Le
pot qu'on disait inoffensif
Objet: Le pot qu'on disait
inoffensif
Date: Mon, 09 Aug 1999 23:24:06
-0400
De: Lucie
Aujourd'hui, mon fils est
aux prises avec de nombreux échecs. Après cinq ans
de consommation régulière et abusive (1,5g de résine
par jour) ou plus parce qu'il ne manquait jamais une bonne cuite, ou même
selon lui, trois fois, consommation de cocaïne, sans compter les quelques
expériences de mush, acide, etc.
Enfin, à 18 ans, il
se rend compte que sa consommation l'empêche d'achever son secondaire.
Il en manque si peu pourtant et là, c'est un autre rêve qui
s'efface. Il ne pourra être admis au cégep. Il
aspirait pourtant à faire des études universitaires en biologie,
principalement la génétique. Il a quitté son
emploi, parce qu'il n'avait pas l'énergie pour faire ses cours et
les quelques heures de travail. Malgré tout, il a été
éjecté des cours de rattrapage parce qu'il n'arrivait pas
à se lever.
Il avoue aujourd'hui être
resté bloqué, avoir perdu son temps. Il avoue aussi
qu'il croyait que le pot n'avait pas de conséquences. Il avoue
ne pas être heureux et que la solution serait probablement d'arrêter
sa consommation. Il m'a dit aujourd'hui avoir commencé à
consommer pour se protéger. Je lui ai dit qu'on devra en discuter.
Il se demande aussi comment il se fait que ses chums peuvent vivre relativement
normalement et pas lui. Lorsqu'il a consommé, il décroche
de la réalité, il paranoï. Je ne savais pas ce
que c'était mais j'ai appris.
Il lui reste à se
décider à arrêter. J'ai une très bonne relation
avec lui. Il m'appelle presqu'à tous les jours et il s'ouvre
de plus en plus. Je lui promets mon aide et mon soutien et le prie
de s'arrêter le plus tôt. Entretemps, il habite chez
son père et souffre énormément. La blonde de
mon ex a peu de tact et croit bien faire, mais le blesse continuellement.
Il sait que s'il revient chez nous, c'est pour un virage, mais il sait
aussi qu'il n'est pas assez fort pour résister puisque la gang se
tient chez le voisin d'à côté.
En ville, il s'est fait le
même genre de chums et ne résiste pas à leurs demandes.
Pouvez-vous m'aider à
l'aider.
Lucie
Objet: Re : Le pot qu'on
disait inoffensif ?
Date: Tue, 10 Aug 1999 20:05:06
-0400
De: Lee
Bonjour Lucie,
Il me fait plaisir de prendre
le temps de te répondre, toi qui as eu la gentillesse de t'ouvrir
à nous.
Premièrement, j'aimerais
te dire que je suis Lee et que je fais des chroniques dans notre site intitulées
«Les chroniques d'une mère». Je suis la mère
d'une toxicomane âgée de 23 ans qui essaie présentement
de s'en sortir mais qui vit des difficultés face à l'arrêt
de la substance. Mon enfant poursuit les étapes normales face
à l'arrêt de cette substance et moi, je l'accompagne moralement
à travers mes écrits, à travers mes chroniques. Je
me permets de partager mes émotions, mes angoisses et j'utilise
ma transparence pour permettre à ceux qui me lisent de mieux comprendre
cette maladie et peut-être pour mieux l'apprivoiser.
Ce matin, nous avons lu ta
correspondance et nous avons décidé de te référer
à Ronald Toupin. Il est un intervenant qui oeuvre dans les domaines
de la toxicomanie et de l'alcoolisme. Il est une personne de confiance
qui possède une expérience remarquable et qui, nous en sommes
certain saura te donner une écoute et probablement des choix face
à la situation que tu vis présentement.
Étant donné
que je ne suis qu'une mère qui essaie de rester positive et qui
poursuit son cheminement à travers les étapes que mon enfant
vit, je ne crois pas que je suis qualifiée pour t'apporter une aide
avec des conseils judicieux. Je dois être prudente dans mes écrits
pour ne pas briser l'espoir qui t'habite car mon cas est plus douleureux
et ma problématique avancée n'est pas nécessairement
celle que tu vivras dans ton avenir.
Dans ton cas, le dialogue
que existe entre ton fils et toi est déjà source d'espoir.
