| LES CORRESPONDANCES DE LEE |
Jeanne Do
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From: Jeanne Do. (France) To: qldnp1j@gsig-net.qc.ca Sent: Friday, July 18, 2003 7:03 AM Subject: Le courrier Bonjour, J'ai un de mes enfants qui est dépendant de la drogue , il a 18 ans . Comme beaucoup de maman hélas,j'ai du en venir à une extrémité: mettre mon enfant à la porte, car sous l'emprise de sa dépendance, il avait décidé d'arrêter ses études, son petit travail à mi-temps; bref d'envoyer tout balader. Il est devenu agressif, limite violent, ingérable. Je ne pouvais plus vraiment communiquer avec lui, ni le raisonner. Je sais que tout cela est dû au fait qu'il se drogue,mais pour me protéger et surtout pour qu'il puisse un jour essayer de réagir, je préfére le laisser suivre son chemin et comme cela j'espère qu'il touchera assez vite son fond, car il continuera à se mettre dans des galères et le fait que je ne serai pas là pour réparer ses erreurs( en lui donnant de l'argent, en allant rencontrer à sa place les personnes avec qui il a des problèmes, en faisant des démarches diverses à sa place..) bref en le laissant assumer ses actes, je pense qu'il sera obligé de réagir. Je vous envoie ce courrier car je n'ai personne d'assez neutre dans mon entourage pour pouvoir parler de tout cela et j'en éprouve le besoin. J'aimerai pouvoir communiquer avec des parents, des ados, des gens touchés par ses problèmes. Je tiens également à vous dire merci, pour tous se que vous faites pour venir en aide au personnes qui souffrent.
From:
Lee
Chère mère, J'ai reçu ce matin copie de votre corrrespondance datée de ce jour, dans laquelle vous demandiez à communiquer avec un parent qui est touché par la problématique que vous vivez actuellement. Et à cet égard, je me permets de répondre à votre lettre puisque je nage dans ce fléau depuis fin 1997. Pour être transparente, sachez qu'au début 1998, j'ai appris que ma fille aînée Emmanuelle souffrait d'être cocaïnomane. Et depuis, j'avoue que d'autres dépendances se sont jointes à son enfer. Et malheureusement, elle est devenue comme ma mère, une alcoolique et les pilules commencent à prendre trop de place dans sa vie. Vis-à-vis mon impuissance dans mes chaussures de mère, mon conjoint (le webmestre de ce site) et moi-même avons décidé en janvier 1999, de construire ce site. Depuis sa naissance virtuelle, nos espoirs les plus grands ont été atteints et aussi, j'ai réussi à trouver ma solution pour mieux avancer ma vie sans me perdre. De plus, depuis environ 1 an, ma fille cadette Marie-Paule souffre d'être alcoolique et accro au pot. Donc, heureusement que je suis bien outillée car cette dernière impuissance m'aurait certainement entraînée vers une tristesse profonde et peut-être, trop grande à gérer émotionnellement. Maintenant que vous avez une photo de ma dynamique, je vais tourner le miroir vers vous. Je pense que l'un des premiers pas dans notre rôle de parent est souvent d'admettre que nous sommes dépassés(es) par les dépendances de nos proches, et que nous ne pouvons plus accepter leur attitude agressive, leur comportement dansant et leur refus constant vis-à-vis les réglements existants sous notre toit. Heureusement que vous avez enfin étalé vos limites parentales et par ce fait, j'en profite pour vous en féliciter. Ce n'est pas facile de mettre son enfant à la porte. Cette démarche fait partie des pages de mon livre d'histoires et elle me hante encore. Par contre, aujourd'hui, avec un recul difficile, je réalise