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Dossier compulsion alimentaire - Gilles Vinet |
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| CHAPITRE 5:
LE SYNDROME DU «MAUVAIS CHOIX, MAUVAIS GESTE» |
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Matt et moi revenions d'un voyage et nous nous sommes bagarrés. Mes valises étaient ouvertes dans le bureau et mes vêtements, mes livres et papiers de toutes sortes étaient étalés partout. Dans la cuisine, sur le comptoir, il y avait un chaudron au fond brûlé la veille de notre départ et qui était maintenant rempli d'eau trouble. La mosaïque de toutes ces tâches non terminées et de ces décisions à moitié prises laissés derrière avant de partir, me dépassait. À l'intérieur de trente minutes depuis mon retour à la maison, je voulais ramper pour sortir de ma vie. Matt, d'un autre côté, était radieux. Quand il entra dans son bureau à lui, ses valises étaient ouvertes, lui aussi, ses vêtements, ses livres et papiers jonchaient chaque pouce de son espace de travail, et lui, il s'était allongé dans sa causeuse en cuir gris, ses pieds reposant sur ses chemises qui étaient tombés de sa commode, riant, tout en parlant au téléphone. Blanchon, notre matou aux yeux croches de 7 kilos, ronronnait couché sur ses cuisses. «Merci», disait Matt. «C'est merveilleux d'être de retour, Et ça fait du bien de savoir que j'ai manqué à quelqu'un durant mon absence.» Il me jeta un regard qui voulait dire: Est-ce que tu veux me parler? Je lui dis non avec ma tête. Il murmura quelques mots comme «Juste quelques minutes». Et je lui répondis: «C'est beau.» Mais ce n'était pas si beau que ça. En fermant la porte de sa chambre, j'ai décidé que je vivais avec un drôle de numéro qui niait ses émotions. Et s'il y a quelque chose que je ne peux sentir, je ruminais en moi, c'est quelqu'un qui dit qu'il est heureux au beau milieu de circonstances accablantes. Ça me rend folle. Ça me ramène dans ma famille chez moi, disant à mon père qu'il y a quelque chose qui ne va pas et il me dit alors en riant, non mon chou, non ma «pitoune», non mon coeur, il n'y a rien qui ne marche, tout va bien entre ta mère et moi. par le temps où Matt lâcha le téléphone, j'avais monté le tout en épingle pour finir par me mettre tout dans un état frénétique. «Je ne peux croire que tu es assis là, les pieds sur le bureau, comme s'il n'y avait rien à faire ici. Pourquoi pas quelque chose comme la poste, le jardin, le verre que nous avons oublié de mettre à la récupération, le chaudron dans l'évier? Partout il y a plein de choses à faire et tu es juste bien assis dans ton bureau la porte fermée, trouvant ça très drôle dans ton petit monde à toi comme si c'était le Mardi gras.» Le coin des yeux de Matt se plissa. Je savais qu'il arborait dans son visage un demi sourire. Ma mère me disait habituellement de m'enlever ce sourire de la face ou elle m'enverrait une claque qui m'amenerait directement au milieu de la semaine prochaine. «Qu'est-ce qui est si drôle?» lui ai-je demandé. «J'haïs ça quand tu ris de moi de même.» — «Quel âge as-tu là, là maintenant?» me demanda-t-il. Cette question devait être le signal, que nous avions préalablement convenu, que quelque chose issu de mon enfance semblait avoir déclencher un retour en arrière dans cette enfance douloureuse. Je n'achetais pas ça. Cette fois, j'avais décidé que j'avais raison et qu'il avait tort et toute personne qui a les deux pieds bien ancrés dans la réalité seraient d'accord avec moi. «Quelle question stupide.
Quel âge as-tu présentement?» je lui ai renvoyé.
Être capable de passer
d'une apparente solide confiance en soi à une désolation
ultime dans le temps que ça prend à une étoile filante
pour traverser le ciel est un de symptômes de vivre dans un corps
d'adulte et en même temps de faire des expériences à
travers la coquille déjà brisée de notre enfance.