Aussi, personnellement je me suis rendu compte de la situation quand il
était trop tard pour changer quoi que ce soit. Je suis heureuse
de constater que certains parents s'ouvrent les yeux avant que l'enfer
commence. Je suis confidente qu'avec ton ouverture d'esprit et qu'à
travers tes démarches personnelles, tu trouveras les mots pour poursuivre
un communication constructive dans ton rôle de mère.
Aussi, peut-être pourras-tu réagir d'une façon logique
en t'informant sur les drogues sur le marché, sur leurs effets à
court et à long terme, en parlant avec des intervenants d'expérience
et surtout, en poursuivant ta démarche pour mieux te préparer
au cas où. Et probablement, que ces étapes te permettront
de grandir et peut-être d'aider d'autres membres de ton entourage.
Dieu a une drôle de
façon de nous faire évoluer, de nous faire grandir à
travers nos souffrances.
Quand on a les pieds dedans,
il est parfois difficile d'avancer logiquement. L'amour nous aveugle et
nous tournons en rond cherchant un issue, un espoir... Tu sais Lucie, j'ai
beaucoup évolué grâce à cette maladie qui a
détruit la fragilité de ma relation que j'avais avec mes
deux filles. Il est certain que la toxicomanie peut prendre une grande
place dans nos vies si nous la laissons faire. Ma participation dans le
développement de ce site, les correspondances que j'ai reçues
en provenance de parents et l'aide que les intervenants m'ont apporté
m'a permis de grandir à travers mon impuissance.
Par la présente, j'aimerais
te demander si nous pouvons utiliser ta correspondance qui se cache sous
ton partage et l'inclure dans notre section intitulée «partage».
Il est certain que tu conserveras l'anonymat car seulement ton prénom
sera inscrit, si tu le permets. Il est important que nos lectrices et lecteurs
puissent lire les partages des autres parents. Et par ces lectures, ils
débutent graduellement à s'ouvrir aux autres, à comprendre
qu'ils ne sont pas seuls à vivre cette maladie.
Un parent qui comme toi se
donne la chance de trouver des solutions et d'essayer de comprendre cette
problématique qu'est la toxicomanie peut aider grandement les autres
qui sont au prise avec une multitude d'émotions qui les bloquent
et qui les empêchent de commencer leur thérapie personnelle.
On pense souvent que seulement
les toxicomanes ont besoin d'aide mais cette idée est fausse. Nous
les proches et les parents des toxicomanes nous avons besoin d'aide pour
surmonter les épreuves laissées par leur choix de vie. Nous
qui les aimons d'un amour protecteur, nous ne savons pas comment survivre
les différentes étapes négatives que le toxicomane
actif partage à travers ses comportements destructifs. Plusieurs
d'entre nous, débutons notre cheminement en se cachant pour ne pas
partager notre honte, notre désespoir, notre impuissance et souvent
nous nous retrouvons dans l'isolement total. Notre attitude se transforme
soudainement et nos comportements surnoisement s'accentuent pour mieux
nous affecter dans notre quotidien. Nous souffrons d'une maladie qui se
nomme «la co-dépendance». Nous perdons contrôle
de la qualité de nos nuits et de notre vie ne sachant comment réagir
pour corriger cette situation. Comment peut-on subir tant de changements,
tant de remords, tant de désespoir sans consommer?
Et bien, quand on aime un
être cher et qu'on partage ses conflits, ses déboires, ses
pertes, ses angoisses et son mal de vivre, on devient nous aussi «malade».
Cette expérience devient si déchirante qu'il faut chercher
de l'aide pour trouver une certaine paix intérieure. Grâce
à l'écoute des intervenants, grâce au Chat qui nous
permet d'aider les autres et de se faire aider, grâce à notre
foi qui grandit, nous retrouvons une personne plus forte qui existe à
l'intérieure de soi. L'essence de mon message de ce soir serait
câchée sous ces quelques mots : Nous pouvons mieux vivre en
acceptant notre impuissance dans notre rôle de parents.
C'est souvent dans le malheur
qu'on découvre les plus belles choses qui existent. Je suis fière
de prendre le temps de partager avec toi ce soir car aujourd'hui je constate
la qualité de mon cheminement et je remercie tous ceux qui par leur
écoute, par leur sagesse m'ont permis d'évoluer et de retrouver
l'espoir.
