirement au stade suivant. Ils sont dits réguliers s'ils prennent plus de 10 joints par mois.

Des habitudes se créent mais n'entraînent pas encore pour autant de désordres psychique ou physique sérieux.

Il n'y a pas encore dépendance, toutefois les habitudes sont prises.

Sur ces 24%,

  • Environ 9% auront la chance de pouvoir continuer à faire un usage ludique contrôlé du cannabis, grâce à des cellules cérébrales plus ou moins résistantes aux effets nocifs du delta 9 THC.
  • 7%, soit chaque année environ 40000 jeunes de 15 à 18 ans deviennent toxico-dépendants avec les troubles y afférant, mémoire et facultés intellectuelles déficientes, démotivation scolaire, échec, troubles de la personnalité, désinsertion sociale.
  • 8% ayant eu la chance d'avoir eu une évolution moins rapide arrêtent de fumer des 'joints' au vu des dégâts constatés chez leurs camarades de 'fumette'.
L'escalade est donc devenue une réalité pour la catégorie des 7% devenus accros.
 
 
Stade 3 : LES USAGERS HABITUELS TOXICO-DEPENDANTS

La dépendance qui s'est instaurée insidieusement inhibe la volonté et appelle à la recherche de plus en plus fréquente de 'paradis artificiels', l'engrenage est enclenché.

Ces jeunes fument régulièrement plusieurs 'joints' par jour mélangé ou non à l'alcool et prennent d'autres drogues à l'occasion: Amphétamines, tranquillisants, LSD, extasy,  voire cocaïne ou héroïne en prise nasale et injection intra-veineuse.

A ce stade, ils sont devenus dépendants de la drogue, donc toxicomanes et ont, de ce fait, perdu leur libre arbitre.

Leur volonté est atteinte. Il y a désaffection sociale et scolaire et destructuration de la personnalité.

La guérison est possible à ce stade car les atteintes physiques et psychiques ne sont pas irréversibles.

Ceci est à la condition expresse que cesse tout contact avec la drogue et le milieu des drogués et que la remotivation à vivre soit aidée par un soutien psycho-affectif chaleureux et ferme ainsi que par une disponibilité de l'entourage à tous les instants. Nous estimons que 40.000 jeunes de 15 à 18 ans passent du stade 2 au stade 3 chaque année.

On peut estimer qu'environ 400000 jeunes de 15 à 35 ans sont au stade 3 actuellement en France.

La Désocialisation

L'escalade en quantité et vers d'autres drogues entraîne une désocialisation.

L'usage des drogues pousse les jeunes à s'exclure d'eux mêmes d'une société tant familiale qu'extérieure qui ne les intéresse plus.

Seule société recherchée, celle d'autres toxicomanes qui ont les mêmes préoccupations, en premier lieu la recherche de drogues.

Le toxicomane est un solitaire, malheureux la plupart du temps.
Le discours est incohérent, l'élocution est souvent difficile et ralentie, de même que l'idéation. Le toxicomane a des difficultés à associer ses idées.

Il passe par des alternatives d'excitation, de durée de plus en plus courte et de dépression de plus en plus longue.

Il devient menteur, manipulateur, mu par une imagination délirante.
La recherche de produits est à présent son seul objectif, afin d'échapper à une réalité à laquelle il ne sait pas faire face. Il se réfugie dans ces 'paradis artificiels'.
 
Stade 4 : LES TOXICOMANES INVETERES 

Ils s'adonnent à l'héroïne, la cocaïne et à toutes les drogues médicamenteuses et licites qu'ils peuvent trouver quand ils manquent de leur drogue principale - souvent polytoxicomanes.

Totalement dépendants, ce sont des esclaves de la drogue dont la recherche est l'unique préoccupation.

La dégradation grave du psychisme et de la volonté entraîne un délabrement physique important.

L'immuno-déficience provoquée par la toxicomanie facilite l'atteinte par les maladies infectieuses de tous ordres.

Le comportement est suicidaire car la vie ne les intéresse plus en soi - seule la quête inassouvie des 'plaisirs' de la drogue les préoccupe.

Ils sont en manque permanent car l'effet de chaque prise de drogue est de plus en plus bref.

Ni amis, ni famille, rien ne compte, seule amie 'la drogue'. Si l'usage initial de drogues est convivial et festif au début, à ce stade on ne partage plus.

La "galère" du toxicomane est une triple misère physique, matérielle et morale.

Elle est telle qu'elle peut inciter le toxicomane à fuir sa dépendance mortelle et à demander de l'aide.

Mais ces moments sont très brefs. La demande est velléitaire. Il faut pouvoir y répondre de suite.

La guérison

La guérison est difficile, très longue, ponctuée de rechutes fréquentes.
Les 'spécialistes de terrain' annoncent des taux de réussite de l'ordre de 10 à 30% soit moins de résultat que dans le traitement du cancer.
Les structures totalement ouvertes, implantées en ville, sont inadaptées au traitement des toxicomanes.

Ceci est dû à la pression de la drogue présente partout et à un soutien psychologique insuffisant.

La guérison est possible, à condition d'en prendre les moyens et le temps, dans une structure appropriée dont la drogue est strictement exclue.

Dans l'état actuel de nos connaissances pharmacologiques, il n'existe aucun médicament capable de guérir de la dépendance.

La guérison passe impérativement par le sevrage pour que cessent les effets physiques du produit et la déstructuration psychique qui suit.

Le sevrage physique s'obtient en 10 à 15 jours sans médicament, sédatifs d'accompagnement qui ne font que retarder le sevrage. Le malade en manque essaie de manipuler son entourage pour obtenir sa drogue. Il ne faut pas céder. Personne n'est jamais mort de manque. Il faut l'aider surtout par un accompagnement psychique chaleureux et généreux de tous les instants pendant 10 à 15 jours

Ceci est suivi par une restructuration psychologique de 2 à 3 mois, suivi d'une cure de formation éducative et de préparation à la réinsertion sociale de 12 à 15 mois.

Les échecs sont souvent dus à l'arrêt prématuré du traitement au troisième mois. Le toxicomane, amélioré physiquement, se croit capable de reprendre la vie dans son milieu habituel.

Les sollicitations sur une personnalité encore peu solide, la persistance de l'image des "paradis artificiels" dans la mémoire, l'impossibilité de se réinsérer faute de formation professionnelle le renvoient très vite à la recherche de drogue.

Les communautés thérapeutiques telles qu'elles existent en Italie, en Suède et aux USA, situées à la campagne, offrent un environnement humain riche et expérimenté d'ex-toxicomanes.

En responsabilisant chacun dans la vie du groupe, ce sont actuellement les structures institutionnelles les mieux appropriées pour donner le maximum de chance de guérison.

On peut estimer à 70% les résultats positifs possibles - Etude de la Faculté de Médecine de Bologne.

Malheureusement, seules 200 places environ sont actuellement agréées en France.

Dans 95% des cas, "la souffrance" du toxicomane n'est pas la cause de sa toxicomanie, mais la conséquence de l'usage des drogues, cannabis y compris. La véritable compassion à l'égard du toxicomane consiste à le convaincre et à l'aider à en cesser tout usage, à défaut, à l'y contraindre par une injonction thérapeutique bien menée. Ceux qui affirment qu'on ne guérit pas un toxicomane contre sa volonté semblent ignorer que le toxicomane est un esclave qui a abdiqué sa volonté sous l'effet de la drogue.. Et ils n'ont jamais essayé de l'inciter à se sevrer. Ils parlent donc de faits qu'ils ignorent.
 
 


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Sophie Daout, le 12 septembre 2008
HAUT DE LA PAGE




































Vol.5 No. 82
Nouvelles lois pur lutter contre l’alcoolisme des jeunes

J’ai ici parfois parlé de ce problème assez nouveau de l’alcoolisme des jeunes. La Ministre de la santé, Roselyne Bachelot veut mettre les mineurs au sirop et à l’eau ! Elle  a décidé d'engager un combat contre cette banalisation de l'alcoolisme chez les jeunes voire de plus en plus chez les très jeunes adolescents. Elle prépare pour 2009 «l'interdiction totale de la vente d'alcool aux mineurs», dans les bars, dans les discothèques mais aussi dans les épiceries et les supermarchés, et même les «open bars», ces soirées organisées dans les écoles où l'on peut boire une nuit entière de façon illimitée pour un prix forfaitaire et plutôt modique.

Il y a deux mois,  un jeune lycéen qui venait de fêter son succès au baccalauréat est rentré chez lui en état de très forte ébriété. Il est mort quelques heures plus tard des suites d'un coma éthylique. Deux semaines auparavant, sept collégiennes âgées de 14 et 15 ans avaient ingurgité de la vodka et de la tequila au petit matin, avant même le début des cours. Trois d'entre elles, ivres-mortes, avaient dû être hospitalisées d'urgence.
Un scénario similaire s'était déroulé il y a quelques mois près avec deux lycéennes : elles s’ s'étaient effondrées dans leur lycée après avoir bu plusieurs vodkas dans le bar tout proche du lycée.
Il s’agit là de la pratique du binge drinking* (1), qui consiste donc à absorber le maximum d’alcool en un minimum de temps a de quoi inquiéter.

Voici comment la définit Julie, une lycéenne :

«On teste des mélanges, pour voir l’effet que ça fait.».
L’important, ce n’est pas ce qu’on boit, c’est d’être soûl.Et le plus vite possible. Avec sa bande d’amis, ils organisent des «concours» : «Boire cinq, dix, quinze vodkas, et être toujours debout.» 
 

Cocktail favori : vodka-Red Bull* (2), car le Red Bull, soda aux supposées vertus énergisantes, «permet de garder la pêche», dit l’adolescente. Du vin blanc avec de la vodka et de l’eau-de-vie des parents.

Il est prévu la diffusion d’un spot à la télévision et au cinéma : il met en scène des adolescents dans un univers paradisiaque où tout va tourner au cauchemar après avoir trop bu. L'objectif poursuivi par la ministre est de prévenir non seulement les accidents de voiture, mais aussi d'autres comportements induits par l'excès d'alcool : la violence, les rapports sexuels non protégés ou même parfois contraints, ou les comas éthyliques qui peuvent engendrer le décès.

La ministre de la Santé a répété dans une interview au Journal du Dimanche sa détermination à réagir et à faire voter prochainement une interdiction «totale» de la vente d’alcool aux mineurs.

A l’appui de son propos, la ministre cite la dernière enquête Escapad, réalisée lors de la journée d’appel de préparation à la défense auprès de 80 000 adolescents de 17 ans. Au cours des trente derniers jours, près de la moitié de ces jeunes avaient bu au moins cinq verres d’alcool en une seule occasion. L’alerte lancée par Roselyne Bachelot reprend les principales mesures du plan de lutte gouvernemental 2008-2011 présenté par la Mildt  ( Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies).

Alors que les précédents plans se focalisaient sur les drogues, ce dernier s’attaque clairement à l’alcoolisme, en particulier chez les jeunes. Interdiction totale de la vente avant 18 ans, donc, mais aussi interdiction du principe des open bars dans les soirées étudiantes (où on paye juste l’entrée pour ensuite boire à volonté). La consommation d’alcool «sur la voie publique aux abords des établissements scolaires» sera également interdite, ainsi que la «vente d’alcool dans les stations services» à tout moment et non plus seulement entre 22 heures et 6 heures du matin.
La ministre a précisé que ces mesures seront incluses dans la loi « Santé, patients, territoire» qu’elle prépare et rendra  effective en 2009. L’idée est de sortir de ce qu’elle appelle le «flou artistique» de la législation actuelle. Pour l’instant, le seuil principal d’interdiction est fixé à 16 ans. En dessous, les mineurs n’ont théoriquement aucun droit à l’alcool : ni à l’achat en bouteille, ni à la consommation au verre. Entre 16 et 18 ans ils peuvent, dans les bars, commander des boissons du deuxième type (vin, bière et cidre) mais pas d’alcools forts. En grandes surfaces, ils peuvent acheter tout ce qu’ils veulent à condition de ne pas consommer sur place.

Ces différents seuils, qui seraient sources de «mauvaises interprétations» par les commerçants, sont depuis longtemps dénoncés par les médecins. A priori, une interdiction plus claire de tout alcool avant 18 ans a plus de chances d’être respectée. Certains spécialistes, comme le professeur Claude Got, auteur de nombreux rapports sur la santé publique, insistent toutefois sur l’importance de «contrôles» pour la faire appliquer. En effet, depuis l’interdiction de la vente de tabac aux mineurs de moins de 16 ans en 2004, les enquêtes ont prouvé que la grande majorité des buralistes continuent de vendre du tabac à des adolescents, voire des préadolescents, sans leur demander leur âge.

Roselyne Bachelot a précisé qu'elle ne voulait pas « adopter un ton moralisateur, ni stigmatiser qui que ce soit». «Cette campagne va aborder la question sur un ton décalé, qui est apprécié et bien compris des jeunes», a-t-elle affirmé.

Mais en France, bien sûr, dès qu’une personne prend la parole, quelqu’un intervient immédiatement pour dire le contraire !
Thiébaut Weber, président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), a réagi sur France Info. Selon lui, «la répression présente un risque, celui à terme de transférer la consommation d'alcool des soirées étudiantes et des lieux de sociabilité vers la sphère privée, sur laquelle les associations étudiantes n'ont plus aucun impact».

«C'est une conception un peu galvaudée de la jeunesse», ajoute-t-il. «On mélange les mineurs, pour lesquels l'interdiction de la consommation est une bonne chose, et les étudiants (...) On a tendance à infantiliser les jeunes, alors qu'on aurait davantage intérêt à responsabiliser qu'à pénaliser".

Pour moi, tout ce qui va dans le sens de la protection des enfants et des ados empote mon adhésion. Aussi n’aurai-je pas besoin de préciser de quels propos je suis le plus proche, entre  ceux de monsieur Weber ou ceux de madame la Ministre ?
 

* (1) de l’argot anglais binge, qui signifie «cirque».
* (2) Je reparlerai de cette boisson dans une prochaine chronique.
 
 


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Sophie Daout, le 19 septembre 2008
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Vol.5 No. 83
Nouvelles lois pur lutter contre l’alcoolisme des jeunes

J’ai ici parfois parlé de ce problème assez nouveau de l’alcoolisme des jeunes. La Ministre de la santé, Roselyne Bachelot veut mettre les mineurs au sirop et à l’eau ! Elle  a décidé d'engager un combat contre cette banalisation de l'alcoolisme chez les jeunes voire de plus en plus chez les très jeunes adolescents. Elle prépare pour 2009 «l'interdiction totale de la vente d'alcool aux mineurs», dans les bars, dans les discothèques mais aussi dans les épiceries et les supermarchés, et même les «open bars», ces soirées organisées dans les écoles où l'on peut boire une nuit entière de façon illimitée pour un prix forfaitaire et plutôt modique.

Il y a deux mois,  un jeune lycéen qui venait de fêter son succès au baccalauréat est rentré chez lui en état de très forte ébriété. Il est mort quelques heures plus tard des suites d'un coma éthylique. Deux semaines auparavant, sept collégiennes âgées de 14 et 15 ans avaient ingurgité de la vodka et de la tequila au petit matin, avant même le début des cours. Trois d'entre elles, ivres-mortes, avaient dû être hospitalisées d'urgence.
Un scénario similaire s'était déroulé il y a quelques mois près avec deux lycéennes : elles s’ s'étaient effondrées dans leur lycée après avoir bu plusieurs vodkas dans le bar tout proche du lycée.
Il s’agit là de la pratique du binge drinking* (1), qui consiste donc à absorber le maximum d’alcool en un minimum de temps a de quoi inquiéter.