Julie, une femme dans un atelier, raconte cette histoire à propos de son père qui a quitté le domicile familial quand elle avait cinq ans et sa mère qui l'avait amené à Miami pour recommencer une nouvelle vie. Une vie dans laquelle on ne parle jamais de divorce et dans laquelle une jeune femme monoparentale était quelque chose de pas attirant ou qui n'était pas acceptable socialement. Alors sa mère mentait à ses amis et disait qu'elle avait déménagée à Miami seule et sans enfant. Julie ne pouvait répondre au téléphone, ne pouvait aller se promener en public avec sa mère. Quand elle désobéissait, elle était punie sévèrement, envoyer à sa chambre sans souper, ni câlins, ni contes pour s'endormir. Julie grandit ainsi en croyant que si elle faisait un mauvais choix, un mauvais geste, dire la mauvaise parole, que si elle agissait d'une façon qui ne plaisait pas à son professeur, à son amie ou à son amoureux, elle serait punie. Après cinquante ans, elle essayait encore malgré tout d'être parfaite. Elle ne voulait pas aller se coucher sans câlins.
Le syndrome du «mauvais
choix» n'est pas quelque chose que nous faisons; c'est une façon
d'être. Tous nos mots et nos gestes sont imprégnés
d'une certaine urgence et de cette impression que notre avenir dépend
que nous fassions la bonne chose au bon moment, et c'est là maintenant
que ça se passe. Si nous faisons une erreur, nous allons tout ruiner.
Le monde est divisé en deux les bons et les méchants, le
bien et le mal, le noir et le blanc. Il n'y a pas de place pour les gris,
rien d'entre-les-deux; il n'y a pas de place pour aucun paradoxe; il n'y
a pas de passé, et pas de pitié. Si nous demandons pour de
l'aide pour nos devoirs la mauvaise soirée, si nous ramassons le
téléphone quand nous sommes supposés ne pas le faire,
nous ne serons pas pardonnés pour cela. Si nous ne sommes pas parfaits,
nous sommes méchants. Et si nous sommes méchants nous sommes
terribles. Les jugements sont impitoyables.
Quand nous grandissons croyant
que nous allons être aimés en fonction de ce que nous faisons,
non pour ce que nous sommes, nous croyons que notre survie dépend
vraiment de ce que nous fassions de bons choix, la bonne chose. Si nous
faisons de mauvais choix, nous allons croire que nous allons en mourir.
Vous vous levez le matin
confiant qu'aujourd'hui va être une journée où vous
allez peser un kilo en moins, même mieux qu'hier quand vous avez
perdu plus qu'un demi kilo; vous mettez vos pantalons de la grandeur moyenne,
pas les plus petits qui sont dans votre garde-robe ni les plus grands non
plus. Vous vous apercevez que la fermeture éclair monte facilement
avec même la largeur d'un pouce d'espace libre, ce qui est bien différent
d'il y a deux semaines quand vous deviez vous forcer pour entrer dedans
et retenir votre souffle toute la journée, respirant par petites
inspirations pour empêcher les bouton de jaillir de la fermeture
et vous rappelant cette inconfortable sensation d'être ainsi pressée
à mort. Vous avez mangé un oeuf poché sur une toast
sèche pour déjeuner et une pomme pour la collation ce matin-là.
