LES CORRESPONDANCES DE LEE
Mimi

From: Mimi
To: <lee@quandladrogue.com>
Sent: Monday, November 29, 2004 7:36 PM
Subject: Témoignage

Chère Lee,

Je tenais à vous écrire depuis longtemps mais je n'avais pas le courage. 

J'ai 46 ans, je vis seule, j'ai un fils de 28 ans toxicomane et moi aussi je me suis senti très mal dans mes souliers de mère.  J'ai à plusieurs reprise sorti les différentes photos de mon fils adoré à 1 an, à 2ans... à tous les âges pour vérifier son sourire, pour savoir, pour essayer de comprendre???? 

Où j'avais manqué?

J'ai trouvé votre site en utilisant google en écrivant co-dépendance, à travers vos écrits vous m'avez donné espoir.  Je vis la toxicomanie de mon fils depuis 5 ans, il à fait différentes thérapies plus où moins longues avec des rechutes. Sa dernière thérapie a débuté le 2 mai de cette année à B... . 
On a ramené mon fils  le 00 mai, la journée de son anniversaire à ..., il a perdu connaissance, je n'ai pas été capable de bouger après son appel, il m'a expliqué au téléphone qu'il s'était fait volé $ qu'il avait sur lui le soir du 1er mai qu'il voulait mourir, après vérification, l'intervenante m'a confirmé que tout était vrai, ils se font voler le peu qu'ils ont en déménageant avec leur sac vert, ils vont dans un endroit à l'autre, j'ai essayé de récupérer sa tv, dvd et système de son et linge, je peux vous dire que c'est surprenant les gens qui les volent, ce n'est pas des toxicomanes, je peux le confirmer et si j'avais plus de temps à y consacrer je les dénonçerais.

J'ai communiqué avec une intervenante qui a bien gentiment voulu me parler et elle m'a dit qu'elle connaîssait bien J... et qu'elle ferait tout pour  l'aider.

Il a fait lui-même tous ses démarches, il est entré en thérapie qu'il a terminé après six mois, ça fait maintenant sept mois qu'il est sobre, on lui 
a proposé un travail dans une maison de thérapie, il doit répondre d'ici 2 jours. il me dit pour la première fois maman je suis heureux, je suis fier 
de moi.

Il est venu chez-moi à diverses reprises pendant sa thérapie en respectant le programme fixé d'avance avec l'intervenant, il a été adorable à chaque fois, je reçois de lui beaucoup de bonnes chosesJ'ai tellement trouvé de réconfort sur votre site que j'ai lu en entier, tous les intervenants m'ont apportés du bien. 

Au mois de décembre l'an passé il a rechuté, il maigrissait à vu d'oeil, encore là dans ma codépendance il était toujours au même endroit et je passais à tous les jours pour essayer de le voir,  je l'amenais manger quelque chose au resto car je savais qu'il ne mangeait presque pas, il me laissait des messages tous les jours sur mon répondeur pour me dire qu'il m'aimait et qu'il allait bien, de prendre soin de moi, je ne dormais plus, à chaque fois que le téléphone sonnait j'étais certaine qu'on l'avat retrouvé mort.

J'ai fais comme toi, après avoir lu les survivants du passé, je me suis vidé le coeur en écrivant, ma mère étais une alcoolique qui aujourd'hui pense avoir tout fait pour nous, elle nous a envoyé les 6 enfants à l'âge de 15 ans et ne s'est jamais soucier de nous, aucun instinct maternel, quel souffrance pour cette femme à qui je parle régulièrement qui essaie de m'embrasser, j'agis du mieux que je peux avec elle, il est trop tard, elle n'avoue rien. 

