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Quand la drogue n'est plus un jeu

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Bonjour,

Je suis la conjointe d'un toxicomane. 

En surfant sur votre site, je comprend que je suis une co-dépendante. 

Je n'en peux plus, je suis au bout du rouleau. J'ai trois jeunes enfants et c'est devenu très dificile pour moi de demeurer une mère compétante toute mon énergie y passe...j'ai de plus en plus de mal a prendre du recul, a réfléchir. Nous avons évidement des problèmes financiers, nous
n'avons plus de vie de couple ni de vie de famille tous les 5. 

Je suis toujours seule avec les enfants. POURQUOI que moi j'ai choisie cet homme(enfant???)? Je suis intruite et normalement équilibrée ...pouquoi je me suis mise dans cette situation? 

Cet homme a 3-4 personnalités et je ne sais pas reconnaitre le vrai du faux. Qu'est ce qui est le mieux pour mes garcons? partir ou rester avec parfois un super bon papa, un bon conjoint, une bonne personne et d'autres fois....une merde...(désolée, mais je manque de vocabulaire pour le qualifier.) 

Je suis en colère, j'ai de la peine et j'ai peur de ce que l'avenir me réserve. Je sais que j'ai besoin d'aide, mais je ne sais pas ou la trouver. 

Si vous pouvez m'aider sans me répondre directement (j'utilise l'ordi de ma mère) j'irai voir sur votre site régulièrement sinon...je trouverai bien une bonne oreille et de bons conseils qq part. 

merci de votre compréhension.

Isabelle P.
Québec
 

Février 2004


From: Lee 
Subject: Le chemin de croix de la co-dépendance!
 

Chère Mère,

Nous avons installé votre témoignage et nous vous remercions pour votre transparence et surtout, pour avoir pris le temps de partager avec nous le difficile que vous vivez à travers votre problématique.

Je suis Lee et j'ai deux filles. Emmanuelle est âgée de 28 et Marie-Paule de 25 ans. Ce site a vu le jour, il y a cinq ans car je me noyais dans mon impuissance devant le fait qu'Emmanuelle était devenue cocaïnomane. Dure réalité qui m'a tout de même fait grandir tout en m'ouvrant les yeux. Depuis, elle continue sa descente et j'ai souvent embrassé le plancher de ma honte et ma culpabilité. Au fil des années elle a accumulé d'autres dépendances: alcoolisme, accro aux jeux, anorexique, dépendante affective, et tant plus. Quant à Marie-Paule, depuis 1-1/2 an, elle est accro au pot et elle est marche vers vitement vers l'alcoolisme.

Aussi, ma mère est alcopharmaco dépendante et elle nous témoignait des excès de jalousie. Mon frère et mes soeurs sont aussi piégés dans ces dépendances. Et je n'ai plus de contact avec eux!

Maintenant malgré ce bain d'impuissance que je prends au quotidien sachez que je ne suis pas une spécialiste dans ces domaines. Mon langage reflète le fort de mon vécu, le tout habillé d'une multitude de lectures et des échanges entre des gens en détresse qui marchent à mes côtés.

Et oui, vous et moi, sommes devenues des co-dépendantes vis-à-vis la maladie de nos proches. Dans votre cas, c'est votre conjoint. C'est un mal de vivre qui nous ralentit et qui nous empêche d'avancer dans l'équilibre de notre Moi intérieur. Il y a bien des définitions que je pourrais utiliser mais, ce matin, ma plume me dicte celle-ci.

Il est normal que votre situation vous enterre et que vous ayiez l'impression d'être au bout de votre rouleau dans vos chaussures de conjointe. Juste les problèmes financiers peuvent déchirer la stabilité émotionnelle d'un couple et d'une famille. Et quand le dépendant dépense sans penser aux conséquences de ses actes sur le noyau des siens, c'est difficile à digérer et à accepter.

