Peut-on faire la fête sans
se droguer
Il n’est pas facile d’être jeune aujourd’hui. C’est l’avis d’Aurore qui nous interpelle, nous les adultes, dans le forum. Elle me semble curieuse, mais surtout un peu perdue. Je vois dans son message un appel au secours.
« Parfois j'ai envie de vous
demander, à vous qui êtes nos parents, dîtes, comment
faisiez-vous pour vous amuser?
Dites-le, racontez-le pour nous
les jeunes, qui ne savons nous amuser qu'en buvant, qu'en fumant, ou en
nous droguant... bref en nous échappant.
Comment avez-vous fêté
vos anniversaires? Comment vous êtes-vous amusés? Alliez-vous
vous aussi vous saouler en boîte de nuit? Vous aussi, vous vous êtes
noyés dans la vodka, le whisky, le pastis et autre?
Dites! Parce que moi, quand je regarde autour de moi, j'aimerais dire à mes copains que l'on peut s'amuser autrement, et alors ils me répondraient: « Mais comment ? »
Et je leur dirais que l'on peut s'amuser
à rire... mais pour rire il faudrait qu'ils soient saouls.
Alors quoi ? Nous, on ne sait pas,
ou on ne sait plus... pourquoi? Ne me le demandez pas, parce que ça
non plus, on ne le sait pas.
J'ai voulu écrire un message
à Jonathan pour lui dire qu'il n'aurait pas dû fêter
ses 18 ans comme ça, que c'est mal! Qu'à la place il aurait
dû ..... et là les mots m'ont manqué. J'ai cherché
dans mes souvenirs mais ils m'ont manqué aussi... Aujourd'hui ce
sont des vôtres dont nous avons besoin. »
Effectivement, Jonathan, le jeune
toxicomane avait dégusté, pour fêter ses 18 ans,
un cocktail de toutes les drogues existantes. C’est bien sûr un comportement
extrême, mais il est vrai que pour la plupart des jeunes «
faire la fête » ne se conçoit pas sans alcool et sans
drogue. Et Aurore s’en émeut !
Plusieurs personnes ont répondu à ce message, quelques adultes qui parlent de bonheurs simples et aussi celui de Tifenn qui m’intéresse et m’émeut plus particulièrement. J’ai connu cette jeune fille quand elle se droguait. Elle était alors agressive et très triste. Aujourd’hui, je vois une jeune fille adorable, très jolie et joyeuse. Elle a 17 ans et elle confirme les affirmations et les craintes d’Aurore: « Je ne suis pas une adulte mais j'ai quand-même appris à m'amuser sans drogue. Pour ma part je pense qu'il faut de bons amis , des amis ayant les mêmes valeurs que vous, des amis qui n'ont pas besoin de drogue pour vivre et pour rire. Rester simplement au bord de la mer, jouer à celui qui jettera une pierre le plus loin, se louer un bon film, arriver chez un ami sans prévenir avec des pizzas dans les bras, se retrouver tremper parce qu'on est allé courir sous la pluie, regarder les gens passer et imaginer leur passé ou leur futur, rester toute une heure autour d'un café en se racontant des blagues, partir en camping, aller matcher dans la montagne, se baigner dans de l'eau glaciale, rire de tout et de rien. Mais des choses aussi simples, un drogué ne peut vivre. Il sera capable de rire de tout et de rien mais seulement s'il est drogué au maximum. C'est pour ça que je rencontre le même problème que toi quand j'essaie de dire aux gens que la vie et belle sans drogue, et qu'elle est marrante aussi, tellement plus marrante. Et c'est pour ça aussi qu'encore aujourd'hui, alors que ça fait bientôt 2ans que je ne me suis pas droguée, beaucoup de gens croient que je me défonce et me font tourner leur pétard. Et tout ça pourquoi? Parce que je suis tout le temps en train de rire. Rien que le fait de me faire une belle grimace me fait rire, rien que de voir le visage des gens que j'aime me fait sourire et me donne envie de rire.
Je crois que ceux qui sont dans la
drogue ont besoin de voir ce bonheur que l'on peut avoir SANS la drogue.
Une fois je suis tombée sur une nana qui m'a demandé à
quoi je me défonçait et quand je lui ai expliqué ce
que je viens d'expliquer elle m'a répondu "De toute façon
pour moi c'est trop tard, je ne suis plus capable de faire ça"...
Quelle tristesse mais quels mensonges!
J'ai réussi à m'en sortir, j'ai été droguée
avant de rire, de vivre et d'être heureuse comme je le suis aujourd'hui.
J'ai souffert mille et mille tortures avant de renaître. Quand je
le lui ai expliqué elle a souri, un sourire où je suis sure
d'avoir vu de l'espoir.
Alors pour finir de répondre à ta question, je te dirai de raconter l'histoire des gens qui s'en sont sortis et le bonheur qu'ils vivent aujourd'hui. Mais le plus dur reste de faire comprendre que, de même que la drogue "ça n'arrive pas qu'aux autres", le bonheur non plus "ça n'arrive pas qu'aux autres"...
Effectivement, dans mon combat, j’ai
toujours constaté que le témoignage, le mien ou celui de
Tifenn, valent mieux que tous les discours théoriques. Alors quand
j’ai la chance d’avoir un ancien toxicomane avec moi, c’est encore mieux
! Les jeunes comprennent qu’il n’y a JAMAIS de drogué HEUREUX.
Et que pour peut très bien
faire la fête, sans se saouler et sans se shooter !
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