Au dîner, vous avez mangé un morceau de poulet froid, rôti
sans la peau et trois tranches de tomates, tout en vous félicitant
pour avoir bien agi, pour le poids que vous avez perdu. Vous vous récompensez
de ces privations que vous avez vécues en voyant comment les changements
qui se sont produits chez vous en ce qui concerne la minceur provoquent
les regards dès que vous entrez dans la pièce. Toutes les
têtes se tournent à mesure que des gens qui ne s'y attendaient
pas sont jetés en bas de leurs chaises, tellement surpris par la
beauté de votre sourire, de vos yeux et de la souplesse de votre
corps. Aujourd'hui, vous vous dites peut-être, c'est une bonne journée
pour aller magasiner, pour aller essayer des vêtements neufs, pour
voir quelle allure des vêtements plus petits vous donneraient. Alors
vous embarquez dans vitre voiture et vous commencez par vous rendre à
votre magasin favori, mais comme vous arrivez à un feu rouge, vous
vous apercevez qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Quelque chose tire
en dedans. Vous ne pouvez lui donner un nom, mais assis là, ça
grandit devenant de plus en plus oppressant jusqu'à croire que vous
allez suffoquer sous le poids que ça exerce sur vous. Vous avez
de la difficulté à respirer, la panique augmente et vous
voulez qu'elle cesse, et vous commencez à penser aux éclairs
de chocolat à la pâtisserie juste à côté
de votre boutique favorite. Soudainement vous sentez quelque soulagement.
Quelque chose peut faire disparaître une telle sensation. Vous n'avez
pas à tomber en pièces. Vous n'allez pas suffoquer. Avec
la détermination d'un samouraï, vous stationnez l'auto avec
précision, click, click, click font vos souliers sur les pavés.
Vous jetez un regard à l'homme aux lunettes de couleur coquille de tortue qui passe près de vous à gauche mais vous ne le voyez pas vraiment, vous ne voyez plus rien, votre esprit est comme un large faisceau d'un laser d'une préoccupation intense.Vous voulez de la nourriture. Puis vous êtes finalement debout devant l'étalage vitré, vous vous entendez commander pas un mais quatre éclairs, cinq biscuits et un gâteau marzipan. Vous marmottez quelque chose comme vous avez un party en passant à la caisse pour payer pour ce soulagement et vous quittez. Click, click, click sur les pavés de nouveau, le bruit de la portière qui s'ouvre, le son sourd lorsqu'elle est lancée assez fort pour qu'elle se ferme te là finalement, vous êtes seul avec votre remède pour vous soulager. Rapidement, frénétiquement, et sans les goûter, vous aspirez deux éclairs. À une vitesse moins grande, vous avalez la troisième. Votre estomac est plein; vous pouvez sentir la crème fouettée qui se loge entre vos côtes, et vous apercevoir que vos pantalons sont plus serrés tout à coup. Oh shit! Vous avez tout saboté. Oui merde, vous savez que vous avez tout fait sauter. Vous alliez bien, tellement bien, 60 jours à manger du poulet cuit sans la peau sur une toast sèche et vous avez tout fait sauter en une après-midi. Dix minutes, Dix vilaines minutes et soixante jours perdus. Dix vilaines minutes et toute votre vie est en ruines. Pourquoi êtes-vous aller à la pâtisserie? Pourquoi ne pouviez-vous pas juste entrer dans la boutique de vêtements? Pourquoi ne pouvez-vous pas agir comme il le faut? Vous saviez que ce ne valait pas la peine d'essayer de perdre du poids, vous le saviez ça depuis longtemps, vous ne devriez pas avoir pensé même à essayer. Vous pouvez sentir votre peau qui s'étire dès maintenant, pendant cette seconde même, notre estomac devient de plus en plus grand, ce ne donne rien d'essayer de contrôler votre poids, vous pouvez tout aussi bien tout laisser tomber. Juste de la même manière que vous abandonnez tout ce que vous entreprenez.
Nous mangeons de la même façon que nous vivions. Ce que nous faisons avec la nourriture, nous le faisons aussi dans nos vies. Manger est une scène sur laquelle nous jouons nos croyances envers nous-mêmes. Comme outremangeurs compulsifs, nous utilisons la nourriture pour somatiser nos peurs les plus profondes, nos rêves et convictions. Quelque chose ne va pas quand nous nous retrouvons à tournoyer dans les paroxysmes du désespoir d'avoir mangé une tranche de pain à l'ail ou trois éclairs. Quelque chose ne va pas quand nous sentons que nous nous sommes privés d'aliments que nous aimons parce que nous croyons que nous allons abuser de ces derniers — ou de nous-mêmes — si nous nous permettons d'en manger. Quelque chose ne va pas et nous allons manger des aliments pour exprimer que ça ne va pas. ©©
La plupart du temps, je m'assoyais
sur le tapis de couleur orange dans ma chambre et je ne bougeais plus.