Sincèrement,
Lee un membre de l'équipe
«Quand la drogue n'est plus un jeu»
Objet: Re: Le pot qu'on disait
inoffensif ?
Date: Wed, 11 Aug 1999 22:56:19
-0400
De: Lucie
Bonjour Lee,
Je te remercie de ta compassion.
Je vous autorise à publier mes textes. La seule discrétion
que je demande est celle de mon fils, car tant qu'à moi, depuis
que je vis avec ce problème, j'en ai parlé beaucoup.
C'était pour moi une façon de me soigner, mais aussi de trouver
des solutions. J'ai de plus permis à plusieurs de me parler
de leur jeune, souvent en bien meilleure posture que mon fils.
Merci de m'avoir référé
à Ronald et je lui réponds maintenant.
Lucie
Objet: Réponse à
Lucie
Date: Wed, 11 Aug 1999 09:32:12
-0500
De: Ronald Toupin
Bonjour Lucie -
Mon nom est Ronald Toupin.
Je suis l'intervenant sur
le site «Quand la drogue n'est plus un jeu»!
Pour vous répondre
selon mon expérience Lucie... je vais utiliser le «mot à
mot» des énoncés de votre lettre :
Lucie a écrit : «Aujourd'hui,
mon fils est aux prises avec de nombreux échecs. Après
cinq ans de consommation régulière et abusive (1,5g de résine
par jour) ou plus parce qu'il ne manquait jamais une bonne cuite, ou même
selon lui, trois fois, consommation de cocaïne, sans compter
les quelques expériences de mush, acide, etc.»
Ronald T. : Le commun dénominateur
de toutes les drogues psychotropes est d'amener ceux et celles qui en consomment
TROP, à perdre le contrôle dans plusieurs domanies de leur
vie... souvent dans tous les
domaines de leur vie. Il
s'agit d'un piège... et les personnes qui s'y font prendre éprouvent
des difficultés à se sortir de ce piège... elles attendent...
jusqu'au «bas fond»... C'est comme ça...
Lucie a érit : «Enfin,
à 18 ans, il se rend compte que sa consommation l'empêche
d'achever son secondaire. Il en manque si peu pourtant et là,
c'est un autre rêve qui s'efface. Il ne pourra être admis
au cégep. Il aspirait pourtant à faire des études
universitaires en biologie, principalement la génétique.
Il a quitté son emploi, parce qu'il n'avait pas l'énergie
pour faire ses cours et les quelques heures de travail. Malgré
tout, il a été éjecté des cours de rattrapage
parce qu'il n'arrivait pas à se lever.»
Ronald T. : Dans ce paragraphe
Lucie vous décrivez en quelque sorte la «perte de contrôle»
de votre fils... et ces déboires, les siens, pourraient aussi vous
faire décrouvrir un jour... beaucoup d'autres situations qui sont
désastreuses chez lui...
Lucie a écrit : «Il
avoue aujourd'hui être resté bloqué, avoir perdu son
temps. Il avoue aussi qu'il croyait que le pot n'avait pas de conséquences.
Il avoue ne pas être heureux et que la solution serait probablement
d'arrêter sa consommation.»
Ronald T. : Il commence,
comme vous le décrivez, à avouer son problème.
C'est un début... Est-ce qu'il est seulement au niveau du «DIRE»...
vous allez être à même de le constater. Est-ce
qu'il est pret à «FAIRE» quelque chose pour s'en sortir...
Seul, il aura des difficultés de passer à l'action.
Lors qu'il dit que «la solution serait probablement d'arrêter
sa consommation»... il exprime la bonne émotion... c'est la
seule chose à faire présentement... l'abstinence.
Lucie a écrit : «Il
m'a dit aujourd'hui avoir commencé à consommer pour se protéger.»
Ronald T. : Cette affirmation
de sa part peut ête vraie... mais elle peut prétendre aussi
à de la manipulation de sa part... Il ne s'agit d'une «méchante»
manipulation... tout simplement de la peur... une grande peur de couper
avec son produit.
Lucie a écrit : «Je
lui ai dit qu'on devra en discuter.»
Ronald T : Dans le fond,
il n'y a pas grand chose à discuter... Il faut surtout... s'il vous
écoute... parler d'une démarche d'abstinence qu'il devrait
amorcer le plus rapidement possible!
Lucie a écrit : «Il
se demande aussi comment il se fait que ses chums peuvent vivre relativement
normalement et pas lui.»