Voici comment la définit Julie, une lycéenne :

«On teste des mélanges, pour voir l’effet que ça fait.».
L’important, ce n’est pas ce qu’on boit, c’est d’être soûl.Et le plus vite possible. Avec sa bande d’amis, ils organisent des «concours» : «Boire cinq, dix, quinze vodkas, et être toujours debout.» 
 

Cocktail favori : vodka-Red Bull* (2), car le Red Bull, soda aux supposées vertus énergisantes, «permet de garder la pêche», dit l’adolescente. Du vin blanc avec de la vodka et de l’eau-de-vie des parents.

Il est prévu la diffusion d’un  spot à la télévision et au cinéma : il met en scène des adolescents dans un univers paradisiaque où tout va tourner au cauchemar après avoir trop bu. L'objectif poursuivi par la ministre est de prévenir non seulement les accidents de voiture, mais aussi d'autres comportements induits par l'excès d'alcool : la violence, les rapports sexuels non protégés ou même parfois contraints, ou les comas éthyliques qui peuvent engendrer le décès.

La ministre de la Santé a répété dans une interview au Journal du Dimanche sa détermination à réagir et à faire voter prochainement une interdiction «totale» de la vente d’alcool aux mineurs.

A l’appui de son propos, la ministre cite la dernière enquête Escapad, réalisée lors de la journée d’appel de préparation à la défense auprès de 80 000 adolescents de 17 ans. Au cours des trente derniers jours, près de la moitié de ces jeunes avaient bu au moins cinq verres d’alcool en une seule occasion. L’alerte lancée par Roselyne Bachelot reprend les principales mesures du plan de lutte gouvernemental 2008-2011 présenté par la Mildt  ( Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies).

Alors que les précédents plans se focalisaient sur les drogues, ce dernier s’attaque clairement à l’alcoolisme, en particulier chez les jeunes. Interdiction totale de la vente avant 18 ans, donc, mais aussi interdiction du principe des open bars dans les soirées étudiantes (où on paye juste l’entrée pour ensuite boire à volonté). La consommation d’alcool «sur la voie publique aux abords des établissements scolaires» sera également interdite, ainsi que la «vente d’alcool dans les stations services» à tout moment et non plus seulement entre 22 heures et 6 heures du matin.
La ministre a précisé que ces mesures seront incluses dans la loi « Santé, patients, territoire» qu’elle prépare et rendra  effective en 2009. L’idée est de sortir de ce qu’elle appelle le «flou artistique» de la législation actuelle. Pour l’instant, le seuil principal d’interdiction est fixé à 16 ans. En dessous, les mineurs n’ont théoriquement aucun droit à l’alcool : ni à l’achat en bouteille, ni à la consommation au verre. Entre 16 et 18 ans ils peuvent, dans les bars, commander des boissons du deuxième type (vin, bière et cidre) mais pas d’alcools forts. En grandes surfaces, ils peuvent acheter tout ce qu’ils veulent à condition de ne pas consommer sur place.

Ces différents seuils, qui seraient sources de «mauvaises interprétations» par les commerçants, sont depuis longtemps dénoncés par les médecins. A priori, une interdiction plus claire de tout alcool avant 18 ans a plus de chances d’être respectée. Certains spécialistes, comme le professeur Claude Got, auteur de nombreux rapports sur la santé publique, insistent toutefois sur l’importance de «contrôles» pour la faire appliquer. En effet, depuis l’interdiction de la vente de tabac aux mineurs de moins de 16 ans en 2004, les enquêtes ont prouvé que la grande majorité des buralistes continuent de vendre du tabac à des adolescents, voire des préadolescents, sans leur demander leur âge.

Roselyne Bachelot a précisé qu'elle ne voulait pas « adopter un ton moralisateur, ni stigmatiser qui que ce soit». «Cette campagne va aborder la question sur un ton décalé, qui est apprécié et bien compris des jeunes», a-t-elle affirmé.

 Mais en France, bien sûr, dès qu’une personne prend la parole, quelqu’un intervient immédiatement pour dire le contraire !
Thiébaut Weber, président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), a réagi sur France Info. Selon lui, «la répression présente un risque, celui à terme de transférer la consommation d'alcool des soirées étudiantes et des lieux de sociabilité vers la sphère privée, sur laquelle les associations étudiantes n'ont plus aucun impact».

«C'est une conception un peu galvaudée de la jeunesse», ajoute-t-il. «On mélange les mineurs, pour lesquels l'interdiction de la consommation est une bonne chose, et les étudiants (...) On a tendance à infantiliser les jeunes, alors qu'on aurait davantage intérêt à 

Pour moi, tout ce qui va dans le sens de la protection des enfants et des ados empote mon adhésion. Aussi n’aurai-je pas besoin de préciser de quels propos je suis le plus proche, entre  ceux de monsieur Weber ou ceux de madame la Ministre ?
 

* (1) de l’argot anglais binge, qui signifie «cirque».
* (2) Je reparlerai de cette boisson dans une prochaine chronique
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Sophie Daout, le 19 septembre 2008
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Vol.5 No. 84
Drogue - Des stars accusées de montrer le mauvais exemple

Cette semaine, un article l’exemplarité des stars en matière de comportement, m’interpelle. Ces personnes en vue, dont les détails de la vie privée passent en gros titres dans les magazines sont-elles censées montrer l'exemple?

 Le directeur de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime a dénoncé, dans un entretien  à l'Observer, les comportements de la chanteuse Amy Winehouse et du mannequin Kate Moss, qui attisent selon lui les problèmes de drogue en Afrique notamment. L'attitude des deux Britanniques contraste, pour lui, avec celle des chanteurs Bono et Bob Geldof, militants de la cause humanitaire en Afrique.

"Quand quelques personnes célèbres tentent de sauver l'Afrique, d'autres contribuent à son effondrement", estime –t-il. "Les 'fashionistas' qui sniffent de la cocaïne n'endommagent pas seulement leur nez et leur cerveau, elles contribuent aussi à la déliquescence des Etats à l'autre bout du monde." "Amy Winehouse peut se poser en rebelle en chantant avec la voix écorchée 'Rehab' ("désintox", le titre d'une de ses chansons), mais réalise-t-elle quel message elle envoie aux autres qui sont dépendants de la drogue et ne peuvent se permettre de payer un traitement trop cher?", s'interroge-t-il.

"Est-ce que de telles stars qui font étalage de leur consommation de drogue sont au courant des dommages provoqués par le trafic de drogue de l'Amérique du Sud vers l'Europe en passant par l'Afrique?", demande-t-il encore. "Pour chaque rebelle avec une cause, il y en a dix autres qui n'y comprennent rien." "Quand quelques idoles pop ou acteurs vedettes bien intentionnés s'indignent des souffrances en Afrique, leur travail est miné par le rapport à la drogue de leurs collègues insouciants tels Kate Moss", ajoute-t-il.

Un porte-parole d'Amy Winehouse a rejeté ces accusations. "Amy ne s'est jamais exprimée sur la drogue, ni n'en a fait la promotion d'une quelconque manière", a-t-il déclaré à l'Observer. "Elle a eu des problèmes et tente d'aller mieux". Amy Winehouse a accepté une énième cure de désintoxication après avoir été filmée en train de consommer ce qui semble être du crack en janvier dernier. En 2005, Kate Moss avait été filmée en train de prendre de la cocaïne.
Les commentaires des lecteurs condamnent l’attitude des vedettes, mais s’en prennent aussi aux médias qui diffusent ce type d’information :

« C'est plutôt les médias qui parlent de leurs frasques et montrent leur mauvais exemple ...Il ne faut pas se tromper de cible »

«  Le problème est lié à ces "stars" qui montre le mauvais exemple bien sûr, mais il est aussi médiatisé par des faiseurs d'audience et de fric qui se moquent de toute morale »

« Ce ne sont pas les stars qui montrent le mauvais exemple ce sont les médias qui les mettent en avant dans une médiation "poubelle" :cherchez l'erreur !! »

Parfois, les fans des vedettes s’inquiètent pour leur idole, comme ici pour Amy Winehouse .
« Amy, s'il te plaît, demande de l'aide avant qu'il ne soit trop tard. Tu as un talent immense qui va être brûlé beaucoup trop vite... La vidéo te montrant chez toi va, espérons-le, te pousser à aller là où il te faut aller »
Ou bien :
"Tu es une jeune femme avec énormément de talent. Ne le gâche pas".
La vidéo évoquée montre la chanteuse en train de fumer une pipe de crack, un dérivé de la cocaïne. Les images auraient été filmées lors d'une soirée chez Amy Winehouse, dans la nuit de jeudi à vendredi, quelques heures avant que la chanteuse se rende à une audience judiciaire de son mari, Blake Fielder-Civil. Ce dernier est poursuivi pour avoir tenté de soudoyer un barman qu'il est accusé d'avoir agressé, afin que celui-ci ne témoigne pas contre lui. Le porte-parole de la star a refusé de commenter la vidéo.

La chanteuse, qui compte parmi le plus grand nombre de nominations aux 50e Grammy Awards, avait été hospitalisée, l'été dernier, pour overdose. Dans sa  chanson Rehab, elle raconte : "Ils ont essayé de m'envoyer en cure de désintox', j'ai dit non, non, non". En novembre, elle était apparue titubant sur scène, avant d'annuler une série de 17 concerts pour "raison de santé".

Personnellement, je suis assez d’accord avec la conclusion de cette lectrice qui s’exprime ainsi :
 

«  Amy Winehouse est une personne surmédiatisée, spécialement ici a Londres et l’image qu?elle véhicule est absolument néfaste pour les jeunes, et même pour tout le monde. Il y en a marre de ces « stars » qui font la une parce qu?elles se droguent (Kate Moss, Lindsay Lohan etc.) et qui malgré elles rendent la drogue et le fait de se droguer « in » et a la mode. Non, se droguer ce n’est pas « cool » et oui c’est une maladie, alors qu’elle aille se soigner ».
Cette semaine, le rapport annuel de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) a dénoncé le laxisme des autorités face aux célébrités qui se droguent, lequel envoie un mauvais message aux jeunes, souvent "influençables".
Car les jeunes ont souvent tendance à s’identifier à une personne en vue, artiste, comédien, chanteur ou sportif de haut niveau.
En ce sens ils portent une responsabilité, quand ils affichent un comportement peu recommandable ou des propos déplacés. Mais certains d’entre eux n’en semblent pas conscients !


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Sophie Daout, le 26 septembre 2008
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Vol.5 No. 85

J'ai récemment été contactée par une journaliste qui travaille sur Internet. Parallèlement à mon interview, elle en menait une autre avec le docteur William Lowenstein, directeur général et médecin chef de l'Institut Baron Maurice de Rothschild (Paris) pour la recherche et le traitement des addictions.

Elle souhaitait connaître notre réaction face à l'article de journal suivant :

Mal de tête : cannabis ou Doliprane?

" Selon une étude récente, le cannabis serait efficace pour soulager les petites douleurs chroniques. En d'autres termes, des comprimés de marijuana pourraient remplacer avantageusement nos habituels Dolipranes. Doit-on légaliser cette drogue pour un usage thérapeutique ? Le cannabis à usage thérapeutique est toléré dans plusieurs Etats des USA, au Canada et Australie.
En septembre 2003, les Pays-Bas ont été les premiers à autoriser les médicaments à base de marijuana. Ce "cannabis médical", vendu sur ordonnance, soulage les effets secondaires de la chimiothérapie. Il permet entre autres de redonner de l'appétit aux patients.
Mais, pour la première fois, une étude rapportée par la revue Pain démontre que le cannabis pourrait aussi être employé pour calmer les douleurs chroniques (celles qui résistent aux traitements usuels plus de trois à six mois). Le cannabis pourrait donc devenir un traitement de tous les jours ".

Voici la réponse du docteur Lowenstein :

Il y a déjà eu énormément d'études sur le sujet pendant les années 70 et 80. A les lire, il semblerait que toutes les maladies du monde pourraient être traitées avec du cannabis. Mais les deux tiers de ces études ne sont pas méthodologiquement recevables.
Cela dit, Pain est une revue de grande qualité et certaines études doivent encore être menées sur le cannabis. Evidemment, ce n'est pas un scoop de dire que la molécule du cannabis a des effets antidouleurs. Mais si elle présente des avantages sur d'autres antalgiques, l'idée d'en faire des comprimés, au même titre que le Doliprane, ne doit pas être exclue.
On sait surtout que les substances cannabinoïdes ont des inconvénients sur certaines personnes qui n'en tolèrent pas les effets psychologiques. Il faut donc aller au bout de la recherche et comparer le cannabis avec la morphine et le Doliprane. Le problème est que très vite le débat va devenir politique et social, alors qu'il devrait rester médical.
On est dans un pays compliqué.
L'utilisation du cannabis n'est pas entièrement interdite en France.
Les médecins peuvent en prescrire sur autorisation temporaire du ministère de la Santé, mais la procédure est laborieuse et prend en général un mois. Il n'y a eu que 15 cas sur 10 ans, c'est dire s'il faut être motivé.
Les autres pays sont plus pragmatiques. Ils considèrent que si quelqu'un souffre, il doit pouvoir avoir accès à toutes les molécules qui le soulagent. C'est le domaine réservé de la science. Le politique n'a rien à faire là-dedans."

Et voici ma réponse :

Je me bats contre les drogues, c'est-à-dire contre des produits psychotropes qui détruisent les hommes et les privent de liberté. Mais si le cannabis a des vertus thérapeutiques, je m'en réjouis!
Il n'y a pas les mêmes risques quand on prend du cannabis en cachet contre la douleur ou quand on se fume un joint alors que l'on est en bonne santé. La démarche n'est pas la même. C'est la même différence qu'entre l'héroïne et la morphine. Sur tous les accidentés de la route à qui on donne de la morphine, seulement 5 % sont accros après le traitement. Tout est dans la tête.
Un cachet à base de cannabis, si la prise est encadrée par un médecin et si ça soulage les gens, allons-y !
Le risque de détournement ne sera pas plus important qu'avec les médicaments à base de codéine aujourd'hui utilisés par les toxicomanes.
Mais si les entreprises pharmaceutiques ne l'ont pas encore commercialisé, c'est sûrement que d'autres médicaments ont les mêmes effets pour moins cher."

C'est vrai, William Lowenstein a raison: le débat devrait rester un débat médical.

Mais le sujet est épineux, et dès qu'il est porté sur la place publique, il devient politique et social. Et les partisans de la légalisation du cannabis s'en servent de tremplin pour défendre leur cause. Voici la réaction de quelques Internautes :

David
27 ans, fume du cannabis tous les jours depuis plusieurs années.
Jamais je n'ai fumé dans un but thérapeutique. Mais j'ai remarqué que ça me faisait du bien notamment pour les douleurs au ventre ou pour certains maux de tête. Le cannabis est le seul tabou qui n'a pas été levé par mai 68. On a parlé du droit des femmes, mais pas du "droit à la défonce".
C'est dommage."

Amedeo
Il est reconnu que l'utilisation de tout produit pour des raisons médicales doit passer par la filière médicale, avec tous les contrôles connus. On constate que malgré le fait de mettre sur les paquets de cigarette une tête de mort, la cigarette continue de faire des ravages, comme l'abus d'alcool est dangereux, nous continuons à traiter des alcooliques avec les conséquences reconnues. Alors SVP, laissons ce problème aux mains des médecins compétents.
Et continuons à contrôler les usagers de ces produits suivant les procédures en cours et qui ne peuvent que limiter au minimum les différents trafics.