Ne pas froisser aucune feuille aucune notre de cours d'Anglais, ne pas
aller à la toilette, ni ouvrir ou fermer des tiroirs. Je marchais
sur une corde raide entre la sécurité et la folie et je le
savais. Un mauvais geste et ma mère allait entrer dans une une rage
hystérique. Un mauvais geste et tout ce que je sais c'est que j'entends
alors les claquements de la peau qui frappe de la peau, des ongles rouges
qui ont gravé sur mes bras des sillons profonds, la douleur dans
ma tête d'avoir été tirée par les cheveux à
travers la pièce. Un seul mauvais geste et tout ce que je sais c'est
que j'espérais alors survivre à ce mauvais geste que j'avais
posé.
Le syndrome du mauvais choix
est cette fragilité que nous transportons dans notre corps, cette
croyance que si tout va bien, c'est une illusion de la même façon
comme lorsque notre père alcoolique se montre sobre à une
pièce de théâtre à l'école et agit comme
tous les autres pères ce soir-là. Nous nous préparons
au pire, nous sommes toujours prêts au pire. Nous savons que les
choses peuvent tourner au vinaigre à tout moment. Nous savons que
les choses ont déjà mal tourné, mais nous n'avons
jamais réellement cessé d'espérer que notre père
demeure sobre pour le reste de sa vie. Et nous n'avons jamais cessé
d'espérer que notre famille soit différente, et nous n'avons
jamais cessé de prétendre que nous l'étions déjà.
Chaque soir pendant dix ans,
même après que les portes aient fini de claquer et que ma
mère disparaissait pour deux jours, je priais, sachant que je pouvais
plus tenir. J'étais en chute libre dans un gouffre sans fin, ils
étaient en rechute, mais je continuais d'espérer, de prier.
Ne les laissez pas divorcer.
Mais cette illusion n'était
pas plus épaisse que la glace sur l'étang en novembre. À
la voir comme ça du haut de la colline, on pourrait aller jusqu'à
croire que nous pourrions y glisser pendant des heures. Mais dès
que nous poussons dessus avec un doigt, la glace éclate et la fine
couche de glace est comme avalée par l'étang. J'étais
couverte de ces fines couches de glace de novembre: ma mère était
comme les mères des autres et nous avons une famille comme celle
des autres. Je me mentais, et le mentais à mes amis. Je croyais
mes propres menteries.
J'avais dix-sept ans quand
j'ai finalement essayé pour la première fois, de dire la
vérité à quelqu'un. Mon amie Penny et moi étions
assises au Déli Squire's sur la rue MiddleNeck. J'ai commandé
un lait frappé au café Weight Watchers et je dessinais sur
le comptoir de linoléum rose avec mes doigts. Ma mère était
entrée cette nuit-là à 4 heures 30.; mon père
lui quittait pour aller travailler à six heures et demi. Je voulais
le prendre par les épaules et le brasser et lui dire qu'il devait
faire quelque chose; je voulais qu'il dise à ma mère qu'elle
était adultère et qu'elle brisait un des dix commandements
de Dieu. Puis j'ai décidé ensuite de dire à Penny
ce que j'vais vu et de lui demander son avis. Penny était ma seule
amie que j'avais dont la mère était divorcée, alors
je présumais qu'elle savait tout ce qui entourait l'adultère.