Ronald T. : Je vais citer
ici un psychologue américain du nom de Stanton Peele. Ce chercheur
m'a beaucoup aidé personnellement à comprendre bien des choses
dans le domaine de la dépendance. «La dépendance
est rattachée à
l'effet recherché que produit un psychotrope sur une personne donnée
dans des circonstances données : par exemple, l'hérédité,
sa santé, ses dispositions intérieures, ses expériences
antérieures, son état d'esprit, sa conscience, ses humeurs,
sa santé mentale, sa vision du monde, ses croyances.
Certaines personnes accrochent
dans l'effet recherché d'autres non... Il en est ainsi pour votre
fils.
Lucie a écrit : «Lorsqu'il
a consommé, il décroche de la réalité, il paranoï.
Je
ne savais pas ce que c'était mais j'ai appris. Il lui reste à
se décider à arrêter.»
Ronald T. : Vous décrivez
encore ici «sa perte de contrôle de sa vie»... Aussi,
quand un consommateur commence «la paranoïa»... c'est
grave! Dans ce que je connais du traitement, il doit trouver un moyen
de cesser de consommer! Il devrait voir un médecin qui connaît
la toxicomanie et ses conséquences.
Lucie a écrit :
«J'ai une très bonne relation avec lui. Il m'appelle presqu'à
tous les jours et il s'ouvre de plus en plus. Je lui promets mon aide et
mon soutien et le prie de s'arrêter le plus tôt.»
Ronald T. : Elle est très
importante cette «bonne relation» avec lui... elle est importante
pour les deux. Mais, cette «bonne relation» doit garder
le cachet de votre conviction... celle que vous me dites, soit être
convaincue qu'il doit faire une action pour cesser de consommer.
Vous faites un travail magnifique avec lui... Il s'agit pour vous de ne
pas flancher...
Lucie a écrit : «Entretemps,
il habite chez son père et souffre énormément. La
blonde de mon ex a peu de tact et croit bien faire, mais le blesse continuellement.»
Ronald T. : Vous devez
savoir Lucie que très peu de gens connaissent vraiment bien l'alcoolisme
et les autres toxicomanies... C'est comme ça dans ce domaine.
L'entourage est pour la plupart du temps démuni devant un tel problème...
L'entourage a peur...
Lucie a écrit : «Il
sait que s'il revient chez nous, c'est pour un virage, mais il sait aussi
qu'il n'est pas assez fort pour résister puisque la gang se tient
chez le voisin d'à côté. En ville, il s'est fait
le même genre de chums et ne résiste pas à leurs demandes».
Ronald T. : Cela fait
partie du travail qui reste à faire... C'est sa conviction qui va
faire la différence...
Lucie a écrit : «Pouvez-vous
m'aider à l'aider.» Lucie
Ronald T. : Sûrement
que nous pouvons vous aider. Je crois que Lee dans un premier temps
vous a écrit pour vous exprimer toute sa compréhension et
sa compassion et vous a donné de bons conseils... face à
une telle situation.
1. Vous
devez garder votre conviction... elle semble très bonne!
2. Vous
avez aussi besoin d'aide, d'appui surtout pour continuer votre démarche...
et nous sommes là!.
3. L'action,
en ce qui concerne votre fils doit être dirigée vers une quelconque
thérapie de groupe qu'il va devoir suivre... Il devra s'impliquer...
Il aura peut-être besoin de soins médicaux...
4. Vous
pouvez continuer à communiquer avec moi... avec nous! Nous
n'avons probablement pas tout
traité...
Ronald Toupin
Objet: Re: Réponse
à Lucie
Date: Wed, 11 Aug 1999 23:30:45
-0400
De: Lucie
Bonjour Ronald,
Toute aide est bienvenue
présentement puisqu'il faut que je garde mon calme et que je demeure
convaincue qu'il n'y a pas d'autre issue. Effectivement, avant même
d'avoir une réponse, mon fils a craqué et je me suis rendue
compte qu'il n'étai qu'à l'étape du DIRE.