Nilasse
la France est un pays ou l'idéologie prime sur le bon sens normal avec le nombre de personnes âgées qui y vivent.
La consommation de cannabis est dépénalisé dans l'écrasante majorité des pays européens, mais pas en France.
Sachant que nous sommes, en termes de pyramide des âges, l'un des pays les plus vieux d'Europe, on pourrait légitimement se demander si il n'y a pas corrélation. Paradoxalement, c'est un des pays ou l'on consomme le plus de drogues.
Il est évident qu'il est préférable de consommer du cannabis(quand il n'est pas coupé),produit qui vient d'une plante, plutôt que de prendre une saloperie chimique(comme le doliprane).Cela ressemble au débat qu'il y a eu pendant des décennies au sujet de la morphine.
Les hommes politiques français, jusqu'à très récemment, pensaient qu'une personne en phase terminale d'une maladie, ne devait pas prendre de morphine parce que cela créait une dependance. Alors on laissait souffrir les gens et on essayait tous les antalgiques(chimique)de la pharmacie de l'hôpital, en priant Dieu que cela fasse effet. De plus même en termes de consommation hors usage thérapeutique, il y aurait 6 millions de consommateurs journaliers.
Dommage que la France ait régulièrement 20 ans de retard sur l'histoire et vive sa propre évolution en différé par rapport au autres pays européens. Peut-être devrons nous attendre comme pour le vote des femmes ou bien d'autres sujets de société, que toute l'Europe le fasse, comme c'est déjà le cas en Grande Bretagne ou en Suisse, Belgique, Allemagne, Espagne, Portugal, Pays Bas…etc. etc... pour à notre tour le faire.

Fenni
Médicalement parlant la morphine est déjà utilisée pour combattre certaines douleurs majeures, je ne vois pas pourquoi on utiliserait pas le cannabis dans un but thérapeutique (antalgique) pourvu que cela soit autorisé, étudié, et déclaré non pourvu d'effets secondaires majeurs par les médecins-chercheurs.

Tomas
Le débat caché derrière tout ceci est: Etes-vous capable de prendre soin de vous même? Etes-vous capable de faire vos choix par vous même? OU avez vous vous besoin d'un "grand Papa tout puissant" (l'ETAT) pour prendre ces décisions à votre place?.
C'est de la liberté individuelle de tous et chacun qu'on devrait parler, ainsi on verrait a quel point il est ridicule d'interdire à tous quelque chose qui est bénéfique pour certains.

Max
si c'est légal je sens que beaucoup plus de personnes auront mal au crâne.

Sativa
Comme ils sont touchants
Les doux bien pensants
Leur naïveté
Egale leur bonté

A que ferions nous sans vous ?
Vous,
La majorité

Comme on le voit, le débat, qui devrait rester médical, est loin d'être serein et provoque des prises de position radicales et des sarcasmes. Je ne doute pas un seul instant que pour Sativa° qui a bien choisi son pseudo, je sois le prototype même de la " bien pensante " ! Tant pis, j'assume !

°Le cannabis Sativa, est la variété de cannabis considérée comme une drogue, par opposition au cannabis Indica, fibre textile à faible teneur en THC


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Sophie Daout, le 3 Octobre 2008
HAUT DE LA PAGE






































Vol.5 No. 86

Un nouveau livre de Boris Cyrulnik vient de sortir, et il a pour titre " Autobiographie d'un épouvantail ".
Boris Cyrulnik est un neuropsychiatre français qui a beaucoup travaillé sur la résilience.

La résilience est, à l'origine, un terme emprunté à la physique, pour expliquer la résistance des matériaux aux chocs. C'est le retour à l'état initial d'un élément déformé. Les premières publications dans le domaine de la psychologie datent de 1939-1945. Les psychiatres américains spécialisés dans la petite enfance, ont adopté le mot dans les années 90. Il a ensuite été popularisé en France par Boris Cyrulnik. A en croire le psychothérapeute, "environ une personne sur deux subit un traumatisme au cours de son existence, qu'il s'agisse d'un inceste, d'un viol, de la perte précoce d'un être cher, d'une maladie grave ou d'une guerre".

Le terme de résilience est cette faculté que possèdent certains individus de surmonter leurs traumatismes et de les dépasser pour se reconstruire. Ils prennent acte de l'événement traumatique afin de ne plus subir la dépression. La résilience serait rendue possible grâce à la réflexion, à la parole, l'encadrement médical d'une thérapie, une analyse.

Les titres de livres de Boris Cyrulnik sont souvent insolites. En voici quelques uns : Les Vilains petits canards, ( Odile Jacob, 2001) , Un merveilleux malheur, ( Odile Jacob, 2002), Le murmure des fantômes, (Odile Jacob, 2005).

Dans ce dernier livre au titre mystérieux, l'auteur sait nous toucher, une fois de plus. Il ne nous délivre pas une recette du bonheur, mais il éclaire sur nos souffrances, nos combats, nos épreuves, nos victoires et nos défaites. Il se fait le biographe cde ceux qui souffrent jusqu'à en devenir des " épouvantails ".
Dans mon quotidien, il répond ce matin à quelques questions posées par un journaliste. J'ai sélectionné quelques unes de ses réponses qui font écho en moi.

" Pourquoi se sent-on comme un épouvantail quand on a été malmené par le vie ? "

On se sent comme un épouvantail parce qu'on ne se sent plus humain et qu'on fait peur aux autres. Le malheur, la souffrance épouvantent. C'est pour cela qu'on ne peut pas entendre ou qu'on fait taire les victimes. " Allez, secoue-toi, c'est fini maintenant, tourne la page ".
Ce sont des phrases qui tuent " Moi, je ne veux pas tourner la page, mais je veux bien redevenir un être humain et me faire accepter. "

Pendant longtemps les victimes, ( même si c'est un mot que je n'emploie guère parce que je redoute les " carrières de victimes), ont été considérées comme complices. Au Moyen Âge, les femmes violées étaient condamnées en même temps que leurs agresseurs Ca continue encore aujourd'hui dans certaines cultures. Ces femmes sont chassées de leurs familles. Non seulement elles ont été agressées , humiliées, mais en plus elles perdent la solidarité familiale. Difficile dans ces conditions d'entrer dans un processus de résilience. A l'inverse, aux Etats Unis, ces mêmes femmes violées sont entourées par des associations féministes. Elles transforment souvent leurs blessures en du militantisme. Parfois avec excès, mais au moins, elles se défendent.

Pas de recette donc pour aider ceux qui souffrent ?

" Non, mais on sait que créer autour d'eux une enveloppe et une sécurité affectives est important. Être là, les entourer sans les presser de questions. C'est vrai que ce n'est pas drôle pour l'entourage. Comment par exemple, accompagner la douleur indicible du parent qui a perdu son enfant ?

Pourtant les études neurobiologiques montrent que de nouveaux circuits neurologiques se créent dans le cerveau des personnes déprimées, abandonnées à leur sort. Comme une aptitude au malheur qui se met en place. Au contraire, entourées, les personnes qui souffrent peuvent commencer un travail de mentalisation avec un psy, un ami, un prêtre. Se lancer dans une œuvre d'art, une thèse. Certaines victimes sont prises d'une rage de comprendre. Comme par exemple les orphelins du Rwanda qui font des recherches universitaires sur le génocide. Ils gardent toute l'horreur vécue dans leur mémoire, mais ils ne se soumettent pas à elle. On découvre aussi des choses inattendues. Les enfants orphelins d'une guerre s'en sortent mieux en vivant entre eux que ceux qui restent dans une famille traumatisée. Et on sait que pouvoir raconter aide. Les nombreux enfants juifs cachés pendant la guerre n'ont pas eu droit à la parole pendant quarante ans. " Vous avez de la chance d'être en vie, assez de pleurnicheries !! " Et pourtant les français ont été les seuls en Europe à avoir sauvé autant d'enfants juifs, mais après, on ne voulait plus entendre leur souffrance "

J'entends, j'entends Boris Cyrulnik.

Je sais que je fais peur parfois moi aussi, avec ma drôle de vie, si pleine de joies mais aussi de souffrances. Surtout la mort de mes enfants.

Je sais que j'ai été sauvée par deux choses, l'affection de mes proches d'une part et l'écriture d'autre part.

Car le partage et l'amour sont les deux clés de la résilience.


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Sophie Daout, le 10 Octobre 2008
HAUT DE LA PAGE






































Vol.5 No. 87

Soeur Emmanuelle est morte cette semaine. Elle allait célébrer son centième anniversaire le 16 novembre prochain. Sœur Emmanuelle est morte et je suis triste car je viens de perdre une amie.

J'ai eu la chance de la connaître d'assez près puisque, à ses côtés, j'ai accueilli des Sans Domicile Fixe dans ma ville à Fréjus pendant plusieurs années. En la regardant vivre, j'ai beaucoup appris.

Avec émotion, je me souviens de son coup de fil quand elle a appris la mort de mon fils aîné. Elle me disait son chagrin et combien elle aurait voulu, à cet instant précis, être auprès de moi et me prendre dans ses bras. Elle était profondément humaine.

Je ne résiste pas à l'envie de restituer ici l'une de ses dernières rencontres avec une journaliste :
Comment vous sentez-vous, sœur Emmanuelle ?
Pas mal pour 99 ans !
Je crois être lucide, ce dont je remercie le Seigneur. La marche est difficile, mais tout le reste va bien.

C'est difficile à accepter, cette moindre mobilité ?

Se lamenter ne sert rigoureusement à rien. Et puis, je n'ai pas le caractère à regretter. J'ai appris à accepter les choses telles qu'elles viennent, elles ont toujours un côté positif. Il faut regarder ce côté et laisser tomber le négatif.
C'est ce que j'ai fait toute ma vie, de telle sorte que je suis contente de ma vieillesse. Bien sûr, je ne peux plus voyager comme avant, je suis forcée de rester dans ma chambre. Maintenant, j'ai beaucoup de temps pour prier.

Vous priez beaucoup ?

Je prie toute la journée ! Comme je suis très fatiguée, je ne peux plus me concentrer comme avant, pour la prière. Dieu merci, j'ai mon chapelet ! Je dis le rosaire. J'ai le temps, c'est très beau, et ça ne me fatigue pas de murmurer : " Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous... "
Je le répète tout simplement, mais chaque dizaine de " Je vous salue Marie " renvoie à un mystère de la vie de la Vierge et de Jésus. Par exemple, je commence par l'Annonciation de l'ange qui vient dire à Marie qu'elle sera la mère de Jésus. Alors, pendant que je dis le " Je vous salue Marie ", je vois cette œuvre du peintre Fra Angelico où l'ange est prosterné au pied de la Vierge qui sourit doucement et je me remémore cette conversation. Ainsi chaque dizaine. Après c'est la Visitation. Marie va voir sa cousine Elisabeth déjà âgée et pourtant enceinte de six mois. Elle trotte, trotte pour voir sa cousine. Alors, moi, je la vois trottant sur la route… C'est très joli !
C'est ravissant de prier comme cela du matin au soir avec le chapelet. Je dis ces prières pour tous ceux que j'aime, pour tous ceux qui viennent me voir, et pour toute l'humanité. Je trouve que c'est très beau, très vivifiant même, de terminer ainsi ma vie. La vieillesse, c'est une grâce que Dieu permet à l'homme. Vous laissez tomber ce qui vous encombre.

Quand on approche, comme vous, les 100 ans, sait-on un peu mieux qui est Dieu ?

Ah, on ne peut pas tout savoir ! Mais avec le temps, la relation avec Dieu Amour se fait de plus en plus intime, douce, profonde. Cela donne du tonus à la vie, c'est comme du champagne, ça fuse ! C'est beau, c'est bon, c'est doux ! Il n'y a rien de meilleur sur terre que la relation d'amour avec Dieu. Et comme disait Thérèse de l'Enfant-Jésus, je reçois d'une main du Seigneur et je donne de l'autre main. Tout ce que Dieu me donne d'amour, j'essaie de le verser sur les hommes et les femmes qui m'écrivent, qui viennent me voir, et puis sur l'humanité entière.

Vous n'avez jamais douté ?

Si, bien sûr ! J'ai eu des années terriblement difficiles... A Istanbul, pendant la guerre de 1939-1945, j'étais enseignante. A l'époque, j'avais seulement l'équivalent du bac en Belgique. Comme je ne pouvais pas aller étudier à Paris, à la Sorbonne, à cause de la guerre, j'ai fréquenté l'université d'Istanbul. Là, j'ai connu des professeurs musulmans et juifs d'une très haute teneur spirituelle, intellectuelle, morale et religieuse. Ils puisaient beaucoup de lumière et de force dans leur religion.

C'est alors que j'ai commencé à m'interroger. Je me suis mise à étudier toutes les religions. J'ai trouvé des lumières dans chacune. Arrivée à la religion chrétienne, j'ai trouvé un soleil resplendissant, l'amour du Christ qui est allé jusqu'à la mort pour sauver les hommes. C'était magnifique. Mais quelles preuves avais-je qu'il était " Dieu, né de Dieu, lumière, née de la Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu ", comme le dit le credo ? Quelle preuve avais-je que Jésus était le fils de Dieu ? Je n'en avais aucune.

Alors, j'ai commencé à douter, c'était très difficile parce que j'étais " embarquée ", comme dit Pascal, j'étais religieuse. Cette période de doute a duré des années. La guerre finie, j'ai eu la grande chance de pouvoir étudier à la Sorbonne, à Paris. J'ai eu Pascal au programme. C'est lui qui m'a sauvée. Pascal, qui est infiniment croyant, dit que Dieu n'est pas sensible à l'intelligence mais au cœur. Le cœur, c'est le lieu le plus intime de l'homme. Avec l'aide de Pascal, je suis arrivée à la conclusion que tous les biens matériels ne valent pas une seule pensée, que toutes les découvertes scientifiques ne valent pas un seul acte de charité, d'amour gratuit.
Grâce à Pascal, j'ai compris que c'est au plus profond de moi-même que je devais chercher Dieu et non pas en lisant les textes des savants et des philosophes.

Plus tard, quand je vivais au Caire, j'ai reçu une très grande lumière, une nuit, dans le bidonville. Ce soir-là, comme il faisait très froid, j'avais fermé ma porte, lorsque j'ai entendu une mélopée. C'était ma voisine, Fauzeya, une femme très misérable, qui chantait. J'ai entrouvert ma porte et l'ai vue, assise par terre. Son fils faisait ses devoirs. Nous avions obtenu, elle et moi, qu'il aille à l'école, ce qui était extraordinaire dans le bidonville. Elle faisait du feu avec de vieux cartons. Son mari, qui savait un peu lire, déchiffrait l'Evangile. Quand il s'arrêtait, Fauzeya reprenait la phrase de l'Evangile et la chantait doucement. Son visage était illuminé.
Je ne reconnaissais pas cette pauvre malheureuse, souvent battue. Elle n'avait pas étudié comme je l'avais fait, mais elle avait confiance.
Elle était sûre que Jésus aiderait son fils à sortir du bidonville. Elle était sûre que Jésus aiderait la petite Teresa qu'elle avait au sein à devenir une femme plus heureuse qu'elle. Dans ma cabane, j'ai demandé au Seigneur de me donner un cœur comme Fauzeya. C'est ainsi que j'ai pu me retremper dans la foi toute simple des enfants et jouir de l'amour de Dieu dont, finalement, je reste sûre. Maintenant, avec le Seigneur, on se comprend. On s'aime, c'est tout.

