Sur le coup, le ciel
m'est tombé sur la tête
Bonsoir,
Merci d'avoir pris le temps
de me répondre, vous semblez vous même avoir une lourde charge
et je vous remercie d'autant plus de ce que vous faites. Je ne connais
pas les détails des problèmes de vos enfants mais je vais
vous raconter quelque chose :
Un soir mon ami avec qui
je vivais depuis 7 ans (nous traversions de gros problèmes dans
notre couple) a étalé devant moi des lignes de pasta (mélange
d'héro de coca et d'opium) et m'a dit qu'il en consommait depuis
3 mois.
Sur le coup, le ciel m'est
tombé sur la tête car même si nous fumions l'herbe depuis
plusieurs années il n'avait jamais été question de
consommer autre chose. Pour moi c'était la mort que j'avais devant
moi, lentement doucement mais la mort quand même.
Il tenait des propos du style
«la vie ne vaut rien sans ca...... »
En quelques secondes, j'ai
dû prendre une décision.
Je lisais beaucoup à
l'époque et ce depuis l'enfance, et aussi des livres autobiographique
tel "j'étais un drogué". J'ai également vu mon père
sombrer dans l'alcool jusqu'au jour de son suicide. J'ajoute que je suis
croyante.
Toutes les informations que
j'avais récoltées jusque là par curiosité m'ont
servi à cette seconde là et pour les mois d'enfer qui ont
suivis. Je devais faire quelque chose, réagir.
Mes conclusions ont été:
Si cette épreuve se
présente devant moi c'est que je peux la surmonter. Ne pas oublier
le sens de liberté individuelle (chacun est libre, totalement et
même de se détruire. Cette phrase m'a donné la patience
et la force pour accepter de le voir replonger et de se détruire).
Mes lectures et mon expérience
m'ont conduit à 3 choses :
-
Les relations que l'on se fait
dans le milieu de la drogue peuvent être dangereuses pour chaque
individu qui compose ce monde car le dealer est toujours un faux amis.
-
Quand on se drogue on appartient
à un autre monde et on vit et on pense différemment de ceux
qui ne consomment pas.
-
Quand quelqu'un se noie il faut
quelqu'un d'autre pour le sauver.
Je ne crois pas à la
théorie que l'on peut sauver quelqu'un si lui le veut surtout pour
les drogues car elles pensent à votre place.
Il faut considérer
la drogue comme une entité réelle, une sorte de virus qui
se propage dans le corps et prend peu à peu le contrôle de
l'esprit.
Mon choix à cette
seconde devant ces lignes blanches a été: non je ne
te laisserais pas aller en enfer tout seul car tu n'en reviendras pas autrement,
alors je viens avec toi et avec l'aide de Dieu je te ramènerais
à la vie. Non tu ne consommeras pas avec d'autres individus en souffrance
qui t'aideront toujours à consommer.
J'ai donc décidé
de me droguer avec lui en ayant conscience de tout ca, et à chaque
fois j'insultais l'entité pour lui rappeler que c'est moi qu'il
l'utilisait et non l'inverse.
Je me droguais un jour sur
deux pour ne pas tomber accro mais ainsi je subissais systématiquement
les effets du sevrage et il me voyais souffrir et dire non alors qu'il
consommait sous mes yeux. J'ajoute que durant ces mois j'ai triché
avec les médecins pour me faire arrêter car je devais rester
24h/24 avec lui.
Il m'a donc vu souffrir cette
souffrance et il a commencé un peu a se déconnecter du produit
pas de sa consommation mais du produit. Cela a duré 4/5 mois comme
ca. J'ai une santé fragile ce qui fait que j'avais beaucoup de mal
à consommer autant que lui (chaque gramme pris par moi était
en moins pour lui dans mon raisonnement) côté financier je
volais pour pas qu'il le fasse car nous serions passés à
un autre niveau de problème. À ce stade, l'important
pour moi était d'avoir circoncis l'entourage, il ne se camait qu'avec
moi. On est passé à un stade supérieur de consommation
et là, j'ai consommé pendant plusieurs jours d'affilés
sans même m'en rendre compte.
De là pasta nous étions
passés à l'héro "nature" tout ça grâce
à notre "ami" le dealer, qui a toujours sû nous faire crédit
voire des petits cadeaux qui nous menait à augmenter notre consommation.
Je voyais notre déchéance et j'obligeai mon ami à
la regarder, à voir ce jour très proche où nous allions
traîner dans le caniveau et vendre notre cul pour cette merde.
J'ai fait intervenir sa mère,
son père......... pour toucher les points sensibles car c'est cela
qu'il faut atteindre le coeur: il n'y a que lui qui résiste jusqu'à
la fin et c'est cette pâle flamme sur laquelle il faut souffler toujours.
Pas de culpabilisation, mais de l'espoir et de l'amour à gogo.
6 mois de consommation, un
matin je me réveille et première pensée : elle, j'en
veux, j'ai mal.....
Et là j'ai dit stop
j'avais été assez loin je connaissais ce délire (le
monde de la came) en tout cas assez pour mon plan.
Avec les informations trouvées
sur internet sur l'action exacte de l'héro sur les neurotransmetteurs,
les hormones et les substances chimiques produites par le cerveau, j'ai
décidé de me sevrer car après je ne crois pas que
cela aurait été possible.
