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Dossier compulsion alimentaire - Gilles Vinet |
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Le DSM-V reconnaît l'hyperphagie - la dépendance à la nourriture
Adapté par Gilles Vinet |
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Septembre 2013
Au mois de mai dernier, l'American Psychiatric Association a dévoilé l'édition révisée du DSM-V (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition). Le trouble d'hyperphagie y a été inclus en tant que catégorie diagnostique et cela va nous amener à reconnaître éventuellement la dépendance à la nourriture comme un trouble de dépendance à une substance toxique dans les éditions futures du Manuel. Le texte suivant est tiré du Manuel : "Binge Eating Disorder
A. Recurrent episodes of binge eating. An episode of binge eating is characterized by both of the following :
C. Marked distress regarding binge eating. D. The bingeing occurs as least once a week for 3 months. E. The binge eating is not associated with the recurrent use of inappropriate compensatory behavior as in bulimia nervosa and does not occur exclusively during the course of bulimia nervosa or anorexia nervosa….. Specify current severity: The minimum level of severity is based on the frequency of episodes of binge eating (see below). The level of severity may be increased to reflect other symptoms and the degree of functional disability.
Traduction libre : Trouble de l'hyperphagie : A. Des épisodes récurrents d'hyperphagie. Un épisode d'hyperphagie se caractérise par les deux éléments suivants :
C. Détresse ou angoisse marquée en ce qui concerne l'hyperphagie. D. L'hyperphagie se produit au moins une fois par semaine pendant 3 mois consécutifs. E. La frénésie de l'hyperphagie n'est pas associée à l'utilisation récurrente de comportements compensatoires inappropriés comme c'est le cas dans des épisodes de boulimie et ne survient pas exclusivement au cours de la boulimie ou l'anorexie mentale .... Spécifiez la gravité de ce trouble présentement : Le niveau minimum de gravité est basé sur la fréquence des épisodes d'hyperphagie (voir ci-dessous). Le niveau de gravité peut être augmenté pour tenir compte d'autres symptômes et le degré d'incapacité fonctionnelle.
Les professionnels de santé connaissent bien la compulsion alimentaire, ainsi que des personnes qui se définissent comme dépendants de la nourriture ou comme outremangeurs compulsifs, remarqueront immédiatement que plusieurs, et peut-être une grande majorité, des cas de dépendance à la nourriture remplissent toutes les caractéristiques du trouble de l'hyperphagie et que la plupart des dépendants à la nourriture un jour ou l'autre présentent une gravité équivalente à " sévère " ou " extrême " du trouble de l'hyperphagie alimentaire. Dans l'introduction à la section de troubles de l'alimentation du DSM- 5, il y est reconnu :
"Some individuals with disorders described in this chapter report eating-related symptoms resembling those typically endorsed by individuals with substance-use disorders, such as strong craving and patterns of compulsive use. The resemblance may reflect the involvement of the same neural systems, including those implicated in regulatory self-control and reward in both groups of disorders. However, the relative contributions of shared and distinct factors in the development and perpetuation of eating and substance use disorder remain insufficiently understood."
Traduction libre : "Certaines personnes atteintes de troubles décrits dans le présent chapitre rapportent expérimenter des symptômes liés à l'alimentation qui ressemblent à ceux généralement approuvée par les personnes souffrant de troubles de consommation de drogues, telles que de fortes envies de manger excessivement et des habitudes de consommation compulsive. La ressemblance peut se refléter à cause de l'implication des mêmes systèmes neuronaux, y compris ceux qui sont impliqués dans la maîtrise de soi et dans le processus de récompense dans les deux groupes de troubles alimentaires. Cependant, la contribution relative des facteurs communs et distincts dans le développement et la pérennisation des habitudes alimentaires et des troubles de toxicomanie restent insuffisamment compris." (DSM -5 , p. 329) Cette reconnaissance de dépendance à la nourriture comme un trouble similaire à celui de la toxicomanie ou de la dépendance aux drogues dans le Manuel de diagnostic est d'une importance extrême. Cela encourage les cliniciens à chercher les symptômes de cette maladie, soit ce trouble de l'alimentation ayant pour cause psycho-sociale, soit une dépendance à la nourriture causée par un phénomène biochimique, ou les deux. Cela signifie également que dans le traitement du trouble de l'hyperphagie , à la fois le traitement traditionnel de trouble de l'alimentation (c'est-à-dire psychothérapie, éveil au phénomène, et approche médicamenteuse) et le traitement classique de la dépendance aux drogues (c'est-à-dire l'abstinence, des ateliers éducatifs sur la dépendance aux drogues et l'initiation au mode de vie des groupes d'entraide et au programme des 12 étapes) devraient être couverts et remboursables par les assurances de la personne, suivant le diagnostic du clinicien. Ce principe s'applique évidemment aussi lorsque l'hyperphagie sera en comorbidité avec l'anorexie et/ou la boulimie. Ici aussi, l'hyperphagie peut avoir des racines psychodynamiques, ou peut être causée par une dépendance aux drogues ou les deux. Ces conclusions sont similaires aux observations du Dr Charles O'Brien, président du groupe de travail sur la toxicomanie du DSM- 5. Comme nous l'indiquions plus tôt, dans sa lettre circulaire de la Food Addiction Institute, le Dr O'Brien a écrit : " Nous partageons votre intérêt à comprendre combien les comportements alimentaires ont des caractéristiques qui ressemblent fortement au comportement des individus qui abusent de substances telles que la cocaïne. Il est probable que cette ressemblance s'explique par le fait que les systèmes neurobiologiques impliqués dans le traitement de la récompense sont perturbés dans les deux troubles. Le problème est qu'à l'heure actuelle, la nature précise de ces troubles et la façon dont la neurobiologie des troubles de l'alimentation ressemble et diffère de la neurobiologie des troubles liés à la toxicomanie est présentement inconnue. Nous, et les membres de notre groupe de travail, appuyons de tout cœur la recherche pour comprendre cet important chevauchement."
Nous lui avons répondu que la Food Addiction Institute favorise l'introduction de l'hyperphagie ou la dépendance à la nourriture comme un trouble liés à la consommation de substances à titre expérimental - tel que publié dans le DSM -IV- TR pour l'hyperphagie - afin d'encourager la recherche clinique et scientifique. En attendant, nous encourageons les cliniciens à poursuivre leurs recherches non seulement sur les troubles alimentaires engendrés par des traumatismes psycho-sociaux, mais aussi pour les fringales et frénésies alimentaires qui ont des sources biochimiques qui peuvent être déclenchés par la consommation d'un aliment ou de certains aliments spécifiques. Chacune des personnes souffrant de ce trouble doit être traitée différemment, et les cas les plus complexes satisferont souvent les critères diagnostiques pour les troubles de l'alimentation liés à des traumatismes psycho-sociaux et de dépendance alimentaire. American Psychiatric Association: Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition, pp. 350-352. Arlington, VA, American Psychiatric Association, 2013. [?]
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