Voici quatre ans, vous avez publié un ouvrage intitulé " Vivre, à quoi ça sert ?
Quelle est votre réponse à cette question ?

Vivre, ça sert à aimer ! Et, quand on est vieux, c'est un avantage, on a plus de temps pour aimer, c'est-à-dire pour donner aux autres le meilleur de soi-même en suppliant le Seigneur de les aimer, de les aider. Maintenant, j'ai évidemment plus de temps qu'avant !

Vous avez souvent dit que vous aimiez beaucoup les jeunes. Pourquoi ?

J'ai toujours aimé la jeunesse, parce que c'est l'espoir, l'enthousiasme. Les jeunes, quand on sait leur parler, ils sont passionnants. Quand j'allais dans les écoles, les lycées par exemple, ils restaient vraiment suspendus à ce que je disais. Tout simplement parce que je m'adressais autant à leur cœur qu'à leur intelligence. Les jeunes comprennent très bien qu'il faut s'aider. Malheureusement, une partie de notre jeunesse est sans repère, certains font des bêtises ; à leur place, j'en aurais peut-être fait aussi.

Parce que la société actuelle ne donne pas assez de repères ?

Aujourd'hui, chacun fait ce qu'il veut. Bien sûr, il faut faire ce que l'on veut, mais il faut aussi vouloir le bonheur. Dieu nous veut heureux.

Qu'entendez-vous par là ?

C'est vivre en harmonie. Qu'est-ce que l'harmonie ? C'est regarder les autres avec son cœur, pas avec sa tête, établir des relations simples. Et pour moi, la source est en Dieu. Je vois l'amour qu'il porte aux hommes. Je suis en harmonie avec Dieu, avec les autres et avec moi-même, c'est tout simple.Les jeunes comprenaient très bien lorsque je leur expliquais, exemples à l'appui, qu'aimer, c'est une pratique. Evidemment, beaucoup ne connaissent pas Dieu. Ils ne savent pas ce qu'est aimer parce qu'on ne leur a jamais appris. Il faut savoir aimer. Mais ça s'apprend... Il faut l'apprendre aux jeunes parce qu'ils veulent être heureux.

Comme parler de Dieu et d'Amour aux non croyants qui sont si nombreux dans une société ?

Il suffit d'aimer. Les non croyants comprennent cela très, très bien. Quand je parle à des jeunes, je ne leur dis pas d'aller se confesser, cela ne me regarde pas. Ils sont libres. Je leur dis que la vie est passionnante lorsque l'on sait aimer. Et ça ils le comprennent tellement bien. Je leur donne des exemples de gens qui avait tout perdu mais qui n'avaient pas perdu l'amour. Dans des pays très ravagés, j'ai rencontré des tas de gens qui faisaient tout pour aider les autres à en sortir. Ces gens étaient donc passionnés et passionnants.

A plusieurs reprises, vous avez déclaré : " La religion ne m'intéresse pas, c'est Dieu qui m'intéresse. " Pouvez-vous m'expliquer ?

La religion ne m'intéresse pas en tant que telle. Elle est un moyen, pas un but. La religion, c'est quelque chose qu'on a dans la tête, d'abord. Mais, moi, ce n'est pas la tête qui m'intéresse le plus, c'est le cœur. J'ai des amis athées, j'ai des amis juifs, beaucoup d'amis musulmans. Je ne discute pas religion avec eux ! A mes amis athées, je dis que ce qui compte, c'est qu'ils savent partager leur temps, leur cœur, leur bourse. Je leur dis aussi que s'ils ne connaissent pas Dieu, Dieu les connaît. Qu'ils n'aient pas peur ! Au jour de leur mort, le Seigneur leur dira : " Viens. Quand j'ai eu faim, quand j'ai eu soif, quand j'étais malade, quand j'étais en prison, tu es venu vers moi. " C'est cela, savoir aimer. Ce n'est pas simplement croire.

C'est finalement beaucoup plus exigeant ?

Oh oui, c'est vraiment exigeant, mais c'est passionnant. Quand on sait aimer, on fait de sa vie une aventure merveilleuse.

Si vous deviez faire un bilan de votre vie, quel serait-il ?

Ma vie a été passionnante. Elle l'a été évidemment parce que Dieu m'a permis, partout où je suis passée, d'aimer les autres, de les aimer vraiment, d'essayer de les aider, de sorte que ma vie a été une suite d'actions d'amour. C'est pour cela que je suis ravie d'avoir vécu ce que j'ai vécu et d'être vieille maintenant.

N'avez-vous pas quelques regrets, cependant ?

Non ! Le jour où je suis entrée au couvent, chez les sœurs de Notre-Dame de Sion, j'ai été libérée ! Avant, je n'avais jamais assez d'argent pour mes toilettes. Je voulais aussi danser avec de beaux garçons. Je voulais voyager. Tout cela m'attirait irrésistiblement mais, à la fin, il me restait le vide. A quoi tout cela servait-il ? Il me manquait l'absolu de Dieu et, à la minute où j'ai changé ma robe de jeune fille coquette contre la robe noire de religieuse qui, à l'époque, tombait jusqu'à terre, avec aussi un petit bonnet attaché sous le cou comme une veuve, j'ai été libérée de tout, des garçons, de l'argent et aussi de ma propre volonté. Dès lors, j'ai eu une supérieure à qui j'obéissais et c'était tout.

Vous obéissiez sans difficulté ? Pourtant, vous avez un caractère bien trempé !

J'ai toujours obéi. Même quand je vivais chez les chiffonniers du Caire. Quand j'ai eu 80 ans, mes supérieures m'ont demandé de rentrer en France. J'ai obtenu un délai. Lorsque j'ai eu 85 ans, elles m'ont dit de revenir absolument. Sincèrement, je me suis demandé quoi faire, obéir ou non ? Laisser les chiffonniers qui n'ont rien pour m'installer dans une maison de retraite où j'aurais tout ? Mais sœur Sarah était déjà là et avait toutes les qualités pour prendre la suite. J'ai compris qu'il ne fallait pas rester contre le gré de mes supérieures, j'ai obéi, je ne l'ai pas regretté.

Tout de même, n'avez-vous pas rencontré quelque épreuve ?

Quand j'étais jeune religieuse, j'ai eu un problème. J'étais dans l'enseignement, et il y avait un professeur très intelligent, très bien de sa personne, il savait énormément de choses et en parlait très brillamment, profondément aussi. Un beau jour, je me suis rendu compte qu'il commençait à m'intéresser un peu trop, le professeur ! Alors, je suis allée voir une vieille mère, je lui ai dit que je ne me sentais pas bien du tout. Tout d'abord, elle m'a dit que je pouvais écrire à Rome pour demander à être relevée de mes vœux de célibat. Mais ce n'était pas ce que je voulais. Alors, elle m'a conseillé de ne pas rester braquée sur mon problème, mais de visiter les malades, les pauvres, tous ceux qui souffrent. Petit à petit, m'a-t-elle dit, vous vous rendrez compte que beaucoup sont plus à plaindre que vous. Et puis, naturellement, vous direz le chapelet. Elle m'a donné une planche de salut. Maintenant, je conseille à ceux qui sont en souffrance de s'intéresser aux autres plus qu'à eux-mêmes, c'est radical. Le fait est que, par la grâce de Dieu, j'en suis sortie.

C'est extraordinaire, à presque 100 ans, de se souvenir que vous avez été amoureuse...

Pas un peu, j'ai été terriblement amoureuse. Ca a été vraiment terrible !

Où cela s'est-il passé ? A Istanbul ?

Ca, je ne vous le dirai pas ! Peu importe d'ailleurs. Le fait est que, par la grâce de Dieu, j'en suis sortie. Je suis d'ailleurs persuadée que si, dans les ménages en difficulté, on savait s'arrêter, essayer de résoudre les problèmes au lieu de laisser s'ouvrir la faille, on éviterait bien des divorces.

Mais notre société n'encourage pas ce genre d'effort…

C'est vrai, et nous n'en sommes pas heureux ! Vivre, c'est lutter. Tant qu'on n'a pas lutté dans sa vie, on ne sait pas ce que c'est. Mais quand on arrive à se prendre en main, alors tout change. La vie devient passionnante parce qu'elle est à base d'amour. Ce n'est pas difficile d'aimer. Il suffit de s'attarder, de regarder, d'admirer ce qu'il y a de positif chez les autres et de positif dans les événements qui se succèdent.

Vous avez décidé de publier un livre testament après votre mort. Pourquoi seulement après ?

Ce livre s'appelle Confessions d'une religieuse. J'y parle de moi d'une manière plus intime. Tant que je serai sur terre, je ne veux pas que les gens sachent. J'ai surtout voulu montrer à quel point l'amour de Dieu est quelque chose de merveilleux qui transforme tout dans la vie.

Vous arrive-t-il de penser à la mort ?

Oui, beaucoup, maintenant. Mourir, ce n'est pas triste. Mourir, pour un chrétien, devrait être le plus beau jour de la vie. C'est le jour où l'enfant tombe dans les bras de son père, le jour où la fiancée voit enfin en face celui qu'elle aime. La mort ne me fait pas peur, c'est l'agonie qui me fait peur.

Si vous aviez un message-testament, quel serait-il, sœur Emmanuelle ?

Mon message ? Il faut être heureux, il faut chanter, aussi. Pour cela, il suffit d'aimer. Le dernier mot de tout, c'est l'amour. L'amour vrai, gratuit, ouvert, qui ne va pas s'arrêter à des défauts. Car des défauts, nous en avons tous, c'est évident ! Mais si on s'arrête aux défauts, la vie devient pénible, dure. Si au contraire, on regarde les qualités des autres, la vie est passionnante. Même dans les pires situations, il y a toujours des aspects positifs.

Vous voyez des aspects positifs dans la souffrance ?

Eh bien, la souffrance nous libère un peu de notre égoïsme. Je sais, ce n'est pas facile. Mais c'est peut être libérateur. Surtout quand on s'offre avec le Christ pour les autres. Alors, cela devient très beau de souffrir parce qu'on n'est pas seul. On souffre avec Jésus, on prend la Vierge avec soi et on sait qu'on participe au salut de l'Humanité. Ca c'est passionnant, vous savez.

Vous êtes célèbre dans le monde entier, il y a quelques années, vous passiez à la télévision comme une vedette et maintenant, vous êtes sous assistance respiratoire, abandonnée dans les mains d'Isabelle qui vous masse. Ce n'est pas difficile à vivre, cet abandon ?

Ce n'est pas difficile. Parce que je ne vis plus que d'Amour. Je me laisse couler en Dieu.

Pourtant, vous avez eu une vie exceptionnelle, extrêmement féconde, vous avez vécu avec les chiffonniers du Caire, avec votre association, Asmae, vous avez aidé des milliers d'enfants dans le monde...

Oui, d'une certaine manière j'ai eu 70 000 enfants dans huit pays !


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Sophie Daout, le 31 Octobre 2008
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Vol.5 No. 88

Peut-on survivre à la mort de son enfant

Je recherche toujours les témoignages de ceux qui ont vécu les mêmes épreuves que moi, car j'aime à partager et à faire partager les émotions. En ce moment par exemple, je lis " Il est où, Ferdinand ? ".

Ferdinand est le fils de Patrick Chesnay, un acteur français bien connu chez nous. Ferdinand était comédien lui aussi, il venait d'avoir vingt ans et il a été tué dans un accident de la route, le 13 décembre 2006 à 3 heures 19.
Son père écrit : " Je vais essayer d'apprendre à vivre. Dans cet autre monde. Le monde sans Ferdinand. Je m'y emploie tous les jours, à chaque moment, à chaque seconde… "
Partout où il va, Patrick parle à " Birdy ", son petit oiseau, comme il l'appelait. Et ce livre, ce sont ces conversations avec son enfant. Je souris parfois en lisant, j'ai aussi souvent les larmes aux yeux parce que je comprends, je comprends tellement ce papa, je sais bien de quoi il parle, hélas !

Parallèlement, j'ai suivi à la télévision un film intitulé " Sans lui, sans elle… " réalisé par Claude Couderc, un écrivain et journaliste français.
Je connais bien Claude, nous avons fait plusieurs émissions de radio ensemble et participé à un même débat à Nîmes, car il menait comme moi un combat contre la drogue chez les jeunes. Et puis est survenue pour lui la mort d'Adrien, son fils emporté à 15 ans par une leucémie.
Il a écrit sa souffrance dans un essai, " Adrien hors du temps ", qui m'avait beaucoup émue. Et puis le deuil m'a touchée moi aussi une première fois en 2000, et je lui avais envoyé mon livre " Mes yeux dans tes cieux ", après sa parution, en 2004. Aujourd'hui nous portons tous les deux témoignage auprès des parents qui ont subi le même drame que nous, quand leurs associations nous le demandent.

Car en effet, comment peut-on survivre à la mort de son enfant ? Comment peut-on apprivoiser son absence ? Comment peut-on accepter l'inacceptable ?
La mort de son enfant est une violence incroyable sidérante dont rien ne peut rendre compte. Seuls les initiés, ceux qui ont subi cette épreuve peuvent comprendre. Personne d'autre, non, personne, en dépit de l'amitié, de l'amour, de la compassion.

Dans le film, une maman dit : " Perdre un enfant, c'est comme une bombe qui arrive dans le foyer et qui fait tout exploser ". Souvent les couples n'y résistent pas, car chacun, dans son malheur a besoin de solitude, et chacun fait son chemin, tout seul, à son rythme.
Mais le rythme n'est pas le même, et on ne se sent plus en phase, et on est encore plus malheureux. Ce malheur là je le connais, car par deux fois je l'ai vécu.

Il y a la vie avant, et puis il y a une vie APRES.
Je dis, oui, j'affirme qu'il ne se passe pas une journée, pas une heure, où je ne pense pas à mes fils en allés. Mais je vis, car il faut bien continuer à vivre, nous vivons tous amputés d'une part de nous-mêmes.
Dans le film un papa s'exprime ainsi, un peu étonné lui-même par sa réaction, et d'une voix étranglée : " Je n'ai jamais été révolté. Je ne peux en vouloir à personne. Je ne suis pas croyant, donc je ne peux même pas en vouloir au bon Dieu. "

Beaucoup de parents ont remarqué comme moi qu'il n'existe pas de mot pour dire ce malheur.
Quand vous perdez vos parents, vous devenez orphelin, quand votre conjoint décède, vous êtes veuf ou veuve, mais quand il s'agit de votre enfant, rien ! Comme si c'était impossible, comme si cela ne pouvait pas exister, comme si cela ne pouvait être nommé !

Mon livre à moi s'appelle, je l'ai dit : " Mes yeux dans tes cieux ", et le titre en signifie clairement que, contrairement au papa dont je parlais plus haut, je suis croyante. La question est souvent posée et terrible : " Si Dieu existe, comment peut-Il permettre cela ? "
Dans le film, un prêtre s'exprime à ce sujet : " Moi, je n'ai pas de réponse,. Quand je le verrai face à face, ça fait partie des questions que je lui poserai ".
Moi aussi, je Lui demanderai pourquoi.
En attendant, moi aussi, je tente de (sur)vivre du mieux que je peux !

Sophie Daout, le 7 Novembre 2008
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Vol.5 No. 89
Jacques Lebouteiller

Une fois n'est pas coutume, ma chronique d'aujourd'hui n'abordera pas les problèmes d'addiction ou de drogue. Je veux seulement vous parler ici d'amitié, de poésie et de musique. Je veux vous parler de Jacques Lebouteiller.