Celà que l'on le veuille ou pas laisse des traces, j'ai une vie professionnelle intéressante, de bons amis mais dans ma tête je revois encore mon père frapper mon frère à coups de strappe tout nu rouge qui pleurait et criait, il faisait cela sur ordre de ma mère. 
Tous les sévices qu'on a subies, elle nous appelait pas par notre prénom, on avait tous un surnom, ex: mon frère le gros porc, mon autre frère le chien, moi la baloune etc... comme enfant on vit cela au quotidien et on ne sait pas que c'est pas normal, à 10 ans j'ai voulu me pendre... dans mon coeur je la remercie de m'avoir envoyer à 15 ans. 
Tout comme toi j'ai été épargné mais pas mon fils, je n'ai probablement pas su le sauver au moment où il avait besoin de moi car je n'avais la base et je l'accepte aujourd'hui, son père n'a jamais été présent, c'est un homme avec qui j'ai été marié 1 an, il vit dans un autre province, il est plus malade que J... et se sent mal face à son fils, nous n'avons aucune rancoeur envers lui.

Moi ce que je peux dire aujourd'hui avec mon coeur de mère, je n'ai pas honte de la toxicomanie de mon fils, s'il s'en sort vraiment il est le 
candidat idéal pour aider d'autres jeunes comme lui, il l'a toujours fait dans ses périodes de sobriété, il connaît trop cette souffrance.

Je tiens aussi à vous dire que j'ai rencontré une intervenante qui travaille .... qui a trois fils dont un est décédé à cause de la toxicomanie, elle m'a vraiment fait comprendre que la toxicomanie étais une maladie, au début je pensais que les gens voulaient s'amuser, j'ai aussi établi des limites avec lui, et même encore je dois en établir, il décide de venir chez-moi mais il faut que ça me convienne et  j'ai été surprise de voir sa réaction face à ce changement de ma part, il a été un peu déstabilisé mais il m'a dit maman c'est correct tu te respectes.

Je dois vous remercier au nom de tous les parents pour ce site et tous vos écrits, je n'hésite pas à donner cette référence car c'est ce qui m'aide le plus face à la toxicomanie de mon fils.

Tu sais je n'ai pas élaboré, mais j'ai beaucoup connu de cette maladie toxique, vols, mensonges. manipulations, mais aujourd'hui je peux le laisser seul chez-moi sans tracas, mais les doutes reviennent quelquefois mais.... il est en train de me prouver que je peux à nouveau lui faire confiance.

Je termine en répétant ce que j'ai lu dans les pensées que Monsieur Vinet m'envoie à tous les jours, ce n'est pas le temps qui guérit tout mais 
l'amour...

Merci pour ta générosité, je trouve que tu es une femme vraie.

Mimi


From: Lee 
To: Mimi
Sent: Monday, November 29, 2004 9:09 PM
Subject: Un si beau témoignage, je vous en remercie!
 

Bonsoir chère Mère,

Je suis toute ébranlée positivement suite à la lecture de votre témoignage. On se demande souvent si nos écrits sont lus, si ils changent quelque chose à la vie des gens et là, encore, j'ai confirmation que oui. Et vous, sachez qu'à travers vos mots, vous apportez à ceux et celles qui vivent dans l'isolement, une lueur d'espoir. Merci!

J'entreprends ma sixième année d'écriture à travers ma plume parentale en tant que mère co-dépendante. Et heureusement, que j'apprends avec le temps à accepter les choses que je ne puis changer et à aimer mes enfants avec un détachement d'amour.

Quant à vous, comme je suis heureuse de vous lire et de partager le fruit de cette grande nouvelle. L'espoir, goûte si bon! Votre fils a été très déterminé et courageux de suivre toute sa thérapie, au complet. Ma fille aînée a fait 4 tentatives mais, sans succès. Elle s'est fait jetée dehors à chaque fois.

Votre fils fait partie des chanceux qui saississent la bouée au bon moment. Et à cet égard, je ne sais pas si le moment est bien choisi pour vous envoyer mes voeux de compréhension. Par contre, soyez toujours sur vos gardes émotionnellement car comme vous le savez, votre fils sera toujours à risque de faire une rechute. Cela m'attriste de vous le dire mais je me dois de le faire. Et je suis convaincue que vous serez en alerte!

Personnellement, je l'ai appris difficilement. Il y a quelques années, je croyais qu'Emmanuelle avait repris le contrôle de sa vie mais, j'avais rêvé, trop rêvé. Et quand j'ai appris qu'elle avait rechuté, une partie de moi est morte, enterrée par mon trop, par ma déception.