que c'était la chose à faire et le geste à poser pour rester en vie mentalement. Aussi, je constate que vous avez décidé de ne plus agir à titre de f«acilitateur». Ce terme provient d'une chronique d'un de nos précieux collaborateur qui travaille à titre d'intervenant en alcoolisme et en toxicomanie à la Clinique du Nouveau-Départ de Montréal. Monsieur Toupin m'a souvent outillé par son expérience, vieille de plusieurs années. Et à cet effet, je lui ferai parvenir copie de ces échanges, au cas où il aurait des pistes de solution à vous offrir. Je sais, à vous lire, qu'il est difficile de trouver écoute dans notre entourage et même, dans nos proches. La toxicomanie et/ou l'alcoolisme sont des dépendances qui déchirent car elles laissent souvent un goût amer, à ceux et à celles qui vivent dans leurs chaussures de codépendants(es). Saviez-vous que tous ceux et celles qui souffrent d'avoir un proche piégé ont une maladie que l'on appelle «la codépendance». Nous souffrons à les voir s'enterrer et ce, sans même consommer. J'ai souvent valsé avec ce mal de vivre et même, encore j'ai tendance à m'apitoyer sur mon sort dans mes moments de réflexion et de tristesse. Donc, la paix intérieure et la sérénité, exigent un travail quotidien sur notre for intérieur. Il est si facile de se perdre à les voir s'enfoncer devant leur champ de ruines. Dans votre texte, je saisi cette partie «Je sais que tout cela est dû au fait qu'il se drogue, mais pour me protéger et surtout pour qu'il puisse un jour essayer de réagir, je préfère le laisser suivre son chemin et comme cela j'espère qu'il touchera assez vite son fond, car il continuera à se mettre dans des galères et le fait que je ne serai pas là pour réparer ses erreurs (en lui donnant de l'argent, en allant rencontrer à sa place les personnes avec qui il a des problèmes, en faisant des démarches diverses à sa place..) bref en le laissant assumer ses actes, je pense qu'il sera obligé de réagir.» Votre réaction est saine et votre logique démontre que vous nager très bien dans votre rôle. Par contre, personnellement, j'attends toujours que ma fille trouve en elle la force de lutter contre ses faiblesses et ses dépendances. En septembre, 28 cloches sonneront et je suis attristée devant l'ampleur de ce phénomène. Et toujours, elle n'a pas trouvé en elle, la force de réagir... Sur ce, je vous laisse et si vous désirez continuer ces échanges habillée de compassion, je me ferai un plaisir de vous répondre virtuellement et ce, dans les meilleurs délais possibles. P.S. Je tenais à vous dire que nous conservons toutes les correspondances que nous recevons dans notre section intitulée «Courrier». Par contre, nous enlevons toutes les informations personnelles pour conserver l'anonymat de nos correspondants(es). Voyez-vous cette problématique touche tant de familles à travers le monde et tant de «Nous», choisissent de s'isoler des reproches de notre société. Sachez que nous nous faisons un devoir d'outiller les silencieux en espérant qu'un jour ils prendront leur courage pour s'ouvrir et pour débuter une démarche vers le mieux-être. Une équipe à l'écoute «Quand la drogue n'est plus un jeu» Lee
qui marche à vos côtés
Lee,
auteure
From: Jeanne Do
Bonjour LEE, je vous remercie pour votre
réponse.
Cela fait maintenant 2 mois,
que je n'ai plus de contact avec mon fils. Je sais qu'il est retourné
vivre chez son père.
Pour l'instant, je ne veux
pas faire un pas vers mon fils, lui envoyé un message pour essayer
de reprendre contact.