Vous ne le connaissez sans doute pas. Comme vous dites que les Québécois sont les plus Français des Américains du Nord, je dirais que Jacques est sans doute le plus Québécois de nos chanteurs français.

Jacques est avant tout pour moi un ami de longue date. Je l'ai rencontré ou plutôt j'ai rencontré sa femme, il y a plus de quarante ans, alors que, jeune professeur enceinte de mon second enfant, je m'apprêtais à recevoir ma remplaçante. Elle s'appelait Claudine et m'a vite présenté son fiancé qui déjà, gratouillait sa guitare.

Entre eux et moi, le courant est immédiatement passé. Jacques chantait joliment des auteurs compositeurs que j'aimais, Brel, Léo Ferré, Jean Roger Caussimon, et aussi les chanteurs Québécois: Félix, bien sûr, mais aussi Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Gilles Vigneault…et tant d'autres. Il chantait par exemple de belles chansons de Lawrence Lepage, un poète paysan chez vous dont j'ai en vain recherché des enregistrements quand je suis venue dans votre pays.

Et puis Jacques et sa femme sont allés vivre en Normandie, une région de France dont l'accent ressemble un peu au vôtre. Mais nous nous sommes revus très souvent.

La vie s'est déroulée pour chacun d'entre nous, peuplée de joies et de misères. Mais souvent nous avons pu constater, Jacques et moi à quel point nos destins s'entrecroisaient. Par exemple, il a eu la douleur innommable de perdre un enfant, moi aussi. Un autre de ses fils est malade, comme l'a été mon second fils. Et puis, sa femme Claudine s'en est allée à son tour, et quand Jacques a aimé à nouveau, c'est Catherine, l'une de mes amies. Jacques appelle cela " les fils qui se croisent ".

Le Québec est toujours présent dans ses chansons. Ainsi a-t-il écrit pour Yves Albert un hommage en forme de chanson :

Tu as traversé l'Atlantique
Toi qu'étais pas un fier à bras,
Tu v'nais du nord des Amériques,
Pour nous parler de c'pays là
A ta manière d'taper des pieds
J'ai pris ta chanson en pleine face
T'aurais fait danser l'monde entier
Pour pas qu'ces chansons là s'effacent

Et puis un jour enfin, Jacques a pu réaliser son rêve, venir chanter chez vous au Québec. Puis il a récidivé et compte bien revenir encore. S'il croise votre chemin, n'hésitez pas à aller l'écouter, vous ne le regretterez pas !

Il en a ramené dix mille anecdotes et aussi des chansons aux titres amusants comme " De Tatihou à Gaspé " ou encore " Bienvenue ".

En général, Jacques chante ses propres textes. Cependant il lui arrive aussi parfois de mettre en musique des poèmes français comme " Le dormeur du val ", d'Arthur Rimbaud ou encore " La rose et le réséda " de Louis Aragon :

" Celui qui croyait au ciel,
Celui qui n'y croyait pas… "

Et, comble du bonheur pour moi, il a mis quelques uns de mes poèmes en musique, cinq exactement, et il les chante. Il a choisi le plus littéraire d'entre eux, le plus travaillé, " La vague ", mais aussi certains autres moins sérieux comme " Limonaire et bandonéon ".

C'est sa voix que l'on a entendue, pendant les obsèques de mon second fils il y aura bientôt un an, interprétant mon poème " Chanson sans voix qui tremble ".

De cela, on se souvient toujours ! Voici les paroles de cette chanson :

Chanson sans voix qui tremble

L'air que nous chantonnions ensemble,
Ce chant si doux à fredonner,
Quand me sera-t-il redonné,
De le chanter sans voix qui tremble ?

Elle est partie la chanson tendre,
Qui avec toi s'en est allée,
Depuis, le temps s'est emballé,
Me voici triste comme cendre.

Tonnant parfois comme tempête,
Parfois douce comme le vent,
J'en murmure les mots souvent,
Elle résonne dans ma tête.

Parfois j'oublie sa mélodie,
Me manquent trois ou quatre notes,
Et quand enfin, je les pianote,
J'en suis toute ragaillardie !

Avec le temps, elle s'efface,
S'en vont et l'air et les paroles,
Et même si je me désole,
La chanson part et ma vie passe.

Sophie Daout, le 21 Novembre 2008






































Vol.5 No. 90

Conseils au parents face à la mode du binge drinking

Notre association " Pour une Jeunesse Sans Drogue " a choisi de suivre un stage de deux jours avec un formateur venu de Paris, Jean-Paul Bruneau, ancien policier, et créateur d'une structure de réinsertion d'anciens toxicomanes. Il nous a fait parvenir différents documents afin d'étayer et d'alimenter nos discussions. L'un d'eux concerne, ( encore !!) le phénomène de l'alcoolisation croissante des jeunes.

Car le binge drinking semble être à la mode, essentiellement chez les jeunes des pays européens et inquiète tant les parents que les intervenants médicaux, sociaux, judiciaires. Les médias ont certes un rôle d'informateur avec leurs reportages sur l'alcool défonce ou " biture express ", mais contribuent aussi à stimuler la curiosité des jeunes pour l'expérimentation en fonction de leur présentation de ces nouveaux comportements dits festifs.

Parlons des conséquences sociales et physiques de cette nouvelle tendance: violences urbaines, rixes, agressions verbales, viols ou rapports sexuels subis sans véritable consentement et négligence de protection, rupture des tissus de la vessie, intoxication aiguë avec coma éthylique mortel….Il faut savoir aussi que l'alcoolisation massive peut engendrer la mort par surdose par accident et surtout, des traumatismes, des troubles respiratoires, la perte de contrôle avec des réactions violentes, impulsives, envers les autres ou envers soi. Le manque de vigilance et les retards réflexes en matière de conduite des véhicules ou dans la pratique du sport sous effet de l'alcool, amène aux prises de risques inconsidérées : le jeune " éméché " devient trop souvent la victime ciblée pour les vols ou pour des manipulations.

De plus, les mécanismes du cerveau perturbés par cette invasion excessive d'alcool se préparent par accoutumance aux addictions ou à une recherche de " défonce " plus rapide avec d'autres produits.

Il s'agit donc là d'une consommation d'alcool à problème notamment pour la santé psychique des jeunes. Le contexte le plus favorisant est avant tout culturel car l'alcool fait partie de nos mœurs festives. La plupart de nos " manifestations " sont clôturées par un cocktail ou l'alcool " coule à flot " mais c'est plus alarmant dans bon nombre de rassemblements de jeunes.

Les " alcooliers " ont encore de beaux jours devant eux surtout avec leur fâcheuse capacité à modifier (avec des molécules de synthèse) l'effet des produits sur nos papilles, sur nos mécanismes gustatifs par stimulation aboutissant au plaisir. Les " prémix " en sont une illustration. Il s'agit de boissons à base d'alcool fort (vodka, rhum, whisky…) mélangé à de la limonade gazeuse ou non, toujours très aromatisée. Ces boissons bénéficient d'une offensive marketing en direction des jeunes, d'une présentation attrayante et d'une grand diversité de goût, ce qui explique leur succès. Les effets sont les mêmes qu'avec les boissons alcoolisées traditionnelles. Boire un " premix " ou un " alcopop "revient à consommer une bière de 25cl, un verre de vin ou un alcool fort sec de 4cl. Les molécules agissant sur notre biochimie accélèrent le processus des sécrétions de dopamine, d'adrénaline, d'enképhaline et favorisent le dépassement de soi, la prise d'initiatives et de risques, avec une perte de vigilance due à l'alcool.

Cette consommation présentée comme ludique peut séduire les jeunes. " Etre bourré , c'est marrant ! ". Pour d'autres, c'est une " béquille " favorisant la communication quand on a peur de se parler face à face, conséquence d'un usage massif des nouveaux moyens de communication comme Internet ou les SMS. D'ailleurs ces mêmes outils sont de plus en plus utilisés pour la vente d'alcool livré à domicile comme les pizzas, ceci pour contourner la loi interdisant la vente d'alcool aux mineurs ou les horaires de vente.

Alors que faire à l'échelle familiale pour limiter les risques d'expérimentation ou d'une pratique régulière de l'usage d'alcool mais aussi de toutes les boissons chargées de molécules psycho-actives ?

Il faut commencer très tôt à éveiller le sens critique de l'enfant avant la période d'adolescence car, après, chez nos jeunes avides de liberté, la parole de l'adulte n'a plus beaucoup d'impact sur l'envie d'expérimentation et le passage à l'acte.

En dehors du fait de donner l'exemple par son comportement, le parent peut être le meilleur éducateur auprès de l'enfant puis de l'adolescent pour donner du sens aux notions de responsabilité, de discernement intuitif pour éviter la manipulation ou l'influence du groupe, d'assurance pour savoir dire non et faire ses choix, de confiance en soi pour ne pas subir le doute ou être enclin aux fuites. Par conséquent, il faut l'amener à cette force intérieure qui permet de vivre pleinement ses émotions sans les subir.

Il faut aussi ne pas baisser les bras face à l'adolescent ou jeune adulte en crise d'adolescence, avec ses revendications de liberté dans ses choix d'expérimentation ou de ses comportements à risques. Par exemple : il ou elle veut faire la fête à la maison mais votre présence comme celle de tout adulte est indésirable. N'oubliez pas votre responsabilité en cas d'incident. Votre présence, même discrète, sera la bienvenue pour inciter aux limites dans les débordements, en veillant aux intrusions intempestives et à l'alcool dissimulé (bouteilles de coca ou jus de fruits plombées au ¾ de whisky ou vodka). Attention aussi aux petites pilules dites festives (ecstasy) et aux cigarettes " embouties " paraissant normales mais composées de cannabis…

Donc, l'intrusion parentale, même limitée dans le petit groupe qui s'isole pour consommer discrètement aura valeur d'avertissement, puis de rappel des limites en particulier si l'odeur du cannabis alerte ou si les comportements d'euphorie, d'agressivité excessive de l'un ou l'autre sont manifestes, si l'entraînement un peu forcé de cette jeune fille "éméchée" vers un espace isolé inquiète.

Il est conseillé aux parents d'être discrètement présents là dans cet espace festif, même si leur présence contrarie, on les en remerciera plus tard, peut être même des années après et plus immédiatement si il y a un incident genre coma éthylique .

Il faut encourager nos ados à être fermes dans leur choix de ne pas monter dans un véhicule conduit par un camarade ou ami ayant consommé du cannabis ou ayant abusé d'alcool, et les encourager les à faire appel pour le retour d'une soirée où il y a ce risque.

Le rappel des limites, la confiance, la bonne éducation de ses enfants sont des valeurs qui n'ont pas beaucoup de place dans un comportement sous effet d'alcool, surtout chez un jeune qui manque d'affirmation de soi, qui est timide, influençable, ou à l'inverse, un peu kamikaze et qui qui a envie de tout expérimenter.
Nous sommes tous différents sauf pendant l'adolescence où l'effet mode, le désir de s'identifier aux autres dans un groupe et de faire comme eux, domine. Les conduites addictives sont souvent en lien avec le cumul des expériences à risques. La fragilité des jeunes en crise d'adolescence ou des jeunes adultes en recherche d'identité, peut se ressentir comme une souffrance individuelle, voire même collective si elle est partagée dans un groupe.
Pour les proches, il s'agit d'écouter et de soulager, voire même de faire appel aux acteurs sociaux.

Sophie Daout, le 5 décemmbre 2008
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Vol.5 No. 91

Je suis allée cette semaine, faire un tour dans notre belle capitale. C'est toujours un grand plaisir, mais c'est aussi une grande joie de revenir à la maison. Comme à chaque fois, j'ai rendu visite à mon éditeur parisien, et je l'ai quitté avec une valise alourdie par quelques livres dont il me fait cadeau. L'un d'eux, que je lis en ce moment, a pour titre : "Les douleurs chroniques : quelle espérance?" et est signé de Jean-Pierre Bénézech. (Editions du Jubilé).

Dans l'un des chapitres, intitulé "Attitude humaine et résonance spirituelle", l'auteur évoque le concept de résilience dont j'ai souvent parlé ici. Boris Cyrulnik, citant Stephan Vanistendael, le définit ainsi :
"Une capacité à réussir, à se développer, à vivre positivement de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d'une adversité qui comportent normalement le risque grave d'une issue négative".

Dans son livre "Les vilains petits canards", Boris Cyrulnik donne de nombreux exemples d'histoires jonchées de traumatismes qui, selon la personnalité et le hasard des rencontres vont modifier une trajectoire de vie qui s'annonçait douloureuse.

"Il n'y a pas de réversibilité possible après un trauma, il y a une contrainte à la métamorphose".

Selon l'auteur de mon livre, ce concept de résilience a le mérite de prendre en compte l'individu dans toutes ses dimensions, physique, psychique et sociale, dimensions qui participent "de façon inextricable à l'avènement d'une personne en devenir".

Boris Cyrulnik articule ces trois dimensions :
Le sentiment est une émotion physiquement éprouvée qui a pour origine une représentation sociale: insulter un enfant en le traitant de "bâtard ", ne provoque pas le même sentiment que de le considérer comme l'enfant d'un prince. Ce qui revient à dire que l'émotion qu'un enfant éprouve et exprime par ses comportements a été plantée dans son âme par un discours social".

D'après Stephan Vanistendael, la résilience peut s'étayer grâce à des réseaux sociaux favorables, la découverte d'un sens à la vie, des aptitudes personnelles dont l'estime de soi et l'humour.

Mais cette résilience semble être un processus fragile :
"Ce que le petit canard mettra longtemps à comprendre, c'est que la cicatrice n'est jamais sûre. C'est une brèche dans le développement de sa personnalité, un point faible qui peut toujours se déchirer sous les coups du sort. Cette fêlure contraint le petit canard à travailler sans cesse à sa métamorphose interminable".
Michel Hanus juge la résilience comme "une traite tirée sur l'avenir qu'il faudra payer ultérieurement".
Moyennant quoi, certains de ces vilains petits canards deviendrant des cygnes splendides. Nous en connaissons tous.

Et Jean-Pierre Bénézech de se poser la question suivante : les patients atteints de douleurs chroniques ne seraient-ils pas "des résilients"? C'est, dit-il, la lecture qu'il a proposée dans son livre : "La douleur chronique : une face cachée de la résilience".

Il soutient qu'une telle interprétation est bien comprise par ses patients et que "Pouvoir reprendre avec le malade, à la fin de la première consultation, la chronologie de son histoire, exprimée de façon décousue dans la première partie de la rencontre, donne un relief nouveau à sa souffrance".

Et, en fin d'entretien, il redonne de l'espoir à ses malades:
"Durant une bonne partie de votre vie, vous avez compensé remarquablement bien votre souffrance de l'enfance. Cette douleur que vous exprimez depuis plusieurs mois, s'inscrit dans le cadre de cette décompensation que l'on trouve si souvent en douleur chronique. Cette résilience que vous avez mise en œuvre pendant tant d'années, pourquoi ne pourrait-elle pas réapparaître? Comment à nouveau réinvestir présent et avenir ? En tout cas, cela est possible et je suis confiant en vos capacités à y arriver".
Un tel discours, affirme-t-il, apporte de la joie à des personnes en souffrance qui perçoivent ainsi une issue potentielle à leurs recherche de santé.

Voilà ce que j'avais envie de vous faire partager ce soir.
 