Si je me cite à titre d'exemple, je vous dirais que je serais toute ma vie une fumeuse. Ça fait plus de six ans que j'ai cessé de brûler mon trop en fumant. Et je serai à risque de fumer à nouveau pour le reste de mon existence. À quelques reprises, j'ai failli me mettre à genou pour quêter une seule cigarette. Heureusement que mon conjoint, le webmestre, était là pour m'ouvrir à la réalité. Il savait que si je posais mes lèvres sur cette cigarette, que le lendemain, j'en embrasserais une vingtaine. Je suis comme ça. Je fume ou je fume pas. Et j'ai toujours aimé fumer même si ce geste mettait ma santé en péril.

Et à travers ce témoignage d'ex-fumeuse, je comprends que je suis et je resterai dépendante de la cigarette toute ma vie. Et pour cette raison, je devrai m'entourer d'un ange dans mes moments de lourdeur ou de remise en question.

Je n'ai jamais eu la chance d'avoir le témoignage d'une lectrice vis-à-vis la lecture des pages de mes chroniques intitulées Les survivants du passé. Au début, elles s'intitulaient Le masque de l'innocence mais je les ai rebaptisées. Selon moi, il est évident, que de telles atrocités méritent de porter un drapeau aux vraies couleurs, celles que portent les survivants.

Et de vous lire, de comprendre votre partage, me réconforte.

Aujourd'hui, en préparation de la Noël, j'ai été m'offrir le livre de Madame Jeannette Bertrand intitulé «Ma vie en trois actes». Elle termine son introduction sur ces mots qui me déchirent et qui viennent me chercher profondément dans ma dynamique «Je ne suis pas guérie de mon mal de mère, j'ai encore des rechutes, mais je me soigne. Peut-on guérir du manque d'amour de sa mère? Mon père m'a aimée. Je le sentais dans ses yeux quand il me regardait. Il me berçait en chantant (C'est la petite fille à son papa). Il me dévorait de petits becs. Mais, moi, c'était l'amour de ma mère que je voulais.» Elle poursuit en disant «On me demande souvent : (Comment peux-tu douter de toi?) L'enfant en moi qui n' a pas été aimé de sa mère croît encore qu'il ne mérite pas l'amour des autres. Cette quête d'amour, ce besoin d'être reconnue a marqué toute ma vie; la marque encore.»

Personnellement, je serai toujours handicapée vis-à-vis ce manque de la part de ma mère. Je chercherai toujours le regard d'une mère. Je suis l'enfant qui avance dans le corps d'une femme, le coeur malade de ne pas avoir été aimée par celle qui lui a donné la vie. Et je suis convaincue que vous comprenez l'ampleur de ma détresse car vous avez marché sur cette route où les mal-aimés restent sur leur faim, toujours en quête d'amour.

Quant à votre fils, je crois qu'il n'y a pas meilleur intervenant que celui qui a connu la souffrance, celle qui détruit, celle qui fait grandir, si on la surmonte. Votre fils possède les meilleurs outils pour aider, pour comprendre, pour apprivoiser cette expérience avec les yeux du coeur et sous l'aile de la croissance personnelle. À travers cette expérience, il va certainement réussir à panser certaines de ses blessures qu'il a porté à travers ses chaussures de dépendant, de fils, d'ami et tant plus.

Récemment, nous avons perdu subitement notre premier chroniqueur, Monsieur Ronald Toupin. Un intervenant de grande qualité qui connaissait son métier. Et ce soir, je réalise que d'autres prendront leur place pour essayer de calmer les ravages de ce fléau qui continuent de prendre trop de place au sein de notre société malade.

Je prononcerai quelques prières en son intention pour qu'il choisisse la route qui mène vers le mieux-être et la réconciliation du Soi. Et je souhaite qu'à travers cette décision, qu'il trouve sa lumière qui le mènera vers un avenir où la misère ne fait pas partie de son quotidien.

Une équipe à l'écoute «Quand la drogue n'est plus un jeu»

Lee qui vous remercie du fond du coeur pour votre compassion et votre transparence. Sachez que je serai toujours là pour vous lire!
 

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