À l'instant même
où j'écrivais le mot DIRE, mon fils a téléphoné,
calmé car depuis deux jours il m'a chanté toutes les bêtises
du monde. Je l'ai convaincu pour le moment à téléphoner
demain matin au Portage et ainsi commencer le centre de jour. Je
suis consciente que ce n'est pas gagné. Je lui ai promis toute
mon aide s'il décidait de se prendre en main. Il dit qu'il
se voit confronté à quitter chez son père. Son
chum lui offre de partager son appart., mais dit-il, j'va être dans
'marde si j'accepte. Je lui ai alors proposé de faire les
démarches au bien-être social afin de sortir le plus tôt.
Mais tout le long, je lui revenais avec la seule urgence
qui est d'arrêter
de consommer. Il revient toujours avec son besoin d'aller à
l'école. Il m'a dit: nomme-moi une autre école
qui fonctionne comme la mienne et je lui ai répondu: celle
du Portage. Alors, il a commencé à me poser des questions
et s'est décidé à téléphoner demain.
Je lui ai demandé de m'appeler s'il sentait qu'il flanche.
Je lui ai répété à plusieurs reprises qu'il
faut qu'il comprenne pourquoi lui ne peut se contrôler dans sa consommation.
Je lui ai donné l'exemple de toutes sortes de dépendances
qui semblent plus inoffensives tel, la surconsommation, l'adultère,
etc.
Je lui ai aussi suggéré
fortement de voir un médecin pour connaître l'ampleur des
dégâts, ce qu'il nie. Je lui ai répété
le proverbe chinois que j'aime beaucoup: Aujourd'hui est le premier
jour de reste de ma vie.
Je m'excuse de mes sujets
décousus, mais c'est tout frais dans ma mémoire. J'ai
terminé en lui disant qu'à tous les soirs, bien que non pratiquante,
je prie pour qu'il décide de s'arrêter et que je l'aime beaucoup.
Je me souhaite avoir réussi,
mais je suis consciente qu'il peut céder.
Merci de me lire,
Lucie
Le
pot qu'on disait inoffensif (2)
Objet: Je suis toute embrouillée.
Date: Wed, 15 Sep 1999 17:43:50
-0400
De: Lucie
C'est tellement difficile.
Vous me dites de rester constante en ne voyant que l'arrêt de sa
consommation et depuis deux semaines, depuis le jour où il m'a dit
qu'il irait au Portage... oui je sais, il l'a dit déjà, mais
depuis il a fait un long bout de chemin et il semblait si sincère.
Je crois toujours qu'il l'est. Il m'a dit qu'il a pris un rendez-vous
et qu'arrivé au (maison de thérapie), il s'est assis dans
les marches et a décidé de rebrousser chemin.
Si c'est vrai, ou même
si ça ne l'est pas, je comprends qu'on ne se jette pas dans la gueule
du lion aussi facilement. Il a été blessé, il
a vécu en centre d'accueil durant six mois et là, on lui
demande de s'affliger lui-même un deuxième retrait de la société.
J'ai coupé tous les
liens avec son père, car de toute manière, il ne me disait
que ce qu'il voulait bien me dire. J'ai passé au moins trois
semaines cet été à m'inquiéter encore plus
parce que le père m'avait dit que mon fils se promenait avec des
couteaux de cuisine dans ses poches parce qu'il avait peur dans le métro
et l'autobus. L'ayant vu moi-même paranoïer, j'étais
très inquiète. Par contre je n'ai jamais vu de couteaux
sur mon fils.
C'est quand j'ai voulu en
savoir plus long à ce sujet et sur ce que vivait mon fils afin d'être
mieux équipée lors de nos conversations que son père
m'a dit que les couteaux, c'était déjà arrivé,
mais sans plus. Il m'a aussi dit qu'il préférerait
que je ne m'en mêle pas.
Je me suis choquée
et lui ai dit que moi, je ne lui ai jamais enlevé son droit de paternité.
J'ai aussi dit à mon fils que s'il choisit de continuer à
vivre là, c'est son problème et que moi, je prends mon trou.
C'est ce que j'ai fait.
Mais lui s'est mis à m'appeler à tous les jours jusqu'au
moment où il m'a avoué qu'il fallait qu'il arrête de
consommer et que le (maison de thérapie) était pour lui la
meilleure solution.
Ensuite, il a pris 8 jours
à me rappeler. Il a laissé son emploi, soit disant
pour aller au Portage. Il sera bientôt sans argent. Je
ne sais pas ce que son père en pense, mais je le saurai bientôt
puisqu'il doit venir demain soir pour la fin de semaine et que c'est son
père qui l'amènera.