 

Sophie Daout, le 19 décembre 2008
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Vol.5 No. 92
L'enfer de la cocaïne

L'enfer de la cocaïne

Un écrivain Italien, Roberto Saviano auteur de "Gomorra, dans l'empire de la Camorra", est intervenu lors d'un colloque sur l'argent des "multinationales de la drogue", à Paris, fin novembre 2008 pour stigmatiser le manque de fermeté de l'Europe. Il a déclaré : "Il n'y a pas eu un vrai plan pour contrer l'arrivée du réinvestissement de l'argent de la drogue".
En effet, les mafias italiennes investissent 100 milliards d'euros par an dans l'économie européenne. On comprend mieux alors que la lutte contre la drogue est aussi difficile et aussi pourquoi Roberto Saviano est menacé de mort.

La cocaïne touchait autrefois principalement le milieu du show-business. Aujourd'hui ses frontières ont éclaté et elle se propage dans toutes les classes sociales et tous les milieux professionnels. Elle sort de son contexte festif pour justifier son rôle de rempart contre le stress lié au travail. La CC, (surnom qui lui est donné), la cocaïne est aujourd'hui accessible à tous..

La cocaïne était vendue environ 150 euros dans les années 2000, mais son prix a aujourd'hui diminué de moitié. C'est une drogue "dans l'air du temps", qui bénéficie d'une bonne image. "C'est un formidable coupe-faim, un anti-sommeil puissant qui augmente les performances", dit Marc Valleur, psychiatre, et membre de la commission des stupéfiants et des psychotropes. Selon l'OFDT, ( l'observatoire Français des drogues et des Toxicomanies), 1%des 15-39 ans (soit environ 200 000 personnes), a consommé se la cocaïne dans l'année, chiffre en constante augmentation depuis le début de la décennie.

La cocaïne est aujourd'hui la drogue la plus consommée après le cannabis. Elle a commencé à se "démocratiser" au milieu des années 1990, lorsque les traitements de substitution à l'héroïne se sont généralisés.

"Le marché est alors devenu moins captif explique Marc Valleur. Si le crack fait peur, il faut savoir que la cocaïne provient de la même molécule. Elle possède les mêmes produits actifs et produit les mêmes effets cérébraux…"

Il existe bien une dépendance à la cocaïne. Ce n'est pas une dépendance physique comme l'héroïne mais une dépendance psychique. Curieusement, quand je leur parle de dépendance, les jeunes semblent redouter la dépendance physique dont les effets sont spectaculaires, et sous-estimer sa dimension psychologique, dont ils croient à tort qu'elle est plus facilement maîtrisable, alors qu'elle est en fait seulement beaucoup plus sournoise.
"La cocaïne vous laisse croire que vous pouvez la contrôler, et c'est pour ça qu'il s'avère difficile pour un consommateur de savoir s'il est accro ou non, ajoute Marc Valleur. Il n'existe pas de traitement de substitution. Le sevrage accompagné d'un accompagnement psychologique et d'un aménagement de vie pour éviter les rechutes sont, à ce jour, les seules solutions. Même après des années d'abstinence, un consommateur qui a été dépendant a un risque élevé de rechute. "

Les dommages physiques, les détériorations sanitaires sont importantes. Au fil des "rails" et des "shoots", la coke produit une hypertension pouvant provoquer des accidents cardiaques ou vasculaires cérébraux, des atteintes des poumons, des muscles, des reins. A l'occasion de fortes doses, fièvre, délire et convulsions peuvent se produire. Et pour un usager régulier, des troubles psychiatriques peuvent apparaître. " Un accro peut s'ouvrir les mains parce qu'il pense avoir des bêtes cachées sous la peau. Tout sevrage entraîne aussi une phase de dépression" (Marc Valleur)

Les marchés sont juteux et, les filières d'approvisionnement sont en train d'emprunter celles du cannabis. Les trafiquants ont tracé de nouveaux itinéraires qui passent par certains pays africains tels la Guinée-Bissau ou la Mauritanie. Ils utilisent la technique du " Go-fast " avec des voitures de grosse cylindrée qui remontent à toute allure depuis l'Espagne. La voie est ouverte par d'autres voitures et fermée par d'autres pour le cas où l'opération connaîtrait des difficultés. Rien ne les arrête.
Si vous ne l'avez pas vu, je vous conseille le film " Go fast " qui vous renseignera sur ce mode de transport de la drogue. On est ici dans le crime organisé !

A l'occasion des saisies et interpellations 3 700 000 euros ont été confisqués en 2006, dont la moitié lors d'affaires relatives à la cocaïne.

Réf : Article du journal Le Monde, 10 décembre 2008

Sophie Daout, le 9 janvier 2009

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Vol.5 No. 93

La comédienne Isabelle Caro, pose pour la campagne publicitaire " No anorexia" d'Oliviero Toscani pour la marque italienne Nolita en 2007. Les troubles alimentaires envahissent le Net par le biais de certains blogs, qui en font l'apologie.

Selon une étude réalisée par Optenet, société espagnole spécialisée dans le filtrage des contenus en ligne, les pages Internet faisant l'apologie de l'anorexie et de la boulimie ont bondi de 470% entre 2006 et 2007.

Cette étude, publiée aujourd'hui, s'est appuyée sur un échantillon aléatoire de presque 3 millions d'URL (adresses internet) à travers le monde.

Les pages prônant l'anorexie et la boulimie se sont essentiellement développées dans les blogs, communément appelés sites pro-ana (surnom de l'anorexie). La maigreur extrême et la boulimie (Mia) y sont prônées par des ados eux-mêmes en souffrance et en prise avec leurs troubles alimentaires.

Voici ce qu'on peut lire sur l'un de ces forums :

À lire tous les jours pour le moral!

  1. Si tu n'es pas mince, tu n'es pas attirante.Être mince est plus important qu'être en bonne santé
  2. Tu dois t'acheter des vêtements étroits, couper tes cheveux, prendre des pillules diurétiques, jeûner,… Faire n'importe quoi qui puisse te rendre plus mince.
  3. Tu ne mangeras point sans te sentir coupable.
  4. Tu ne mangeras point de nourriture calorique sans te punir après coup.
  5. Tu conteras les calories et restreindras tes apports.
  6. Ce que dit la balance est plus important.
  7. Perdre du poids est bien / en gagner est mauvais.
  8. Tu ne peux jamais être trop mince.
  9. Être mince et ne pas manger sont les signes d'une volonté véritable et de succès.

On y trouve également des recettes pour maigrir, des astuces pour vomir, ainsi que des photos ou même des images personnalisées permettant d'afficher des calendriers ou comptes à rebours faisant état des progrès de leur amaigrissement.

Selon Optenet, "ce n'est pas une coïncidence si les sites évoquant la boulimie et l'anorexie ont augmenté de 470% alors que les pages personnelles, notamment sur Myspace et Facebook, sont en augmentation de 455% par rapport à 2006".

En France, une campagne de publicité choc menée par le photographe Olivieiro Toscani, célèbre par ses photos provocantes pour Benetton, avait déjà alerté l'opinion.

En avril 2008, Valérie Boyer, députée et secrétaire nationale de l'UMP en charge de la santé, a ensuite présenté une proposition de loi visant à " sanctionner l'incitation à la maigreur excessive ".

"Cette publicité m'a donné envie d'agir pour aider ces personnes à se sortir de ce fléau", a-t-elle expliqué, décidée à partir en guerre contre les magazines, sites ou blogs qui poussent les jeunes filles à se priver de nourriture. Le texte est à l'étude au Sénat.

D'autres contenus illicites et dangereux en progression ont été répertoriés par la société espagnole, notamment ceux liés au racisme (+70%), aux contenus violents (+125%) ou aux drogues (+62%). Cependant, le principal contenu véhiculé par Internet, malgré une légère diminution par rapport à 2006, demeure la pornographie (+36%) .

Anorexie, et boulimie, expérimentation des drogues, sont des conduites à risques pour des adolescents et il est de notre devoir à nous, les adultes, de les informer et de les protéger. C'est le rôle que j'assume en faisant de la prévention contre la drogue.

Sophie Daout, le 16 janvier 2009

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Vol.5 No. 94

Le merveilleux adieu de Franck.

Dans mon quotidien, Le Var Matin d'aujourd'hui, dimanche 18 janvier, on trouve en page 5 un article intitulé:
"Après sa disparition à Flayosc, La poignante lettre de Franck, 20 ans.

Je recopie cet article ici:
Franck avait 20 ans et a choisi de commettre l'irréparable. Sans rien dire. Après ses émouvantes obsèques, jeudi, une marche silencieuse était organisée hier après-midi dans les rues de Flayosc. Dès avant, une centaine de ses camarades, amis et parents se trouvaient dans le FlyCityClub, structure dévolue aux jeunes du village, crée il y a quelques mois et le jeune homme fut l'un de ses fondateurs. Là, sa maman, effondrée de douleur, avait tenu à lire le long message laissé par son fils à l'adresse de (ses) "Chers petits frères". Ils étaient une centaine, dans et hors les murs, unis et solidaires dans la peine, à écouter un message à la fois sage et terrible. Indicible atmosphère qu'il ne sied pas de décrire. Les mots de Franck, puissants, poignants et si vrais, se suffisent à eux-mêmes.

Extraits: " Perdu dans ce brouillard sombre, je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez, je ne voyais plus la lumière. J'ai entendu les pas de ma mère, mais ça ne m'a pas retenu.(...) Je voudrais que mon geste ne soit pas vain. Parmi vous, y a-t-il un jeune qui a pensé, qui pense ou pensera faire ce que j'ai fait? Qu'il médite ce que je vous transmets.

(...) Chacun de nous a une valeur inestimable. Quel qu'il soit, de quelque religion, culture ou niveau social, et quoi qu'il ait pu faire. Vous avez tous l'amour, la générosité et le sens du, partage. (...)Je souhaite que vous preniez pleinement conscience de votre propre valeur, de la chance que vous avez de vivre. (...) Mon vœu le plus cher était que vous sortiez de toute dépendance, que ce soit l'alcool ou la drogue qui ne font que vous maintenir dans un monde illusoire.

(...) Un petit cacheton, histoire que la fête soit plus belle, l'adrénaline qui monte, l'envie de bouger, courir, c'est le trip génial, et après? (...)Combien se sont retrouvés face à leur angoisse, leur terreur, leur folie? Combien sont restés perchés, perdus dans ce monde cauchemardesque? Pour eux, plus de vie, juste un délire permanent. Plus d'avenir, un regard gêné quand on les croise dans le village. Ni travail, ni femme, ni enfants...coincés à jamais dans un monde parallèle.

(...) Parents, si vous pensez que cela ne concerne peut-être pas votre petit...Ouvrez les yeux, ouvrez votre cœur, soyez vigilants...Les rave-parties, soirées en boite, entre copains, c'est de ça qu'elles sont faites. Pour les petits qui portent la casquette, comme pour ceux de bonne famille comme on dit...

(...)Les plus malins dealent, jouent aux caïds, aux gendarmes et aux voleurs. Petits vols de voitures, petites guéguerres entre clans. (...)Mais dans les couloirs de la gendarmerie, même si vous pouvez encore trouver la force de fanfaronner, les regrets parfois vous étreignent. (...) Cessez vos querelles ridicules, retrouvez l'innocence de vos cœurs, vivez en paix entre vous..

Ne jugez pas vos copains. Il y a assez d'adultes peu ouverts qui vous condamnent avant de vous avoir écoutés, de vous avoir seulement vus, avant d'apprendre à vous connaître..

En ma mémoire, je vous demande d'organiser entre vous une soirée sans illusions.. Même pas un petit bedot, même pas de la bière, juste un jus de fruits, juste votre cœur.

Ouvrez-vous aux autres, osez parler de vos craintes et de vos doutes, de vos manques. Epaulez celui qui vous semble faible, écoutez-vous les uns les autres.
(...) Je n'étais qu'un enfant, un gamin de 20 ans. Je croyais avoir des jugements sûrs...Je me sentais si seul et si perdu...

Pardonnez mon geste, pensez à moi simplement. Absolument personne n'est responsable. Ne faites pas de moi un garçon extraordinaire, je n'étais simplement qu'un jeune comme vous...

Ne vous perdez pas dans des mondes illusoires et pervers. Par amour pour moi, essayez juste une fois, vous verrez. "

Les lecteurs du journal ont réagi à cette lettre dans le site Internet, moi la première, bien sûr !

" Toute mon admiration et tout mon respect, petit Franck!

Tu nous laisses un message extraordinaire, Franck. Quand je fais de la prévention contre la drogue, mes mots ressemblent aux tiens, mais les tiens sont autrement plus forts et plus beaux. Nous savons tous les deux combien les drogues sont dangereuses, elles t'ont tué comme elles ont tué mon fils.

Mais non, ta mort ne sera pas vaine. Ta lettre, je la lirai chaque fois que l'occasion s'en présentera.

Merci Franck, et sois heureux là où tu es ! "

Mais plusieurs autres personnes aussi ont été émues :

Saviezza :

" J'ai eu l'occasion de lire cette lettre en début d'après-midi. Félicitations à la famille de cette décision de grand jour, félicitations aussi au journaliste auteur de l'article et je demande au " Var Matin " d'en informer aussi le journal " Corse matin " pour qu'il le mette en image sous 24 heures. Si l'article ne fait pas de miracle, il ouvrira peut-être les yeux à certains jeunes de l'âge de Franck, qui j'en suis sûr liront cette lettre avec discipline. Car venant d'un cri, malheureusement devenu muet.
Honte à tous ces vendeurs de mort ! "

Stéph :

" Ne pleure pas celui que tu as perdu, au contraire, réjouis-toi de l'avoir connu..
De tout cœur avec vous dans cette terrible épreuve. "

Armando :
" C'est le message d'un ange à qui on a brûlé les ailes sur terre. Je suis bouleversé par cette lettre. Diffusez-la en entier sur Internet. Personnellement, je vais la photocopier en plusieurs exemplaires et l'envoyer là où il me semble qu'elle pourra avoir un impact important (politiques, jeunes…)
Ce message ne doit pas rester la propriété de quelques-uns, il est universel.
A ceux qui ont compris sa valeur de le diffuser.
Dans ma famille ?
Je n'en dirai pas plus.

Adieu, Franck.

On te rejoindra tous un jour et on verra ou pas s'il y a un sens caché à ta lettre… "

Comme Armando, je diffuserai cette lettre qui ne laissera personne insensible. Je vous la confie.
A votre tour, faites-la lire autour de vous !
Merci !

Sophie Daout, le 23 janvier 2009


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Vol.5 No. 95

Trafic d'âmes

Cette semaine c'est une émission de télévision du mardi 3 février intitulée : " Trafics " et la chronique correspondante du journaliste Richard Canavo dans la magazine télé du "Nouvel Observateur", qui m'interpellent. Voici de quoi il s'agit :

"Le trafic des êtres humains est le plus rentable au monde après celui de la drogue et des armes. Une activité criminelle perpétrée jusque sous nos yeux dans l'indifférence générale".

Du temps de l'Union Soviétique, le pays était prospère, c'était même un petit paradis. Aujourd'hui la Moldavie est l'un des pays les plus pauvres d'Europe, ravagé par l'insécurité et gangrené par la corruption. La misère, partout, a toujours été le terreau de la traite humaine. Ainsi, dans ce petit pays de 4,3 millions d'habitants des réseaux prospères alimentent des secteurs comme ceux de la prostitution, de la mendicité ou du travail clandestin. Une activité criminelle de grande ampleur, au cœur même de l'Union Européenne.