From:
Lee
Bonjour à nouveau, J'ai bien reçu vos deux lettres qui se suivent en pensées et en détresse, je crois. Je suis contente de vous relire et surtout, de constater que vous nager assez bien dans votre marre de détachement et dans vos chaussures de mère. Pour répondre à vos questionnements, je débuterais en vous disant que pour moi comme pour toutes les autres mères, ce n'est pas facile de vivre en sachant que nos enfants sont piégés dans leur consommation. Je vous avoue que ce que j'ai trouvé le plus dur dans mon cheminement personnel, c'est le fait que selon moi une fille est plus fragile qu'un garçon et sa défense me pèse car je crainds continuellement. Emmanuelle qui aura bientôt 28 ans, a un tel caractère agressif que je ne peux pas faire autrement que m'inquiéter pour elle. La plus jeune, Marie-Paule vit maintenant avec un jeune homme qui est aussi piégé dans sa consommation. Ils s'aiment mais je prends un jour à la fois cette histoire d'amour car ils ont beaucoup de travail à faire sur leur couple. Et nous verrons si l'amour pourra guérir leurs blessures et leurs faiblesses. J'ai personnellement coupé les ponts avec ma fille aînée pendant un an. Je ne voulais pas avoir de contact avec elle quand elle était sous l'effet de la drogue et de la boisson. Mais elle continuait sa descente et elle ne voulait pas regarder sa problématique en face. Puis, un an exactement après cette séparation elle est revenue à la maison. Et quelle souffrance ! Elle m'a montrée son corps couvert de marques d'aiguilles. C'était l'horreur! Et encore, à vous l'écrire, les larmes m'habillent. Et quelques rencontres plus tard, elle a décidé de suivre une thérapie. Au moment du jour J, nous ne pouvions la rejoindre. Il nous a fallu environ 3 jours pour reprendre contact avec elle. Puis elle est revenue. Et là le choc total. Elle s'était défoncée sachant qu'elle serait enfermée pendant quelque temps, donc elle a consommé à en perdre le nord. Son visage était couvert de boutons, très prononcés. Que dire devant un tel désastre humain? Et je cesserai de vous décrire nos premiers pas. Enfin, cette thérapie dura 4 jours car ils la jettèrent dehors pour mauvaise conduite. Mais tout cela pour vous dire qu'avec le temps, on apprend à mieux nager dans notre marre d'inquiétudes et d'impuissance, croyez-moi! Mes filles vivent des dynamiques très différentes. Emmanuelle est dépendante de plusieurs produits : alcool, cocaïne, plusieurs drogues dont le pot, médicaments, nourriture, et elle est dépendante affective. Marie-Paule, âgée de 24 ans, est accro au pot et semble boire beaucoup trop. Selon nous, elle est maintenant alcoolique mais c'est simplement une constatation de notre part. Et comme vous le savez, je base mon jugement sur mon passé car ma mère est une alcopharmaco dépendante, mon frère aîné aussi, ma soeur aînée aussi et ma soeur cadette se saoule à chaque fois qu'elle boit. Une grande différence existe entre mes deux filles, Emmanuelle est très malade et piégée. Quant à Marie-Paule, elle est accro mais elle le reconnaît. Elle sait ce que la drogue et la boisson ont fait à sa soeur. Donc, je garde l'espoir à son sujet. J'ai eu plusieurs périodes où Emmanuelle me raccrochait la ligne au nez, où Marie-Paule se fâchait pas les dires de sa soeur et tant plus. J'ai essayé au cours des années de diriger mon bateau dans la direction de mon choix et ce, tout en essayant de ne pas perdre contrôle de mes déceptions. Mais j'ai souvent embrassé le plancher de ma peine. Et j'essaie fortement de ne pas m'apitoyer sur mon sort. Après tout, il y a des gens qui souffrent beaucoup que moi. Il faut aussi comprendre que la société qui ne vit pas notre difficile, a tendance à nous juger trop facilement. Les gens pensent tout connaître et ils croient que notre détachement est signe de lâcheté ou d'ignorance de notre part. Comment ne pas se sentir coupables dans nos chaussures de mère? Il faut s'entourer de gens qui parlent notre langage. Ils savent nos pourquoi et nos comment. Ils peuvent nous comprendre et marcher à nos côtés. Ne cherchez pas le réconfort chez quelqu'un qui ne vit pas votre problématique. La toxicomanie et l'alcoolisme sont des maladies qui déchirent et qui dévorent le positif dans les familles. Ce sont des fléaux qui tuent tant d'êtres à grand potentiel! Je crois que ce que vous vivez présentement est un détachement d'amour. Vous prenez une certaine distance car vous ne voulez pas provoquer une crise ou créer d'autres problèmes. En plus, vous le savez en sécurité chez son père alors, il faut apprendre à lâcher prise. Et je crois que vous avez assez endossé ses responsabilités. Il est temps que votre fils consommateur porte son propre fardeau et qu'il prenne ses responsabilités. Trop souvent, je crois qu'il a libéré ses contraintes sur vous. Vous avez une bonne recette. Et si je peux vous donner une piste de solution, continuez à vous outiller. Vous pouvez le faire en vous informant, en lisant sur les drogues, sur les témoignages de parents en détresse, et tant plus. Et souvenez-vous que nous sommes là pour vous. Une équipe à l'écoute «Quand la drogue n'est plus un jeu» Lee
qui marche à vos côtés
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