Je ne veux pas que mon fils
vienne et passe la fin de semaine à me harceler pour de l'argent.
Je dois mettre la situation au clair ce soir avec lui, mais je sais qu'il
est tenace. Je ne pourrai pas l'endurer, mais je ne veux pas flancher,
ce ne serait pas l'aider.
Si j'arrivais à le
convaincre de voir un médecin, j'en serais très contente,
mais je n'en connais pas. Pouvez-vous m'indiquer une clinique ou
un médecin, mais l'idéal serait que je puisse l'amener dès
qu'il accepte, sans quoi, ça fera comme la dernière fois.
J'ai écouté
la cassette de l'Association des dépressifs sur la Dépression
chez les jeunes. Mon fils aussi l'a écoutée.
C'est mon fils tout craché, et il est d'accord sur ce point, mais
maintenant que la drogue camoufle beaucoup de choses, comment s'y retrouver?
La femme médecin qui
témoigne de la mort de son fils effectue des tournées présentement
dans les écoles afin de sensibiliser les jeunes et les intervenants
du milieu du problème vécu par les jeunes.
Je ne comprends pourquoi
le système nous dit qu'il faut qu'il se décide de lui-même
quand on sait que la dépression l'empêche d'agir. Est-ce
de cette façon que mon fils serait traité s'il avait un cancer?
Pourquoi faut-il qu'il connaisse
les bas fonds pour être soigné?
Aujord'hui, j'étais
à un colloque sur l'emploi et la formation et on confirmait qu'il
manque 20 000 garçons au collégial. Je veux dire que
les inscriptions des filles sont de beaucoup plus grandes que celles des
garçons. Mais ces garçons sont dans la rue et notre
économie en a besoin de ces têtes et bientôt, on se
retrouvera avec 20 000 filles qui ne pourons fonder famille, à mois
qu'elles n'acceptent d'attendre que leur amoureux ne se fasse soigner et
ensuite retourner aux études.
Où allons-nous dites-moi?
Lucie
Objet: Ce mal de vivre qui
nous envahit
Date: Mercredi, 15 Septembre
1999 20:51:41 -0400
De: Lee
Bonsoir Lucie,
J'ai pris le temps de vous
relire à deux reprises. À travers vos paroles, je ressens
votre détresse dans la problématique que vous vivez avec
votre fils. Je comprends votre souffrance car j'ai vécu cette
problématique avec
ma fille. Aujourd'hui, c'est sa fête, 24 ans déjà et
le temps a passé si vite qu'il me semble que j'en ai perdu un bout.
Je suis contente que vous
ayiez envoyé votre e-mail à Ronald Toupin. Il a plusieurs
années d'entraide en tant qu'intervenant et ses conseils sont fondés
sur une expérience riche en thérapie de toutes sortes.
Personnellement, je n'ai
pas cette expertise pour vous conseillez à savoir quelles portes
que vous devriez ouvrir ou fermer. Mon coeur est lourd mais aussi plus
fort grâce à cette expérience déchirante.
Présentement, ma fille
est dans une maison d'entraide où elle poursuit sa thérapie
pour combattre cette problématique qu'est la toxicomanie. Elle consommait
entre autre, de la cocaïne. Mon enfant a fait deux
autres maisons de thérapie
avant de réussir à se sentir bien dans son cheminement. J'écris
chaque semaine ma chronique dans laquelle je parle de ses changements,
de son évolution, de ses peines et je poursuis en
décrivant ma problématique
que je vis en tant que mère d'une toxicomane.
Lucie, je crois que de nous
discipliner à prendre le temps de se recueillir quelques heures
par semaine, ne peut être que bénéfique. À travers
la composition de mes écrits, je pleure et rarement je souris. Les
bienfaits que j'en retirent sont plus que positifs. Je poursuis mon quotidien
avec un élan que seuls ceux qui ont soufferts peuvent comprendre.
Un temps pour soi, pour plonger à l'intérieur de son moi
et pour décrire en toute honnêteté les sentiments ressentis
pour mieux vivre son désarroi.
Au début, je ne pouvais
écrire ou même dialoguer car j'avais honte des comportements
de mon enfant. On n'élève pas nos enfants en pensant qu'un
tel phénomène envahirait un jour notre vie. Malgré
toute la protection, toute la tendresse et tous nos bons souhaits, nous
vivons cette souffrance dans l'équilibre, dans l'espoir et parfois,
dans le désespoir total.