«Non«, répondit-elle
encore une fois. «Est-ce que tu as déjà vu la nouvelle
blonde de Jeffrey Etra? Elle va au collège Roslyn; elle est une
future graduée et Sue m'a dit qu'elle est allée jusqu'au
bout avec un gars du collège sur la banquette arrière de
son auto! Peux-tu croire ça, toi?» —
Pour les prochaines dix huit années, je suis devenue une experte à deux mécanismes très importants de survie: le déni et la minimisation. Quand je suis allée en Inde et que j'ai appris ce qu'était la réincarnation et comment nous choisissions nos propres parents, j'ai décidé que j'avais eu besoin de grandir dans un foyer alcoolique et violent pour que mon âme apprenne certaines leçons. J'ai pardonné à ma mère. J'ai continué à idéaliser mon père. Tout allait bien. Jusqu'à il y a quelques années, dès que j'ai rencontré Matt et que je me suis mise à me retrouver de nouveau comme une enfant. Chaque fois qu'il partait en voyage, chaque fois qu'il se fâchait, ma langue était comme gelée et collée au palais incapable de former des mots qui avaient été interdits et bannis il y a plus de trente ans. Des mots comme: J' ai peur que tu partes, que tu ne reviennes jamais. Des mots comme: Reste avec moi, j'ai besoin de toi, quand tu es en colère, j'ai peur que tu vas me tuer.
Le syndrome du mauvais choix
est une description de ce qui arrive quand quelque chose ou quelqu'un déclenche
des émotions que nous n'avons jamais appris à nommer et à
identifier. C'est une description du changement soudain que nous entreprenons
quand des émotions sorties de notre inconscient et niées
remontent à la surface et comme un essaim d'abeilles, emplissent
l'air d'un bourdonnement tellement étourdissant que vous croyez
que vous allez en devenir folle. C'est le résultat d'être
un adulte et de vivre le présent comme un enfant le ferait.
Je vous partage cela non
pour blâmer les mères et les pères mais pour offrir
une explication aux enfants adultes: quand nous avons été
déchirés durant notre enfance et que nous n'avons pas eu
la chance de vivre le deuil de ces années perdues, nous pouvons
voir la vie à travers les lunettes d'une enfant «déchirée»,
blessée. Nous voyons la vie comme sans gentillesse, sans sécurité,
et comme si nous ne pouvions compter sur rien. Quand quelque chose est
facile — une relation, une situation — nous croyons que nous avons oublié
ou omis de voir quelque chose et que c'est mieux de ne pas commencer à
croire que c'est la façon que ça va continuer à dérouler
ainsi. Il y a trois ans, j'écrivais dans mon journal: «Quand
je suis heureuse, je me pose la question à savoir suis-je en train
de nier une partie de ma réalité et quand je suis malheureuse,
je me demande si ça sera de même pour le reste de ma vie.»
Nous avons enseveli le lien qui donne un sens à tout ça et ainsi nous avons donné à trois éclairs le pouvoir de ruiner notre vie.
Le syndrome du mauvais choix,
mauvais geste est une description de l'effet qu'ont ces événements
de notre passé, qui sont non reconnus comme tels et dont l'impact
a été minimisé, sur notre vie de tous les jours. Nous
devons retourner dans notre passé pour vivre notre présent.
Dans notre passé, pas plus loin que ça. Dans notre passé,
pas superficiellement, en l'effleurant. Dans notre passé, pas en
dehors de ce dernier, en l'évitant. En en parlant, en ressentant,
en pleurant, en rageant, en riant, en étant honnête et sans
peur à propos de notre passé. Quand nous mangeons une pizza
congelée parce que quelqu'un au travail a dit que nous avons l'air
d'avoir pris quelques kilos, nous n'avons pas réussi à prouver
à plusieurs personnes: à nous-mêmes, à notre
mère, ou au leader du groupe de Weight Watchers auquel nous participions
que nous ne pouvions pas perdre de poids et que nous serions obèses
et laides pour le reste de nos vies: nous avons mangé une pizza
congelée. Et la prochaine fois où nous allons avoir faim,
nous allons manger encore une fois. Quand notre amoureux et nous allons
nous chamailler et qu'il va nous traiter d'égoïste, ça
ne veut pas dire que notre mère avait raison et que nous sommes
un être humain horrible et que nous ne pourrons jamais aimer quelqu'un.
Ça veut dire que notre amoureux est en colère et qu'il nous
traite d'égoïste. Et quand il n'est pas en colère, il
recommence à nous appeler affectueusement «Punky».
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