L'un des aspects que l'on retrouve dans la plupart des malades se dessine sous leur capacité de manipuler ceux qui les aiment et ceux qui prient pour leur abstinence. Ils deviennent maîtres dans la manipulation de l'autre. Ils savent jouer avec notre culpabilité et notre désir de croire qu'on pourraît trouver la clé de leur libération. 

Donc, quand ils veulent consommer, ils deviennent comme vous le dites si bien «des merde» et quand ils sont rassasiés, ils sont ceux qui possèdent toutes les qualités nécessaires à notre épanouissement de femme, de mère, d'ami(e), etc.

Je ne jouerai pas à décrire votre dynamique, vous la connaissez trop bien. Par contre, vous exprimez de la colère, de la peine et de la crainte vis-à-vis votre avenir et pour ces raisons, il est nécessaire de vous outiller pour vous permettre de trouver votre bouée.

Et devant vos mots «Je sais que j'ai besoin d'aide, je ne sais pas où la trouver?», c'est lourd et si fragile! Ils existent les groupes familiaux Nar-Anon dans beaucoup de villes à travers le Canada. Dans leur dépliant, il est écrit «Les Groupes Familiaux Nar-Anon sont formé principalement pour vous qui connaissez ou avez connu un sentiment de désespoir face à un problème de dépendance chez un parent ou un ami. La dépendance des drogues est une maladie à dimension sociale. La maladie du dépendant affecte la vie de tous ses proches. La famille ne parvient pas à reconnaître que la dépendance des drogues est le symptôme d'une maladie. Une participation assidue aux réunions des Groupes Familiaux Nar-Anon et de fréquents contacts avec d'autres membres apporteront des améliorations merveilleuses à votre situation.»

Selon moi, ces partipations peuvent faire partie de votre solution. Aussi, de visiter des sites d'entraide (comme le nôtre) peut vous outiller par les informations s'y trouvant, par les témoignages des dépendants(es) et des co-dépendants(es) et par les textes et les correspondances qui calmeront certains de vos questionnements.

Certes, vous aurez à faire des choix difficiles dans votre avenir. Vous seule avez la capacité de les prendre. Je ne peux vous donner que des pistes de solution. Je n'oserais pas jouer à Madame Conseils, car je sais que je n'ai pas ce pouvoir de choisir pour vous et les vôtres.

Par contre, il ne faut pas affaiblir vos pensées et votre dynamise en vous polluant par ces questions «Pourquoi que moi j'ai choisi cet homme (enfant ???). Je suis instruite et normalement équilibrée... pourquoi je me suis mise dans cette situation?»

Forme d'apitoiement, il ne faut pas s'enterrer devant cette maladie familiale. Il faut vous protéger des chocs émotifs, il faut acquérir les connaissances pour solidifier votre vue d'ensemble, il faut regarder loin devant vous car la lumière existe, et il faut arrêter de vous couvrir de blâmes. Vous n'êtes pas responsable de ses dépendances et de son rétablissement.

Vous êtes une personne courageuse, aimante et qui désire marier un petit bonheur, bien mérité. Demandez de l'aide pour vous aider à survivre émotivement. Adoptez une attitude positive et souvenez-vous que le véritable rétablissement ne débute pas avant qu'il n'ait complètement cessé de consommer. Vous ne pouvez entreprendre son rétablissement.
 
Il existe des personnes expérimentées ainsi que des programmes de rétablissement. Laissez aux professionnels, aux intervenants la responsabilité de l'aider à solutionner sa vie. Votre conjoint est atteint d'une maladie. Il doit assumer ses propres souffrances. Vous devez apprendre à ne pas souffrir quand il consomme et refuser d'en réparer les conséquences.

Tout un cheminement vous attend. Mais je garde espoir que vous trouverez en vous le courage de choisir votre vie et marcher dans la bonne direction. N'oubliez pas «Le premier endroit où nous apprenons à aider le dépendant à se rétablir est en nous-mêmes.»

Je vous souhaite de trouver la Sérénité dans votre démarche.

Une équipe à l'écoute «Quand la drogue n'est plus un jeu»
Lee
 


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