Allez dans le site Lucie
et lisez les correspondances de ceux qui nous on écrit et qui ont
grandit. Vous verrez que même si notre rôle se cache sous le
titre de père, de mère, de frère, de soeur, de fils,
de
conjoint, nous souffrons
tous du mal de vivre, de la co-dépendance face à la maladie
d'un être cher.
Tant de nuits à réfléchir,
à se torturer, à s'inquiéter au nom de l'amour pour
l'être aimé. Je sais, ce qui se cache sous le mal de vivre,
j'en ai discuté dans mes chroniques. Pour aider ceux qui souffrent,
nous avons inclus des poèmes qui aident par leur réflexions
enrichissantes et leurs messages d'espoir.
Et oui, ma fille a touché
le bas fonds avant qu'elle décide d'aller se faire soigner. Son
état physique et mental restera marqué dans ma tête
pour le reste de ma vie. Mais tout cela fait partie des étapes de
la
guérison. Il faut
s'accrocher et attendre que le toxicomane décide qu'il veut bien
s'en sortir pour suivre une thérapie. Nous ne pouvons les obliger
à faire ces changements dans leur vie. Il est évident que
le
toxicomane peut poursuivre
sa maladie pendant des années. Il reste à savoir si nous
pouvons ou si nous voulons souffrir en attendant qu'il se décide
à changer son comportement.
Personnellement, j'ai compris
que je ne peux changer ma fille, elle doit prendre ses propres décisions.
Et par ce fait, elle doit assumer les conséquences de ces gestes,
toxicomane ou pas. Je ne peux que lui donner une écoute saine tout
en restant dans mes souliers. Je suis là pour elle, prête
à l'écouter, présente moralement et remplie d'espoir.
Je continue à l'encourager tout en étant consciente que la
rechute la
guette et la guettera le
restant de sa vie.
Mais, un regard dans mon
rétroviseur me fait réaliser tout le chemin qui m'a fait
grandir à travers cette dépendance. Comme j'ai grandit, comme
j'ai évolué par mes souffrances et par mes inquiétudes
constantes. Je ne serai plus jamais la même et mon enfant, ne sera
plus celle que j'ai appris à aimer. Nous sommes devenues d'autres
personnages, plus solides, plus conscients qu'un problème existe
dans notre société qu'il se nomme «toxicomanie»,
ou «alcoolisme» ou «suicide» ou peut importe, il
fait
souffrir tant de familles.
Heureusement, qu'il existe
des centres, des maisons de thérapie; chacune avec sa discipline,
son entraide, ses intervenants, sa façon d'opérer. Je suis
contente de leur apport mêmes si certaines ne répondent aux
critères voulus. Elles essaient de répondre à des
besoins réels de notre société.
Quant à l'aspect des
études collégiales que vous avez mentionnées. Je sais
que beaucoup de filles poursuivent leur formation dans les établissements
nommés «cégep», mais je sais aussi qu'un haut
pourcentage d'entre elles quittent en cours d'année. Ma fille a
fait partie de ces jeunes qui développent des objectifs de carrière
mais, qui lâchent parce qu'elles ne veulent pas mettre les efforts
nécessaires à
l'accomplissement et à
la réussite de leurs études. Quant aux garçons, je
ne m'en ferai pas pour eux car je crois qu'il est normal de vouloir travailler
dans une manufacture pour gagner sa vie et pour se payer un
auto sport ou peut importe.
Et un jour, viendra où ils comprendront la nécessité
de retourner aux études pour augmenter leur chèque de paie.
L'attrait de gagner des sous
répond entièrement à notre société puisqu'on
leur a tant donné et peut-être même trop. Et maintenant,
pour continuer à se permettre ce style de vie, ils se doivent de
faire des
piastres et vite !
Pour terminer, restez optimiste
et cherchez à trouver le chemin le plus équilibré
pour survivre votre problématique.
Je penserai à vous
et je demanderai au Tout Puissant de vous éclairer dans vos moments
de noirceur,
Lee, un membre de l'équipe
de «Quand la drogue n'est plus un jeu»
P.S. Lisez les chroniques
de Ronald Toupin, une étape à la fois pour mieux grandir,
pour mieux se retrouver... quel beau travail qu'il fait pour notre bien-être
personnel.