Stella Rotaru travaille au sein de l'Office des Migrations Internationales (OMI)

A 26 ans, elle semble revenue de tout.. Pourtant, grâce à son action, chaque année, des dizaines de victimes d'exploitation sexuelle sont rapatriés en Moldavie, d'où sont issues la plupart de ces malheureuses, dans des villages perdus, sans eau courante, où l'électricité est un luxe et le bonheur une chimère.

Devant la caméra d'Yvonne Debeaumarché, certains acceptent de parler. Avec des mots hésitants, ils racontent leurs espoirs, et cette peur qui pèse sur eux comme une chappe. C'est le Service de Travail Obligatoire au XXI siècle : de nombreux jeunes sont envoyés de force à l'étranger où ils sont exploités dans les champs ou sur des chantiers. Irina a 23 ans, son père est mort et sa famille survit dans une masure insalubre. Un jour, le recruteur du coin est venu la chercher pour l'emmener en Russie. On lui a pris ses papiers et elle n'a touché aucun salaire. Elle raconte en pleurant qu'ils étaient ainsi une cinquantaine à travailler de 6 heures du matin jusqu'à 22 heures dans les champs. "On la battait, on lui a même rasé le crâne", dit sa mère. Un peu plus tard, l'assistante sociale du village révèlera qu'Irina n'a pas tout dit. Elle a un jour tenté de fuir, elle a été rattrapée, enfermée dans une cave o* elle a été violée pendant des mois par des hommes qui, eux-mêmes étaient victimes du travail forcé.

Ludmilla, elle, est partie pour un emploi de serveuse en Turquie, où elle a été vendue à quatre proxénètes successifs. : "Je ne pouvais pas le supporter, j'étais battue tout le temps, et on me forçait à prendre de la drogue."

Certains deviennent fous et finissent leurs jours internés, d'autres échouent parfois en prison. Porter plainte ? de nombreuses affaires sont étouffées avec la complicité de la police.

Pauvre, corrompue, la Moldavie est un pays que chacun tente de fuir. On estime ici qu'un enfant sur deux a au moins l'un de ses parents à l'étranger. D'autres sont abandonnés parce que leurs familles sont trop pauvres. Une petite fille aux yeux tristes de l'ONG "Sauvez les enfants" murmure : "Moi, quand je serai grande, je veux avoir une maman et un papa et une grand-mère". Et ouis partir. Tous, ils affirment vouloir quitter leur pays un jour. La directrice explique que beaucoup d'enfants sont vendus pour aller mendier, certains sont même estropiés pour cela. Milhail, lui, a eu plus de chance " : vendu à 6 ans par sa mère, il a dû mendier en Pologne pendant 6 ans, attaché sur une chaise roulante. Puis il a été contraint de voler. Aujourd'hui, à 15 ans, revenu au pays, il est sans illusions." J'ai pas de plan. Je vis au jour le jour. Je sais pas de quoi demain sera fait. "Il y a une sorte de résignation en lui, mais pas de colère. Il sait que l'enfer, sur la planète pauvreté, dans ces pays" source du trafic humain c'est bien les autres.

Chaque année, les passeurs qui organisent le franchissement illégal des frontières encaisseraient 10 milliards de dollars, tandis que le profit engendré par la vente des êtres humains s'élèverait à 12 milliards de dollars et l'exploitation des victimes à 42 milliards de dollars.
Ainsi, en 2008, le trafic d'êtres humains aurait constitué l'activité criminelle la plus lucrative derrière les trafics d'armes et de drogues. Une forme moderne d'esclavage qui prospère à l'intérieur des frontières de l'Union Européenne.

Ne nous y trompons pas. Ce sont les mêmes qui n'hésitent pas à faire du profit autour de ces trafics, d'armes, de drogues ou d'âmes.

Pour eux, seul importe l'argent, quelle que soit la manière dont on l'acquiert !.

Dans ce business, les êtres humains ne sont que des marchandises !

Sophie Daout, le 6 février 2009


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Vol.5 No. 96

Docteur Knock.com

J'ai regardé hier mardi une émission documentaire à la télévision, intitulée : " Médicaments, trafic sur le Net ". Après le " Trafic d'âmes " que j'évoquais la semaine dernière, c'est donc à une autre commerce que je vais m'intéresser aujourd'hui, mais sachez que, quel que soit le produit vendu, les " commerçants " sont encore et toujours les mêmes.

Valium et Viagra à moitié prix, Tamiflu et DHEA en vente libre…A en croire les publicités qui atterrissent dans nos messageries, Internet serait une gigantesque pharmacie où l'approvisionnement en médicaments ne dépendrait que d'un clic. Une simple recherche sur Internet permettra de trouver des centaines de sites Web qui vendent des médicaments. Bon nombre offrent des produits qui sont tout simplement dangereux. Certains vendent des médicaments qui ne sont pas homologués en raison de préoccupations concernant leur innocuité. D'autres prennent avantage des gens qui sont désespérément à la recherche de soulagement en offrant des médicaments soi-disant miracles pour des maladies graves comme le cancer. Bon nombre offrent des médicaments d'ordonnance en fonction des réponses à un questionnaire en ligne. Ces sites vous disent qu'ils vous évitent de vivre des situations embarrassantes de parler avec votre docteur au sujet de certains médicaments d'ordonnance, tel que le Viagra, ou des médicaments qui préviennent la perte de cheveux ou favorisent la perte de poids. On ne vous prévient toutefois pas que c'est dangereux de prendre des médicaments sans avoir eu d'examen ou sans être suivi par un professionnel de la santé pour s'assurer que le médicament vous aide.

Il faut se méfier.

Une majorité des sites de vente de médicaments sur Internet sont administrés depuis l'étranger. Ainsi, ils ne sont pas tenus d'appliquer les réglementations françaises. Ni leur indépendance, ni la qualité de leurs produits ne peuvent être garantis. L'Agence française de sécurité sanitaire (Afssaps) signale que les médicaments achetés en ligne peuvent "provoquer des interactions médicamenteuses dangereuses pour la santé".

La prescription est faite par ordinateur à la suite des renseignements fournis par le demandeur. On est bien loin d'une auscultation faite par un médecin! Vous pouvez donc avoir obtenu un mauvais diagnostic et ne pas obtenir le traitement adéquat à votre cas. Vous pouvez également vous exposer à un risque d'interactions médicamenteuses ou d'effets secondaires nocifs qu'un professionnel de la santé compétent pourrait mieux prévoir. Les informations fournies par le site "ne peuvent se substituer ni à la prescription et à l'avis du médecin ni aux informations orales du pharmacien", souligne l'Agence. En outre, ces produits ne sont pas forcément autorisés à la vente. L'Agence met aussi en garde contre les produits qui n'ont pas été soumis à l'évaluation des autorités sanitaires. Pour l'Afssaps, les vendre " relève du charlatanisme".

La Commission européenne avait déjà condamné la vente sur Internet d'un médicament contre l'obésité mais n'avait pas été approuvée par l'Agence européenne des médicaments. D'après la Commission, les médicaments illicites les plus répandus en ligne sont ceux de bien-être, les hormones de croissance et les somnifères. Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la moitié des médicaments vendus sur des sites Internet non autorisés sont des contrefaçons. Certains ne contiennent aucun principe actif et d'autres intègrent des substances hautement toxiques.

"Ils peuvent nuire aux patients par leur incapacité à traiter des maladies graves, provoquer une pharmaco-résistance et dans certains cas entraîner la mort."

Le cas s'est produit en 2006 au Canada: une femme est décédée après avoir pris un médicament acheté sur Internet qui contenait de l'uranium et du plomb.

L'achat de médicaments de pharmacies sur Internet ( qui ne donnent pas d'adresse postale ni de numéro de téléphone) peut donc représenter un risque grave pour la santé. Vous n'avez aucun moyen de savoir où ces entreprises sont situées, comment les joindre s'il y a un problème, où elles obtiennent leurs médicaments, ni ce que contiennent ces médicaments. Si vous commandez d'un de ces sites, vous recevrez peut-être des contrefaçons de médicaments ne contenant aucun ingrédient actif, des médicaments contenant de mauvais ingrédients ou des additifs dangereux ou des médicaments périmés. Même si ces médicaments ne sont pas nocifs directement ou immédiatement, votre état pourrait se détériorer en raison de l'absence d'un traitement efficace.

Selon l'OMS, la moitié des médicaments vendus sur la toile relève de la contrefaçon et constituent une menace sanitaire. Alors que certains pays comme l'Allemagne, les Pays Bas ou le Danemark autorisent un tel commerce et l'Union Européenne va être obligée de se prononcer. Le médicament devient une simple marchandise.

Le comportement des usagers est à prendre en compte : au moindre symptôme, les patients s'auto médicalisent et pour l'internaute, rien de plus simple que de commander sa dose de pilules depuis son salon.

Le documentaire nous emmène sur les traces des " producteurs en Ukraine, des conditionneurs en Allemagne, des hébergeurs aux Canaries, du stockage à Vanuatu, des comptes offshore à Chypre. Les pistes sont brouillées et la traçabilité nulle. La falsification des produits est de plus en plus sophistiquée, et la corruption endémique. Il suffit en effet de payer pour que les douaniers laissent passer sans poser de questions des camions dont le contenu est plus que suspect. Et toute la hiérarchie est au courant et participe aux bénéfices. Le marché est totalement opaque.

Pour contourner les législations nationales, les sites s'installent à l'étranger. Avec un marché évalué à 45 milliards d'euros par l'OMS, les trafiquants et les mafias s'emparent de cette nouvelle poule aux œufs d'or.

Les autorités sanitaires appellent à une prise de conscience, mais sont dépassées. Les saisies se multiplient mais le marché prolifère. La présidence française de l'union Européenne a présenté un plan de lutte contre la contre-façon pour 2009-2012. Il vise notamment à privilégier l'information à destination des consommateurs et la coopération douanière.
Mais cela sera-t-il suffisant ?

Sophie Daout, le 13 février 2009


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Vol.5 No. 97

Drogue à retardement

La drogue possède bien des vertus, entre autres la patience.
Séduisante, elle accroche ses futures victimes, elle joue avec elles.
Quand elle est sûre de les tenir à sa merci, elle se dévoile. Alors, elle se montre telle qu'elle est vraiment. Elle manipule, elle triche, elle détruit. Parfois même elle tue : overdoses, suicides, accidents de la route…tous ces décès ne sont pas toujours comptabilisés dans la bonne rubrique, car il ne faut pas faire peur, alors on préfère parler " d'accidents ".

La drogue est très futée, elle tient à sa réputation, elle est prudente, elle ne souhaite pas qu'on se méfie d'elle. Ce n'est pas SON intérêt, ni surtout l'intérêt de ceux qui en font le commerce ! Vous les connaissez, je vous en parle souvent dans mes chroniques.

La drogue est tenace. Quand elle tient quelqu'un, elle ne le lâche pas si facilement. Il suffit de lire les témoignages dans notre forum. Sortir de la dépendance est un parcours du combattant. Il faut beaucoup de force et de persévérance pour y parvenir.

Parfois, on a l'impression que certains toxicomanes s'en sortent bien. En dépit d'une consommation effrénée, et après des galères incroyables, des passages par les cases " prison " et " hôpital psychiatrique ", ils sont toujours là dix ou vingt ans après. Mais quelquefois pas pour très longtemps. Ils meurent simplement un peu plus tard, à 30 ou 40 ans. Il y a un an, je suivais l'enterrement d'Emmanuelle, la fille de ma collègue et un mois plus tard, celui de mon propre enfant. Sont-ils morts de la drogue ? Mais oui, indirectement certes, mais s'ils avaient renoncé à la Menteuse, ils seraient encore là..

Si je parle de cela, c'est que je viens encore d'apprendre la mort d'un jeune de 30 ans, il s'appelle Gautier. Cette nouvelle survient alors que ce jeune homme avait décidé d'en finir avec sa dépendance. Tous les espoirs semblaient permis.
Et j'en suis malade !

Sa maman, qui m'apprend sa mort, laisse parler sa révolte :

"J'ai pensé a sa mort lorsqu'il se mettait tant en danger et même que j'en avais ras le bol mais pas là ..comment on peut accepter?
Refaire le film ..mettre les bouts de sa vie , comprendre ..il était fatigué , ben oui le sport, un stress énorme, la peur du changement (pourtant il avait une copine qui l'attendait ..
Et puis le corps a été abîmé par cette pourriture et trop plein de méthadone , trop plein de la petite rechute avouée en décembre ..trop plein !!"

Et moi, je ne sais que pleurer..
Un poème m'a été donné dont j'ai fait cadeau à la famille.

Je vous le recopie ici:

"Il est parti l'enfant courage
Qui vivait un rêve insensé
Il s'est évadé de sa cage,
Qui s'échappe vers l'horizon,
Bordée de peurs, peuplée de doutes,
Route sans rime ni raison.

Il est parti vers l'océan
Charmé par le chant des sirènes
Avec au cœur un trou béant,
De trop de pleurs, de tant de peines,
Avec la lune pour boussole
Il a promené dans la nuit,
Un chagrin que rien ne console
Et il s'est éloigné sans bruit.

Quand s'est terminé le voyage
La sirène s'est fait sorcière,
L'a entraîné sur le rivage
En démantelant ses chimères
Il s'est senti si misérable,
Lui qui rêvait de liberté
Qu'il s'est allongé sur le sable
Et la vague l'a emporté

C'est alors qu'il a mis les voiles
Très décidé et plein d'audace
Il a filé vers les étoiles
Parmi elles pour prendre place,
Enfin heureux, et apaisé,
Aujourd'hui il oublie la haine,
Sa peur, il l'a apprivoisée
Et ses blessures, aussi sa peine.

Il dit: " Je suis dans la lumière,
Tout près de vous et je vous aime,
Vous mes parents, Rémy mon frère,
Gardez le meilleur de moi-même
Vous sourirez de mes folies,
Vous raconterez nos merveilles
Chassez toute mélancolie,
Je vous accompagne et je veille."

L'étoile Gautier est là-bas,
Avec d'autres belles étoiles
Il a terminé son combat,
L'étoile Gautier est là-bas."

Combien d'Emmanuelle, de Lionel ou de Gautier nous faudra-t-il encore pour prendre conscience du problème ?
Combien ?

Qui osera encore banaliser ces produits ?
Qui y a intérêt ?

Je vous reparlerai de Gautier et de ses efforts pour se sortir de la drogue dans une prochaine chronique.

Sophie Daout, le 20 février 2009
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Vol.5 No. 98

Parents désenfantés

Je vous reparlerai du parcours de Gautier dans les semaines prochaines.
Curieusement, je viens de retrouver un papier que j'ai écrit après la mort de mon second fils, Lionel, survenue sept ans après celle de son frère qui lui aussi se prénommait Gauthier.

Cela constituera ma chronique de la semaine.

" Eh bien voilà, il me faudra parler de vous au passé maintenant, vous mes deux enfants, mes deux fils bien aimés.

Quel temps vais-je choisir pour vous dire ?
Pas l'imparfait, car votre mort n'est pas l'imparfait, c'est le parfaitement inconcevable, l'inadmissible.

Le passé n'est pas simple, je récuse donc ce temps là aussi.

Alors, le passé composé ? Non plus, parce que mon passé est, avec votre mort, totalement décomposé.

Pourrai-je un jour le recomposer ?
Sous quelle forme ?