Je me suis sevrée
toute seule en fumant de l'herbe à haute dose pour diminuer la souffrance
physique et psychique (toujours avec mon ami qui consommait devant moi).
La souffrance qu'il m'a vu ressentir à continuer à l'ébranler.
De plus, après les
1ère 48 heures, j'ai commencé à reprendre le contrôle
de moi-même. En consommant avec lui j'avais pu comprendre ce qu'il
recherchait et ce qu'il fuyait. J'ai alors commencé à faire
des recherches en psychologie pour arriver à comprendre certains
mécanismes de prise de décision et sur les traumatismes et
la dépression. J'ai été son docteur et son psy. On
parlait beaucoup : la mission ne change pas trouver ce qui fait mal, donner
de l'espoir et beaucoup, beaucoup d'amour jamais de force ni de culpabilité.
Et nous sommes arrivés
à ce jour béni où il a voulu arrêter. Il a d'abord
fait 12 tentatives de sevrage et donc 12 rechutes mais je savais que la
rechute est sur le chemin de la guérison.
J'ai puisé dans la
médecine chinoise, tibétaine et occidentale des informations
sur la diététique notamment car il y a des aliments qui vous
aident à vous sevrer et d'autres non (par exemple il faut supprimer
tout les légumes à feuilles vertes, les pommes, les poires...
de plus d'après la médecine tibétaine chacun d'entre
nous a une personnalité que l'on peut ranger en 4 catégories
ce qui permet d'affiner l'efficacité des aliments....). Les massages
sont aussi d'une grande aide (savez-vous qu'en Chine la dépression
n'est pas une maladie mais résulte d'un dysfonctionnement énergétique).
Le 29/06/2001 mon ami a pris
sa première dose de subutex.... et a commencé à se
faire suivre par un vrai psy (j'étais trop impliqué sentimentalement
avec mon ami pour que notre travail psy puisse se poursuivre, ca c le baba
de la psy) spécialisé en toxicomanie et gratuit.
Tout n'a pas été
sans mal puisqu'en été 2002 on est retombés dans la
coke cette fois (on parce que comme l'autre fois j'ai été
avec lui). Il manquait encore quelque chose... ce quelque chose, c'est
le spirituel.
De toutes mes lectures j'ai
appris que la toxicomanie est une recherche de spirituel.
Ma santé et mes nerfs
avaient atteints leur limite. Je ne vous apprendrai rien en vous disant
que déjà tous ces mois précèdent même
si je ne dis pas tout était cauchemardesque et que cette certitude
que chaque épreuve qui se présente devant ma face je peux
la surmonter m'ont plus qu'aider. Je remercie Dieu d'avoir été
là comme il l'est à chaque instant pour nous tous.
Avant de sombrer moi-même
dans ce que je sentais venir et que j'appellerais dépression, j'ai
placé mon ami dans une abbaye et louange à Dieu. Il a eu
un miracle: il y est resté 3 jours et depuis il fait des retraites
régulièrement, nous pensons nous y marier.
Après ces 3 jours,
il était sevré du subutex et de la coke.
Aujourd'hui, je vais mieux.
Je suis soignée par un médecin chinois. J'ai commencé
des études en médecine chinoise. Mon ami va beaucoup mieux
lui aussi et nous essayons de prier chaque jour, voire plusieurs fois par
jour.
J'aimerais ajouter que la
guerre pour moi n'est pas finie, outre le fait que nous fumons toujours
(heureusement de l'herbe et non ce shit trafiqué), nous luttons
chaque jour pour instaurer un autre rythme de vie. Mais nous savons que
plus jamais non plus jamais nous ne reconsommeront ces drogues.
Ça a été
long, ça a été dure mais grâce à Dieu
nous sommes vivants et à ce jour, notre santé s'améliore.
Voilà si ça
peut vous aider....
2 autres informations, car
je travaillais là-dessus au cas où...:
Il existe une plante africaine
qui sèvre de toute drogue. Je ne sais pas où la trouver mais
si ça vous intéresse, je vous ferai parvenir toutes les informations
que j'ai récoltées. Je ne connais pas vos moyens financiers
mais je comptais m'en procurer, quitte à aller en Afrique (certains
font des crédits pour une voiture, pour une maison..... moi je préfère
faire un crédit pour la vie) c'est peut-être une piste pour
vous.
Il existe un monastère
bouddhiste en Thaïlande qui sèvre les toxicomanes du monde
entier. Ils soignent le corps et l'esprit. Pour moi c'est la solution de
la dernière chance et si l'abbaye n'avait pas marché, on
y serait allés. Le traitement est un peu dur mais ça marche
et c'est gratuit. De plus, les malades (car toxicomanes =malades) peuvent
rester aussi longtemps qu'ils le veulent.
Je terminerais en disant
que nous ne sommes d'aucune confession mais de toutes, il n'y a qu'une
seule religion. C'est celle de l'amour et dans notre monde où le
soit est écrasé nié... il n'est pas étonnant
qu'il y ait autant de souffrances.
Alors MERCI ET BON COURAGE
CT
(France)
Mars 2003
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