Je tenais à vous
manifester à quel point ma participation à votre soirée
de Chat, mardi soir dernier, m'a été bénéfique.
L'athmosphère chaleureuse qui y régnait, les conversations
m'ont énormément touchée. Je me suis sentie comprise
et acceptée. Bref, je me suis sentie en pays de connaissance, comme
si le fait d'avoir vécu les mêmes problèmes, d'avoir
ressenti les mêmes inquiétudes vis-à vis nos enfants
nous rassemblait dans une espèce de fraternité.
Nous avons parlé de
culpabilité. Je vous avoue avoir beaucoup travaillé là-dessus
et j'arrive à surmonter ce sentiment. Je ressens plutôt une
grande amertume et un sentiment d'impuissance. Il me semble avoir tout
tenté déjà pour "sauver" mon fils. Comme la relation
avec lui a quand même toujours été assez facile, je
lui ai parlé à coeur ouvert. J'ai tenté de le raisonner,
de lui faire comprendre mon inquiétude à le voir s'enliser
dans une vie stagnante, mais rien ne semble le toucher.
Depuis trois mois, il vit
en chambre, dans une ville à proximité de chez-nous. Il disait
vouloir voler de ses propres ailes, nous démontrer à quel
point il était autonome....nous promettait de retourner aux études,
de se dénicher un emploi.
Nous avons décidé
de le laisser aller. De toute façon, l'atmosphère était
devenue invivable. Il avait commencé à dérober des
objets, à vendre de ses effets personnels. Nous ne savions jamais
dans quel état nous allions retrouver la maison. Beaucoup de petits
objets ont soudainement disparus....
Quelques mois auparavant,
après plusieurs jours de consommation, il s'est réveillé
un bon matin, dans un piteux état. Incapable de manger, son pauvre
corps amaigri, il faisait peine à voir. Ce matin là, il a
parlé de désintox et m'a fait savoir qu'il se sentait prêt
à y aller. Il a fait sa demande, mais plus le moment se rapprochait
et plus je le sentais anxieux et incertain....Il y allé pour me
faire
plaisir je pense ....mais au bout de trois jours, il me rappelait . Les
intervenants nous ont parlé de manque de collaboration de sa part.
Il n'était pas prêt. Il est revenu et a recommencé....
Depuis, il est dans une petite
chambre minable et s'est vite entouré de jeunes comme lui, qui ne
vivent que pour consommer. Plus le temps passe et plus je le sens s'éloigner
de nous. Je les soupconne de commettre de petits délits pour pouvoir
se procurer les substances dont ils ont tant besoin. Chaque soir, nous
nous endormons en pensant à lui, nous craignons qu'il lui arrive
malheur, nous vivons dans une perpétuelle inquiétude. Il
nous appelle de moins en moins souvent. Je profite des fins de semaine
pour aller le voir, garder le contact et l'emmener manger dans de petits
restos. J'y vais toujours tôt, pour le prendre au réveil alors
qu'il est plus "parlable". S'il m'arrive de me pointer le soir, je risque
de ne pas le trouver ou d'arriver lorsqu'il a déjà consommé.
Alors, là, c'est peine perdue! Il est déjà sur une
autre planète.
Vous comprenez sans peine
toute la douleur qui nous habite. Nous avons l'impression qu'une épée
de Damoclès est suspendue au-dessus de nos têtes. Le téléphone
qui sonne nous fait sursauter. Nous nous attendons continuellement au pire.
Une overdose? La prison? Un réglement de compte? Tout nous effraie.
Nous redoutons à chaque instant de recevoir un appel de policiers
ou de voisins qui l'ont retrouvé dans un état désastreux.
Nous vivons un enfer, je
crois bien. Chacun de nous ,à tour de rôle, avons nos périodes
noires mais la nôtre dure depuis déjà cinq malheureuses
années. Et nul ne peut nous dire quand tout cessera enfin....Personnellement,
je survis, en me réfugiant dans la prière. Je suis profondément
croyante et j'y puise ma force et ma capacité à continuer,
malgré vents et tempêtes, à pratiquer le métier
que j'aime.
Voilà, je voulais
ne vous écrire que quelques mots pour vous remercier de vos judicieux
conseils de mardi, mais le trop plein, sans doute, a fait se déverser
toute mon histoire.....Je m'excuse de la longueur de mon texte mais j'avais
grand besoin de m'épancher. Comme je le disais l'autre soir, les
gens qui ne vivent pas cette problématique, malgré toutes
leurs bonnes intentions, n'arrivent pas à nous écouter vraiment
et s'empressent de nous donner leurs conseils ou bien changent tout naturellement
de sujet. Remarquez que je les comprends! Nous devons être épuisants
avec nos sempiternelles inquiétudes.....
Merci d'avoir pris le temps
de me lire. Je reviendrai échanger avec vous sur le Chat. Les gens
avec qui j'ai parlé m'ont semblé formidables!
A bientôt!
Chantal