Celle d'une petite musique peut-être avec les paroles du poème que je t'ai dédié Lionel, toi, le second en allé, les paroles de " Chanson sans voix qui tremble " , que j'avais écrit il y a quelques années :

" L'air que nous chantonnions ensemble,
Ce chant si doux à fredonner,
Quand me sera-t-il redonné
De le chanter sans voix qui tremble ! "

Elle est partie la chanson tendre,
Qui avec toi s'en est allée,
Depuis, le temps s'est emballé,
Me voici triste comme cendre !

Tonnant parfois comme tempête,
Parfois douce comme le vent,
J'en murmure les mots souvent,
Elle résonne dans ma tête .

Parfois j'oublie sa mélodie
Me manquent trois ou quatre notes,
Et quand enfin je les pianote
J'en suis toute ragaillardie.

Avec le temps, elle s'efface,
S'en vont et l'air et les paroles,
Et même si je me désole,
La chanson part et ma vie passe !

L'air que nous chantonnions ensemble,
Ce chant si doux à fredonner,
Quand me sera-t-il redonné
De le chanter sans voix qui tremble ! "

Oui, Lionel, tu as suivi l'exemple de ton frère, sept ans après, presque au même âge que lui.
Lui qui a si souvent été un modèle pour toi, tu n'aurais, une fois n'est pas coutume, non, tu n'aurais pas dû l'écouter.

Vous dont la naissance a été pour moi véritablement un présent de la vie, que vais-je faire aujourd'hui sans ce cadeau dont elle me prive. Oui, que vais-je faire de mon présent, alors que je suis désenfantée ?

Sophie Daout, le 27 février 2009
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Vol.5 No. 99

A Dieu, Gautier !

Je vais ce soir vous parler encore une fois de Gautier, ce beau jeune homme de 28 ans, qui a cherché à sortir de la drogue, mais que la drogue a rattrapé. La drogue est très patiente. Et très tenace: elle capitule difficilement. Cette fois encore, elle a gagné !
A l'annonce de la nouvelle, les parents ont été anéantis. Voilà ce que me confie sa maman : Qui donc peut comprendre que toi, Sophie, ce coup de poignard et le poids que l'on a dans le dos et sous les côtes?
C'est le cauchemar debout !

J'ai pensé a sa mort lorsqu'il se mettait tant en danger, et même que j'en avais ras le bol mais pas là ..comment on peut accepter?
Refaire le film ..mettre les bouts de sa vie , comprendre ..
Il était fatigué , eh bien oui, le sport, et aussi un stress énorme, la peur du changement. Et pourtant il avait une copine qui l'attendait, Magali, qui aujourd'hui est effondrée.
Et puis le corps a était abîmé par cette pourriture et trop plein de méthadone, trop plein de la petite rechute avoue en décembre ..trop plein !!
Nous pouvions parler comme des parents avec lui car ns avions renoué comme des parents .
Nous avions une vie ensemble, des vacances , enfin bref ..on espérait comme des fous.
Voilà, les obsèques, ce sera demain
Demain…et après ?
Après???

Il faudra continuer comme tu le fais, Sophie, continuer pour Rémy ..car nous avons cette chance ..il y a Rémy .
Nous sommes tous dans la culpabilité...tout ce temps de "passé" ou même si nous nous demandions quoi!!!??? Jamais au grand jamais nous n'aurions pensé a ça ..
Je sais que tu es proche de moi car la souffrance est telle ..qu'elle peut paraître impensable.
Nous lirons demain ce texte de toi .. " L'étoile et l'ange ". *
Nous allons essayer d'être forts mais ...
J'espère que Dieu nous donnera les forces suffisantes… "
Ah, comme je comprends Francine !

Et voici des extraits du texte qu'elle et son mari ont tenu à lire devant le cercueil de leur enfant :

" …. Quel magnifique gamin tu as été, un vrai petit prince ! Tu étais doué pour l'art, le sport. D'abord danseur avec Vavane, tennis, poney et piano avec Dominique (1er prix du concours Bellan à Paris), la voile, le ski et premiers chasse-neige en pleurant à Risoul avec Papy-Mamy Lille. Puis tes médailles, Chamois d'or, flèche d'or, aiglon d'or. Enfin le basket pour ta rage de gagner.
La J.S.C, tes copains Nicolas - Matthieu - Thibaut - Laurent - Olivier - Julien - Johan, on en oublie.
Les entraînements avec papa, Bertrand, papy et mamy. Ta mamy adorée …
A l'adolescence, tu as fait une mauvaise rencontre : la drogue. Puissante maîtresse qui t'a apporté ce que tu n'avais pas : la confiance en toi. Nous nous sommes battus contre elle : c'est la descente infernale. Pourtant, tu avais Charlotte, ton premier grand amour.
Tu es devenu un autre, petit à petit, des piercings, des baggys et même des cheveux rouges … on te perdait ! ….

Sevrages, postcures, boulots Jean-Luc à Nancy et Emilie pour t'accueillir. Impossible de gagner la bataille. Nous te sentions malheureux, en plein naufrage…
Il y a eu Martine, celle qui t'a toujours trouvé des solutions dans les pires moments.
Il y a eu des mieux, puis encore d'horribles plongeons.
La rue, les squats, nous avons basculé dans le vide sans toi et avec toi.

Pourtant, tu as toujours tapé du pied pour remonter, tu n'as pas coulé. Ton séjour en Ardèche, là-haut dans la montagne t'a rendu un peu de sérénité. Tu te réconciliais avec toi-même. Nous avons appris à ne jamais perdre la famille. A Amiens, Karine t'a beaucoup aidé, beaucoup aimé, il y avait des mieux, des vraiment mieux. Seulement, ton mal-être était toujours là.
Le 1er février 2008, nous t'aidions à partir pour Asnières près d'Angoulême, avec tes copains de vendanges. Nous savions que ce n'était pas gagné, mais tu commençais à sourire, et tu allais avoir 30 ans. Dominique est sur ton chemin, " Domi " comme tu l'appelles. Domi qui nous emporte dans l'Espoir.
Au mois d'août, tu as ton appartement, ton chez toi. Tu as gagné ton pari avec Domi et Domi, nous le savons aujourd'hui, à gagné un fils de cœur.
Vacances en août en Camargue, tous les quatre, huit ans après les naufrages. Tu bouges, tu vis, tu te transformes, tu t'adoucis chaque jour. Tu te rhabilles en sportif, tu es allé à la salle de sport d'Angoulême. Les retrouvailles avec le basket au club de La Couronne. Nico, ton entraîneur, tes copains, Anthony ton voisin.
La deuxième naissance de Gautier, un look beau gosse. Plus de piercings, plus de crâne rasé, des pantalons moulants … Tu nous disais : " le nouveau Gautier est arrivé ".
Seulement, on n'avait pas tout prévu. Qui étais-tu dans le miroir ? Que d'heures passées à te rassurer mais tu allais t'habituer à ce changement.
Décembre, Noël, Nouvelle Année, tous les quatre dans ton appartement, du camping mais quel bonheur.

Rémy, ton frère adoré jouait au photographe, vous nous avez fait un spectacle de jonglerie, la bagarre … On s'est " caillé " à l'Ile de Ré.
Tu nous as dit : " 2009, ça ne peut être que BIEN ".
Rémy, ton petit frère qui se mettait en colère devant tes bêtises ; Rémy, ton grand frère comme tu l'appelais, t'a offert des pensées du Dalaï Lama…

Chaque jour, tu lis une phrase. Il faut toujours que tu cherches à comprendre.
Janvier, c'est difficile. Mais tu as un projet avec Domi, et Domi ne te lâche pas.
Dimanche 25 janvier, tu as un match de basket, mais tes copains ne te trouvent pas en forme, tu n'as pas l'énergie habituelle.
Nous les avons rencontré à Angoulême, ils se sont inquiétés … mais impossible d'imaginer que tu nous a probablement quittés ce soir là, le dimanche 25 janvier 2009.
Nous prions pour que tu n'aies pas souffert.

Mardi 3 février, deux coups de sonnettes, il est tard … La police. Pas besoin de parler.
Domi t'a trouvé là, à ton bureau, roulant ta cigarette. Nous faisons un cauchemar éveillé, il va falloir chercher loin la force de continuer, de trouver le chemin de la réconciliation.
Toux ceux qui t'aiment ne t'oublieront jamais.
Catherine et Servane ont vu une nouvelle étoile dans le ciel. Nous regarderons tous ensemble cette Etoile, Gautier !
Jamais tu ne quitteras nos pensées ;
Maman, Papa, ton frère qui t'aiment si fort. "

Voilà !
Et moi aussi je te dis " Adieu Gautier, à Dieu !

* C'est un poème figurant dans mon recueil : " Parole de femme "

Sophie Daout, le 6 mars 2009
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Vol.5 No. 100

LOL

Oui, je dois le dire, j'ai vu le film intitulé " Lol ".

Et j'engage tous les adultes et surtout tous les parents à aller le voir. Que les jeunes y aillent aussi, mais sans leurs parents, si on veut éviter les discussions animées dans la salle de cinéma. Que chacun y aille de son côté pour pouvoir en discuter ensuite en famille. Car il FAUT en discuter !

" Lol ", quel drôle de titre ! J'avais déjà souvent rencontré ce vocable dans les messages des jeunes qui s'expriment dans notre forum, en me demandant ce qu'il pouvait bien signifier. Un temps, j'avais penché pour le " Lots of love " que je mettais au bas de ma lettre à ma correspondante anglaise quand j'avais 13 ans.
Non, pas du tout !

LOL, c'est "lLaughing out loud ", ce que nos petits Français traduisent par le " Mort de rire " dont ils ponctuent leurs fins de phrases.

Mais Lol peut-être aussi le diminutif de Lola, qui est le prénom de la principale héroïne de ce film.

Lol est un film sur la jeunesse, c'est une photo des ados actuels et de leurs relations, et c'est vrai qu'ils s'y reconnaissent.

Les jeunes qui nous sont montrés appartiennent à des milieux plutôt aisés. La maman de Lola est Sophie Marceau, qui, il y a plus de 20 ans, était l'adolescente du film " La boum ". On est bien loin du monde de " La boum ", et les ados ont bien changé. " La boum " était vraiment une rencontre de patronage à côté des " teufs " actuelles. Les jeunes de " Lol "sont des lycéens, en classe de seconde, ils ont donc seize ans environ . L'école n'est pas leur préoccupation essentielle, ils ont l'habitude de la vie facile, et ne font rien au lycée. Quel sera leur avenir ? Les parents ne semblent pas s'en rendre compte, et la question n'est jamais posée !

Les profs décrits sont assez nuls, comme la prof d'anglais. Un seul prof, le prof de math semble responsable. Le personnage de la Conseillère Principale d'Education, qui peut sembler ridicule, est en fait, la seule qui avec humour comprend très bien ce qui se passe et sait se faire respecter.

Les rapports avec leurs familles sont difficiles, quand ils ne sont pas inexistants. Il y a très peu de communication entre parents et enfants. Il s'agit soit d'une famille monoparentale dont le père n'intervient pas dans l'éducation ou bien avec les deux parents mais trop occupés pour s'intéresser à leurs enfants, ou bien encore de parents divisés sur le plan de l'attitude éducative à avoir. Tous sont dépassés par leurs ados et ne savent comment les gérer. Ils ne savent pas décrypter leurs messages. Ils ont du mal à imposer des limites qui restent floues pour beaucoup de parents. Ou bien quand les limites sont posées, c'est fait de façon autoritaire, sans explications, c'est comme ça ! Ce qui provoque chez les jeunes mensonges, dissimulation ou révolte. Et la jeune-fille la plus délurée, celle qui fait les 400 coups, est justement celle qui donne l'image d'une petite fille sage et docile en famille.

Les limites générationnelles sont brouillées en particulier entre enfants et parents. Les parents se comportent souvent comme leurs ados, en recherche d'expériences similaires, sur le plan sexuel en particulier. Ils ne sont pas très adultes et semblent mal préparés à leur rôle de parents. Ils sont déboussolés, ne sachant plus ce qui est bon ou pas pour leurs gosses. Parfois ils sont mis en difficulté sur leur propre terrain. Ainsi Sophie Marceau et ses amies affirment que leurs enfants ne touchent pas à la drogue, puisque eux, les parents, s'y opposent. Mais elles ne se privent pas de fumer un bon pétard au cours d'une soirée, ce que, naturellement, sa fille ne se prive pas de lui faire remarquer . Il n'y a pas, ou peu, de communication entre parents et enfants malgré l'amour partagé.

J'ai aussi noté beaucoup de violence dans les rapports familiaux et même dans les rapports entre les jeunes. Pour ces derniers, ils ont des expériences précoces, plus précoces que celles de leurs parents, sur le plan sexuel, sur le plan de l'initiation à la drogue.

On rit souvent dans ce film. Par exemple, quand les jeunes organisent une fête, sous la houlette de la grand-mère qui est là pour assurer la bonne tenue du groupe, on s'amuse devant l'ingéniosité des ados, qui dissimulent de l'alcool blanc dans des bouteilles d'eau. Personne n'y voit rien, et bien sûr la grand-mère encore moins. D'ailleurs, on se débarrasse vite de sa présence en la saoulant et en la droguant.

On rit…mais on ne devrait pas. Car les témoignages de la vie courante confirment que les parents sont vraiment les derniers à se douter de ce qui se joue dans ces " teufs ", et qu'ils se font rouler par leur progéniture sans chercher à approfondir.

Le film montre bien les méthodes de communication entre les jeunes : SMS, Internet. Le problème, c'est que c'est la même chose entre enfants et parents. Et bien sûr, l'essentiel n'est pas évoqué avec aussi peu de mots.

Il y a un joli moment d'émotion, quand un père, qui ne communique pas du tout avec son fils, lui découvre un vrai talent de musicien. Mais parfois aussi la réalité est plus triste. En effet, l'amour filial apparent peut parfois cacher des motivations nettement moins réjouissantes: par exemple le retour de Lola chez sa mère, non pas parce qu'elle s'ennuie de sa maman, mais parce que son père n'accepte pas qu'elle fasse la fête avec ses copains chez lui.

Ce film me semble parfois dangereux en raison d'un double discours: on entend les deux versions, et chacun fait ce qu'il veut. Un exemple flagrant qui ne pouvait manquer d'interpeller l'intervenante en prévention que je suis. Le commissaire de police qui courtise la maman, Sophie Marceau, fait un discours anti-drogue au lycée et le fait bien d'ailleurs !
Mais quelques jours plus tard, cela ne l'empêche pas de fumer son pet avec les amis.

Que retiendront les jeunes de cette attitude ? Que conclurant-ils de ce double discours ?

Et quel message de prévention proposer, quel discours tenir, quelle position aborder quand des messages sont aussi contradictoires? Ils s'annulent les uns les autres et contribuent largement à la banalisation des drogues. Ce film brouille les pistes.

Et pourtant, je conseille à tous d'aller le voir

Aux jeunes, ( mais trop jeunes, après 14 ans me semble-t-il), parce qu'ils se reconnaîtront et pourront sourire de voir soulignés certains de leurs comportements.

Aux parents pour qu'ils se rendent compte de la réalité que vivent leurs enfants et pour pouvoir en discuter avec leurs jeunes ensuite.

Ils pourront les interroger, comment ont-ils ressenti le film, quelles critiques peuvent-ils apporter ?
Qu'est-ce qui est vrai ? qu'est-ce qui leur paraît exagéré ?

Et surtout pour les aider à décrypter le film.

Sophie Daout, le 13 mars 2009
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